Festival OFF 2018

Comme tous les ans (ou presque), je me suis rendue au Festival de Théâtre qui a lieu dans ma ville natale, en Avignon. Si vous ne le connaissez pas, je vous renvoie à mes précédents billets (de 2017, 2015, 2014 – et d’autres en fin de ce billet). Comme je n’ai pas été réactive, ce billet arrive donc tardivement, quasiment un mois après la fin du Festival. En revanche, les pièces qui y ont été jouées valent quand même la peine qu’on en parle, d’autant que certaines auront – je l’espère – la chance d’être rejouées dans de nouveaux théâtres tout le long de l’année.

Comme je me connais et que j’ai 12 pièces à mon compteur, ce billet risque d’être un peu long. Prenez donc un bon thé et n’hésitez pas à vous rendre sur les sites des compagnies pour les pièces qui vous auront intriguées afin d’en savoir plus.


Les Coups de Coeur

VARHUNG, HEART TO HEART

Compagnie : Tjimur Dance Theatre
Interprète(s) : Ching-Hao YANG, Ljaucu Dapurakac, Tzu-En MENG
Direction générale et artistique : Ljuzem Madiljin
Administration : Shu-Ting CHIU
Administration et coordination des tournées : I-Hsuan LI
Régie générale : Yin-Ping LI
Vue à la Condition des Soies

Je n’ai pas l’habitude de voir des spectacles de danse, généralement je ne sais pas comment les apprécier. En revanche, j’étais très curieuse de voir ce mélange de contemporain et de tradition venue de Taiwan. Le résultat a été bluffant. Je peux littéralement dire que cela a même été sensationnel, tant la pièce a été illuminée par le corps, l’énergie, la respiration, la voix, le son des corps des danseurs. Aucun de nos sens (hormis le goût) n’a été laissé pour compte. 

C’était une expérience unique au monde, renforcée par le lieu ancré d’histoire, d’abord fabrique de soie (après tout, il s’appelle bien Condition des soies) puis du théâtre avignonnais dont il est un des plus vieux représentants. La pierre est épaisse et haute, ancienne, typique de la ville médiévale.

Le show a été intense et communicatif. Les danseurs talentueux nous ont transporté et j’ai adoré tout autant la danse que leurs chants. Vraiment magistral !

Résumé : « Cette année, la compagnie est de retour avec varhung – Heart to Heart, création qui revisite la tradition de musique et danse des Païwans ; ce spectacle en recueille les éléments formels pour les sublimer en un langage corporel contemporain qui, dans l’interaction des chants et de la danse, s’exprime sur scène à travers la riche gestuelle des danseurs. Dans cette œuvre, le chorégraphe Baru Madiljin est parti d’une plante, le gingembre coquille, qui joue un rôle important dans la vie de la tribu, pour élaborer les mouvements articulant la danse. Les gestes précis et délicats accomplis – gestes de cueillette, de séchage, et d’épluchage par strates – sont devenus les éléments constituants des mouvements de danse de ce spectacle. C’est d’une seule traite, sans la moindre pause, que les danseurs accomplissent l’intégralité de cette performance chorégraphique. De temps à autre surgissent les rythmes de la danse des 4 pas, une danse de fête des aborigènes Païwan, accompagnés de psalmodies puissamment scandées. Baru Madiljin utilise le chant, la danse et les paroles des performeurs comme une maïeutique amenant la mise à nu des lourds secrets qui pèsent sur leurs cœurs. Ce faisant, il souhaite que ce soit aussi pour le public une catharsis, l’occasion d’extérioriser les frustrations sédimentées au plus profond du cœur et, partant, de s’en libérer. L’intériorité sauvage qui s’exprime dans l’attitude farouche et déterminée des performeurs fait de ce spectacle une expérience intense, grandiose et bouleversante. Que ce soit dans le martèlement des pas, dans les mouvements ou dans l’intensité des chants, la tension dramatique se manifeste avec la force d’un choc émotionnel. »

Les bonnes surprises

LE CERCLE DE CRAIE

après un poème chinois de Li Xuingdao et la pièce adaptée de Kablund
Interprètes: Sarah Brannens, Geoffrey Rouge-Carrassat, Eva Rami, Manuel Le Velly, Yuriy Zavalnyouk
Compagnie : L’Eternel Eté
Plus d’informations : http://www.cie-eternelete.com/creations/le-cercle-de-craie/
Vue à La Factory (Théâtre de L’Oulle)

Je ne pouvais rater la nouvelle création de la compagnie L’Eternel Eté (dont j’avais adoré leur version de Le Petit Poucet écrit par Gérard Gélas, puis la pièce La Vraie Fiancée et Les Fourberies de Scapin, adaptée de la pièce de Molière). Sans surprise, c’est une nouvelle réussite, adaptée d’un poème chinois du XIVe siècle. Un genre différent des précédentes pièces mais qui a su tirer de leurs qualités : la scénographie, la chorégraphie, la musique, le texte porté par des acteurs talentueux…

C’est un plaisir de les voir interpréter un texte qui s’adresse à un public plus mature. Les acteurs sont débordants d’énergie et leur créativité est un régal. Tout est pensé pour entraîner le spectateur dans l’univers et l’envoûter. Cette recherche de fluidité à tout instant dans les scènes et dans la transition des décors, avec la chorégraphie soigneusement orchestrée : tout semble opérer comme un charme. On se prête à la métamorphose de la scène et des acteurs qui, comme souvent dans leurs pièces, peuvent être amenés à interpréter des personnages différents. Leur talent est justement qu’on y croit. Ils touchent nos sensibilités et créé un lien affectif qui nous rendent encore plus captifs et inquiets pour ceux qui évoluent sur scène.

Je suis donc toujours aussi charmée !

Résumé : « Vendue comme entraineuse dans une maison de thé, la jeune Haïtang est ensuite mariée de force et dépossédée de son enfant. Amour contrarié, jalousie, vengeance et corruption jalonnent le destin exceptionnel de cette jeune femme. Cette histoire de justice et de sagesse, où le tragique se frotte au burlesque, fait partie des plus anciens contes de l’humanité et a traversé les siècles et les cultures. »

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE

La véritable histoire du cheval de Troie
de la compagnie Brozzoni
d’après Virgile
Metteur en scène : Claude Brozzoni
Interprète(s) : Guillaume Edé, Claude Gomez
Diffusion : Virginie Bellaïche
Co-directrice : Dominique Vallon-Brozzoni
Plus d’informations : http://www.cie-brozzoni.com/La-veritable-histoire-du-cheval-de-82
Vue à La Manufacture

Un duo sur une scène très minimaliste autant que la mise en scène. L’un joue de la musique, l’autre conte et chante la véritable histoire du cheval de Troie, vécue par un Troyen, d’après le texte de Virgile. Je ne connaissais pas ce texte, mais j’ai adoré son interprétation. Une grande partie de la pièce passe à travers l’ouïe : l’émotion circule dans la voix mélodieuse du narrateur. La musique enchante la scène, lui donne sa forme, ses couleurs, sa taille – celle de la cité de Troie. La poétique du texte se charge du reste.

J’aime cette forme de simplicité qui met en valeur le texte. J’aime la voix du chanteur et ses chansons qui, même sans comprendre leurs paroles, véhiculent énormément de choses du récit. Plus que tout, elles nous touchent. Ma fibre sensible a, en tout cas, été chatoyé tout le long de la pièce. C’est gourmand et généreux à souhait.

