Les délices de Tokyo (Sweet Bean Paste) de Durian Sukegawa

Sweet Bean Paste / Les délices de Tokyo

Sweet bean Paste (Les délices de Tokyo)
Écrit par Durian Sukegawa
Publié par les éditions Oneworld en 2017
Version Anglais (Niveau Débutant +)
9.89€ Broché, 5.41€ ebook
Disponible en Français chez les éditions Le livre de poche, 6.90€ Poche, 7.99€ ebook
Contemporain, Drame


LES BONNES SURPRISES!


J’avais raté l’occasion de voir le film à sa sortie dans les salles, malgré la présence de la merveilleuse Kirin Kiki, actrice que j’ai découvert et adoré dans les rôles confiés par Hirokazu Kore-Eda. Un passage en librairie tokyoïte m’a donné l’occasion de me rattraper sur le livre qui en est à l’origine. Et qu’est-ce que j’ai bien fait.

Mais comment vous le décrire ? Il ne s’agit pas exactement d’un livre feel good, bien qu’il en a les ingrédients et que c’est ainsi que je l’ai ressenti – au début. Il faut dire que la rencontre entre Tokue et le jeune gérant du restaurant de Dorayaki, qui ne le tient que pour rembourser ses dettes envers le gérant, va changer la vie de ce dernier en lui donnant du sens. La grand-mère ne va pas qu’enseigner au gérant comment bien faire des dorayakis maisons, mais également comment apprécier pleinement une activité à laquelle il consacre toute son énergie et auquel il finira par prendre goût. Le roman parle en effet de secondes chances et de vivre sa vie pleinement en étant attentif à toutes les opportunités qu’on a de vivre bien et accompli.

Rapidement cependant, le roman dévoile une seconde facette moins légère quand de Sentâro le focus du roman se tourne vers cette grand-mère venue de nulle part. C’est alors qu’on apprend qu’elle a été autrefois atteinte de lèpre et que, bien qu’à présent guérie et sans danger pour les autres, elle continue à subir l’isolement social d’une société encore bercée par de forts préjugés et une vraie méconnaissance de la maladie et de son histoire.

L’auteur, qui a pris le temps d’aller visiter un sanatorium et parler aux victimes de cette maladie, évoque avec beaucoup de délicatesse ce passé méconnu du Japon et celui des lépreux. Quand la maladie était encore peu connue, les personnes atteintes étaient immédiatement isolées de la société dans des hôpitaux qui fonctionnaient à huis-clos, leur famille était contrainte à déménager. A travers les anecdotes et souvenirs de Tokue, l’auteur nous fait découvrir leur fonctionnement et la façon dont étaient traités les malades. Ainsi, on apprend que les sanatoriums disposaient de leurs propres cellules de prison qui signifiaient bien souvent pour les malheureux qui y étaient enfermés qu’ils ne verraient plus la lueur du jour. Il nous apprend également que le Japon n’a pas tout de suite distribué les médicaments qui avaient été trouvé en occident et qu’il a fallu que les malades se rebellent et contestent au risque de leur vie pour y avoir accès.

Tokue est le témoin de ceux qui y sont restés tellement longtemps, qu’une fois la liberté retrouvée, ils n’avaient plus de famille chez qui retourner ou qui les acceptaient. Même s’ils pouvaient sortir de l’hôpital, ils sont restés exclus de toute relation sociale avec l’extérieur qui continuait à les craindre.

C’est un roman qui fait naître beaucoup d’émotions dont une profonde mélancolie. Mais on ressent malgré tout dans le personnage de Tokue un désir à la vie profond qui est le plus touchant. Au fond d’elle, elle est demeurée cette jeune fille qui aspire à la vie et rêve de liberté et de vivre une vie épanouie. La poétique du texte lui prête une voix magnifique qui m’a émue et au souvenir de laquelle je reste encore touchée, quelques semaines après ma lecture.

Je ne peux donc que vous recommander de découvrir Sweet Bean Paste qui est d’une délicatesse appréciable autour d’un sujet aussi fort. J’ai apprécié d’y ressentir surtout une profonde douceur et jamais un apitoiement quelconque. La beauté de ce roman réside, au fond, dans la poésie et la douce légèreté du texte, maintenue malgré le poids de l’histoire et des mots. A lire, assurément.

