Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Colonies de Laurent Genefort

Colonies 
Écrit par Laurent Genefort 
Publié aux éditions Le Belial’ 
Sorti en 2019 
Recueil de nouvelles, Space Opera 
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES DECOUVERTES


Rien de mieux que de découvrir un nouvel auteur à travers un recueil de nouvelles. Cela se lit plus rapidement qu’un roman et ne demande pas la même implication du lecteur, cela permet également de s’aérer de la lecture régulièrement et d’avoir plusieurs échantillons de ce que l’auteur peut proposer. En plus, écrire des textes aussi courts n’est pas un exercice littéraire si simple en soi, car il faut réussir à proposer aux lecteurs un contexte, une intrigue, des personnages et des thèmes cohérents qui permettent de les embarquer dès les toutes premières pages (voire les toutes premières lignes). Et c’est justement la force principale de ce recueil dont chacune des nouvelles aura su me faire plonger dans son univers.  

Résumé : « « Je me souviens de mon premier pas sur Opulence, au pied de la rampe du vaisseau, quand j’ai cru avoir écrasé un caillou et que le caillou saignait sur la mousse ; des larmes coulaient sur les joues de ma mère ; j’ai pensé que c’était à cause du caillou. » Dix récits. Dix histoires de colonies futures, planétaires ou spatiales. Et huit lettres pour un mot qui porte en lui l’essence du space opera. Que Laurent Genefort revisite en maître via la multipolarité de son sujet : l’imaginaire colonial, l’idéologie coloniale, l’aventure coloniale, les horreurs coloniales… La nature humaine sous l’éclairage de soleils exotiques et lointains, en somme. Le cœur battant de la science-fiction.« 

A travers plusieurs indices disséminés dans les nouvelles, on comprend que l’unité du recueil vient non seulement de son sujet (la colonisation de l’espace par l’être humain) mais également du fait qu’elles se déroulent toutes dans un univers commun, créé par l’auteur dans un autre de ses romans. Ces indices sont glissés de façon suffisamment naturel pour être anecdotique, d’autant plus que les nouvelles n’ont, sinon, rien à voir entre elles: autant les lieux, le genre littéraire (comme l’intrigue policière dans Le Jardin des Mélodies voir thriller avec L‘Homme qui n’existait plus) , les intrigues et les personnages sont différents. Mais tous font l’objet d’un dénominateur commun : notre impact dans un monde colonisé, notamment sur l’environnement (par exemple dans la nouvelle Le dernier Salinkar), les conséquences d’une rupture d’échanges commerciaux et migratoires dans des systèmes cloisonnés aux conditions de vie complexes (là on peut citer les nouvelles T’ien-Keou et Le Bris).

La force de ce recueil, c’est de vous entraîner dans chaque histoire avec une facilité étonnante, en quelques paragraphes à peine alors que les nouvelles sont très courtes pour la majorité. Laurent Genefort arrive à créer tout de suite une connivence entre le lecteur et le récit qui nous fait atterrir directement dans le décors, le contexte, et aux côtés des personnages. L’action est au rendez-vous sans être pour autant uniquement frénétique.

Petit bémol personnel toutefois sur le fait que cela reste majoritairement un univers masculin, où les réflexions envers les personnages féminins (pour le peu qu’il y en ait) sont plutôt négatives. Elles les ramènent soit à leur corps soit à leur position d’infériorité sociale, ne serait-ce que dans les statuts qu’elles occupent. Alors certes, c’est peut-être volontairement mis dans le caractère et psychologie des personnages, mais comme il n’y a pas non plus de contrebalance, cela reste pour moi un défaut. Et il n’y a pas non plus, beaucoup de diversité dans la typologie de personnages. Ceux-ci restent dans l’ensemble assez indifférenciables, en fait.

Malgré tout, j’ai quand même apprécié une grande partie de ces nouvelles, en particulier les premières du recueil. On voit qu’il y a des influences et des références à d’autres œuvres, mais l’auteur arrive dans tous les cas à apporter une petite étincelle personnelle. C’est une entrée en matière assez douce du space opera, genre que, personnellement, je ne connais quasiment pas ou si peu. J’aimerais beaucoup lire le roman dans lequel cet univers se déroule, dont le principe de portes ancestrales qui connectent des parties de l’univers à d’autres ne peut que me faire penser en un sens au jeu Mass Effect ou encore à la série Stargate, et donc j’aimerais voir ce qu’il en est réellement !  

Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Dune de Franck Herbert

Dune (tome 1 de la saga Dune)
Ecrit par Franck HERBERT
Traduit par Michel DEMUTH
Publié aux éditions Pocket
Première publication en 1965
Parution (ma version) en 2012
11.40€ poche
Science-fiction, Planet Opera, Space Opera


LES BONNES SURPRISES


Comme chaque fois que je suis confrontée à un mastodonte de la littérature, j’étais intimidée à l’idée d’entamer cet énorme pavé. Une sorte d’appréhension inexplicable où je me donne toutes les raisons pour repousser sa lecture. Et si je n’aimais pas ? Et si je n’y comprenais rien ? Et si je n’arrivais pas à le terminer ? Ce qui est bien entendu absurde car, dans quel cas, il n’y a qu’une réponse possible : et alors ? J’ai donc tenté l’aventure et pris tout mon temps pour savourer ce premier volet, excellent. Pour ceux qui craignent de se lancer dans une saga au long souffle, je peux également vous rassurer : ce tome se suffirait à lui-même.

Résumé :  » Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?  »

Je dois cependant mentionner que j’ai été un peu déroutée par l’écriture et j’ignore si cela vient de la traduction ou du texte original. C’est un roman globalement bien écrit, une plume soignée, et un phrasé qui n’est pas si courant dans la littérature de science-fiction (en tout cas celle que j’ai découvert jusqu’à présent). Il y a pourtant des moments où certaines formulations m’ont sorti de la lecture, où je lisais en me disant que c’était étrangement dit et de manière pas très fluide ou agréable.

Dune n’est pas simple à lire car il y a énormément d’éléments nouveaux ou dont je suis très peu familière. En plus des termes inventés, qui sont rapidement expliqués dans le texte ou dans le lexique en fin de tome, il y a également beaucoup d’inspirations puisées dans plusieurs civilisations et origines de notre propre monde : grecques, germaniques, chinois, arabes…. Le fait est que, m’y connaissant assez peu, j’ai certainement manqué de références et de sens et cela a demandé plus d’efforts également pour essayer de comprendre comment fonctionnait ce monde et sa population. Je ne saurais donc dire ce qui vient de l’inspiration, du mimétisme ou de l’invention pure. Cela participe à la richesse de cet univers qui est dense et complexe et donne envie d’être d’avantage exploré.

De cela résulte donc cet univers enrichissant dont les bases sont un terreau idéal pour une multitude de thèmes qui traversent l’œuvre. Le mysticisme, la superstition, la question du bien et du mal, la tradition et la religion sont entremêlées dans ses fondements, offrant à de nombreuses occasions un champ de réflexions intimes des personnages, comme Paul et sa mère, étrangers à Dune, qui y réagissent et semblent guetter et craindre le basculement vers un fanatisme qu’ils savent ne pouvoir contrôler.

Dans ce sens, cela m’a fait notamment penser au roman« Ti-Harnog » (tome 1 « Les Contacteurs » du Cycle de Lanmeur) par Christian Léourier, où un explorateur va se retrouver au centre d’intrigues tandis que la population locale va interpréter son arrivée comme l’accomplissement d’une légende. De la même manière, Paul va se révéler être une sorte de messie aux yeux des Fremens qui vont l’aduler et le suivre dans un combat, dont Paul sait, en réalité, qu’il ne pourrait échapper. Sa faculté de prescience va renforcer d’autant plus cet aspect. Certes, il est le leader des Fremens, mais il est loin de contrôler en réalité l’aura mystique qui l’entoure et ne peut maîtriser ni le fanatisme des Fremens ni prévenir du jihad, qui pèse comme une ombre menaçante et inévitable dans tout le récit, malgré tous ses efforts pour éviter cet avenir possible.

J’ai été également déroutée par les notes qui précèdent chaque chapitre, extraits d’ouvrages fictifs écrits après les événements du livre. Ceux-ci dévoilent en effet énormément d’éléments de l’intrigue et renversent du coup celle-ci. Puisque le ressort est connu d’avance, on peut s’étonner que le lecteur reste autant captif. Mais c’est également là où la force de l’auteur est d’avoir joué sur le timing des événements et le rythme assez lent du livre, qui laisse désirer les événements majeurs pour faire malgré mariner son lecteur. J’ai donc été surprise par moment de ressentir la tension vis-à-vis de scènes dont je connaissais pourtant l’issue.