Résumé : « La véritable histoire du cheval de Troie n’a-t-elle pas commencé quand la guerre a pris fin ? Une cité détruite, ses habitants massacrés et l’exode. Un exilé justement raconte. Il sait de quoi il parle : lui et son peuple attendent un accueil qui ne vient pas. Sa voix grave et éternelle enflamme le récit de Virgile. Dans ses chants, l’espoir renaît malgré la douleur et l’errance. Le comédien et chanteur, Guillaume Edé, et Claude Gomez, l’accordéoniste mêlent leur souffle à la poésie du texte. Sur la scène se joue l’histoire intime des tragédies épiques. Une histoire forte, contrastée, toujours saisissante. « 

HOICHI LE SANS OREILLE

Création du Théâtre Ronin
Metteur en scène :
Alex TAM
Interprète(s) : Chun-him WU, Lo-yin CHIU
Plus d’informations: https://www.theatreronin.com.hk/latest-news-cx2d
vue au théâtre LAURETTE

Encore une belle découverte, cette fois création d’une compagnie Hong-Kongaise. Elle interprète un conte horrifique japonais en mêlant l’art du conteur et de la forme physique (Nan-Kouan) à l’art de l’espace. Véritable dépaysement artistique, qui la rend peut-être difficile à comprendre pour des néophytes. Je n’ai peut-être pas moi-même saisi toutes les subtilités de la pièce, mais j’ai globalement apprécié le rafraichissement de l’interprétation.

En réalité, c’est une interprétation exigeante qui demande au spectateur une lecture attentive de la pièce, de toute façon indispensable du fait du surtitrage et au sous-texte que l’interprétation apporte qui la rend subtile et complexe à la fois. En revanche, c’est également une pièce d’ambiance, l’atmosphère rendue par la sonorité des instruments, des voix, des mouvements, ne serait-ce que le glissement furtif des pieds sur le sol, tout participe à immerger le spectateur dans ce conte.

Résumé : Adaptée de Hoichi, la légende des samouraïs disparus écrit par Lafcadio Hearn, relatant l’aventure d’Hoichi une musicienne aveugle séjournant dans un monastère. Une nuit, alors que l’abbé est de sortie, un samouraï vient l’inviter à donner un récital pour son maître.  Or, l’abbé voyant ces sorties avec scepticisme va envoyer un moine la suivre. Il découvre alors un terrible secret…

Les Découvertes

UN JOUR J’AI RÊVÉ D’ÊTRE TOI

Metteuse en scène : Anais Muller
Metteur en scène : Bertrand Poncet
Interprète(s) : Anais Muller, Bertrand Poncet
Soutien : Pier Lamandé
Plus d’informations : http://shindoprod.com/les-productions/les-traites-de-la-perdition/un-jour-jai-reve-detre-toi/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Je pourrais vous laisser seulement le résumé comme commentaire de cette pièce car il vous en parle bien mieux que je ne pourrais le faire. Laissez-moi seulement vous préciser que j’ai apprécié l’expérience et que je l’ai trouvé surprenante, farfelue, décousue, mais également très intelligente et intéressante.

Je la rapproche à du théâtre de l’absurde. Elle est rondement bien menée. Le 4e mur est massacré à la pelle et le spectateur complètement mis en déroute. Très vite, on se pose de multiples questions : à quoi assise-t-on ? Et qu’est-ce qu’on fout là ? Est-ce que c’est encore une pièce de théâtre ? Sont-ils en train de jouer une comédie ? Et si oui, à quoi jouent-ils ?

Car les acteurs s’amusent. Et franchement, on s’amuse autant qu’eux. On ne veut pas partir. Ils nous rendent actifs, captifs, attentifs. Le sous-texte est excellent. Mais je vous laisse pour le découvrir, le résumé.

Résumé : Pour contrer la solitude et l’ennui Bert et Ange jouent la comédie, s’amusent, se font répéter et se mettent en scène. Bert est un homme qui voudrait être une femme, Ange est une actrice en mal de reconnaissance. Sur un ton léger, un rythme enlevé, on comprend que, petit à petit leurs rêves se sont fanés, les illusions envolées, mais que seul reste intacte la nécessité de jouer et de s’aimer.
Parce que tout est vain et que la vie c’est la vie, nous nous sommes mis à faire pour faire, non par nécessité, non par cupidité, non par orgueil (enfin si peut-être un peu) mais juste parce que finalement il n’y avait que cela à faire. Anaïs a une pelle et Bertrand un marteau-piqueur. Nous creusons des trous ; nous creusons des trous sans savoir pourquoi. Qu’y a-t-il dans un trou ? Pourquoi rêver toujours d’être un autre quand on peine déjà à savoir qui on est ? Réflexion faite, l’idée nous est apparue que nos choix et nos désirs ne nous appartenaient pas et que donc l’homme, être de fiction et de culture, semblait être, malheureusement ou heureusement pour lui, naturellement et facilement manipulable. Sous forme de traités, qu’on appellera « Les traités de la Perdition », les spectateurs assidus pourront suivre Ange et Bert évoluant dans leurs fantasmes pour mettre en exergue la mort d’un monde qui se décompose de l’intérieur.

LA GLOIRE ET LA CENDRE

Création de la compagnie Jacques Auxenel-Annie Chaplin Théâtre Lesilo
Metteur en scène : Jacques Auxenel
Interprète(s) : Bertrand Saint, Bruno Biezunski
Chargée de diffusion : Catherine Lafont
Vue au Théâtre des Corps Saints

J’ai toujours aimé les pièces historiques. Celle-ci se déroule pendant une nuit durant la Seconde Guerre Mondiale. Une alerte aérienne retentit, coinçant un historien allemand et un gardien de lycée français et résistant dans un huis clos – autre aspect positif de la pièce. Les deux hommes vont être ainsi obligés de se côtoyer et de se divertir. L’historien, fasciné par l’Histoire de Napoléon, et notamment l’expédition qui a été menée pour ramener sa dépouille en France, va ainsi nous faire partager, à travers son récit passionné, cette part de l’Histoire, que, personnellement, j’ignorais. Je ne savais pas non plus que durant la Seconde Guerre Mondiale le corps du fils de Napoléon avait également été ramené par les Allemands en France, manœuvre de propagande.

La pièce se révèle plutôt classique et sans surprise. On passe en revanche un bon moment à côtoyer ces deux êtres, à s’interroger sur leur passé, leur motif. C’est une pièce également pédagogique qui met en avance des faits peu connus de l’Histoire, dont celui cité au-dessus. Et c’est une oeuvre touchante qui, tout en relatant un moment anecdotique de la vie de deux hommes, parle aussi de l’humanité et des rapports humains en tant de guerre.

Résumé : « 15 décembre 1840, 15 décembre 1940 : le jour et la nuit…!
15 déc.1940, sous l’occupation allemande, une alerte aérienne confine un historien et un concierge dans la cave de leur lycée. À la radio ils entendent qu’Hitler rapatrie en France la dépouille de l’Aiglon, fils de Napoléon. Outré par cette manœuvre collaborationniste, d’ailleurs totalement méprisée par les parisiens, l’historien raconte ce que fut, à contrario, l’extraordinaire expédition du retour des cendres de l’Empereur et le fantastique accueil que le peuple français lui fit à son arrivée cent ans plus tôt, le 15 déc.1840. Si ce récit patriotique et le huis-clos contraint rapprochent ces deux hommes, leurs rapports sont ambiguës, parfois conflictuels, chacun étant porteur d’un dangereux secret, l’un sur son activité, l’autre sur son identité, créant au long de la pièce un suspens qui entraîne autant le public profane en histoire, que celui plus érudit, dans ce double voyage à la fois temporel et géographique. »

LE MAGASIN DES SUICIDES

Création de la compagnie Nandi
d’après le roman de Jean Teulé
Adaptation et Mise en scène : 
Franck Regnier
Scénographie : Leslie Calatraba
Chorégraphie : Cie Mouvementé
Création Costumes : Lisa Desbois
Interprète(s) : Cédric Saulnier, Elise Dano, Benoit Gruel, Arnaud Gagnoud, Julie Budria, Pierre-Hugo Proriol, Anthony Candellier
Plus d’informations : http://www.compagnie-nandi.fr/index.php/home/
Vue au Théâtre Notre Dame

J’avais envie d’une pause de légèreté, aussi j’ai voulu tenté l’adaptation du roman de Jean Teuilé, dont le postulat même est comique : la famille Tuvache fait fortune en garantissant à leurs clients un suicide réussi 100% garanti. Seulement, le dernier né est une malédiction pour la famille qui porte le deuil comme un gant : il a la joie de vivre !

