Point Culture (1) Thrillers japonais/américain, film d’animation, fable et musée

Devant la réalité de ma faible production, j’ai décidé de refaire des billets sur cinq œuvres ou expositions/sorties culturelles qui m’ont marquée, de façon positives ou négatives. Je n’en ferai sans doute pas de chronique à part entière, le principe est donc d’en parler de façon un peu plus synthétique pour vous partager rapidement mon avis dessus !

Allez, sans tergiverser, voici le menu du jour :

  • Creepy de Kiyoshi KUROSAWA
  • Get Out de Jordan PEELE
  • Le Grand Méchant renard de et de
  • Le livre de Perle de Timothée de Fombelle
  • Le musée de la Chasse et de la Nature

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Monthly Best Of Culture – Juin 2017

Après de longues hésitations, je pense relancer des billets « Points Cultures » qui serviraient à vous glisser en quelques mots mes avis sur les découvertes dont j’aimerais vous parler sur le blog mais pour lesquelles je n’ai soit pas assez de matière pour en faire une chronique à part entière soit pas le temps de m’y consacrer. Ça ne concernerait pas forcément l’exhaustivité de ce que je lis, vois, visite, mais plutôt un patchwork de ce qui me donne envie d’en parler. Je ne souhaite pas que cela envahisse le blog, au détriment de vraies chroniques, mais il faut bien admettre que celles-ci me prennent vraiment du temps et que je n’en publie de toute façon pas beaucoup. Or, j’aimerais me rendre plus active et, je l’espère, créer un peu plus d’échanges par ici.

En attendant que cela se mette en place, il est temps de dresser le bilan du mois de Juin, que j’ai trouvé très satisfaisant dans l’ensemble. À l’exception de ma grosse déception avec le dernier film de Kiyoshi Kurosawa, j’ai été vraiment enchantée de mes découvertes – surtout littéraires, notamment avec mon tout premier Timothée de Fombelle !

Juin, ça a également été le mois où j’ai assisté à deux concerts fantastiques, dont un que j’attendais avec avidité depuis des mois. Je raffole de musiques symphoniques, en particulier en concert. Et Joe Hisaishi a composé des sountracks formidables pour les films d’Hayao Miyazaki. Le voir jouer du piano et diriger l’orchestre en live était vraiment jouissif, impressionnant, unique ! Puis, il y a eu le concert Symphonic Odysseas, regroupant quelques soundtracks de jeux vidéos comme Final Fantasy III, VI, le superbe générique de FFVIII, mais aussi d’autres jeux que je ne connaissais pas, comme Lost Odyssey. Leur point commun ? Nobuo Uematsu, leur compositeur, qui est – en plus – resté après le concert pour une session passionnante de questions/réponses.

En fin de compte, probablement le meilleur mois de découverte de cette année 2017.


THE MONTHLY BEST OF CULTURE
Juin 2017

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Le top

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#1 – Psiconautas d’Alberto VASQUEZ et Pedro RIVERO
Catégorie : Films

Un film d’animation espagnol original, désordonné, mais bien réalisé, à ne pas montrer aux jeunes enfants. Ses thèmes autant que leurs représentations dans diverses scènes sont durs et la violence ne nous est pas épargnée. Il n’est pas facile à aborder ni à comprendre, tant beaucoup de choses sont implicites, parfois éparpillées. La réalisation est impeccable, l’esthétique original et marquant. Un ton pessimiste dans l’ensemble, ce n’est pas un film d’animation à prendre à la légère. Avec son univers post-apocalyptique dense et passionnant, il est étonnant à voir, car on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre.

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#2 – Tunnel de Kim SEONG-HUN
Catégorie : Films

Un blockbuster coréen très bien réalisé, avec des effets spéciaux crédibles qui ont réussi à me donner des frissons. Les acteurs sont très bons et arrivent à nous impliquer dans leur cauchemar, à nous immerger malgré nous. Quelques petites longueurs mais qui servent aussi le film avec la sensation d’une attente interminable et insoutenable. Mais des thèmes intéressants, comme la médiatisation et la politisation de ce genre de catastrophes. Le réalisateur arrive à transmettre la tension comme le malaise, qu’il saupoudre de touches d’humour bienvenues, dont les effets renforcent les moments d’intensité. Très prometteur pour le réalisateur, à suivre !

