Sur ma peau de Gillian Flynn

Sur ma peau
Ecrit par Gillian Flynn
Sorti en Mars 2018
Publié aux éditions Le Livre de Poche
Thriller

Pardonnez-moi l’enthousiasme d’une lectrice peu habituée par le genre du thriller, mais je dois admettre que c’est la seconde fois que cette autrice me surprend à véritablement apprécier ma lecture et, du coup, j’avais bien envie de vous partager cette nouvelle expérience.

Pourtant, le style littéraire de Gillian Flynn n’est pas vraiment de ceux qui pourraient retenir mon attention. C’est même ce qui m’a rendu la lecture un peu fastidieuse au début car j’ai eu bien du mal à trouver agréable de la lire. Mais cela n’a finalement pris que deux ou trois chapitres pour que je me plonge véritablement dans le livre et que je ne parvienne plus à le lâcher, happée par l’intrigue et par la psychologie des personnages, que je trouve très réussie, comme pour Les lieux sombres. Gros points forts de cette autrice, assurément.

Extrait

« On dit toujours, quand on est déprimé, qu’on a le blues mais j’aurais été heureuse de me réveiller devant un horizon bleu pervenche. Pour moi, la dépression est jaune – jaune pisseux. C’est un interminable filet de pisse décoloré, exténué »

Sur ma peau raconte le retour d’une journaliste venue enquêter dans sa ville d’enfance sur la disparition d’une jeune fille et l’existence potentielle d’un tueur en série. Très vite, on comprend qu’il y a des histoires de famille très particulières qui ne tarderont pas à faire émerger un sentiment de malaise grandissant face à une situation de plus en plus malsaine.  Et c’est tellement insidieux qu’on se retrouve bien forcé de continuer la lecture et de s’interroger si cela n’est pas un des moteurs qui nous pousse à tourner les pages pour en connaître… une issue ?

Un sentiment paradoxal puisqu’on sait bien – et le roman le fait bien sentir – que les problèmes intrinsèques à la famille, celle dans laquelle on a grandi, font partie des plus impossibles et des plus destructeurs à se défaire et que cela marque une (à) vie. C’est physiquement le cas pour l’héroïne puisque Camille, depuis son jeune âge, a commencé à se scarifier en réaction à son environnement nocif, cette mère déséquilibrée elle-même par le traumatisme laissé par sa propre enfance et sa propre mère. Un cercle vicieux auquel aucune génération ne semble avoir échappé.

« Oui, je suis là, ai-je dit, et ça a été un choc de découvrir à quel point ces mots me réconfortaient. Quand je panique, je les prononce à voix haute. Je suis là. En général, je n’ai pas l’impression d’être là. Je me sens comme quelqu’un qu’une simple bourrasque de vent tiède suffirait à effacer, à faire disparaitre à jamais, sans laisser de trace. Certains jours , je trouve cette pensée apaisante; d’autres, elle me glace. « 

Je crois aimer les deux romans lus de Gillian Flynn justement parce qu’elle ne parle pas simplement d’une enquête. Elle propose surtout de s’interroger sur les personnages qui s’y trouvent mêlés et de la façon dont cela va les impacter. Le tout plongé dans une Amérique à la dérive, un petit territoire dans un énorme pays, où tout semble paradoxalement confiné et étroit. Et profondément sexiste. Les personnages de cette histoire, ce sont assurément ces femmes, qu’une société ultra-patriarcale a profondément atteint dans leur construction. En plus du drame familial qui se joue, c’est donc également une critique d’une partie de la société américaine que l’auteure dresse.

Au final, j’ai changé d’avis sur le style de Gillian Flynn. Du moins, si d’un point de vue littéraire, je ne l’apprécie pas, il est efficace dans ce roman et offre un détachement salvateur au lecteur qui, suivant les pensées d’une narratrice à la première personne, est forcément déjà happé par l’ambiance méphitique générale. L’autrice n’en fait pas des caisses et se contente de laisser parler toute la complexité psychologique de son héroïne. Autrement, cela aurait pu être très lourd à lire.

« Le seul endroit que tu as épargné, » m’a-t-elle chuchoté. Son haleine était douceâtre, musquée, comme l’air qui flotte autour d’une source.
« -Oui.
-Un jour, je graverai mon nom là. » Elle m’a secouée, une seule fois, puis m’a relâchée, et m’a abandonnée sur l’escalier avec le reste d’alcool qui avait tiédi.

C’est un roman qui fait froid dans le dos, qui peut même être dérangeant, que je ne recommanderai pas forcément à tout le monde. La violence qui y est décrite étant psychologique, il me semble que c’est justement une des plus dure à supporter – aussi, soyez prévenus. En revanche, si comme moi vous ne lisez que peu de thrillers, je ne peux que vous recommander de le tenter !

Résumé : « La ville de Wind gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà l’été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée… Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l’affaire. Elle-même a grandi à Wind gap. Mais pour Camille, retourner à Wind gap, c’est réveiller de douloureux souvenirs. À l’adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, camille a gravé sur sa peau les souffrances qu’elle n’a pu exprimer. Son corps n’est qu’un entrelacs de cicatrices… On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu’elle doit puiser en elle la force d’affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité… »

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