Nul doute que vous passerez un moment drôle, divertissant, aéré en allant la voir. J’ai même été étonnée de ne pas y voir plus d’enfants, car la pièce est vraiment idéale pour tous les âges. Le décor et les costumes, la scénographie générale est topissime. Les acteurs sont plutôt bons, avec un clin d’oeil spécial pour le grand-frère, joué par Pierre Hugo Proriol, qui nous a vraiment fait rire tout le long de la pièce.

Par contre, la pièce malheureusement souffre des défauts du livre : l’idée est très drôle mais certains personnages manquent un peu de nuance. Ils sont beaucoup trop tirés sur un seul aspect de personnalité et sont à la longue lassants. Cela reste malgré tout bon enfant et donne le sourire aux lèvres.

Résumé : Chez les Tuvache, on garantit les suicides «Mort ou Remboursé !» depuis de nombreuses générations.
Mais ça, c’était avant l’arrivée d’Alan, le petit dernier. Tout petit déjà, il commence à sourire. Alors qu’autour de lui le monde n’est que tristesse et désolation, lui ne voit que beauté et poésie. Et redonner le goût de vivre aux clients du magasin des suicides, ce n’est pas bon pour le commerce des parents Tuvache. Désespérés, ils vont tout tenter pour remettre leur fils dans le droit chemin du désespoir.

Les mitigés

FAUST

d’après l’oeuvre de Goethe
Création du Collectif 8
Metteuse en scène : Gaële Boghossian
Interprète(s) : Clément Althaus, Paulo Correia, Fabien Grenon, Mélissa Prat
Video : Paulo Correia
Musique : Clément Althaus
Lumières : Samuèle Dumas
Machiniste : Benjamin Migneco
Diffusion : Vanessa Anheim
Chargé de production : Mathieu Gerin
Stagiaire : Nikita Cornuault, Kelly Rolfo
Plus d’informations : https://www.collectif8.com/
Vue au 11 Gilgamesh Belleville

J’ai beaucoup de peine à placer cette pièce dans cette catégorie, car je suis admiratrice des productions du Collectif 8 et du travail de Gaëlle Boghossian en tant qu’actrice comme metteuse en scène (j’avais adoré Alice, La Religieuse, Marginalia). J’aurais aimé que c’en soit de même avec Faust.

Malheureusement, c’est une déception cette année. Il y a beaucoup de répétitions vis-à-vis de leurs précédentes créations, dans la scénographie, la mise en scène, le style général de la pièce. Mais attention : ceux qui ne connaissent pas les créations du collectif seraient certainement bluffés par le travail et la créativité ! Simplement, je n’ai plus ressenti le plaisir de la surprise, de la nouveauté et de l’originalité – tout me donnait un goût de déjà vu, du coup.

En plus, il y a aspect un peu « kitsch » dans l’interprétation de la pièce de Goethe. L’utilisation de la guitare, notamment, même si la bande originale est assez cool en soi, associée à la pièce, cela a renforcé la lourdeur générale. Même chose pour l’utilisation de la vidéo sur la toile qui nous séparaient de la pièce et l’interprétation des acteurs. Cela manquait de finesse, d’aération, de nuances.

Cela ne reste que mon avis personnel, après avoir déjà vu quelques pièces (et deux chefs d’œuvres). J’avais une attente particulière vis-à-vis de ce spectacle, malheureusement cela m’a déçu. Pour autant, j’irai voir leur prochaine création avec grand plaisir quand même.

Résumé : « Heinrich Faust, éminent scientifique et professeur, dresse un bilan amer de sa vie : comme scientifique, il n’a pas réussi à accéder au savoir absolu et comme individu, vieillissant, il n’a pas jouit de la vie et de ses plaisirs.  Désespéré, il promet de donner son âme au diable si celui-ci parvient à le délivrer de son insatisfaction et de son ennui. Méphisto l’entraine dans un extraordinaire voyage dans lequel il découvrira le désir et le pouvoir… »

LE DERNIER HOMME

Metteur en scène : Julien Gelas
Interprète(s) : Paul Camus
Plus d’informations: https://www.chenenoir.fr/event/le-dernier-homme-spectacle-festival-2018/
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’avais déjà vu la pièce La Fuite, que Julien Gélas avait traduit du chinois, écrit par Gao Xingjian en 2014, découverte très intéressante. J’étais curieuse de voir une pièce qu’il aurait écrit et mis en scène lui-même. De plus, il s’agissait d’un seul en scène qui mettait en scène le dernier homme, dans un univers d’anticipation post-apocalyptique. Je n’ai pas souvent l’occasion de voir de la science-fiction au théâtre, c’était donc l’occasion !

Et il y a du potentiel dans le texte de Julien Gélas. De ses thèmes, de la douce et lente agonie de son narrateur, qui se languit et tente un ultime espoir pour rompre sa malédiction d’être immortel dans un monde désert et saccagé, des réflexions induites, de l’ultime étincelle de la scène finale – il a en effet de belles promesses. Cependant, je n’ai pas réussi à m’immerger dans ce texte et dans le jeu de l’acteur, dans le minimalisme de la mise en scène poussé à l’extrême, dans la stoïcité du narrateur qui s’alourdit d’une tonalité trop monotone. Dans cette sobriété, il y manque encore de la nuance et un peu de finesse. Malgré quelques moments où la force du texte, la voix du narrateur, l’intensité de son regard et l’atmosphère prennent corps et âme dans une atmosphère qui devient tangible, cela reste globalement une petite déception.

Résumé : « Que ferions-nous si nous étions le dernier homme ou la dernière femme sur terre ? Que serions-nous surtout ?21 novembre 2084, côte ouest des Etats-Unis… Il vient d’inventer une machine capable de connecter la matière et la pensée. Une invention de celles qui transforment le cours de l’humanité. Mais sa vie bascule lorsque le Pouvoir tente de la récupérer… Sa femme est enlevée, Il est séquestré… et frappé d’une paradoxale malédiction : le voilà désespérément immortel, dans un monde en proie à un conflit planétaire qui viendra à bout de l’humanité entière…Le dernier homme sur terre nous livre son destin incroyable, s’accrochant à l’espoir d’être ainsi délivré de ses chaînes et de rejoindre paisiblement ses semblables… »

JUSTE LA FIN DU MONDE

Création de la compagnie Ledn-L’équipe de nuit
Adapté du texte de Jean-Luc Lagarce
Metteur en scène: Jean-Charles Mouveaux
Interprètes: Vanessa Cailhom, Jil Caplan, Esther Ebbo, Chantal Trichet, Philippe Calvario, Jean-Charles Mouveaux
Vue au Théâtre des Templiers, Petit Louvre

Si ce n’est le texte, je n’ai pas vraiment aimé la pièce. Ni son décors, structure noire composée de tables adossées, empilées, retournées, ni l’interprétation des acteurs et la mise en scène. Je suis, pour ainsi dire, passée complètement à côté de cette pièce.

En fait, je me suis vraiment ennuyée de bout en bout. La sobriété est poussée au paroxysme, dans un ton monotone, lourd, et sans nuances. Certains acteurs étaient vraiment mauvais, comme s’ils venaient d’apprendre le texte et ne savaient pas comment le jouer.