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#3 – Banana Girl de Kei LAM
Catégorie : BD

J’adore le style de dessins et la scénarisation des planches. J’aime ces récits qui, mine de rien, en disent long, avec des thèmes divers, sous-jacents, qui intriguent, donnent envie d’en lire plus. Ici, entre autres : le changement de pays, de culture, de langues, de mode de vie ; l’intégration et l’acceptation ; la double-culture qui en résulte aussi ; la famille et la vie des parents de Kei, en Chine, pendant la révolution culturelle chinoise (passage passionnant !). L’humour est doux et coloré, comme le ton général de la bande dessinée, même quand l’artiste aborde des moments plus sombres, c’est toujours dans la nuance. J’ai vraiment apprécié voguer dans les pérégrinations de ses anecdotes, de ces bouts de vie, qui sont très touchants, et qu’elle nous rend étonnamment familiers.

Les bonnes surprises :

  • Le Grand Méchant Renard de Jonathan RENNER [Films]
  • Harry Potter and the Philosopher Stone de J.K. ROWLING [Livres]
  • Les idées noires de la physique de Vincent BONTERNS et de Roland LEHOUCQ [Livres]
  • Les maîtres de l’Ecosse T2 de Robyn YOUNG [Livres]
  • Le livre de Perle de Timothée DE FOMBELLE [Livres]
  • L’enfant et le maudit T2 de NAGABE [Manga]
  • Drop Dead D-D-D-D Demon T4 d’Inio ASANO [Manga]

Les découvertes :

  • Le musée de la Chasse et de la Découverte
  • Get out de Jordan PEELE [Films]
  • Voyage of time de Terrence MALIK [Documentaire-fiction]

Les mauvais élèves :

  • Creepy de Kiyoshi KUROSAWA [Cinéma]
  • Silence ! On tourne ! mis en scène par Patrick HAUDECOEUR [Théâtre]

Chroniqué ce mois-ci :

L’expédition de Monica Kristensen

S’il y a un polar que je retiendrai de l’expérience du Grand Prix des Lectrices ELLE, c’est bien L’expédition de Monica KRISTENSEN. Un polar glacé qui nous fait plonger dans un étrange huis-clos au milieu de l’hiver et des glaces infinies. Mais, ce que j’ai aimé, ce sont tous les détails que l’auteure donne sur la façon dont est préparée et menée une expédition, qui rendent le récit crédible et l’expérience réaliste. Et pour cause, l’écrivaine est également glaciologue et la première femme qui a conduit une expédition en Antarctique (cf. Wikipédia). Cela nous donnerait même des envies de lire un témoignage sur son expérience.

Du réalisme, il est clair que le récit n’en manque pas. Sans nous assommer d’explications, l’auteure nous donne suffisamment de détails pour nous faire comprendre à quel point organiser une expédition est difficile, coûteuse, stressante, et à quel point la vivre est une épreuve de titans. Ses personnages s’y sont préparés, mais elle arrive habilement à montrer également leur amateurisme et leur égocentrisme. Dans une narration double habilement menée, elle fait oublier la linéarité du récit, en développant une temporalité qui évite également l’ennui des moments d’accalmie, où les personnages n’ont d’autres choix que d’attendre.

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Après la tempête d’Hirokazu Kore-Eda

(7/10) Hirokazu KORE-EDA est un réalisateur japonais dont j’affectionne tout particulièrement la filmographie, bien que je n’ai pas encore tout vu (par chance). C’est un maître de la chronique familiale, capable de remplir ses films d’un quotidien familier, dont le réalisme nous immerge immédiatement et nous met à portée la sensibilité de ses personnages. Après la tempête en est encore un bel exemple.

Ce qu’il y a de génial avec Hirokazu KORE-EDA, c’est que tout paraît très simple et naturel. Dès les premières scènes, on est plongé aux côtés de ses personnages, qui vivent tout bonnement leur vie, leur quotidien. Il n’y a pas de démonstration, pas une scène de prologue annonciatrice de la suite. Pas d’introduction et on a presque du mal à voir le fil narratif. Le cadre est épuré, comme le décor. Et ça marche.

