Si tu tends l’oreille – Yoshifumi Kondo

(9/10 ❤) Unique film du réalisateur, ayant déjà travaillé sur plusieurs longs métrages du studio Ghibli, parmi les meilleurs d’Isao Takahata et Hayao Miyazaki (Le tombeau des lucioles, Princess Mononoke, Pompoko, Porco Rosso), Yoshifumi Kondo nous livre dans Si tu tends l’oreille une histoire très touchante et maîtrisée. C’est un film qui entre parfaitement dans l’ambiance du studio sans pour autant en être un simili désuet. Ses qualités sont pluriels : son équilibre, la délicatesse du récit, son onirisme, sa douceur, le sourire qu’il vous laisse sur la fin. 

Pour avoir vus les films dans un ordre non chronologique, j’ai été ainsi surprise d’y voir dans les statues des chats, le chara-design des protagonistes du Royaume des chats de Hiroyuki Morita. J’ai finalement appris que ce dernier a été réalisé sept ans plus tard, en reprenant volontairement certains des personnages comme protagonistes, offrant ainsi, si ce n’est vraiment une suite, en tout cas un très bel hommage à l’oeuvre du talentueux Yoshifumi Kondo.

Si tu tends l’oreille prend au dépourvu. Alors que l’atmosphère du film fera toujours pressentir le basculement dans un univers fantastique, celui-ci ne surgira jamais. Mais s’il ne décolle pas du monde réel, il offre en revanche un onirisme aussi créatif et imagé que celui du sublime Le voyage de Chihiro (réalisé en 2001). Et c’est là où il excelle justement et dévoile toute sa subtilité.

La création qui gravite autour de cette héroïne, apprentie romancière, et du jeune luthier, prêt à tout pour accomplir son rêve, est le thème central du film. Elle y trouve son apothéose dans la scène où les personnages se retrouvent à composer une merveilleuse reprise de la chanson Country Road. L’enthousiasme du film est au reflet de cette scène : très communicatif. Il est distillé dans toutes les scènes : que ce soit dans la rencontre électrique des deux protagonistes, qui finissent par s’apprivoiser petit à petit, mus par la même soif de création, leur désir d’apporter leur brique au monde, leur foi en l’avenir ; dans les échanges que Shizuku aura avec le grand-père ; l’avancement de son projet de roman, dont on verra le résultat exploser dans des scènes particulièrement chatoyantes de poésie.

Quant à l’histoire d’amour et celle des amitiés de Shizuku, tout cela paraît presque annexe du film, quand bien même ils y ont leur place. Le récit, en ce sens, n’a rien d’extraordinaire et ne sort pas vraiment des sentiers battus. Il y a le triangle amoureux, de la meilleure amie amoureuse de son camarade, lequel s’intéresse à Shizuku qui tombe amoureuse d’un autre garçon. Il y a Shizuku qui s’aperçoit qu’un garçon emprunte toujours les livres qui l’intéressent et commence à le fantasmer. Et il y a évidemment la relation entre Shizuku et Seiji qui commence comme chien et chat. Autant dire qu’on aurait presque là une recette pour un mauvais shojo. Pourtant, jamais Si tu tends l’oreille ne franchira la limite d’une histoire d’amour à l’eau de rose. Ses personnages principaux se révèlent beaucoup plus intéressants, car tournés vers leurs passions et leurs projets. Leur rencontre sert surtout à marquer l’évolution qu’ils vont voir s’opérer en eux, l’envie d’accomplir leur rêve, et la façon dont ils vont s’y encourager.

La beauté de ce film réside en ce que le fantastique qu’on a l’habitude de voir dans les films des deux fondateurs réside ici dans le quotidien et l’avenir de ces deux protagonistes. La magie qui est permanente dans la réalisation du film se discerne dans chaque plan, chaque expression très réaliste des personnages, chaque mouvement de l’histoire. C’est un film complet, charmant, délicat et subtil, qui gagne surtout par son équilibre dans la construction du récit, la psychologie et la pluralité de ses personnages, l’évolution de ces derniers, ses thèmes, sa musique, son animation. A ne pas manquer !


Si tu tends l’oreille
Réalisé par Yoshifumi Kondo (Studio Ghibli)
1995
Animation, romance


Résumé :
« Shizuku Tsukichima, une collégienne de 14 ans, est une jeune fille rêveuse et passionnée par les romans et les contes. Elle emprunte souvent des livres à la bibliothèque et remarque sur les fiches d’emprunt des roman qu’un garçon lit les mêmes livres qu’elle. Un jour qu’elle doit amener un panier repas à son père, elle découvre en chemin une mystérieuse boutique d’apothicaire.« 


Bande d’annonce :

2 réflexions au sujet de « Si tu tends l’oreille – Yoshifumi Kondo »

    1. Ça a été une bonne surprise car il m’était inconnu du bataillon. Pour une fois les promo de la Fnac ont visé juste 😉 ! Du coup je te le conseille !

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