Je suis quand même ravie d’avoir découvert le texte de Jean-Luc Lagarce. La parole y est maitresse et je comprends, en un sens, la volonté de ne pas détourner l’attention du spectateur dans une mise en scène. C’est une tragédie familiale, où Louis, de retour après plusieurs années d’absence et de quasi-silence, doit annoncer à sa famille qu’il va mourir. Son retour brisera pendant son court séjour ce silence et libèrera la parole. Et en même temps, cet assemblage de monologues, à l’exception de quelques scènes particulières, montre à quel point l’échange fait cruellement défaut et les rend presque étrangers. Louis repartira sans rien dire de son état de santé. Du coup, j’aimerais mieux lire le livre et entendre sa musicalité et sa force, que je n’ai pas perçu dans son adaptation, malheureusement.

Résumé: « Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers d’éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit. »

FUCKING HAPPY END

JJ’aiCréation de la compagnie Reina Loca
Metteur en scène : Jan Oliver Schroeder
Metteuse en scène : Sarah Fuentes
Interprète(s) : Ludovic Chasseuil, Sarah Fuentes, Maud Imbert, Jan Oliver Schroeder
Diffusion : Adeline Bodin
Régisseur : Loïs Guidotti
Plus d’informations: https://www.reinaloca.com/fucking-happy-end/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Alors, je dois avouer qu’un mois après l’avoir vue, j’ai déjà oublié en grande partie la pièce. Je n’en ai que peu à en dire finalement.

Je me souviens qu’elle était par moment drôle avec quelques bonnes idées, notamment au niveau des costumes. Mais elle était aussi un peu too much, lourdingue, pas très fine dans l’humour.

La réécriture de Peau d’Âne n’est finalement pas aussi originale, malgré quelques renversements. On reste plutôt ancré sur le conte, il me semble, et la prise de risque reste plutôt sage.

J’aurais peut-être aimé y voir un peu plus de cynisme et de critique.

Résumé : « Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Blanche Neige attend le prince charmant alors qu’elle a sept nains sous la main ? Pourquoi faut-il bécoter une armée de batraciens avant de trouver chaussure à son pied ? Ou pourquoi cherche-t-on absolument à vous caser alors que le mariage vous donne envie de vous pendre avec la crinière de Raiponce ? Bref, vous en avez marre des « Happy ends » formatés, tant mieux. Nous aussi ! « FUCKING HAPPY END » est une tragi-comédie qui pulvérise les idées reçues sur le couple, la famille, la quête du bonheur et tous les autres clichés dans lesquels la société veut nous claquemurer… Sous les feux de la rampe d’un étrange cabaret, un cortège de personnages, évadés de l’univers des contes, va vous dévoiler sa vision complètement loufoque et déjantée de « Peau d’Ane » !

LODKA

Création de la compagnie russe Quartier Libre
Metteur en scène : Sergey BYZGU
Interprète(s) : Olga ELISEEVA, Alexander GUSAROV, Marina MAKHAEVA, Yulia SERGEEVA, Natalia PARASHKINA
Plus d’informations: http://showlodka.com/fr
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’étais allée voir il y a quelques années leur spectacle « La famille Semianyki« , qui m’avait autant surprise que fait rire aux éclats. J’avais gardé un très bon souvenir de ce moment, surtout que je ne suis pas habituellement adepte de mimes. J’étais donc curieuse de les retrouver dans un nouveau spectacle.

Malheureusement, je n’ai pas été aussi comblée que la première fois. Il y a des moments très drôles et c’est plutôt bon enfant dans l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé des longueurs dans le spectacle et de la répétition dans les gags.

Certains personnages étaient peut-être un peu trop poussés à l’extrême dans leur running gag, qui rendait l’ensemble un peu inégal et parfois lourd. Mais j’ai aimé le thème général du spectacle, l’autodérision dans l’imbrication du théâtre dans le théâtre. La compagnie monte en effet un spectacle qui tourne au désastre et échappe à leur contrôle. Situation assez cocasse qui entraînera plusieurs fous rires, même si ça n’a pas toujours fait mouche avec moi.

Résumé : « LoDka – en Russe « petit bateau » – embarque le spectateur dans le tumulte du quotidien d’un petit théâtre.Un kaléidoscope de personnages drôles et touchants dans des situations rocambolesques inspirées par un long vécu de comédiens de théâtre. Sans un seul mot et en même temps, avec une justesse poignante et un humour incisif, ces artistes nous communiquent leurs rêves, leurs chagrins, leurs espoirs et leur humanité. »


Et voilà, c’en est terminé de ce (long) bilan du Festival Off 2018. C’est un plaisir, comme à chaque fois, d’y séjourner. Avignon est une très belle ville provençale et médiévale qui se colore durant tout le mois de Juillet, attirant la culture du monde entier dans ses murs. C’est toujours un privilège de pouvoir m’y rendre chaque été et je savoure toujours ces instants qui ne seraient rien sans toutes ces compagnies, ces metteurs en scène, ces acteurs, ces scénographes et toutes leurs équipes de talents.

J’ai déjà hâte d’y revenir l’été prochain.


EN DÉCOUVRIR PLUS :

Quelques articles des années précédentes :

Chroniques des pièces vues durant le Festival (2014, 2015, 2016) :


Bilan du Festival OFF 2017 en Avignon

Cette année encore, je suis retournée au Festival de Théâtre d’Avignon, et plus particulièrement celui qu’on nomme le « Festival OFF ». C’est un festival célèbre, qui se déroule en Juillet, pendant lequel la ville médiévale s’anime et festoie, faisant la belle part à la culture – dont elle fut la capitale européenne en 2000.

Avignon est une magnifique cité, qui a conservé une grande part de son patrimoine architectural et culturel. Je vous recommande vivement de la visiter quelques jours et plus particulièrement à cette période de l’année (malgré le risque de canicule et le coût prohibitif, il faut le reconnaître…).

Le festival est pour ma part un rendez-vous annuel qui me tient à cœur et me fait extrêmement plaisir – car, de plus, j’adore le théâtre.

Etant donné que cette année, je n’y suis allée que peu de temps et que j’y ai vu deux à trois pièces par jour, je n’ai pas eu le temps de vous faire un billet pour chaque pièce. Je profite donc de celui-ci pour vous faire le bilan du Festival de cette année. Un peu comme pour les bilans cultures mensuels, je ne vais m’attarder vraiment que sur les 3 pièces que j’ai préférées, et vous propose un rapide retour sur celles que j’ai appréciées et sur celles qui m’ont déçues. Lire la suite

Monthly Best Of Culture – Juillet 2017

Waouh ! Dresser le bilan culturel du mois de Juillet n’est pas une mince affaire. Je me suis sentie pousser des ailes, tant j’ai lu, vu des films et suis allée au théâtre. Évidemment, qui dit Juillet dit Festival de théâtre en Avignon (le OFF, je précise). Je ferai un billet pour en parler.

Du reste, j’étais portée par une soif insatiable de découvertes, et j’espère qu’Août sera au moins aussi appétissant.


THE MONTHLY BEST OF CULTURE
Juillet 2017

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Le TOP

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#1 – Le cavalier suédois de Leo Perrutz
Catégorie : Roman

Cela faisait longtemps que je n’avais pas éprouvé un tel plaisir, semblable à celui que j’ai eu lorsque j’ai réalisé pourquoi j’aimais autant la littérature. C’est assez rare pour être mentionné, mais dans tous les livres que je lis, il n’y a en fait que peu, même dans ceux que j’ai aimé lire, qui aient assez d’impact pour être à ce point un coup de cœur. Et, Leo Perrutz, c’est tout autant une plume merveilleuse qu’un véritable conteur. En tout cas, la traduction lui rend un bel hommage (mais je ne saurais dire à quel point elle lui est fidèle). Le Cavalier Suédois, c’est un récit qui a une réelle atmosphère, un décor si clairement décrit qu’il en paraît réel et historique. Les personnages sont, comme dans les meilleurs contes, un peu caricaturaux mais très crédibles dans l’histoire qu’ils jouent. C’est délicieux, jouissif, quand un auteur arrive à ce point à colorer les voix des personnages, que chaque bouleversement est une chatouille pour le lecteur harponné, qui ne peut plus se détacher du livre et continue à le vivre, même après l’avoir refermé.

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#2 – The Hate You Give d’Angie Thomas
Catégorie : Roman

Lu dans le cadre du nouveau club de lecture, intitulé « Unicorns gonna read », créé par Robinou et Saefiel, qui vise à s’introduire à la lecture en VO tout en s’entraidant entre membres. Une première expérience réussie ! Si je ne suis pas forcément débutante en la matière, je me suis surtout dit que c’était l’occasion de tenter des livres différents de ceux que je choisirai en librairie par moi-même. Et à raison : ce fut une très bonne découverte que The hate you give, un roman destiné aux jeunes adultes qui est intelligemment bien écrit, diversifié, riche en thèmes, avec des personnages bien construits et beaucoup de finesse dans l’écriture. Il parle notamment de racisme, qu’il soit assumé ou intériorisé, et du rôle des médias, de deuil, d’acceptation de soi, du sentiment d’être différent, des différences entre les classes sociales, de la violence sociale, de la violence policière, du militantisme, de l’amour familial, notamment paternel, du droit à la seconde chance, etc. Tout cela imbriqué dans le récit à la première personne. L’héroïne est un personnage féminin complexe, au caractère bien trempé, mature. Un plaisir de retrouver une telle figure plurielle dans un roman Young Adult. Ses réflexions sont brillamment introduites, soulevant de nombreuses questions auxquelles le lecteur est invité à réfléchir et se faire sa propre idée. Des choix scénaristiques qui ont su me surprendre, cassant les stéréotypes et brisant toute réticence face à la complexité de l’œuvre, pourtant glissée avec modestie dans le roman. Je n’arrive pas à croire que ce soit là le premier roman de l’auteure – je suis impressionnée et doublement ravie, en attente de ce qu’elle pourra nous proposer d’autres !

*

#3 – Marginalia, adaptée du « Double assassinat dans la rue Morgue » d’Edgar Allan POE par le collectif 8
Catégorie : Théâtre

C’est devenu un rendez-vous annuel. Depuis trois ans, je vais voir une création du Collectif 8 au Festival de Théâtre OFF en Avignon. Et chaque fois, je suis charmée. Ce n’est pas seulement parce qu’ils choisissent des textes forts de la littérature, qu’ils adaptent, réinterprètent merveilleusement ; ce n’est pas non plus uniquement grâce à l’excellent jeu de leurs acteurs ; ce n’est pas non plus par leur savante utilisation des techniques du cinéma qu’ils combinent avec des décors chaque fois très adaptés. C’est bien évidemment à cause de tout cela. La fusion des deux acteurs a fait le charme de la pièce et a réussi à nous plonger dans l’atmosphère. L’ambiance sonore ajoutée aux projections nous donne l’impression d’avoir plongé à travers le voile de l’écran du cinéma. On est happé par le texte, par leurs voix, par les effets visuels, autant virtuels que réels. Un flou artistique qui joue avec les frontières de l’imaginaire dans le monde physique. Et puis, quel plaisir de voir évoluer sur scène les ancêtres, l’un excentrique, de Sherlock Holmes, et l’autre plus terre à terre, de Watson !

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Les bonnes surprises :

  • Memories of murder de Bon JOON-HO [Film]
  • Perfect blue de Satoshi KON [Film]
  • Autobiographie d’Angela DAVIS [Livre]
  • Les Maîtres d’Écosse #3 de Robyn YOUNG [Livre]
  • La fin de l’éternité d’Isaac ASIMOV [Livre]
  • Sankara Mitterand de Jacques JOUET, mise en scène par la compagnie L’Agit [Théâtre]
  • Les fourberies de Scapin de Molière, mise en scène par la compagnie L’Eternel Eté [Théâtre]
  • All you need is kill de Hiroshi SAKURAZAKA [Livre]

Les découvertes :

  • La veuve Choufleuri de Jacques OFFENBACH, mise en scène par la compagnie des Chasseurs s’entêtent [Théâtre]
  • Dernière heure 1 de Yû [Manga]
  • Okja de Bong JOON-HO [Film]
  • Little Cheung de Fruit CHAN [Film]
  • Dunkerque de Christopher NOLAN [Film]
  • Robyn à la dernière seconde de Manon FARGETTON [Livre]
  • La main tendue de Poul ANDERSON [Livre]
  • (Déjà vu : ) Edge of Tomorrow de Doug LIMAN [Film] (voir ma Chronique)
  • (Déjà lu : ) Rapport minoritaire de Philip K. DICK [Nouvelle faisant partie du recueil Total Recall/Minority Report]
  • L’invitation au château de Jean ANOUILH, mise en scène par la compagnie Oxygène[Théâtre]
  • La légende National Geographic exposée au Musée National d’Histoire Naturelle [Exposition]

Les mitigés :

  • Museum #1 et #2 de Kyôsuke TOMOE [Manga]
  • La géopolitique des émotions de Dominique MOISI [Livre]
  • L’affaire Dussaert de Jacques MOUGENOT[Théâtre]
  • Circé, tiré de L’Odyssée d’Homère, mis en scène par la compagnie Désordres [Théâtre]

Les mauvais élèves :

  • The invention of lying de Rick GERVAIS et Matthew ROBINSON [Film]
  • Passion de Brian DE PALMA [Film]
  • Pourquoi ? de Michaël HIRSCH [Théâtre]
  • Wonder woman de Patty JENKINS [Films]
  • Mytho Man de Ricky GERVAIS et Matthiew ROBINSON [Films]

Monthly Best Of Culture – Mars & Avril 2017

Fin Mars. Le beau temps était là, l’envie aussi. Mais allez savoir pourquoi, je n’ai pas réussi à me décider sur le bilan. J’en fais ? Je n’en fais pas ? J’ai dressé la liste de ce que j’avais lu, vu, visité. Il y avait de la matière, de la bonne, en plus. Mais je n’ai pas réussi à franchir le pas de l’écriture ; quelque chose me rendait insatisfaite. Et j’ai tout bonnement supprimé tous mes brouillons, renvoyé valser mes bonnes résolutions et laissé au temps la possibilité de me rendre l’inspiration. Qui, peut-être, me fait encore suffisamment défaut pour que je sois aussi peu active, en fin de compte, sur le blog.

Pourtant, l’envie d’écrire, elle, ne me quitte jamais. Tout autant que l’envie de lire. Elles sont indépendamment liées l’une à l’autre, d’une façon parfaitement contradictoire (n’y a-t-il pas d’ailleurs quelque dissonance entre le mot « parfaitement » et « contradictoire » ?). En réalité, je lis beaucoup plus que je n’écris. Ce qui, des années auparavant n’était pas forcément vrai, pas forcément vrai tout le temps – ni dans cet ordre.

Ecrire des chroniques, c’était ma solution en 2014 pour me remettre tout bonnement à écrire, cap que je n’arrivais plus forcément à franchir depuis plus d’un an, si ce n’est davantage. Je prends du plaisir à le faire, à essayer de me rendre plus critique sur ce que j’expérimente, à pousser un peu plus loin mon appréciation, quitte à l’analyser un peu, exercice auquel, par fainéantise, j’oublie parfois de m’appliquer. Autant sur ce que je vois que sur ce que je lis. Cela m’a éveillé, d’une certaine façon, et permis d’entrevoir autrement ce qui pourrait n’être que du divertissement. J’ai aussi envie de me souvenir de ce que j’ai aimé, de pourquoi je l’ai aimé. Et de comprendre ce qui, au fond, me plaît dans ce que je préfère, et inversement.

Peut-être que j’ai encore envie d’écrire autrement. Tout simplement de me remettre à écrire pour de bon. Mais je ne sais pas encore comment, ni quoi, ni sur quoi, ni où.

Le blog, évidemment, je le continue et j’espère bien le nourrir plus souvent. On verra. Vous me suivez ? C’est l’heure du bilan. Et comme je n’ai pas fait celui de Mars, celui-ci sera un bimensuel. On va dire, pour l’exception.

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The Monthly Best Of Culture
Mars & Avril 2017

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LE TOP 3

Double mois ne veut pas dire double TOP, mais un TOP plus difficile à dresser. Il est l’heure de choisir. Mais lesquels ?

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#1 – Avalon de Mamoru Oshii
Catégorie : Film

J’avais beaucoup entendu parler du réalisateur, notamment pour son fameux Ghost in the Shell (l’animé, et non la version live action américanisée et très édulcorée) mais aussi pour sa capacité à réaliser des films complexes, aux multiples grilles de lectures, qu’un seul visionnage ne peut suffire pour tout saisir. Avalon a comblé mes attentes, tant en termes de réalisation que de scénario, d’interprétation, de prises de risque et de soundtracks. La musique de Kenji Kawai est superbe, son duo avec le réalisateur marche définitivement très bien. L’atmosphère est mélancolique, servie par la relative absence de paroles, par le décors sombre, le quotidien répétitif de la vie de l’héroïne, les gestes lents, répétés, la musique aussi et le ton sépia.

Le background, dont l’interprétation est laissée très libre au spectateur, fait rebond aux problématiques modernes que propose le film. Visuellement, c’est fascinant : la couleur dominante de sépia, les prises de vue fixes, répétitives… Le monde réel et virtuel ne font qu’un, rendant la frontière floue, faisant rebond à l’un des thèmes du film. Le jeu vidéo y est mis en scène sans être diabolisé, rendu coupable des dérives de ses utilisateurs. La fuite n’est pas tant du fait du support que de la réalité. Il renvoie au contraire l’être humain à se questionner sur ce qui est, de fait, réel. Le film s’inspire des codes du jeu vidéo, jusqu’à la construction même de ses personnages, autant dans leur vie réelle que dans leur vie virtuelle, et se déroule par étapes (par niveaux).

Le film est fait de multiples détails, pensés avec minutie pour faire sens. Rien n’est cependant explicité, et notre capacité à déduire ou interpréter, traduire les significations et en tirer la réflexion portée par le film, est très largement sollicitée. C’est un film qui demande à être actif, ce qui le rend puissant, intense, mais aussi peu reposant. Un film que je reverrai avec grand plaisir et la certitude d’être à nouveau surprise.

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#2 – L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken LIU
Catégorie : Roman
>>> Lire ma chronique

J’en ai fait une chronique, aussi ne m’attarderai-je pas dessus : Ken LIU nous propose de nous interroger sur l’importance de l’Histoire et de la recherche de la vérité. Il nous impose une question éthique pour réfléchir sur la raison pour laquelle cette recherche est nécessaire. A qui profite l’Histoire ? Qui est concerné ? Quelle part de responsabilités a-t-on sur l’Histoire ? Après l’Histoire ? Sait-on tout de notre passé ? Il s’intéresse notamment à l’Unité 731, créée par les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale, et les expériences monstrueuses qui ont été pratiquées sur des êtres humains, que l’on a reconnu récemment comme faisait partie des crimes contre l’Humanité perpétrés, mais qui reste un sujet tabou en Chine comme au Japon. Une partie de l’Histoire que l’on connaît assez peu, en fin de compte, et que l’on a découvert que très récemment, en 1981. Le roman est court, efficace et écrit avec habileté, critique, mais, surtout, sans dirigisme.

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#3 – Phantom of the Paradise de Brian de Palma
Catégorie : Film

Ce n’est pas la première fois que je vois ce film, et je suis autant sous le charme. J’aime son côté pastiche, mélange de comédie musicale à la Fantôme de l’Opéra et de Faust, avec ce côté rock des années 70. C’est un film qui déborde de folie, complètement jouissif et déjanté. Il paraît bancal, décalé, mais est très assumé et parfaitement maîtrisé. Une bande son excellente. C’est de l’énergie pure par laquelle on s’abreuve goulûment, on en redemande toujours. Ce film a beau être sorti des années 70, avec les costumes kitchs et les couleurs criardes, il ne vieillit toujours pas, comme s’il était lui-même habité de son personnage machiavélique, Swann, et avait pactisé avec le diable, comme Faust, pour conserver la fraîcheur de sa jeunesse. Un régal !

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Les très bonnes surprises :

Catégorie BD :

  • Les mystères du monde quantique de Thibault Damour et Mathieu Burrast
  • Dead dead demon’s dededede destruction Tomes 1 à 3 d’Inio Asano

Catégorie livres :

  • La désobéissance civile d’Henry David Thoreau
  • A voté d’Isaac Asimov
  • World War Z de Max Brooks

Catégorie audiolivre ou adaptation radio :

  • Alien : Out of Shadows de Tim Lebbon (adaptation Audiolib)
  • Debout les morts de Fred Vargas (adaptation France Culture)

Catégorie films :

  • Kiki la petite sorcière d’Hayao Miyazaki

Les bonnes découvertes :

Catégorie expositions :

  • Joann Sfar – Salvador Dali, une seconde avant l’éveil à l’Espace Dali

Catégorie films :

  • Yojimbo d’Akira Kurosawa
  • Blow up de Michelangelo Antonioni
  • Cris et chuchotements d’Ingrid Bergman
  • Les figures de l’ombre de Théodore Melfi
  • The lost city of Z de James Gray

Catégorie livres :

  • L’homme à l’envers de Fred Vargas
  • Les portes du néant de Samar Yazbek
  • Rouge armé de Maxime Gillo

Catégorie théâtre :

  • Alimentation générale de Denis Baronnet et Ronan Yvon mise en scène par Frédéric Thibault, au Théâtre du Bélier

Les mauvais élèves :

Catégorie BD :

  • Last hero Inuyashiki tomes 1 et 2 de Hiroya Oku

Catégorie films :

  • Logan de James Mangold
  • Les gardiens de la galaxie 2 de James Gunn

Catégorie expositions :

  • Jardins au Grand Palais

Chroniqués ces mois-ci :

Bilan culture de Janvier 2017

Bonne année du Coq de Feu ! Je ne sais pas si vous avez jeté un œil sur les horoscopes relatifs à cette nouvelle année du calendrier asiatique, mais il semble que 2017 soit vouée à être de bon augure. C’est en tout cas tous mes vœux que je vous adresse !

Comme annoncé dans un de mes bilans annuels de l’année 2016, j’ai décidé de changer un peu de formule pour le bilan mensuel. L’année dernière, j’ai complètement laissé de côté le cinéma, me concentrant uniquement sur un bilan mensuel littéraire. En 2017, j’aimerais faire revenir un peu plus le 7e art sur le devant du blog.

De fait, je vais reprendre de l’idée de mon « Monthly Best Of Books », sauf que le Top 3 concernera dorénavant les trois découvertes culturelles que j’aurais préférées au cours du mois. Et quand je parle de culture, c’est autant pour évoquer les livres, les bandes dessinées de toutes sortes, les films mais aussi pour y inclure les pièces de théâtre et les expositions – ces deux dernières catégories étant un challenge personnel que je souhaite me fixer en 2017 pour diversifier un peu plus le blog !

Sans plus tarder, attaquons donc le premier bilan culturel de 2017…


The Monthly Best Of Culture
Janvier 2017

Autant dire que cette année commence définitivement bien, mais que, sans surprise, mes coups de cœur sont essentiellement des livres, dont deux sont des essais que je vous recommande vivement.

#1 – Watership Down de Richard Adams
Catégorie : Roman
Qui aurait cru qu’une histoire jeunesse autour de lapins allait autant me plaire ? Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une simple épopée, le roman est un OVNI littéraire inclassable, mais brillantissime, qui m’a clairement donné envie d’explorer un peu plus la bibliographie de cet auteur anglais !
>>> Lire ma chronique

#2 – Une lutte sans trêve d’Angéla Davis
Catégorie : Essai
C’est difficile de résumer ce recueil de discours prononcés par Angéla Davis. C’est le deuxième recueil que je lis de ses interventions, et je suis encore une fois étonnée de toutes les questions qu’elle m’inspire sur notre société. J’aime tout particulièrement ses pistes de réflexion sur le système pénitentiaire, sur son appel à continuer les luttes, pour la liberté et l’égalité, la paix sociale et internationale. Elle montre à travers ces textes l’importance d’envisager l’intersectionnalité de ces dernières. Encore une fois, ce fut passionnant et enrichissant. Je recommande vivement.

#3 – En quête de L’Etranger d’Alice Kaplan
Catégorie : Biographie
S’il s’agit d’une biographie, Alice Kaplan nous propose cette fois de découvrir la biographie du chef d’œuvre d’Albert Camus. On ne découvre ainsi pas seulement la vie de l’auteur, à travers les reflets que l’œuvre projette de lui, mais plutôt comment l’auteur, de par sa vie, ses expériences, ses réflexions, en est venu à écrire L’Etranger. Quelle est le processus de création qui a mené à la publication d’un monument littéraire ? Et une fois le livre terminé, comment a-t-il réussi à passer toutes les épreuves de la censure pour être publiée en pleine Occupation ? Comment a-t-il été reçu non seulement en France, mais également à L’Etranger ? Existe-t-il une grille de lecture unique et universelle d’une œuvre ? C’est un travail passionnant, écrit avec habilité et fluidité, et extrêmement bien documenté.

Les bonnes surprises :

Catégorie films :

  • Tout en haut du monde de Rémi Chayé
  • Premier contact de Denis Villeneuve

Catégorie livres :

  • Tropique de la violence de Nathacha Appanah

Catégorie BD :

  • Le retour de la bondrée d’Aimee De Jongh
  • Shangri-La de Mathiau Bablet >>> Lire ma chronique

Les bonnes découvertes :

Catégorie films :

Les mauvais élèves :

Catégorie théâtre :

  • Vie et mort de H, Pique-assiette et souffre-douleur de Hanokh Levin, mise en scène de Clément Poirée, au Théâtre de la Tempête

Catégorie films :

  • The Survivalist de Stephen Fingleton

Chroniqués ce mois-ci :


Autres articles publiés :

Bilan Films de 2016
Bilan Livres et BD de 2016

 

Le cas « Harry Potter and the cursed child » de John Tiffany et Jack Thorne

harry-potter-and-the-cursed-child

Harry Potter and the cursed child
D’après un scénario et l’œuvre de J.K. Rowling
Ecrit par John Tiffany et Jack Thorne
Publié aux éditions Little Brown2016
Théâtre, Fantastique
17,98€, Grand Format/Hardback

Résumé :

« L’action de la pièce se déroule dix-neuf ans après les évènements du livre Harry Potter et les Reliques de la Mort et suit les aventures d’Harry Potter, désormais employé au Ministère de la Magie, et de son plus jeune fils, Albus Severus Potter. »


La pièce de théâtre « Harry Potter and the cursed child » aura fait beaucoup parlé d’elle. La promotion dont elle a joui a réveillé tous les (vieux et jeunes) fans. Le projet fait rêver : mettre en scène la magie de Poudlard sur un plateau de théâtre, face aux spectateurs, quelle belle invitation dans l’imaginaire de J.K. Rowling.

Ce billet va probablement être assez long mais je tenais à prendre le temps de vous expliquer toutes les raisons pour lesquelles j’étais divisée face à ce projet. Finalement la curiosité l’a emporté.

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Festival OFF – Avignon 2016 | Entourloupes, Ecole du Spectateur

Photo ©Cécile Dureux
Photo ©Cécile Dureux

Après vous avoir parlé de la pièce « Le Jardinier », il me semble tout naturel de vous évoquer une autre pièce jeunesse, pour ceux/celles qui ont des enfants ou ceux/celles qui, comme moi, ont conservé intacte leur âme d’enfants. J’aime assez partir à la découverte d’autres pays et quel merveilleux moyen que de le faire à travers leurs contes.

« Entourloupes » met en scène trois contes – un yiddish, un tzigane et un conte d’Andersen – joués par deux acteurs et accompagnés d’un musicien. Trois courtes pièces, donc, jouées avec un plaisir partagé par le public, tant les acteurs sont drôles, légers et très généreux sur scène. Difficile de ne pas trop en dire sans  spoiler ! En tout cas, c’est le spectacle où je me suis peut-être le plus amusée – et oui !

Ainsi, vous aurez l’occasion de découvrir – ou de redécouvrir – les contes « Le Roi des Avares », « St Georges » et « Le Petit Claus et le Grand Claus » accompagné de musique et de chants oubliés, une mise en scène légère mais efficace, sur un décor fait maison qui s’adapte n’importe où. Que le spectacle ait lieu au sein d’un chapiteau rajoute au charme et à l’ambiance.

C’est frais, c’est léger, c’est efficace. C’est très fort en sympathie et beaucoup en plaisir gourmand.


entourloupes

Interprète(s) : Agnieszka Kolosowska-Bihel, Christophe Bihel, Jérémy Ravoux
Mise en scène : Christophe Bihel
Création musique & lumière : Jérémy Ravoux
Régie lumière : Alizée Barnoud
Administration / Diffusion : Dominique Terramorsi


Résumé :

Une petite forme familiale, un conte de tradition yiddish, un conte tzigane et un conte d’Andersen, des chants un peu oubliés, des objets qui vont volent et viennent, des trappes, des rideaux… Bref, un théâtre miniature ambulant venu de loin, on ne sait pas exactement d’où, mais de quelque part par là… Certainement.


Informations pratiques :

Ecole du spectateur (Ecole Persil-Pouzaraque)
1H, 14h15
Du 12 au 30 juillet
Relâche les 18, 25 juillet
Tarif : 10€, Abonnés OFF : 7€, Enfants -10 ans : 5€
A partir de 6 ans


Liens :

Informations & réservations : Site du Festival OFF
Site de la compagnie Le Petit Théâtre Dakôté


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Festival OFF – Avignon 2016 | Le Jardinier, Espace Roseau Teinturiers

Le JardinierDécouverte qui fut née d’un retard bienheureux, Le Jardinier a été la bouffée de fraîcheur de mon festival. Voici ce que vous offre cette pièce :  un énorme sourire de ceux qui auront été réconfortés pendant une heure. Terme étonnant mais non moins sincère : j’en suis sortie bercée par des souvenirs doux et familiers, que je n’ai pas pourtant pas vécus.

Difficile de décrire la pièce comme un « seul sur scène », puisque nous y avons vu évoluer au moins deux personnages, et par intermittence trois, voire quatre, autour de cette roue des saisons sur laquelle notre imagination n’a aucun mal à visualiser le berceau d’un jardin passé en devenir. Joe a bien du mal à accepter l’arrivée de sa petite sœur, petite chose encombrante qui ne fait que crier et accaparer l’attention de ses parents, lui laissant l’impression d’être de trop. Une sensation que partage bien l’oncle Harry, passionné de jardinage et dont la mémoire fait souvent défaut.