On peut reprocher à Dune son manichéisme, des personnages dignes de Gary/Mary Sue (êtres tout puissants et parfaits), en particulier Paul et sa mère, des archétypes sur-usités et peu intéressants au final, des résolutions trop faciles face à des multiples épreuves à chaque fois décrites comme insurmontables, un découpage du récit et un rythme décousus, parfois étiré, parfois expéditif. Il n’empêche que la richesse de son univers et de ses thèmes, les questions que posent les réflexions intimes des personnages, feront réfléchir le lecteur tout en le divertissant. Et c’est en soi ce qui fait de Dune une oeuvre complexe et complète : un récit de science-fiction qui traite tout autant de théologie, d’écologie et de philosophie, que de vengeance, de politique, de quête de pouvoir et de liberté dans une guerre épique et passionnante ; bref, je vous le recommande.

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Ti-Harnog (Le Cycle de Lanmeur, T1 : Les Contacteurs) de Christian Léourier

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Le cycle de Lanmeur, tome 1 : Les Contacteurs
1er roman : Ti-Harnog
Ecrit par Christian Léourier
Publié par Folio SF
Science Fiction


LES BONNES DECOUVERTES!


Les habitants de la planète Lanmeur ne sont plus les seuls êtres humains à exister dans l’Univers ! En accédant au voyage spatial, ils s’aperçoivent en effet que d’autres planètes abritent des êtres qui leur ressemblent en tout point et décident de partir à leur rencontre. Pour cela, ils créent un programme et entraînent dès leur plus jeune âge une élite à devenir des « Contacteurs ». Autrement dit, des missionnaires chargés d’infiltrer discrètement les populations des planètes et de les observer, d’intégrer leurs codes, leurs langages, leurs cultures, et tout ce qui fait le fondement de leur société.

Le premier roman du cycle, Ti-Harnog, est ainsi de la science fiction qui s’intéresse à des thèmes qui n’ont aucun attachement particulier avec l’avenir de l’être humain ou de notre société, mais plutôt développe une réflexion moderne sur l’ethnologie, sans se limiter à ce domaine. La question se pose sur la réalité de l’objectivité d’un observateur et sur sa capacité à rester parfaitement neutre à cet environnement dans lequel il est plongé. De même, comme un corps étranger venant soudain heurter la surface d’une étendue d’eau, son introduction brutale dans la société de cette planète peut-elle vraiment se faire sans remous ? N’est-il pas forcé, à un moment donné ou à un autre, de se sentir impliqué, humainement, émotionnellement, voire complètement assimilé à la société dans laquelle il doit s’introduire et s’adapter ?

Si les proportions prennent dans le scénario une ampleur disproportionnée, il y a derrière la nécessité de divertir une réelle mise en abyme de ces questions. L’auteur évoque notamment toute la complexité des éléments à prendre en compte pour y répondre. Car il faut de fait définir ce qui fait les fondements d’une société et sa culture. Les paramètres sont en effet très nombreux et pas forcément objectivables puisque les humains ont depuis toujours introduit dans leur psychisme des éléments qui ne sont pas purement factuels. On peut considérer par exemple la religion, les mythes, la spiritualité, l’argent…

Dans le cas de Ti-Harnog, cela vient d’une légende, que les conteurs répandent depuis des siècles. Cette légende évoque l’arrivée future d’un être qui est à la fois à l’origine de leur monde et annonciateur de sa fin. Il faut savoir que dans cette planète, chaque personne appartient à une caste dont les fonctions sont définies et auxquelles ils ne peuvent en aucun cas déroger. Ainsi, celle des conteurs est de divertir les hôtes qui les accueillent tout en ne pouvant réciter que des histoires vraies à travers leurs chants.

Dans un tel contexte, où la population est convaincue de la véridicité de cette légende, l’arrivée soudaine d’un étranger, sans caste, sans souvenir, sans aucune connaissance de leur monde, a entraîné une succession de légères perturbations qui a eu un effet boule de neige, difficilement anticipable et auquel le contacteur n’a pas eu d’autre choix de participer puisque son existence même au cœur de ces événements.

L’habileté de Christian Léourier est d’avoir justement su mettre un univers dense et complexe en place dans un roman qui fait moins de 300 pages sans s’appesantir de trop de descriptions. Il n’est cependant pas simple de s’introduire au roman du fait des nombreux codes de cette société qu’il faut rapidement assimiler – comme si nous étions nous aussi des contacteurs.

