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Ping Pong – Taiyou Matsumoto

(8/10) La première chose à dire, c’est que les mangas de Taiyou Matsumoto ont une réelle force d’attraction. Est-ce les couvertures, les titres, l’esthétique, que sais-je, il s’en dégage une aura qui attire, intrigue et convainc de tenter l’aventure dans des mangas de genres très différents, et pas toujours ceux auxquels je m’intéresse d’ordinaire. Et en effet, d’ordinaire, il n’en est rien : c’est un mangaka d’exception, ce que la lecture des quatre premiers tomes de Sunny (dont il me tarde de vous en faire part), le premier tome du Samouraï Bambou (un véritable coup de cœur) et cette série ont confirmé. Mais parlons plutôt de Ping Pong.

20160222_215646Courte série de cinq tomes, c’est un manga qui tourne autour d’un sport peu populaire en France, mais qui, de par ailleurs, jouit d’un certain succès, en particulier en Asie. Ping Pong raconte donc l’histoire de Peko et de Smile, deux jeunes collégiens, amis d’enfance, qui sont passionnés par ce sport. Tandis que Peko se montre dès les premières pages très sûr de lui, même prétention, Smile est beaucoup plus réservé, ce qui a le don de lui attirer des ennuis. Rapidement, leurs personnalités se dévoilent de façon subtile mais sans équivoque. S’il est assidu dans ses entraînements de ping pong, Smile montre un manque réel de combativité. Il est cependant remarqué par son entraîneur qui décide de le prendre sous son aile et de le forcer à exprimer son talent et sortir de son cocon.

C’est en effet un des thèmes majeurs du manga : le dépassement de soi. Tous les matchs ne visent que cela : apprendre à connaître et savoir dépasser ses propres limites. Celles qui sont inhérentes à soi-même : le talent. Et celles qu’on s’impose : nos inhibitions. Elle s’illustre à travers chaque personnage. Par exemple, Sakuma qui, malgré toute sa volonté, sa combativité et sa persévérance, se retrouve limité par son manque de talent, parce qu’il ne possède ni l’intuition naturelle de Peko ni la capacité d’anticipation de Smile. Kazama surtout est le personnage qui met en paroles ses réflexions et en semble fasciné.

La beauté de Ping Pong, c’est de ne pas se laisser aller aux clichés, ni du genre ni des personnalités qu’il met en scène. Et pourtant : tout aurait pu l’y mener. D’une part, il aurait pu tomber dans le piège du combat-sans-fin. C’est-à-dire, d’avoir en permanence de nouveaux adversaires toujours de plus en plus forts, à en devenir ridicule. Évidemment, il en faut quand même : sinon, comment progresser ? (Ou ne serait-ce que montrer cette progression ?) Or, ici, l’adversaire de Smile ne sera aucun joueur d’aucune autre école : si ce n’est lui-même, son principal opposant n’est d’autre que Peko. Cela créé une relation très intéressante car les deux enfants sont tout du long partagés entre leur rivalité et une profonde amitié. Et les deux ne sont pas antinomiques.

20160222_215018Bien évidemment, Smile et Peko ont des caractères très différents – ce qui aurait pu mener le manga à un second écueil. Or, ils sont, bien sûr, complémentaires, mais ils sont surtout nuancés. Réservé, Smile paraît comme un être solitaire et peu social – ce qu’il est – mais il est également un excellent observateur et un fin analyste. Il gagne le respect par son sang-froid et la précision de sa technique tout en étant capable d’une grande empathie pour ses adversaires, accordant une grande importance à leurs sentiments, quitte à les laisser gagner. Peko, lui, est un garçon dynamique, débordant de confiance et un caractère plutôt extravagant. S’il a un esprit combattif, il manque cependant de persévérance comme d’assiduité.

Si leur match n’a lieu qu’au dernier tome, leur affrontement est en réalité perpétuel. Il l’est dans la façon dont ils évoluent à la fois indépendamment et ensemble. Ils s’observent, se dépassent, se guettent, s’espèrent. Surtout, ils ont une grande confiance en chacun. Toute la complexité de leur relation gagne du fait que Taiyou Matsumoto ne cherche pas à extrapoler des scènes de grande complicité. Celle-ci est distillée dans tout le manga en filigrane.