Histoire de petit prince et de renards, où il est question de transmission, de liens familiaux, d’apprentissage, c’est un moment de pure tendresse. La pièce de théâtre bénéficie d’une histoire touchante, bien sûr, finement découpée et rythmée au fil des anecdotes, des jours comme des saisons ; d’un très bon acteur, capable non seulement d’interpréter les différents rôles mais aussi de les faire jouer dans et par le décor ou objets (des bottes en caoutchouc, deux chapeaux, les ustensiles de jardinage, le tout posé sur un plateau en forme de roue amovible et modulable à l’envie) ; des artifices simples pour mettre l’ambiance (comme ce seau rempli qui déverse la pluie sur le parapluie où s’abritent l’oncle et le neveu au soleil tombant) ; et une mise en scène délicate, poétique :  une invitation ouverte au spectateur de s’émerveiller comme de s’attendrir,  et qui ne tombe jamais dans le pathos ou dans une nostalgie déprimante.

Une ode à la vie, une brise printanière, une pause de douceur au sein du festival. Pour ma part, un coup de cœur.

Bande d’annonce :


le jardinier afficheInterprète(s) : Brice Coupey
Metteuse en scène : Agnès Renaud
Régisseur : Jérémy Pichereau
Administratrice : Taraneh Zolfaghari
Production et diffusion : Anne-Lyse Wattier (06.50.39.58.73)
Conventionnée par : DRAC Nord Pas de Calais – Picardie
Et : Conseil régional des Hauts-de-France
Subventionnée par : Conseil départemental de l’Aisne
Résidences : MAL de Laon (02) et La Lanterne à Rambouillet (78)


Résumé :

Dans la vie, il y a des rencontres qui nous changent et nous aident à nous construire.

Telle celle entre Joe et Harry : l’un dans l’apprentissage de la vie, l’autre dans l’acceptation de la vieillesse.

Joe et Harry : deux regards, deux mondes, deux solitudes, et l’histoire d’une amitié forte qui se noue au rythme des saisons.

En réunissant ces deux-là, qui s’apprivoisent par le regard, les mots, les gestes, les silences, Mike Kenny questionne notre façon d’être au monde ; il s’interroge sur la trace et la mémoire : que laisse-t-on à ceux qui nous suivent ? Quelle place accorde-t-on à nos aînés dans l’espace public ? Et, au final, qu’est-ce qui compte le plus dans une vie ?


Informations pratiques :

Espace Roseau Teinturiers
55 minutes, à 14h45
Du 6 au 30 Juillet 2016
Relâche les 13 et 20 Juillet
Tarif : 15€, Abonnés OFF : 10€, Enfants : 7,5€
A partir de 7 ans


Liens :

Informations & réservations : Site du Festival OFF | Site de l’Espace Roseau Teinturiers

Site de la compagnie L’Esprit de la Forge


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Festival OFF – Avignon 2016 | La Religieuse, Théâtre du Chêne Noir

chene noir la religieuseComme chaque année depuis trois ans, mon Festival  OFF en Avignon commence au Théâtre du Chêne Noir. Après La Chute d’Albert Camus et Alice d’après le roman de Llewis Caroll, adapté par le collectif 8, j’ai  encore une fois eu très envie de faire de cette première journée un succès théâtral.

Résultat : je suis conquise. Par la programmation du Théâtre du Chêne Noir,  par mon choix de premier spectacle au festival, et par le collectif 8.

Cette année, c’est un texte difficile, humaniste et actuel, que le collectif a choisi d’adapter. La Religieuse d’après le texte de Diderot n’était pas un choix évident, et j’avoue avoir hésité à le placer en première ligne pour le festival. Mais ayant confiance en la qualité que j’y trouverai, je me suis finalement lancée. Et pour quel plaisir.

Un des charmes du  Collectif 8 est ce rapprochement entre cinéma et théâtre, autant dans le décors que  dans la mise en scène ou le choix et l’utilisation de la musique. Un décors d’ailleurs simple mais efficace : des portes de cellules de part et d’autre d’une cellule au centre amovible. Un lieu confiné, étroit, sombre, glacial, qui nous plonge dans l’ambiance du récit. Les projections sur l’ensemble du lieu, qui complètent et se mélangent au décors aussi bien qu’aux personnages, sont de natures multiples. De la  mise en abyme des lieux (une église, des couloirs obscurs…)  aux montages vidéos en ouverture/fermeture ou à des moments clés, tout sert à nous plonger dans l’atmosphère, emphase de l’horreur vécue.

Il me faut également souligner les excellentes actrices : Gaële Boghossian (qui avait d’ailleurs été sublime dans Alice) et Noémie Bianco, deux voix puissantes, deux présences incroyables sur scène. Si la narration de Gaële Boghossian est un peu en-deçà de ce qu’elle offre dans ses interprétations de personnages, son jeu de narratrice se révèle par la suite  avisé : elle évite en effet toute sur-dramatisation qui aurait alourdi et desservi le texte. Le sourire toujours rivé sur son visage glisse tout le mordant de l’ironie, de l’absurdité, et dénonce par contraste l’horreur. Noémie Bianco n’est pas en reste : toute en justesse et sans jamais perdre pied. Bravo aux actrices, quel talent.

Et puis, il y a évidemment le texte, incroyable et terriblement d’actualité, qui dénonce l’inhumanité de l’intégrisme religieux. L’isolation et l’enfermement au sein d’une communauté étroite et refermée sur elle-même, et  par conséquence, la perversion de l’âme, où conduit l’endoctrinement imposé à l’être.

En peu de mots : une véritable découverte pour ma part et un vrai régal de théâtre. A découvrir.

Bande d’annonce :


La religieuseInterprète(s) : Noémie Bianco, Gaële Boghossian
Metteur en scène : Paulo Correia
Compositeur : Clément Althaus
Costumes : Gaële Boghossian / Romain Fazi
Scénographie : Collectif 8 / Divine Quincaillerie
Chorégraphe : Michaël Allibert
Chargée de production : Vanessa Anheim
Assistante régie : Samuele Dumas
Stagiaire communication : Elisabeth Mory-Lund
Stagiaire : Joy Serradell


Résumé : 

A travers cet émouvant plaidoyer humaniste, Collectif 8 propose une vision d’actualité sur l’endoctrinement, le maintien dans l’ignorance et la dissolution de l’individu dans la communauté. Dans un hymne d’espoir et de liberté, deux comédiennes incarnent Suzanne Simonin, à la fois interprète et observatrice, accusée et avocate, faisant renaitre les fantômes, vierges folles et monstres, de ces vies arrachées, vrillées, emmurées.

Le théâtre est envisagé comme tribunal de l’humanité, le spectateur y est convoqué, questionné, pris à parti.

Entre réalité et fantasme, la création vidéo et musicale nous immerge dans un monde d’hallucinations, de symboles et d’obsessions et porte l’imaginaire aux confins de notre perception.


Informations pratiques :

Théâtre du Chêne Noir, Salle John Coltrane
Du 6 au 30 Juillet 2016
Relâche le 11, 18, 25 Juillet
1h25


Liens :

Informations & réservations : Site du Chêne Noir |  Site du Festival Off

Le site du Collectif 8


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3 pièces de théâtre coups de coeur

Peut-être est-ce parce que l’été vient de sonner à la porte.

Peut-être est-ce parce que la période festivalière de théâtre s’annonce pour bientôt sous un soleil chaud sans doute déjà bien présent entre les murs pâles d’Avignon.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de théâtre. Lire la suite