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Monthly Best Of Culture – Mai 2017

Gros soupir. Ce mois-ci, j’avais espéré trouver le temps et l’inspiration pour remettre à flot le blog, et en fait, ça a été un mois plus que calme (une seule chronique, au final…). Alors j’en profite pour tirer le bilan sur ma participation au Grand Prix des Lectrices ELLE 2017 qui est à présent terminée. Les gagnants viennent d’être révélés, et ce n’est pas forcément ceux que j’aurais personnellement choisis, bien qu’ils aient de bonnes raisons d’avoir été élus.

Pour ma part, j’ai été ravie de cette expérience, qui n’a pourtant pas toujours été facile. J’ai vraiment apprécié le challenge qui m’a fait découvrir des textes auxquels je n’aurais pas forcément prêtés attention et qui m’ont finalement marqué. D’un autre côté, le revers est qu’il a parfois fallu lutter pour terminer plusieurs livres sélectionnés, qui n’étaient pas du tout de mon goût. Je me suis rendue compte que j’avais un vrai plaisir à choisir mes propres lectures, et ça a donc été une année parfois frustrante de ce point de vue. Globalement, je suis ravie d’avoir tenté l’expérience.

Du coup, j’en profite pour vous dresser un bilan. Voici le palmarès :

  • Catégorie Romans : « Chanson douce » de Leila SLIMANI

Je le sentais venir, après tout. C’est vraiment le roman de la rentrée littéraire de 2016, et un de ceux qui avaient un parti pris original et percutant. Personnellement, je n’ai pas du tout apprécié ma lecture, ce qui fut à la fois une surprise et une déception. Je n’abandonne pas l’idée d’essayer un autre roman de l’auteur, mais j’ai vraiment éprouvé des difficultés à m’intéresser à ses personnages, dont la psychologie ne me semblait pas aussi travaillée que je ne l’avais lu décrits. Je suis tout bonnement passé à côté de ce roman.

Mon choix aurait plutôt été « Station Eleven » d’Emily ST JOHN MANDEL, un roman post-apocalyptique qui traitait très bien son sujet. C’est à la fois très hollywoodien et terre-à-terre. Une réflexion intelligente sur les différentes directions que l’humanité pourrait prendre en cas de catastrophe d’une telle ampleur. J’avoue aimer particulièrement ce genre de romans, parce qu’ils remettent forcément en question la façon dont on vit, nos principes, et ce qu’il en adviendrait si on perdait soudain tous nos repères. Et j’ai trouvé que l’auteure y arrivait plutôt bien (voir ma chronique pour un avis plus complet).

  • Catégorie Polar : « Surtensions » d’Olivier NOREK

Autant admettre une chose, c’est un vrai page-turner, mélange de Prison Break, de séries policières, avec une bonne dose d’humour et de personnages au fort caractère. Il est fluide et facile à lire. J’ai moins aimé la multitude d’intrigues qui m’ont semblé plutôt tarabiscotées, un scénario pas toujours bien découpé, qui nous donnerait presque envie d’avoir plusieurs romans pour pouvoir développer chaque intrigue séparément. Quelques longueurs et inégalités, mais qui n’empêchent pas de passer un temps agréable et prenant de lecture.

Mon choix dans cette catégorie aurait plutôt été « L’expédition » de Monica KRISTENSEN, dont j’ai vraiment aimé le réalisme. On sent que l’auteure est très informée du sujet qu’elle traite et qu’elle a vécu elle-même en partie ce que ses personnages sont en train de vivre. Cela nous immerge instantanément dans son récit, nous plongeant dans le froid glacial et morbide, un paradoxal huis-clos dans les neiges infinies du pôle nord. L’intrigue est efficace, malgré un épilogue qui vient tout gâcher en voulant trop explicité, trop résoudre le fin mot de l’histoire, qui aurait pu être laissé libre à l’imagination foisonnante des lecteurs.