Ainsi, Ti-Harnog m’a intriguée. J’ai aimé ce savant mélange de divertissement et de réflexion. L’auteur y glisse également de bons indices sur ce que les autres récits peuvent contenir. Notamment, derrière ses missions d’ethnologie, la planète Lanmeur serait en réalité animée de motivation bien moins louables que de simplement développer ses connaissances de l’Espace et ses habitants : un désir expansionniste et colonialiste. Un thème dans la continuité de ceux de ce roman qui me donne bien envie de poursuivre. Et vous ?

Résumé : « Quand les hommes de la planète Lanmeur accèdent au voyage spatial, ils ont la surprise de découvrir que d’autres humanités s’épanouissent dans l’univers. Un hasard? Peut-être pas. Lanmeur lance alors l’idée du Rassemblement et envoie des contacteurs sur ces mondes plus ou moins avancés, avec pour mission de les intégrer à sa propre civilisation. Mais quel projet se cache derrière ces sociétés si différentes? Qui sont les Rêveurs de l’Irgendwo, auxquels Lanmeur devra tôt ou tard se confronter?« 

Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

The Handmaid’s Tale de Margaret ATWOOD

The Handmaid’s Tale (La Servante Écarlate)
Ecrit par Margaret ATWOOD
Publié aux éditions Penguin (collection Vintage Classics), 2010
Dystopie
336p, 10,49€ PF broché 6,50€ numérique
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES DECOUVERTES


Résumé :
« Offred is a Handmaid in the Republic of Gilead. She has only one function: to breed. If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred’s nor that of the two men on which her future hangs. »


Après avoir entendu tellement d’éloges sur ce roman, après avoir vu la vague déferlante des avis positif sur la série, j’ai finalement sauté le pas et lu La Servante Écarlate. Je ne ferai pas l’affront de dire « et j’ai été déçue » – ce ne serait pas exact car je lui reconnais bon nombre de qualités qu’on lui attribue. Pour autant, je n’ai pas apprécié ma lecture. Comment expliquer le mélange de « j’aime » et « je n’ai pas trop aimé » entre lesquels je me trouve ?

Avant tout, autant le dire : la qualité du livre est son fond. Ce traitement de la violence subite par les femmes, dans une société gouvernée par le fanatisme religieux sous fond de pandémie rendant stérile une bonne partie de la population, est très bien exploité. Sous couvert de les protéger et de garantir la pérennité de l’espèce humaine, toutes ces excuses ne servent en réalité qu’à justifier l’exploitation et l’aliénation une fois de plus imposée aux femmes, véritables boucs émissaires de la société dont même les mieux loties ne sont guère enviables. Le roman est en réalité bien plus atmosphérique qu’autre chose. Avec son découpage, soigneusement ordonné par thématique, il prend le temps de développer chaque aspect glaçant de cet univers confiné et machiste – qui semble hors du temps, à la fois proche et très distant de celui du lecteur. La violence est sourde, latente, pernicieuse, en filagramme, et ainsi très horrifiante. Et donc, très efficace.

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Chroniques Livres·Les bonnes surprises

La planète des singes de Pierre Boulle

La Planète des Singes
Ecrit par Pierre BOULLE
Publié aux éditions Pocket, 2017 (nouvelle édition), 1963 (édition originale)
Science-fiction
4,70€ poche 193p
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES SURPRISES


Résumé :
« Y a-t-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C’est la question que se posent le professeur Antelle, Arthur Levain, son second, et le journaliste Ulysse Mérou, lorsque, de leur vaisseau spatial, ils observent le paysage d’une planète proche de Bételgeuse : on aperçoit des villes, des routes curieusement semblables à celles de notre Terre. Après s’y être posés, les trois hommes découvrent que la planète est habitée par des singes. Ceux-ci s’emparent d’Ulysse Mérou et se livrent sur lui à des expériences. Il faudra que le journaliste fasse, devant les singes, la preuve de son humanité… »

Après avoir vu le dernier film de la trilogie, inspirée du roman dont elle propose un prélude revisité, j’avais très envie de me faire une idée sur l’histoire originale. L’occasion de découvrir une œuvre de science-fiction dont, au final, je n’avais pas vraiment idée du contenu. Quelle surprise d’y découvrir autant de réflexions sur l’humanité, sur l’évolution des espèces, sur les préjugés, sur le dogmatisme, sur la soi-disant suprématie humaine. Quelle mise en abyme géniale de nous-mêmes dans une société qui nous ressemble, mais inversée, où l’Homme est un animal et le singe l’être supérieur, car doté d’une âme identifiable et auto-proclamée. Nul doute que, si les films s’inspirent bien des tenants de cette histoire, elles n’en gardent souvent que l’aspect spectaculaire, pour laisser de côté le sujet même du récit.

