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Someone – Alice McDermott

someone
Someone
Écrit par Alice McDermott
Traduit de l’anglais (US) par Cécile Arnaud
Prévu aux éditions La Table Ronde (Quai Voltaire), le 27 Août 2015
Roman, Contemporain, Autobiographie fictive, Récit de vie
272 pages, 21 €


Brooklyn, années 30, quartier irlandais. Marie vit avec ses parents, immigrés avant sa naissance, et son grand frère Gabe dans un minuscule appartement bien astiqué. Son père boit trop mais il aime sa fille tendrement. Sa mère a la rudesse des femmes qui tiennent le foyer. Tandis que Gabe se destine dès le plus jeune âge à la prêtrise, Marie traîne sur les trottoirs de New York avec ses copines, colportant les cancans du bloc d’immeubles, assistant aux bonheurs et aux tragédies d’une quartier populaire. Viendront le temps des premiers émois, puis du premier emploi, chez le croque-mort du quartier, le débonnaire M. Fagin. Un jour, elle rencontre Tommie, GI détruit par la guerre qui vient de s’achever, employé d’une brasserie de bière et ancien paroissien de Gabe. Tommie est ce qu’on appelle «un gars bien». Ensemble, ils vont élever quatre enfants qui connaîtront l’ascension sociale américaine.


Note globale :

10/10

Coup de cœur 2015


Je tiens à remercier les éditions La Table Ronde pour avoir traduit ce livre. Non que je n’aurais pu le lire en anglais, mais ils m’ont ainsi offert l’opportunité de le découvrir (et merci à la Fnac de me l’avoir envoyé pour son Prix du Roman 2015). C’est rare ce genre de rencontre littéraire, où l’on tombe éperdument amoureux(se) du livre. J’ai aimé Someone, petit à petit, en douceur et avec élégance. Sans en avoir l’air, il m’a emportée, à mon insu, vers un état de jouissance livresque si rare, si désiré et après lequel on se retrouve dans l’impasse : la déception de ne pas ressentir dans la lecture suivante cette même étincelle. Après avoir lu Someone, j’ai eu une panne de plus d’un mois qui commence à peine à s’estomper. Cela valait le coup.

Je ne m’y attendais pas. Le résumé m’avait certes intéressée ; j’aime de toute façon les récits de vie, ceux qui s’annoncent modestes tout en promettant une authenticité qui me charme bien souvent (et que je recherche, assurément). Cependant, il est rare que je sois ainsi comblée, dans ce genre de lecture. Derrière des allures de simplicité, ce n’est pas si simple de réussir un tel roman. Combien d’œuvres littéraires s’intéressent ainsi à la vie quotidienne, émotionnelle, sociale, conjugale, familiale et j’en passe, d’une seule âme mortelle et pareille à toute autre ? Beaucoup. Mais peu en réalité arrivent à captiver son lectorat. Quand on étale le récit d’une vie – et d’une vie fictive et d’une vie ordinaire, qui plus est – rien n’est plus compliqué que de retenir, que de toucher, que d’émouvoir son lecteur.

Il suffit parfois de peu de choses, comme par exemple, d’une plume élégante. Alice McDermott en possède une agile, souple, et envoûtante. Légère quand il le faut, grave quand c’est nécessaire, parfois drôle et un peu nostalgique, elle sait manier l’art de se conter. Et d’illusionner. Car aussi fictive que fût Marie, elle m’a été aussi proche et aussi sensible qu’une personne réelle. A travers ses mots, ses confessions, ses anecdotes et ses digressions, il y a une touche de sincérité qui trouble et nous méprend – il faut alors se rappeler qu’elle n’a pas existé. Tout le long du roman, je me suis interrogée sur la façon dont les auteurs peuvent inventer de telles existences et jusqu’à quel point ils arrivent à s’en distancer. Y a-t-il une part de vérité dans Marie qui refléterait la personne qu’est Alice McDermott, ce qui expliquerait en partie comment elle a pu me paraître aussi juste ?

Il serait vain de tenter de vous résumer ce dont parle Someone. J’ai l’impression que tout ce que je pourrais en dire serait fade. C’est une vie simple, avec toutes les complications qu’une vie en communauté et en famille puissent avoir. Mais à travers elle, on découvre aussi ce quartier de Brooklyn dans les années 30, la communauté irlandaise qui y a émigré, et en fond de tableau, les différentes mutations des États-Unis à travers le XXe siècle. C’est un témoignage autant d’une vie que d’une époque, d’une société, d’une vision. Marie est un personnage charismatique et touchant, qui a développé très tôt une capacité à observer le monde et l’analyser, nous offrant ainsi un regard émouvant et frais d’une époque révolue.

Personnellement, j’ai été emportée par chaque mot, chaque période, chaque aller et chaque retour dans le temps et les souvenirs. La construction du récit est parfaite pour le confondre avec une autobiographie, tant ressort l’impression de suivre les pensées d’une femme évoquant ses mémoires. Il y a une sensibilité surtout qui se dégage de cette œuvre et qui m’a émue, sincèrement émue.

C’est ce que je peux, aussi objectivement possible, vous dire sur Someone. Ce roman a pourtant eu de réelles répercussions en moi comme peu de livres avant lui (et dont Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir fait partie, c’est dire). J’ai été bouleversée, transportée, je ne voulais pas le terminer et je ne pouvais pas non plus le lâcher. J’ai envie de le relire, encore et encore, et de goûter chaque mot, de savourer la plume d’Alice McDermott, de redécouvrir Marie, Gabe, Walter, M. Fagin… Someone est un roman phare de cette rentrée littéraire 2015 et dont il se détache dans la façon dont le roman réussit à écrire la vie. Avec justesse, profondeur et élégance. Un coup de foudre.

7 Comments

  1. Hou Hou, le p’tit duc a été également envouté par ce très beau roman. Merci pour ta superbe chronique qui rend bien ce que tu as ressenti… @bientôt, Grybouille du « Léa Touch Book »

    • Merci Grybouille d’être passé par là et de m’avoir lue. Au plaisir de te lire à nouveau !

  2. A retenir alors ! Moi qui cherchait quel livre lire de cette rentrée littéraire je vais essayer de me programmer cette lecture (enfin je dis ça mais je ne sais as si j’y arriverais ^^)

    • En même temps, il y en a tellement. Difficile de savoir sur quoi s’arrêter. 🙂
      Si tu le lis, j’espère qu’il te plaira. ^^

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