  • Catégorie Documents : « Journal d’un vampire en pyjama » de Mathias MALZIEU

Je l’ai beaucoup aimé, parce qu’on y retrouve la superbe plume du chanteur. Il a toujours eu un don pour écrire, et en roman, c’est un bijou. Au regard du sujet, très intime, j’ai été d’autant plus impressionnée par son intelligence poétique, sa capacité à utiliser sa plume et son imaginaire comme d’un catharsis. C’est un texte fort, sensible, communicatif, poétique, qui mérite amplement d’être remarqué. Il m’a en effet beaucoup charmée. (voir ma chronique pour un avis plus précis)

Autre texte que j’aurais également voulu voir récompensé, c’est « En quête de l’Etranger » d’Alice KAPLAN qui retrace la biographie d’un chef d’œuvre, approche originale et bien menée. C’est passionnant et bien écrit, très complet, l’horizon des thèmes abordés est pluriel, allant du processus de création au monde de l’édition durant la Seconde Guerre Mondiale, la perception de l’œuvre à l’étranger et ses différentes traductions qui en démontrent une compréhension différente, etc. (voir ma chronique pour en savoir plus)

Pour celles qui seraient intéressées, sachez que l’édition 2018 se prépare déjà et vous pouvez d’ores et déjà vous inscrire pour faire partie du jury ici : http://www.elle.fr/Loisirs/Livres/News/Et-si-vous-deveniez-juree-du-Grand-prix-des-Lectrices-3073399


A présent, passons au sujet qui nous intéresse dans ce billet, le bilan du mois de Mai !

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Monthly Best Of Culture
Mai 2017

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Le TOP

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#1 – Après la tempête de Hirokazu KORE-EDA
Catégorie : Films

C’est probablement mon réalisateur japonais préféré, j’aime terriblement la sensibilité qui se dégage de ses films. Celui-ci est un film de maîtrise, qui résume toute la qualité de sa filmographie. Ce n’est pas forcément celui que je préfère, mais il montre brillamment ses qualités. D’excellents personnages, réalistes, complexes ; une capacité à l’auto-dérision qui se dévoile à la fois par l’humour de ses personnages et sa lucidité en tant que réalisateur ; une capacité à filmer l’essentiel sans jamais expliciter lourdement ce qu’il cherche à faire comprendre au spectateur. C’est une invitation à comprendre l’autre, de la même façon qu’il porte lui-même sur ses personnages un regard à la fois critique, intelligent et empathique.

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#2 – Insurrection de Robyn YOUNG
Catégorie : Romans

Autant le dire, je ne suis plus objective vis-à-vis des romans de cette auteure. Avec Ken FOLLET, c’est probablement la meilleure auteure de romans historiques que je connaisse. C’est un bon de plus de huit cent pages qui se dévore avec gourmandise. Un récit épique, mêlé d’intrigues politiques, d’héroïsme, de chevalerie et de mystères. Elle y ajoute également un brin de fantastique et d’aventure arthurienne. En gros, c’est un bon premier tome, qui est dense en termes d’événements et d’éléments à suivre. Ce que j’aime aussi dans cette édition, ce sont les notes de l’auteur qui suivent le récit, où elle explique les choix qu’elle a dû faire entre les événements historiques tels qu’ils ont eu lieu et les remaniements qu’elle a faits pour la cohérence de son récit.

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#3 – Alien le 8e passager de Ridley SCOTT
Catégorie : Films

Session de rattrapage réussie, j’ai enfin vu les deux premiers films de la série Alien. J’étais un peu fébrile, et j’ai été surprise d’y découvrir un huis-clos, un survival movie, dont l’aspect horrifique est renforcé par une façon de filmer efficace, sans être insupportable à regarder. Je ne suis en effet pas friande des films d’horreurs, en réalité. Mais j’ai aimé le film pour ses personnages, son univers, ces moments de tension qui nous clouent sur le siège. Le rythme joue énormément sur les sensations que procurent le film, la langueur volontaire autant que les moments d’accélération permettent aisément à captiver le spectateur, qui oublie les quelques rides de vieillesse prises par les effets spéciaux.

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Les très bonnes surprises :

Catégorie Livres :

  • Captive audience d’Ann WARREN GRIFFITH

Catégorie Films :

  • Notre petite sœur d’Hirokazu KORE-EDA (et oui, encore !)