Or, c’est une analyse et une critique de notre société, qu’il faut lire – du moins, que j’ai lu. Découpé en plusieurs parties – plusieurs phases – et suivant les pensées d’un journaliste, Terrien, plongé dans un monde qui lui est aussi familier qu’étranger, on se retrouve confronté par les multiples états émotifs et psychologiques, qui l’amènent presque à la folie. On est immergé et il est difficile de ne pas ressentir de l’empathie, et un sentiment de malaise aisément compréhensible, mais assez troublant. Le livre est efficace, car au-delà de l’aspect fantastique, la construction de cette société est tellement réaliste, la psychologie des singes si bien développée, les relations si complexes, que tout paraît d’une crédibilité qui en est gênante. Oui, car il faut bien se dire que tout ce qui est décrit n’a pas été inventé.

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Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Cérès et Vesta de Greg Evans

Cérès et Vesta (The Four Thousand, The Eight Hundred)
Ecrit par Greg EVANS
Publié aux éditions Le Belial’, 2016 (Collection : Une heure-lumière)
Traduit par Erwann PERCHOC
Illustré par Aurélien POLICE
Science Fiction
120p 8,90€ PF 3,99€ numérique
Sur le site de l’éditeur


LES BONNES SURPRISES


Résumé :
« Cérès d’un côté, Vesta de l’autre. Deux astéroïdes colonisés par l’homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l’autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu’à ce que sur Vesta, l’idée d’un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s’organise afin de défendre les Sivadier, cible d’un ostracisme croissant, mais la situation n’est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d’un très mauvais œil cet accueil réservé par l’astéroïde voisin à ceux qu’ils considèrent, au mieux, comme des traîtres… Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu’il faudra pourtant bien assumer… »

Cérès et Vesta sont les noms de deux astéroïdes que les êtres humains ont colonisés et qui ont depuis tissé entre eux des liens commerciaux, car chaque astéroïde possède les ressources dont l’autre manque. Le roman nous propose de suivre un moment clé de leur histoire, alors que sur Vesta un apartheid est mené contre les descendants des Sivadiers, une des familles pionnières de l’astéroïde.

Ces derniers sont accusés de ne pas avoir fourni au même titre que les autres familles les efforts nécessaires à la construction de Vesta, sous prétexte qu’ils n’y ont contribué qu’en fournissant un savoir-faire dont ils ont de plus gardé la propriété intellectuelle, et sans jamais mettre la main dans le cambouis. Ils sont depuis publiquement méprisés, injuriés voir même agressés, car la technologie de cet univers permet à chacun d’identifier l’origine de ceux qu’ils croisent. En plus, le gouvernement de Vesta va envenimer la situation en décrétant que dorénavant tous les héritiers de Sivadiers devront payer un impôt supplémentaire. Une partie de ces héritiers cherchera à se révolter tandis que d’autres essaieront de fuir. Le roman nous propose de suivre les deux situations, à la fois sur Vesta et sur Cérès.

Cérès et Vesta fait partie de ces courts romans de science-fiction qui, en à peine une centaine de pages, réussit à mettre en place un univers complexe et des thèmes bien développés. Son efficacité vient en partie du fait qu’il ne prend pas le temps de mettre en place le monde futuriste, il nous y plonge avec le plus grand naturel, presque brutalité, comme s’il s’agissait de notre propre monde. Le résultat est bien entendu très immersif, mais cela le rend sans doute moins facile à aborder, surtout quand on n’a pas l’habitude du genre.

Les premières pages ont été en effet très déroutantes, car il est assez difficile de comprendre la chronologie des événements et le fonctionnement de cet univers. C’est un léger défaut lié à la narration un peu confuse, qui alterne sans prévenir les points de vue et, surtout, les temporalités. Mais passés ce début laborieux, tout devient limpide, et on se sent investi dans l’expérience des personnages de leur monde bien plus simplement que si nous avions au préalable avalé une ou plusieurs dizaines de pages explicatives.

