Billy Bat de Naoki Urasawa

Billy Bat de Naoki URASAWA
Publié par les éditions Pika
Fantastique, thriller
Série en 20 tomes
8€05 le tome
Fantastique, Thriller


LES BONNES SURPRISES


En l’espace d’un mois, j’ai dévoré les vingt tomes de la dernière saga du maître nippon, Naoki Urasawa, qui a été à l’honneur du Festival d’Angoulême cette année. C’est un mangaka talentueux dont je vous ai déjà parlé sur le blog (voir 20th Century Boys et Histoires Courtes) et qui est passé maître dans la mise en scèneBilly Bat le prouve encore une fois.

Il faut cependant admettre que si vous avez déjà lu une des sagas de cet auteur, Billy Bat ne vous surprendra pas outre mesure, même s’il y a des rebondissements à foison et des thèmes passionnants. La recette reste à peu près la même. Billy Bat est simplement une œuvre maitrisée d’un auteur depuis longtemps mature vis-à-vis de son style et de ses forces, dont il sait très bien faire usage. Et de fait cela la rend particulièrement adéquate pour ceux et celles qui voudraient découvrir Naoki Urasawa.

Je dois vous prévenir, c’est une série de longue haleine, avec une intrigue qui se révèle très rapidement plurielle en traversant autant les âges, les siècles, les générations et les continents. Et cet aspect est savamment pensé : c’est une traduction même de l’universalité dont l’œuvre cherche à démontrer en parlant de la bande dessinée, qui devient alors un vecteur unificateur qui traverse autant l’Histoire que les cultures et est vouée à perdurer, quoi qu’il puisse arriver. Depuis toujours, l’Humain a cherché à raconter une histoire, son Histoire, à travers ses dessins – fussent-ils peints sur les murs ou sur du papier.

Ainsi la bande dessinée se veut autant fantastique, intrigante, aventurière, qu’historique et universelle. L’auteur joue d’ailleurs allègrement avec les événements et les grands personnages de l’Histoire pour tisser son intrigue qu’il veut intemporelle. Mais les multiples embranchements, la tentative maladroite de donner scientifiquement du sens à son intrigue, à travers notamment de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, rendent également le scénario alambiqué voir un peu bancal. Défaut de complexité qu’on pouvait déjà lui reprocher dans ses autres sagas.

Ce que je pouvais reprocher à 20th Century Boys est aussi vrai pour Billy Bat : 1) Naoki Urasawa a tendance à répéter des effets de style – par exemple, la révélation à la dernière page d’une scène du visage et donc de l’identité d’un personnage dont on devine qu’il aura un impact sur l’intrigue ; 2) ses personnages qui disparaissent en étant complètement dépassés par les événements pour revenir ensuite en jeu quelques chapitres ou tomes plus tard en donnant l’impression d’avoir d’un coup gagné dix longueurs d’avance autant sur le lecteur que sur tous les autres personnages ; 3) la résolution finale tombe comme un cheveu dans la soupe.

Et c’est cependant dans les dernières scènes que Naoki Urasawa rappelle le message qui lui a inspiré en partie l’histoire, ce qu’il a voulu dire en filagramme. Billy Bat est une ode à la bande dessinée, à la création, et à tout ce qu’elle peut proposer de meilleure qui est indispensable en tout temps. C’est à la fois un soutien au moral important lors de moment difficiles et un rappel des valeurs d’humanité vers lesquels on doit aspirer et partager. Elle transcende toute culture, tout conflit, tout ce qui n’est pas nécessaire à l’être humain pour vivre. Si elle ne peut remplacer la nourriture, elle peut toutefois servir de langage commun : on peut ne pas comprendre les mots, la parole, les dessins, eux, parlent à tous.