Les bonnes découvertes :

Catégorie Livres :

  • Au Japon, les gens qui s’aiment ne disent pas Je t’aime d’Elena JANVIER
  • Dans la forêt de Jean HEGLAND

Catégorie Films :

  • Alien le retour de James CAMERON

Catégorie Expositions :

  • Au-delà des étoiles, le paysage mystique de Monet à Kandisky au musée d’Orsay

Chroniqué ce mois-ci :

L’adaptation France Culture de Debout les morts, écrit par Fred Vargas

(8/10) Je n’ai pas encore parlé sur le blog de mon affection grandissante pour les émissions de France Inter et de France Culture, que je dévore chaque semaine goulûment, sans cesser d’être surprise. Et si je vous l’évoque aujourd’hui, c’est pour vous partager mon expérience avec l’adaptation à la radio de « Debout les morts » de Fred Vargas. Alors que je ne suis pas particulièrement attirée par les polars, j’ai été embarquée par les personnages, l’intrigue, l’ambiance, frôlant toujours un aspect fantastique qui chatouille l’intérêt. Mais qu’est-ce qui a vraiment fait mouche, l’adaptation ou le texte original ? Lire la suite

Monthly Best Of Culture – Mars & Avril 2017

Fin Mars. Le beau temps était là, l’envie aussi. Mais allez savoir pourquoi, je n’ai pas réussi à me décider sur le bilan. J’en fais ? Je n’en fais pas ? J’ai dressé la liste de ce que j’avais lu, vu, visité. Il y avait de la matière, de la bonne, en plus. Mais je n’ai pas réussi à franchir le pas de l’écriture ; quelque chose me rendait insatisfaite. Et j’ai tout bonnement supprimé tous mes brouillons, renvoyé valser mes bonnes résolutions et laissé au temps la possibilité de me rendre l’inspiration. Qui, peut-être, me fait encore suffisamment défaut pour que je sois aussi peu active, en fin de compte, sur le blog.

Pourtant, l’envie d’écrire, elle, ne me quitte jamais. Tout autant que l’envie de lire. Elles sont indépendamment liées l’une à l’autre, d’une façon parfaitement contradictoire (n’y a-t-il pas d’ailleurs quelque dissonance entre le mot « parfaitement » et « contradictoire » ?). En réalité, je lis beaucoup plus que je n’écris. Ce qui, des années auparavant n’était pas forcément vrai, pas forcément vrai tout le temps – ni dans cet ordre.

Ecrire des chroniques, c’était ma solution en 2014 pour me remettre tout bonnement à écrire, cap que je n’arrivais plus forcément à franchir depuis plus d’un an, si ce n’est davantage. Je prends du plaisir à le faire, à essayer de me rendre plus critique sur ce que j’expérimente, à pousser un peu plus loin mon appréciation, quitte à l’analyser un peu, exercice auquel, par fainéantise, j’oublie parfois de m’appliquer. Autant sur ce que je vois que sur ce que je lis. Cela m’a éveillé, d’une certaine façon, et permis d’entrevoir autrement ce qui pourrait n’être que du divertissement. J’ai aussi envie de me souvenir de ce que j’ai aimé, de pourquoi je l’ai aimé. Et de comprendre ce qui, au fond, me plaît dans ce que je préfère, et inversement.

Peut-être que j’ai encore envie d’écrire autrement. Tout simplement de me remettre à écrire pour de bon. Mais je ne sais pas encore comment, ni quoi, ni sur quoi, ni où.

Le blog, évidemment, je le continue et j’espère bien le nourrir plus souvent. On verra. Vous me suivez ? C’est l’heure du bilan. Et comme je n’ai pas fait celui de Mars, celui-ci sera un bimensuel. On va dire, pour l’exception.

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The Monthly Best Of Culture
Mars & Avril 2017

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LE TOP 3

Double mois ne veut pas dire double TOP, mais un TOP plus difficile à dresser. Il est l’heure de choisir. Mais lesquels ?