Il n’est pas non plus difficile de comprendre les similitudes de cet univers avec le nôtre ni les thèmes développés. Tout dans le roman permet de se rendre compte que ce qui est vécu sur Vesta et sur Cérès est facilement transposable avec ce qu’on a pu vivre ou ce qu’on vit aujourd’hui sur Terre. Greg EVANS pose la question de la responsabilité de nos actes, non seulement dans l’instant où on les commet, mais aussi dans ceux qui suivront. Les injustices causées par une population sur une autre, dont elle profite, peuvent-elles être simplement effacées ou oubliées, sous prétexte que le temps est passé ? Ceux qui héritent d’une population ayant commis pareilles injustices sont-ils exemptés de responsabilité ? Il s’interroge également sur la notion même de propriété intellectuelle et de son utilité, de sa moralité. Dans tous les thèmes développés, on retrouve bien entendu celui de l’immigration ; de l’exclusion, de la répression et de la stigmatisation d’une population – donc, de racisme ; de la volonté de différencier des citoyens en mettant en place des règles sociales différenciées ; de la justice…

Le roman ne déboule pas tout l’attirail SF, mais en use avec intelligence, mettant en place un univers très crédible, dont la technologie futuriste sert en tout point le récit et le message que l’auteur souhaite faire passer. En revanche, les personnages et la trame narrative ne sont développés que dans la mesure où ils contribuent également au sujet du roman. Si, en soit c’est un parti pris qui a ses avantages, il n’y a aucune empathie ni attachement qui peut se créer entre les personnages et le lecteur. C’est également un défaut, car si le lecteur a tout le recul nécessaire pour apprécier le conflit social et politique mis en place, la distanciation vis-à-vis de ces personnages un peu creux et déshumanisés, rendra moins intense la lecture, notamment vis-à-vis du dilemme moral qui leur est imposé et qui clôt le texte. L’impact en est peut-être moins fort, également.

C’est une novella SF de très bonne facture qui a des résonances très actuelles avec notre société. Ses réflexions sont pertinentes et passionnantes, et mériteraient une bibliographie pour aller encore plus loin. Malgré les quelques points qui peuvent atténuer le plaisir de lecture (ou la facilité à y entrer), son efficacité n’en est guère atténuée. C’est pour moi le deuxième texte que je découvre de la collection Une heure-lumière des éditions Bélial’, après L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken LIU – et de fait, une nouvelle recommandation.

Chroniques Livres·Les Coups de Coeur

L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu

L’homme qui mit fin à l’histoire (The Man Who Ended History : A Documentary)
Ecrit par Ken LIU
Traduit de l’anglais (US) par Pierre-Paul Durastanti
Publié aux éditions Le Bélial’, 2016
Science-fiction, Histoire
Le site de l’éditeur


LES COUPS DE COEUR !


Résumé :
« FUTUR PROCHE. Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’Etat.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l’Unité 731 se livra à l’expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d’un demi-million de personnes… L’Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d’occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l’Histoire.»


Cette fois, laissez-moi vous parler de « L’homme qui mit fin à l’Histoire », un très court roman de Ken LIU, brillant, riche et passionnant. Il fait partie de ces auteurs de science-fiction qui justifient mon adhésion grandissante pour le genre. Il pose en effet une question brûlante et d’éthique : si nous avions la technologie nécessaire pour visionner des moments brefs et ciblés du passé, mais qu’à chaque utilisation, ce même bout de passé ne pourrait plus jamais être vu par la suite, que devrait-on faire ?

Devrait-on attendre de mettre au point une technologie plus performante, qui permettrait un enregistrement ou un accès illimité à la vision de ce passé ? Sans contexte et dans l’absolu, il serait sans doute mieux advenu d’attendre. Mais justement, Ken LIU rappelle qu’on n’est jamais « sans contexte ». Il prend pour sa part le cas de l’Unité 731, centre militaire de recherche et d’expériences bactériologiques conçue par les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale en Chine. Les atrocités de leurs expériences sur des humains ont depuis été reconnues comme faisant partie des crimes contre l’humanité. S’il est compliqué d’évaluer le nombre exact de victimes, elles seraient entre 3000 et 10000 à avoir fait l’objet des expériences de l’Unité, et plus de 300000 à en subir le résultat. Parmi elles, une majorité de chinois, mais également des prisonniers de guerre Russes, Américains, Coréens, Philippins.

Il choisit sciemment de se placer à notre époque (sans date précise), alors que sont encore en vie les proches des victimes et certains de ceux qui y ont travaillés. De fait, la question doit être bien posée : peut-on se permettre d’attendre, au risque que les premiers concernés ne puissent plus accéder à cette partie de leur histoire ? Et plus encore : à qui doit-on accorder le droit de visualiser le passé ? Aux victimes ? Aux historiens ? A la communauté scientifique ?

