S’enfuir. Récit d’un otage. – Guy Delisle

(8/10) Dans S’enfuir. Récit d’un otage., Guy Delisle ne relate plus sa propre expérience, comme dans les Chroniques  de Jérusalem ou encore Pyongyang, mais celle de Christophe André, pris en otage alors qu’il effectuait une mission humanitaire au Caucase. Témoignage unique et précieux, c’est un roman graphique dense, brillant, passionnant, glaçant, preuve du talent d’écoute, d’empathie et de conteur de l’auteur.

Guy Delisle n’est pas seulement un très bon observateur et un fin narrateur, capable de se mettre en scène, tout en portant un regard lucide, curieux et critique sur son environnement. Il est également capable de donner la voix en images à un autre que lui-même, bien sûr avec son trait et son style particuliers. Un exercice complexe, ici parfaitement exécuté. D’autant qu’il s’agit d’un vécu autant physique que psychologique. Christophe André est ligoté les trois quarts du roman graphique, enfermé dans un espace exigu  et quasiment vide. Les divertissements sont très rares, tout se passe dans l’esprit et les menus détails. C’est un combat interne pour ne pas perdre la raison face à la peur, l’attente, l’ignorance, l’incompréhension, pour rester focaliser sur l’essentiel : la survie et la fuite.

Le roman graphique nous met en tension permanente, il est à vrai dire impossible de le lâcher une fois commencé. Guy Delisle fait ressentir les émotions,la longueur des jours, l’attente, l’enfermement avec subtilité et efficacité. Les journées sont longues, il ne se passe pas grand-chose. Pourtant, le roman graphique est dense. Beaucoup de choses sont dites ou se comprennent sans que rien ne soit inutilement inexpliqué.

Les tons sont monochromes, le dessin est abrupt. Peu d’effets visuels – tout se concentre autour de l’expérience individuelle. C’est un récit étonnamment intimiste, remarquable qualité pour un témoignage rapporté par un autre. Sa conception a peut-être pris du temps, mais on ne ressent nullement les efforts et la complexité de l’exercice ; même si on en devine aisément toute la difficulté.

Guy Delisle a dû en effet faire un réel travail d’écoute et d’empathie, pour que son récit réussisse à ce point à faire transparaître l’état psychologique de Christophe André, dont le courage et la force d’esprit inspirent le respect. S’enfuir. Récit d’un otage. est un roman graphique passionnant, un huis clos intense, un véritable pavé qui arrive à rendre compte de ce vécu par les menus détails qu’il en dévoile. Il n’est pas évident à lire, encore moins à commenter. A lire.


S’enfuir. Récit d’un otage.
Dessiné par Guy Delisle
Publié aux éditions Dargaud, 2016
Roman graphique, oneshot
Témoignage
27,50€, 420p


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Résumé :
« En 1997, alors qu’il est responsable d’une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l’a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d’un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ? »


Lusionnelle

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