Mais si elle est en effet universelle, rendre la culture uniforme serait une grossière erreur. La culture peut également être détournée en devenant un objet de convoitise ou l’instrument de manipulation de masse. A travers l’analogie évidente entre le personnage de Billy Bat et Mickey Mouse, et par extension de tout l’empire expansionniste de Walt Disney, Naoki Urasawa montre l’influence négative que peut également avoir une culture qui ne sert que des intérêts économiques ou de pouvoir. A l’inverse, tous les dessinateurs véridiques de Billy Bat, qui se font éliminer un à un (comme Walt Disney peut avaler des studios par les rachats), sont les garants d’une diversité culturelle et du libre arbitre dont il faut sauver l’existence car ils gardent leur indépendance. Le fait qu’ils dessinent tous le même personnage est révélateur du message : c’est la pluralité des horizons et des visions qui importe, pas seulement le matériel utilisé. D’ailleurs, il n’est question de plagiat qu’à cause de l’intention mauvaise de Chuck.

Malgré ses défauts, sa mise en scène dynamique vous emporte dans ses intrigues. Il s’agit pourtant d’une série de vingt tomes dont chaque volume est dense en contenu – elle n’en reste pas moins un page turner. Enfin, il faut souligner la pluralité de personnages, à l’esthétique très varié, leurs expressions vivantes, leur consistance dans le récit, peu importe le poids qu’ils ont sur son intrigue. C’est d’autant plus vrai quand on a l’occasion de voir les planches originales, beaucoup plus grandes que le format vendu en librairie. Malgré quelques stéréotypes et un poil de manichéisme, j’ai pu noter que ses personnages féminins sont généralement forts de caractère et d’une constitution solide et les méchants de l’histoire bénéficient, pour la plupart, d’un background et de leitmotivs qui donnent corps à leurs intentions.

Billy Bat, c’est aussi une œuvre aux thèmes riches et nombreux qui traverse tout un siècle : ainsi, il est question de la ségrégation et du racisme envers les noirs aux Etats-Unis ; de la guerre froide et de la haine du communisme ; des rancœurs des Japonais suite à leur défaite lors de la Seconde Guerre Mondiale et à l’ingérence des Etats-Unis dans le pays ensuite ; de la conquête de l’espace et les théories du complot qu’on lui associe ; de la création et la notion de plagiat dans l’héritage artistique et les influences des auteurs ; des préoccupations écologiques plus contemporaines, etc.

Autrement dit : une œuvre complète, passionnante et à découvrir !

Résumé:
 « En 1949, Kevin Yamagata, dessinateur américain né de parents japonais immigrés aux Etats-Unis, connaît un succès formidable avec sa bande dessinée « Billy Bat » mettant en scène une chauve-souris dans diverses aventures. Lorsqu’il apprend de façon fortuite qu’un personnage identique au sein existe aussi au Japon, il décide de se rendre à Tokyo pour rencontrer le dessinateur à qui il a peut-être inconsciemment volé l’idée durant son service en tant qu’interprète dans l’armée d’occupation du Japon.
Une fois sur place, il est rapidement happé par une spirale d’événements curieux qui ont pour dénominateur commun le motif de la chauve-souris…« 

Bilan livres et BD de l’année 2016

A tous et à toutes, je vous souhaite une très Bonne Année 2017 !!!
Qu’elle vous apporte joies, plaisirs et réussites,
Que vos découvertes soient excellentes,
Que vos souhaits se réalisent.

2017 – Année du Coq (dessiné par ©freepik)

Qui dit nouvelle année, dit également bilans !
Et je dois dire que je redoutais un peu ce moment. En termes de découvertes, 2016 a été une année florissante, que ce soit pour les livres que j’ai lus et pour les films que j’ai vus. Difficile de ne pas passer des heures à se décider des TOPs et FLOPs que je retiendrai de cette année !

Retour pour commencer sur mes lectures de 2016, qui furent fort fort fort belles. (Et pour éviter que l’article s’étale sur des kilomètres, je ne reviendrai pas sur chaque lecture. Je mettrai les liens vers mes chroniques directement.)

2016 en lecture

2016, c’est 58 livres lus et le Challenge Goodreads remporté, une grande première ! Il y a de tout : des essais, des romans, des livres coups de cœur et de vraies déceptions.

2016, c’est aussi 55 bandes dessinées et manga savourés. Une petite déception car j’ai trouvé mon année assez fébrile en termes de découvertes, même si certaines furent tout à fait excellentes.