Pour mettre en scène son histoire, Ken LIU choisit de donner à son roman la forme d’un documentaire. Tour à tour, s’alternent l’interview ou le témoignage de personnes qui ont été directement concernées par le projet : ceux qui ont découvert le moyen de remonter dans l’Histoire et de la visualiser ; les victimes, mais surtout leurs proches, à la recherche de la vérité ; des représentants des communautés scientifiques et de recherche ; un ancien membre de l’Unité 731. Mais sont également rajoutées des scènes d’archives montrant les débats politiques autour du projet ; des discours ; des cross-talks ; des avis pris au sein de la population, etc. Il s’inspire pour cela de la nouvelle de Ted Chiang : « Aimer ce que l’on voit, un documentaire » (du recueil « La Tour de Babylon » qui fera l’objet d’une future chronique).

C’est une forme judicieuse, car elle permet un détachement de l’auteur, en ne présentant de fait aucun narrateur particulier. On s’imagine aisément les images du documentaire faisant défiler des portraits des intervenants et alternant avec des images d’archives. Ce n’est ainsi pas notre sensibilité qui est titillée, mais plutôt notre esprit critique. Ken LIU fait preuve ainsi d’une écriture habile, qui a su intelligemment mettre en place ses idées.

« L’homme qui mit fin à l’Histoire » ne présente pas qu’un simple dilemme scientifique et moral, en fin de compte : il se montre également critique envers notre société, et la façon dont nous prenons nos responsabilités face à ce qui s’est passé en Chine, durant la Seconde Guerre Mondiale, et qui concerne autant la Chine et le Japon que la communauté internationale. L’auteur en dresse une analyse ciblée des relations internationales qui lient la Chine, le Japon et les Etats-Unis au prisme de cette partie de l’Histoire. Il faut savoir que l’existence de l’Unité n’a été révélée qu’en 1981. Des ossements humains ont ensuite été découverts aux environs de Shinjuku à Tokyo. Ils ont été identifiés d’origine mongoloïdes et gardent des traces de chirurgie.

Il faut attendre 2002 pour que le Japon reconnaisse enfin l’existence de l’Unité, mais il a toujours refusé de dédommager les victimes. Mais qu’en est-il finalement de la communauté internationale ? Se pose la question de la connaissance des Etats-Unis à la fin de la guerre et de sa mansuétude sur le sujet, très probablement face à l’intérêt que représentaient les recherches en matière d’armes biologiques. L’Histoire de l’Unité 731 ne s’arrête donc pas à son démantèlement ou à la fin de la guerre, ni même à la disparition de ses contributeurs ou de ses victimes.

« L’homme qui mit fin à l’Histoire » est un très bon roman de science-fiction, qui ne parle pas directement de l’avenir, mais revient sur notre passé à travers une avancée technologique qui n’appartient pas à notre présent. C’est un texte qui réfléchit aussi sur l’Histoire, celle qu’on croit connaître, sur la façon dont on la reporte, sur la capacité ou non de la dire sans l’interpréter ou la déformer. Ken LIU dénonce avant tout les négationnistes, de la censure des Etats sur l’Histoire, de l’absence de l’Unité 731 et des autres crimes de guerre perpétrés par les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale notamment dans les manuels scolaires. Bien écrit, court, efficace, les questions sont posées, et si l’auteur se montre critique, il n’est pas pour autant dirigiste. A lire.


Extraits :

« La position de Wei, c’est que, sans vraie mémoire, il ne saurait y avoir de vraie réconciliation. Sans vraie mémoire, les individus de chaque nation n’ont pas pu ressentir ni se remémorer là souffrances des victimes. Individualiser le récit que chacun de nous se fait des événements est un prérequis avant de pouvoir s’extirper du piège de l’histoire. Telle était, dès le départ, la nature du projet. »

« Un des paradoxes cruciaux de l’archéologie, c’est que, pour fouiller un site afin de l’étudier, il faut le détruire. Au sein de la profession, on débat à chaque site pour savoir s’il vaut mieux le fouiller ou le préserver in situ jusqu’à la mise au point de nouvelles techniques moins invasives. Mais sans des fouilles destructrices, comment mettra-t-on au point ces nouvelles techniques ? »

« La vérité n’a rien d’une fleur délicate et ne souffre pas du déni : elle ne meurt qu’à partir du moment où on étouffe les vraies histoires. »

BD / Manga / Comics·Les Coups de Coeur

Shangri-la de Mathieu Bablet

Shangri-la
Scénarisé et dessiné par Mathieu Bablet
Publié aux éditions Ankama, 2016
Science-fiction, Dystopie
19,90€ GF


LES COUPS DE COEUR !


Résumé :
« Dans un futur lointain de quelques centaines d’années, les hommes vivent dans une station spatiale loin de la Terre et régie par une multinationale à qui est voué un véritable culte. En apparence, tout le monde semble se satisfaire de cette « société parfaite ». Dans ce contexte, les hommes veulent repousser leurs propres limites et devenir les égaux des dieux. C’est en mettant en place un programme visant à créer la vie à partir de rien sur Shangri-La, une des régions les plus hospitalières de Titan, qu’ils comptent bien réécrire la « Genèse » à leur façon. »

J’avais beaucoup apprécié découvrir Mathieu Bablet à travers Adrastée et La belle mort. J’avais surtout été charmée par son style, sa maîtrise de la perspective et la physionomie de ses personnages. Ses univers sont toujours appétissants et ses thèmes intéressants, toutefois ses bandes dessinées manquaient encore de finition, avec un scénario prometteur mais qui tombait parfois dans la facilité (notamment pour La belle mort). Shangri-la est quant à elle un condensé des qualités de ces deux œuvres. Graphiquement superbe, avec une ambiance qui prend le lecteur dès les premières planches, elle déborde d’ambition.

Seulement, la qualité et le défaut de Shangri-la réside indirectement dans ses multiples thématiques de la science-fiction comme le paradoxe temporel, la dystopie, le space-opéra, les sociétés post-apocalyptiques, l’évolution d’espèces. Comme toute œuvre d’anticipation, les thèmes ne sont pas tant futuristes, ils reflètent des thèmes contemporains très actuels, auxquels le lecteur pourra se montrer captif.

On les retrouve notamment au travers de cette société consumériste, régie par une seule entité, à la fois corps politique et économique, sous le nom de Thianzu. La société est hiérarchisée et raciste, comme le démontre le personnage de John, représentant aux yeux du lecteur des animoïdes, espèce animale anthropomorphe créée par l’homme. Il y sera également question de rébellion, d’état d’urgence et d’expériences scientifiques comme les manipulations génétiques. La bande dessinée fourmille de sujets et d’idées, souvent très bien exploités à la fois à travers le scénario comme de menus détails du décor, du contexte ou de la société telle qu’elle est construite.

La portée sociologique et métaphysique rend l’ensemble passionnant à lire. Le tout reste digeste et le scénario bien rythmé, même s’il manque parfois un peu de subtilité. Toutefois, il n’en reste pas moins que ce trop plein d’idées et de thèmes peut également frustrer le lecteur, quand tout n’est finalement traité jusqu’au bout. Je reprocherai notamment l’introduction des paradoxes temporels, qui commencent et terminent Shangri-la, employant un tour de scénario, qui, pour ma part, m’a fait penser au film d’Interstellar.

Si ce thème est passionnant, il demeure ici très inexploité. Surtout, il me semble en décalage au reste du scénario, déjà riche en soi et qui aurait pu se suffire. Même s’il introduit une fin ouverte étonnamment poétique, je n’arrive pas à le trouver pleinement justifié et il me laisse un certain goût d’inachevé.

Quand bien même, Shangri-la est une bande dessinée magnifique et riche, de par ses thèmes et son traitement. Ses planches offrent des tableaux incroyables de l’espace, à couper le souffle. Mathieu Bablet prouve une fois de plus à quel point il est capable d’adapter son style à un genre et de créer un univers pluriel et créatif, toujours différent de ses précédentes œuvres. Si son œuvre pourrait encore être perfectionnée, elle n’en reste pas moins un régal à déguster. A quand la prochaine ?


Trailer :


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Chroniques Livres·Les bonnes découvertes

Station Eleven d’Emily St John Mandel

Station Eleven
Ecrit par Emily St John Mandel
Publié chez Payot & Rivage, 2016
Contre-utopie, pandémie
22€ GF broché, 14€99 numérique, 480p


LES BONNES DECOUVERTES


Résumé :
« Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord. »

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Station Eleven est un roman étonnant de cette rentrée littéraire. Malgré un postulat initial qui aurait tout d’un blockbuster hollywoodien (et peut-être l’est-il un peu), l’auteure parvient à traiter son sujet d’une façon plutôt convaincante. S’efforçant de ne pas user d’effets littéraires, comme le cinéma userait des effets spéciaux, elle imagine avec efficacité les directions possibles que prendrait l’humanité si les fondations qu’elle a mis des siècles à se créer venaient à s’effondrer.

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