Skip to content

Solanin – Inio Asano

SolaninSolanin
Scénarisé et dessiné par Inio Asano
Série terminée en 2 tomes
Publiée par Kana, 2007
Drame


Synopsis :
« Une petite mélodie un peu folle qui raconte notre jeunesse, imperceptible et ténébreuse. »
« Une petite histoire d’amour, drôle et triste, entre Taneda et Meiko, qui n’en sont qu’à leur deuxième année dans le monde du travail. »


Note globale :

7/10


Je vous avais déjà parlé d’Inio Asano dans ma chronique des premiers tomes de  Bonne nuit, Punpun, sa série phare. Je les avais énormément aimés, notamment pour la singularité de leur esthétique et leurs thèmes (dont la jeunesse, l’enfance, la société nippone), jusqu’à ce que le pessimisme et l’ambiance malsaine eussent raison de moi. Si j’ai longtemps hésité à tenter de nouveau l’expérience, j’ai fini par me laisser convaincre avec Solanin. Grand bien m’en prit.

Emprunté à la bibliothèque, ce diptyque aura tout d’abord le mérite de me renouer avec l’auteur. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une rupture radicale avec Bonne nuit, Punpun. On retrouve d’ailleurs son graphisme particulier qui reste aussi efficace. Quoi de mieux que la rondeur des traits d’Inio Asano pour parler de la jeunesse ? La vingtaine d’années et le monde du travail à peine abordé, ses personnages n’en demeurent pas moins des enfants. Des enfants confrontés à une réalité qui les rendent perplexes. Désemparés, insouciants, ils semblent comme intangibles dans le monde qui les entoure, plus terre à terre. Ils gardent encore leurs grands rêves sans savoir comment faire ni par quoi commencer pour les réaliser. Idéalisme ou insouciance ?

solanin meiko

Solanin est une œuvre modeste où la simplicité du récit fait son plus grand atout. Son thème, cette jeunesse désemparée face à un avenir qui s’annonce morne, pour ainsi dire inexistant, rongée par l’ennui et les désillusions, se suffit à lui-même pour offrir matière à réflexion. En mettant en scène un jeune couple fraichement diplômé et sans grande ambition, l’auteur montre le décalage qu’il y a entre le désir de réaliser leur rêve et l’incapacité de s’y projeter. Un malaise auquel on peut aisément s’identifier.

Le manga se veut réaliste et cela fonctionne. Sans chercher à faire dans le mélodrame, même dans les moments les plus tragiques, l’œuvre reste fidèle à son idée de départ : mettre en lumière cet entre-deux dans lequel ses héros sont coincés. Alors que Meiko aborde la vie avec cynisme, et peut-être même un certain défaitisme, convaincue de fait qu’elle ne peut se complaire dans ce moule bien rodé, désolant d’ennui, de la société qui l’entoure, elle se décide à sortir de ce cadre trop superficiel en donnant sa démission. Jouissant d’une liberté qu’elle croit retrouver, elle observe ses amis, son petit-ami, et s’interroge, comme eux, sur leur façon d’aborder la vie.

Solanin_Personnages

De cette interrogation découle le manga : nous suivons en deux tomes la quête ordinaire de ces personnages qui, tout en étant des plus communs, n’en demeurent pas moins attachants. Finalement, le premier tome, tout en mettant en avant la volonté de ces jeunes à trouver le meilleur moyen de vivre leur vie dans cette société et qui les satisfasse, démontre surtout de leur attachement, volontaire ou non, à cette enfance dont ils ont du mal à se dépêtrer.

Ainsi le voit-on dans la tendance de Taneda d’aller à reculons, de ne pas prendre son groupe au sérieux, et de volontairement préférer une demie-défaite que de risquer l’échec. Mais la fin du premier tome rompt immédiatement l’immobilisme dans lequel les personnages semblent comme figés : à partir de cet instant, tout retour en arrière leur est définitivement interdit. Petit à petit, la métamorphose va se produire sans qu’elle ne soit cependant brutale ou qu’elle ne change diamétralement le cours de route du manga ou même qu’elle n’entrave la personnalité des héros. S’il est dramatique, le second tome ne s’attarde pas tant sur l’aspect émotionnel qui en découle que sur cette transformation.

Solanin extrait

Sous fond musical, Solanin est une œuvre complète, à la fois mélancolique, joyeuse, triste, légère mais profonde. Inio Asano a fait le bon choix de vouloir rester simple dans la complexité de son sujet. En deux tomes, il aborde encore une fois son thème de prédilection de façon réaliste mais, contrairement à Bonne Nuit, Punpun, de manière plus nuancée. Sans être particulièrement optimiste, il laisse toutefois entrevoir des possibilités. Il n’y a pas exactement d’avant ou d’après dans son œuvre, bien qu’on aurait pu lui reprocher d’avoir choisi un élément déclencheur facile ou prévisible – et c’est malgré tout le cas. Son idée derrière ce choix était toutefois de démontrer que rien n’est immuable. Et ce, tout en offrant à cette réflexion différentes pistes de lecture et d’interprétations possibles – pour ainsi dire, tout l’intérêt de ce manga.


Ce manga a également été adapté :

adaptation solanin
(Je ne l’ai pas encore vu mais c’est prévu au programme. Affaire à suivre !)

D’autres chroniques sur les œuvres d’Inio Asano :

(Cliquez pour lire la chronique du T1 et 2 de Bonne Nuit, Punpun)
(Cliquez pour lire la chronique du T1 et 2 de Bonne Nuit, Punpun)

Je parle également du T3 et 4 lors du Bilan de Juin 2014.

Be First to Comment

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :