Shangri-la – Mathieu Bablet

(8/10) J’avais beaucoup apprécié découvrir Mathieu Bablet à travers Adrastée et La belle mort. J’avais surtout été charmée par son style, sa maîtrise de la perspective et la physionomie de ses personnages. Ses univers sont toujours appétissants et ses thèmes intéressants, toutefois ses bandes dessinées manquaient encore de finition, avec un scénario prometteur mais qui tombait parfois dans la facilité (notamment pour La belle mort). Shangri-la est quant à elle un condensé des qualités de ces deux œuvres. Graphiquement superbe, avec une ambiance qui prend le lecteur dès les premières planches, elle déborde d’ambition.

Seulement, la qualité et le défaut de Shangri-la réside indirectement dans ses multiples thématiques de la science-fiction comme le paradoxe temporel, la dystopie, le space-opéra, les sociétés post-apocalyptiques, l’évolution d’espèces. Comme toute œuvre d’anticipation, les thèmes ne sont pas tant futuristes, ils reflètent des thèmes contemporains très actuels, auxquels le lecteur pourra se montrer captif.

On les retrouve notamment au travers de cette société consumériste, régie par une seule entité, à la fois corps politique et économique, sous le nom de Thianzu. La société est hiérarchisée et raciste, comme le démontre le personnage de John, représentant aux yeux du lecteur des animoïdes, espèce animale anthropomorphe créée par l’homme. Il y sera également question de rébellion, d’état d’urgence et d’expériences scientifiques comme les manipulations génétiques. La bande dessinée fourmille de sujets et d’idées, souvent très bien exploités à la fois à travers le scénario comme de menus détails du décor, du contexte ou de la société telle qu’elle est construite.

La portée sociologique et métaphysique rend l’ensemble passionnant à lire. Le tout reste digeste et le scénario bien rythmé, même s’il manque parfois un peu de subtilité. Toutefois, il n’en reste pas moins que ce trop plein d’idées et de thèmes peut également frustrer le lecteur, quand tout n’est finalement traité jusqu’au bout. Je reprocherai notamment l’introduction des paradoxes temporels, qui commencent et terminent Shangri-la, employant un tour de scénario, qui, pour ma part, m’a fait penser au film d’Interstellar.

Si ce thème est passionnant, il demeure ici très inexploité. Surtout, il me semble en décalage au reste du scénario, déjà riche en soi et qui aurait pu se suffire. Même s’il introduit une fin ouverte étonnamment poétique, je n’arrive pas à le trouver pleinement justifié et il me laisse un certain goût d’inachevé.

Quand bien même, Shangri-la est une bande dessinée magnifique et riche, de par ses thèmes et son traitement. Ses planches offrent des tableaux incroyables de l’espace, à couper le souffle. Mathieu Bablet prouve une fois de plus à quel point il est capable d’adapter son style à un genre et de créer un univers pluriel et créatif, toujours différent de ses précédentes œuvres. Si son œuvre pourrait encore être perfectionnée, elle n’en reste pas moins un régal à déguster. A quand la prochaine ?


Shangri-la
Scénarisé et dessiné par Mathieu Bablet
Publié aux éditions Ankama, 2016
Science-fiction, Dystopie
19,90€ GF

Résumé :
« Dans un futur lointain de quelques centaines d’années, les hommes vivent dans une station spatiale loin de la Terre et régie par une multinationale à qui est voué un véritable culte. En apparence, tout le monde semble se satisfaire de cette « société parfaite ». Dans ce contexte, les hommes veulent repousser leurs propres limites et devenir les égaux des dieux. C’est en mettant en place un programme visant à créer la vie à partir de rien sur Shangri-La, une des régions les plus hospitalières de Titan, qu’ils comptent bien réécrire la « Genèse » à leur façon. »


Trailer :


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2 réflexions au sujet de « Shangri-la – Mathieu Bablet »

    1. C’est son énorme point fort, surtout quand il s’attaque à la perspective ! Mais il y a aussi Adrastée qui est magnifique avec un univers graphique et une imagerie très riche !
      J’espère que ça te plaira aussi. 🙂

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