Résumé : « «  Écouter la voix des haricots  »  : tel est le secret de Tokue, une vieille dame aux doigts mystérieusement déformés, pour réussir le an, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, des pâtisseries japonaises. Sentarô, qui a accepté d’embaucher Tokue dans son échoppe, voit sa clientèle doubler du jour au lendemain, conquise par ses talents de pâtissière. Mais la vieille dame cache un secret moins avouable et disparaît comme elle était apparue, laissant Sentarô interpréter à sa façon la leçon qu’elle lui a fait partager.« 

Vanishing time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM (Festival du Cinéma Coréen à Paris 2017)

Le 12e Festival du Cinéma Coréen de Paris a eu lieu au cinéma Publicis cette semaine, l’occasion d’y découvrir des films qui n’auraient autrement pas eu la chance de sortir dans nos salles – à fort regret, d’ailleurs. Ces dernières années, après le Japon, c’est la Corée du Sud qui apporte un vent de renouveau dans nos salles obscures. Pour le moment, je n’y ai découvert que de très bonnes œuvres, si ce n’est excellentes, au moins ayant un fort potentiel. Et c’est de même lors de ce festival, des deux œuvres que j’ai vu, l’une est excellente (A Taxi Driver de Jong HOON – dont j’espère vous parler prochainement) et l’autre très prometteuse : Vanishing Time : a boy who returned de Tae-Hwa UDeuxième long métrage du réalisateur, c’est une œuvre qui s’est longuement métamorphosée : d’un thriller noir et glaçant, mêlant un brin de fantastique, l’auteur a finalement changé de regard et y a apporté une teinture fort différente : celle d’une fable fantastique sur l’enfance, sur le passage à l’âge adulte, sur l’ouverture et l’innocence du regard d’enfant, plus prompt à accepter de voir au travers du fantastique, une part de réalisme. Un film qui n’est pas sans rappeler les films de notre enfance, à la fois au niveau du style et de l’ambiance, du sentiment qu’il provoque, comme par exemple Les Goonies de Richard Dooner. Mais attention à ne pas oublier qu’il s’agit d’une réalisation coréenne, et que leur cinéma (en tout cas, celui que j’ai vu jusqu’ici) est souvent empreint d’une certaine part d’ombre, qui en fait un film en direction d’adultes, bien qu’à la portée d’enfants.

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Your name de Makoto Shinkai

Dans la continuité de l’année dernière, je suis allée voir un nouveau film d’animation, encore une fois venu du Japon, Your Name. Il s’agit d’un film attendrissant et divertissant, qui charme par sa simplicité, sa légèreté et sa dose de drame.

Le postulat de départ est en effet assez cocasse : un garçon et une fille qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam, vivant dans des régions différentes du Japon et sans s’être jamais rencontrés, vont se voir soudain plongé dans la vie de l’autre en empruntant, certaines journées, le corps de ce/tte dernier/ère. On pourra évidemment penser au film Freaky Friday de Mark Waters ou encore au manga Dans l’intimité de Marie de Shuzo Oshimi, Your Name est un mélange des deux, puisque il met en scène à la fois l’aspect comique de la situation tout en n’oubliant pas une certaine dramatisation – que je vous laisserai découvrir en allant voir le film, bien sûr.  Lire la suite

Watership Down de Richard Adams

Je tenais à écrire une chronique sur ce chef d’œuvre anglais de la littérature jeunesse, trop méconnu en France, mais je dois dire en préambule qu’il est assez inclassable. C’est un OVNI littéraire, je n’ai jamais rien lu de semblable. Il laisse sensation impérissable d’un récit parfois sombre et cruel, pas vraiment une fable pour enfant et pas tout à fait un conte contemporain pour adultes. En deux mots : magistral et unique. Lire la suite

Me before you (Avant toi) de Jojo Moyes (Livre & Film)

On a tous des a priori nés de mauvaises expériences, de bouches-à-oreille fortement négatifs, ou même d’appréhension vis-à-vis de sujets ou d’un genre dont on redoute certains traitements malheureux. Les romans qu’on catégorise comme « romance » (peut-on vraiment parler de « genre littéraire » ?) font partie de ceux-là pour moi. Je m’y connais peu en romans mais j’ai eu l’occasion de voir beaucoup de films de comédies romantiques, principalement américaines. Lire la suite

Top 5 – Les meilleurs films vus en 2015

En 2015, ma consommation de films a fortement chuté dès le second semestre. Cela suffit pour faire un beau bilan de cette année.