2016, c’est ma première participation au Grand Prix des Lectrices ELLE. Je me suis inscrite un peu sur le tard avec l’envie de découvrir et de sortir de mes sentiers battus. C’était aussi un challenge que de se voir non seulement une pile à lire imposée mais aussi une limite de temps et une régularité qui nécessitait un peu de rigueur. Le Prix n’est pas terminé, nous avons encore quelques pré-sélections à lire et annoter avant que les vainqueurs du prix ne soient définitivement élus.
Dans ce bilan de mi-parcours, il y a vraiment de tout : des livres qui ont été difficiles à lire, des livres qui m’ont surprise, et quelques bonnes découvertes.

2016, c’est ma première participation à la BD fait son festival de Price Minister, ma deuxième participation au Prix du Roman Fnac et ma troisième participation au Match littéraire de la rentrée de Price Minister. Trois occasions de découvrir une bande dessinée puissante (Catharsis de Luz) et des romans passionnants (Maintenant ou jamais de Joseph O’Connor, Petit Pays de Gaël Faye…).

Maintenant, place aux TOPs et FLOPs ! Lire la suite

Monthly Best Of Books – Septembre 2016

Septembre terminé, l’automne s’est définitivement installé. Alors que fleurissent sur la toile les PAL d’automne et autres TAGS du genre, je suis loin de partager l’enthousiasme. Avec la fin de l’été, c’est surtout le retour de la nuit et du froid. Je bois du thé en toute saison et je suis loin d’apprécier de devoir me couvrir de pulls, d’écharpes et de plaids (au pluriel !). En plus, mon corps fonctionne à l’énergie solaire ; dès que l’hiver s’installe pour de bon, c’est comme si j’hibernais le soir venu ! Mais revenons-en à Septembre et aux petites découvertes sympathique du mois :

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Monthly Best Of Books
Septembre 2016

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#3 – Journal d’un vampire en pyjama de Mathias Malzieu (8/10)
Roman autobiographique
>>> Lire la chronique

journal-dun-vampire-en-pyjama3 mots ou expressions pour le décrire :

« Le chanteur écrit ses livres comme ses chansons »
« Sujet sensible traité avec un mélange de délicatesse et d’humour »
« Un appel à la vie »

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#2 – Pluto de Naoki Urasawa (8/10)
Manga

pluto3 mots ou expressions pour le décrire :

« Une narration qui marche du tonnerre »
« Plein d’ingrédients qui offrent un manga pluriel »
« Des petites faiblesses malgré tout, surtout lorsqu’il s’agit de conclure »

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#1 – Jésus Contre Hitler de Neil Jomunsi (8/10)
Littérature Pulp, uchronie
>>> Lire la chronique

jesus-contre-hitler

3 mots ou expressions pour le décrire :

« C’est fun, c’est frais, c’est dynamique, c’est efficace »
« Du grand n’importe quoi plutôt bien ficelé »
« C’est un roman particulier, avec une ambiance particulière, mais on le lit et on est à fond »

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Aussi lus ce mois-ci :

Catégorie « roman » :

  • Abraham et fils de Franck Wickler (4/10)

Catégorie « Manga » :

  • Mr Nobody de Gou Tanabe (5/10)

Catégorie « BD » :

  • Violette Nozière, vilaine chérie de Camille Benyamina et Eddy Simon (6/10)
  • Les remords d’un livreur de saucisses de Thibault Poursin (5/10)

Histoires courtes de Naoki Urasawa

J’aime de plus en plus les histoires courtes, surtout dans les bandes dessinées, les comics et les mangas. C’est un exercice passionnant à découvrir et encore plus difficile à réaliser. Il faut trouver l’idée et surtout une chute en quelques pages, rendre ses personnages attachants et intéresser le lecteur. Cela laisse très peu de place aux détails, il faut être concis et efficace. A travers ce recueil, on découvre les premières œuvres de jeunesse et les premiers balbutiements d’un des mentors de la bande dessinée japonaise.
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Et si on mettait un point sur nos lectures ? #1

point lectureAyant dû fortement diminuer mon rythme de parution, les rendez-vous quotidiens du C’est lundi que lisez-vous ? ont été les premiers à passer à la trappe, ce qui m’arrangeait d’autant plus que la question de n’avoir rien à présenter certains lundis me poussait à lire un peu plus pour le combler. .

C’est en m’inspirant de la chaîne Booktube de Lulai Lis que j’ai décidé de changer un peu les choses. Faire des points lectures de temps en temps, quand j’ai assez lu pour vous présenter quelques œuvres, tout en gardant le bilan mensuel. Il me semble que plutôt que de faire une longue énumération de toutes ses lectures, elle en sélectionne les trois meilleurs. Je trouve cette idée vraiment intéressante, d’autant plus que cela oblige d’avoir un regard critique sur ce qu’on lit. Bien sûr, il y aura quand même un récapitulatif du mois avec toutes les infos pour accéder aux chroniques voire aux avis rédigés dans ces fameux points lectures.

Bref, cette introduction étant déjà longue, passons aux choses sérieuses !

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Avril 2015 – Lectures du mois

avril 15

Involontairement, ce mois d’Avril a fini par devenir un mois spécial manga, comme vous allez le voir. Je n’ai pas « tellement » lu si on les retire du compte mais ralentir le rythme et bouquiner ce que j’ai envie en prenant mon temps me fait malgré tout du bien, et j’apprécie bien mieux ma lecture.

Au menu :

  • Le rêve d’un homme ridicule de Fédor M. Dostoïevski – 9/10
  • La mémoire de l’eau, tome 1 de Valérie Vernay et Mathieu Reynès – 5/10 [Chronique]
  • Batman Vendetta, tome 1 de Rags Morales, Tony Bedard et Mike W. Barr – 6/10
  • 20th Century Boys (intégral, 22 tomes) de Naoki Urasawa – 8/10 [Chronique]
  • Happy ! (tome 1 au tome 4) de Naoki Urasawa – 2/10
  • Samurai Deeper Kyo (38 tomes) d’Akimine Kamijio – 6/10
  • Code : Breaker (26 tomes) d’Akimine Kamijio – 5/10
  • Spice & Wolf d’Isuna Hasekura [Chronique]

Sans plus tarder, passons donc au bilan !

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20th Century Boys – Naoki Urasawa

20th century boys

20th Century Boy de Naoki Urasawa
Série en 22 tomes publiés intégralement chez Panini Manga
(Version Deluxe : 5 tomes parus contenant chacun 2 volumes)
Série terminée
Mystère, Seinen, Action, Thriller


Kenji est seul avec sa mère pour s’occuper de son magasin, depuis que sa sœur a disparu il doit aussi prendre soin de sa petite nièce Kanna. Il habite depuis toujours ce quartier, croise régulièrement ses anciens camarades de jeu et semble avoir définitivement mis de côté ses ambitions, ses vieux rêves. Pourtant un jour il entend parler d’un couples qui a soudainement disparu près de chez lui, sur leur porte il aperçoit un étrange dessin qui commence à l’intriguer, un dessin qui lui rappelle le groupe qu’il formait avec ses copains, gamins, et avec qui il s’était engagé à « protéger le monde »… Mais c’est avec la mort de l’un d’eux, « Donkey », que les choses s’affolent dans sa tête. Il va alors commencer son enquête et tenter de découvrir qui est ce mystérieux « Ami » qui dirige le groupe qui se cache sous ce dessin.


Note globale :

8/10


 

Il me semble impossible de rédiger une chronique digne de ce nom pour un manga qui m’aura tenu en haleine tout le mois d’Avril, quitte à reléguer au second plan mes autres lectures. Sans regret, j’ai dévoré l’ensemble des vingt-deux tomes d’une traite, ne pouvant détacher mon regard de l’histoire, désirant plus que tout connaître le fin mot de l’histoire. C’est un manga passionnant  et complet que nous propose Naoki Urasawa (auteur des non pas moins reconnus Monster ou encore Happy, prévus dans mes futures lectures), même si je regrette malgré tout cette fin tombant comme un cheveu dans la soupe. Lire la suite