Même les personnages secondaires sont travaillés. Que ce soit Sakuma, comme je le disais plus haut, Kazama, Wenga Kon, Mémé ou encore Butterfly Joe, aucun n’est laissé pour compte et ils gagnent autant d’importance que les deux protagonistes. Leurs relations et leurs réflexions, tant personnelles que collectives, tout autant que leurs espoirs et leurs déceptions, apportent une dimension passionnante et qui créé tout le réalisme et la beauté du manga. Avant tout, elles rendent le manga très humain.

20160222_215351Plus que de parler de ping pong, le manga parle avant tout de ces jeunes. Leur jeu reflète surtout leur personnalité que leur style de vie. Ainsi Tsukimoto qui ne manque pas seulement de combativité dans le jeu, mais également et surtout dans la vie. Il ne réagit jamais quand on le brime ou le complimente, il manque d’entrain et d’optimisme, surtout il ne se laisse jamais aller. A l’inverse, Peko est imprévisible, agressif, mais très mauvais perdant. Quand il se rend compte de ses faiblesses, et surtout de la vraie force de Tsukimoto, il se laisse décourager et prend la fuite.

Je ne peux pas conclure cette chronique sans parler du dessin. L’esthétisme de Taiyou Matsumoto est incroyable, unique, et variée. Rien à voir à ce que j’ai pu voir dans Le Samouraï Bambou ou encore Sunny, quoi qu’elle garde cette même précision, ce fourmillement de détails, cette expressivité et son dynamisme. Pourtant, il est vrai que si je n’avais pas déjà lu un de ses mangas, j’aurais peut-être été rebutée par celui-ci. L’esthétique n’est pas « beau » et, en même temps, par bien des façons, il devient magnifique. Dès le premier chapitre, on peut apprécier toutes ses qualités. Le dessin de Taiyou Matsumoto fait partie intégrante de son histoire ; elle y apporte une touche de poésie, le ton et les nuances, si bien qu’il ne lui est pas toujours nécessaire de faire parler ses personnages. Les expressions de leurs visages, la mise en scène, le choix de certains détails, tout est sagement utilisé pour faire passer les bons messages. Les scènes de match sont également très réussies : le mouvement, la tension des joueurs, l’excitation de la foule – on ressent tout. Chaque combinaison de joueurs offre des matchs très différents, ce qui est très appréciable.

Loin des sentiers battus, Ping Pong, est donc une œuvre à multiple niveaux de lectures et qui nécessite une réellement implication du lecteur. Elle se distingue de par la profondeur de ses thèmes, de ses personnages et de leurs relations, et la subtilité de son auteur. Nul besoin de scènes extraordinaires, Taiyou Matsumoto fait du quotidien de ces férus de ping pong, un récit de vie passionnant.

Ping Pong 2 a 5

P.S. : Je ne pouvais tout à faire clore cette chronique sans glisser un mot sur l’édition et surtout souligner l’excellent travail réalisé. En effet, on retrouve à la fin de chaque tome un glossaire expliquant chaque terme ou particularité glissé dans le manga, ce qui permet de mettre en lumière pas mal de détails et de mieux comprendre des coutumes locales, des comportements, des mots spécifiques ou mêmes des références que l’auteur glisse dans toute son œuvre (et elles sont nombreuses). Une excellente initiative qui complète le manga, déjà d’excellente qualité.


Ping Pong tome 1Ping Pong
Série complète : 5 tomes
Dessiné par Taiyou MATSUMOTO
Traduit et publié par Editions Delcourt,
Manga, Seinen, Sport
10,75€ le tome


Résumé :
« A travers une grande histoire d’amitié, Matsumoto nous entraîne dans l’univers compétitif des joueurs de tennis de table. Les balles fusent, les joueurs sautent à plus de deux mètres quatre-vingts au-dessus du sol. Les personnages de Ping Pong ne vivent que pour se dépasser. Le dessin extrêmement fort de Matsumoto qui multiplie les angles et les prises de vue irréelles, nous entraîne dans une action au rythme démesuré. »


Désolée pour la qualité des images. N’ayant trouvé qui me conviennent, j’ai dû les prendre directement depuis mon téléphone.

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