Comme pour les livres, on va démarrer par les meilleurs d’entre eux. Je vais également retirer les films que j’avais déjà vus, car ce serait dommage de ne pas mettre en avant mes découvertes de 2015. Ainsi, n’apparaîtront pas 12 hommes en colère de Sidney Lumey qui avait été un coup de cœur ; Pas son genre de Lucas Belvaux, comédie française drôle et rafraichissante ; Jumanji aussi jouissif que la première fois ; Harry Potter 1, 5 et 7.2 qui restent d’excellentes adaptations ; Le monde, la chair et le diable de Ranald MacDougall, probablement le meilleur film post-apocalyptique…

Alors, quels films furent les meilleures découvertes de 2015 ?
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Solanin – Inio Asano

SolaninSolanin
Scénarisé et dessiné par Inio Asano
Série terminée en 2 tomes
Publiée par Kana, 2007
Drame


Synopsis :
« Une petite mélodie un peu folle qui raconte notre jeunesse, imperceptible et ténébreuse. »
« Une petite histoire d’amour, drôle et triste, entre Taneda et Meiko, qui n’en sont qu’à leur deuxième année dans le monde du travail. »


Note globale :

7/10


Je vous avais déjà parlé d’Inio Asano dans ma chronique des premiers tomes de  Bonne nuit, Punpun, sa série phare. Je les avais énormément aimés, notamment pour la singularité de leur esthétique et leurs thèmes (dont la jeunesse, l’enfance, la société nippone), jusqu’à ce que le pessimisme et l’ambiance malsaine eussent raison de moi. Si j’ai longtemps hésité à tenter de nouveau l’expérience, j’ai fini par me laisser convaincre avec Solanin. Grand bien m’en prit. Lire la suite

Je reviendrai vous voir – George Morikawa

je reviendrai vous voir

Je reviendrai vous voir
Dessiné et scénarisé par George MORIKAWA
avec la participation de Tetsuya YANO, Hiro MASHIMA, Ken AKAMATSU, Mitsurô KUBO, Kôji SEO, Hideo NISHIMOTO, Nobuyuki FUKUMOTO, Kazuki Yamamoto, Miki YOSHIKAWA, Makoto RAIKU
D’après l’oeuvre de NOBUMI
Oneshot
Publiée par AKATA en 2015
Témoignage, Autobiographie, Drame


« Nobumi est un jeune père de famille. Il est surtout auteur de livres illustrés destinés aux enfants. À l’instar de nombreux japonais, il sera, le 11 mars 2011, choqué à vie par la triple catastrophe qui s’abat sur son pays. Un peu naïf, et le cœur empli d’espoir, il décide alors d’envoyer gratuitement plusieurs milliers d’ouvrages jeunesse (dont les siens) pour distraire les enfants de la zone sinistrée. Mais quand il annoncera son don sur son blog, les réactions des internautes seront pour le moins… violentes ! Choqué et meurtri jusqu’au plus profond de son âme, Nobumi va alors vivre une véritable crise artistique, dont une seule issue sera possible : laissant pour plusieurs jours sa vie confortable de tokyoïte, il part en tant que bénévole volontaire, pour aider à la reconstruction de la zone sinistrée du nord est du Japon. Il y découvrira un paysage encore pire que tout ce qu’il avait pu imaginer… Suivez son émouvante histoire vraie, mise en dessins sous la plume des meilleurs mangakas japonais ! »


Note globale :

6/10


Je ne voulais d’abord pas noter cette oeuvre. Quand il s’agit de témoignage, et d’autant plus d’une autobiographie, j’hésite toujours. Je veux avant tout respecter l’exercice et la volonté de l’auteur de partager son expérience. Un vécu dont on ne peut saisir, qu’à une certaine mesure, toute la portée émotionnelle, psychologique, et peut-être bientôt historique d’un tel drame à la fois individuel et collectif. L’empathie aide, bien sûr, mais la compassion a ses limites – et c’est de cette limite, où se tapit le jugement hâtif, souvent inconscient, que je me dois d’y réfléchir. Finalement, j’ai opté pour un compromis : le manga en tant que création peut être apprécié et facilement noté ; mais cette appréciation ne reflète pas l’intérêt de cette oeuvre qui est bien réel.  Je m’explique. Lire la suite

Mai 2015 – Monthly Best Of Books

Comme promis, nous nous retrouvons pour un billet très court sur la nouvelle version du bilan mensuel de lecture. Il consiste notamment en un classement des trois lectures qui m’auront le plus marquée et suivi de la liste de toutes les œuvres que j’aurais lu en renvoyant soit vers des chroniques soit vers les points lectures s’ils ont déjà été publiés.


