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L’heure de plomb de Bruce Holbert

Prix du roman fnac 2016

Cela fait longtemps que, à force de regarder les vidéos du vidéaste « Le Rouquin Bouquinne », j’ai eu envie de découvrir les éditions Gallmeister, spécialistes de la littérature américaine. Forte d’un catalogue riche, j’avais hâte de tenter et j’ai donc été plus qu’heureuse de trouver parmi les réceptions pour la Fnac, L’heure de plomb de Bruce Holbert. La quatrième de couverture donnait du rêve, et j’y ai plongé avec beaucoup de plaisir. Pas forcément le coup de cœur auquel j’aurais pu m’attendre, mais dans tous les cas une très bonne lecture qui est à découvrir.

Très bonne lecture, mais pas évidente pour autant. C’est un roman qui ne fait pas dans la dentelle ; de la plume de l’auteur à la psychologie des personnages tout autant qu’au caractère de l’histoire, elle-même, le style est frontal. Pas de fioritures, pas de faux semblants ni de tentatives vaines d’adoucir les choses ; la réalité est brutale et violente. Il vaut mieux être prévenu d’ailleurs, si vous êtes sensible à la violence, ce livre vous sera probablement difficilement supportable. Ce n’est pas tant qu’elle soit omniprésente qui m’a gêné, mais la sensation de surenchère parfois inutile.

Déroutant, c’est le mot parfait pour décrire L’heure de plomb qui ne ménage jamais son lecteur. Un roman qui s’inscrit dans les mythes du Far West  : comme je viens de le dire, la prédominance de la violence dans son univers dicté par l’absence totale d’autorité gouvernementale, où la loi individuelle, et donc du plus fort, est la règle ; le loup solitaire parti en exil ; la nature omniprésente, qui représente autant une force à laquelle l’Homme doit se confronter comme une partie ambivalente de sa propre nature ; le destin croisé de dangereux individus, d’âmes damnées.

La noirceur du roman est présente dans tous les personnages, sans exception, et ne laisse aucun doute : le roman ne pêche pas dans le manichéisme. Si ce n’est qu’aucun personnage ne semble échapper à un état névrotique, et que cet état constant dérange et perturbe. L’ambivalence des personnages est de fait autant une qualité qu’un défaut – dans cette systématisation, un trop plein de névroses rend le schéma psychologique presque répétitif. Et si on ne tombe pas dans les clichés, en effet, il y manque sans doute un peu de nuance. Ça ne manque pas toutefois de réalisme – ou d’une impression de réalité qui contribue à nous tenir en haleine.

Car autant le dire : je n’ai pas lâché le roman du début à la fin. Celui-ci demande d’ailleurs une certaine attention de son lecteur, avec ses multiples personnages et autant de narrateurs qui s’entrecroisent. L’histoire se déroule sur un couloir de temps plutôt élargi (plus d’une soixante d’années au moins), nous faisant vivre par étape toutes les évolutions des personnages. Pourtant, avec le recul, je m’étonne d’avoir été autant prise dans ma lecture. Après tout, c’est aussi un roman qui, par moment, m’a également vraiment dérangée sans que je n’arrive à mettre les mots pour l’expliquer. Difficile de dire si c’est seulement à cause la violence, ou de l’état de déshumanisation dans lequel les personnages sans exception semblent plongés, si c’est le manque de nuance dans l’horreur de ce monde, ou le manque d’empathie des personnages… Allez savoir.

Ce n’est donc pas un coup de cœur. L’heure de plomb reste cependant une découverte particulièrement intéressante de cette rentrée littéraire. Rien que pour son style d’écriture et son sens de la narration, je vous le recommande, mais seulement si vous avez le cœur bien accroché. A ne pas lire les mauvais jours.


L'heure de plombL’heure de plomb
Ecrit par Bruce Holbert
Publié aux éditions Gallmeister
A paraître le 1er Septembre 2016
Roman, historique, Etats-Unis
24€, 373 pages


Résumé :
« Hiver 1918. L’Etat de Washington connaît, durant un bref instant, l’Apocalypse : l’un des pires blizzards de l’histoire du pays balaie tout sur son passage. Perdus dans la neige, pétrifiés par le gel, deux jumeaux de quatorze ans, Luke et Matt Lawson, sont recueillis in extremis par une femme qui tente de les ranimer à la chaleur de son corps. Seul Mark reprend vie. Le lendemain, le voilà devenu un homme, trop tôt et malgré lui. Car le désastre l’a également privé de son père, le laissant à la tête du ranch familial. Labeur, amour et violence, autant de découvertes pour Mark, désormais seul face à la beauté sauvage de cette terre, tentant de maintenir l’équilibre fragile entre les êtres qui l’entourent. »


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