TOP 3 – Monthly Best Of Books 

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#3. L’île au trésor de Robert Louis STEVENSON – 8/10
>>> Lire mon avis

l'île au trésor

Genre : Roman Jeunesse
Thèmes : Chasse au trésor, Aventure, Piraterie

3 phrases ou expressions pour le décrire :
« Rafraichissant & entraînant »
« Rôle des adultes et des enfants réalistes, quand bien même Jim est un vrai garçon héroïque »
« Ancré dans le style littéraire de son époque »

*

#2. Poison City, tome 1 de Tetsuya TSUTSUI – 8/10
>>> Lire mon avis

poison city tome 1

Genre : Manga, Témoignage, Anticipation, Seinen
Thème : Censure, Métier de Mangaka, Société

3 phrases ou expressions pour le décrire :
« Un sujet passionnant mis en scène dans l’anticipation d’un futur où la censure est de plus en plus présente et de moins en moins opposable »
« Réaliste et très actuel »
« Le manga enchâssé dans l’œuvre apporte une double intrigue dont on attend avec impatience de connaître la fin »

Correction de l’avis :
Contrairement à ce que j’ai dit dans le point lecture, les planches présentes dans le manga ne sont pas liées à l’œuvre de Tetsuya TSUTSUI qui a en effet subi la censure. Il s’agit en réalité d’une œuvre fictive mais suffisamment proche du fameux Manhole pour dénoncer les arguments ayant justifié la dite censure.

*

#1. A Silent Voice de Yoshitoki Oima – 8/10
>>> Lire ma chronique

a silent voice_affiche

Genre : Manga, Drame, Shonen
Thème : brimades scolaires, amitié, adolescence

3 phrases ou expressions pour le décrire :
« Surprenant »
« Justesse des thèmes, des caractères et des émotions »
« Un personnage central très bien traité et approfondi, un visage pluriel dont la psychologie nous captive et nous fait vivre un vrai dilemme »

***

La liste exhaustive de mes lectures :

  1. Happy !, tome 5 de Naoki Urasawa – 2/10 (Lire mon avis)
  2. Poison City, tome 1 de Tetsuya Tsutsui – 8/10 (Lire mon avis)
  3. A Silent Voice, intégrale des 7 tomes, de Yoshitoki Ooima – 8/10 (Lire ma chronique)
  4. Le maître des livres, tome 1 d’Umiharu Shinohara – 6/10 (Lire mon avis)
  5. Dans l’intimité de Marie, tome 1 de Shuzo Ochimi – 5/10 (Lire mon avis)
  6. Adrastée, tome 2 de Mathieu Bablet – 6/10 (Lire mon avis)
  7. Chemin perdu d’Amélie Fléchais – 5/10 (Lire mon avis)
  8. L’île au trésor de Robert Louis Stevenson – 8/10 (Lire mon avis)
  9. L’âme du temple, tome 1 : Le livre du cercle de Robyn Young – 7/10 (Lire mon avis)
  10. Reset de Tetsuya Tsutsui – 6/10 (Lire mon avis)
  11. Prophecy, intégrale de 3 tomes de Tetsuya Tsutsui – 6/10 (Lire mon avis)
  12. Manhole, tome 1 de Tetsuya TSUTSUI – 7/10 (Lire mon avis)
  13. Bicycle 3000 de O Se Hyung – 6/10 (Lire mon avis)
  14. Oh boy ! de Marie-Aude Murail – 7/10 (Lire mon avis)
  15. Un îlot de bonheur de Christophe CHABOUTE – 7/10 (Lire mon avis)

Et si nous parlions cinéma ? #4

top filmFaisant fi des chroniques qu’elle devait écrire, l’auteur de ce blog s’intéressa plutôt à ce qu’elle ne faisait pas non plus : regarder des films. Alors qu’elle en avalait au moins un par semaine (si ce n’est cinq) à la même époque de l’année précédente, elle se rendit compte qu’elle n’en voyait plus qu’un toutes les deux semaines. La preuve étant que son blog était quasiment déserté par le cinéma, hormis un nouveau rendez-vous qu’elle avait instauré pour palier justement à ce manque. Cela la surprit : ce n’était pourtant pas faute de vouloir en voir. Elle avait d’ailleurs relevé plusieurs films prometteurs en ce moment au cinéma. Sans parler de ceux sélectionnés au festival de Cannes qu’elle venait de repérer dans une revue spécialisée achetée à cet effet, laquelle avait depuis doublé de volume, à coup de pages cornées.

Et pourtant, elle n’en voyait toujours pas plus. Mais pourquoi ? s’interrogea-t-elle. Ne trouvant de réponse, elle alluma son ordinateur, ouvrit son navigateur, écrivit l’adresse de son site et commença à taper un nouvel article… de cinéma.

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