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#1 – Avalon de Mamoru Oshii
Catégorie : Film

J’avais beaucoup entendu parler du réalisateur, notamment pour son fameux Ghost in the Shell (l’animé, et non la version live action américanisée et très édulcorée) mais aussi pour sa capacité à réaliser des films complexes, aux multiples grilles de lectures, qu’un seul visionnage ne peut suffire pour tout saisir. Avalon a comblé mes attentes, tant en termes de réalisation que de scénario, d’interprétation, de prises de risque et de soundtracks. La musique de Kenji Kawai est superbe, son duo avec le réalisateur marche définitivement très bien. L’atmosphère est mélancolique, servie par la relative absence de paroles, par le décors sombre, le quotidien répétitif de la vie de l’héroïne, les gestes lents, répétés, la musique aussi et le ton sépia.

Le background, dont l’interprétation est laissée très libre au spectateur, fait rebond aux problématiques modernes que propose le film. Visuellement, c’est fascinant : la couleur dominante de sépia, les prises de vue fixes, répétitives… Le monde réel et virtuel ne font qu’un, rendant la frontière floue, faisant rebond à l’un des thèmes du film. Le jeu vidéo y est mis en scène sans être diabolisé, rendu coupable des dérives de ses utilisateurs. La fuite n’est pas tant du fait du support que de la réalité. Il renvoie au contraire l’être humain à se questionner sur ce qui est, de fait, réel. Le film s’inspire des codes du jeu vidéo, jusqu’à la construction même de ses personnages, autant dans leur vie réelle que dans leur vie virtuelle, et se déroule par étapes (par niveaux).

Le film est fait de multiples détails, pensés avec minutie pour faire sens. Rien n’est cependant explicité, et notre capacité à déduire ou interpréter, traduire les significations et en tirer la réflexion portée par le film, est très largement sollicitée. C’est un film qui demande à être actif, ce qui le rend puissant, intense, mais aussi peu reposant. Un film que je reverrai avec grand plaisir et la certitude d’être à nouveau surprise.

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#2 – L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken LIU
Catégorie : Roman
>>> Lire ma chronique

J’en ai fait une chronique, aussi ne m’attarderai-je pas dessus : Ken LIU nous propose de nous interroger sur l’importance de l’Histoire et de la recherche de la vérité. Il nous impose une question éthique pour réfléchir sur la raison pour laquelle cette recherche est nécessaire. A qui profite l’Histoire ? Qui est concerné ? Quelle part de responsabilités a-t-on sur l’Histoire ? Après l’Histoire ? Sait-on tout de notre passé ? Il s’intéresse notamment à l’Unité 731, créée par les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale, et les expériences monstrueuses qui ont été pratiquées sur des êtres humains, que l’on a reconnu récemment comme faisait partie des crimes contre l’Humanité perpétrés, mais qui reste un sujet tabou en Chine comme au Japon. Une partie de l’Histoire que l’on connaît assez peu, en fin de compte, et que l’on a découvert que très récemment, en 1981. Le roman est court, efficace et écrit avec habileté, critique, mais, surtout, sans dirigisme.

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#3 – Phantom of the Paradise de Brian de Palma
Catégorie : Film

Ce n’est pas la première fois que je vois ce film, et je suis autant sous le charme. J’aime son côté pastiche, mélange de comédie musicale à la Fantôme de l’Opéra et de Faust, avec ce côté rock des années 70. C’est un film qui déborde de folie, complètement jouissif et déjanté. Il paraît bancal, décalé, mais est très assumé et parfaitement maîtrisé. Une bande son excellente. C’est de l’énergie pure par laquelle on s’abreuve goulûment, on en redemande toujours. Ce film a beau être sorti des années 70, avec les costumes kitchs et les couleurs criardes, il ne vieillit toujours pas, comme s’il était lui-même habité de son personnage machiavélique, Swann, et avait pactisé avec le diable, comme Faust, pour conserver la fraîcheur de sa jeunesse. Un régal !

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Les très bonnes surprises :

Catégorie BD :

  • Les mystères du monde quantique de Thibault Damour et Mathieu Burrast
  • Dead dead demon’s dededede destruction Tomes 1 à 3 d’Inio Asano

Catégorie livres :

  • La désobéissance civile d’Henry David Thoreau
  • A voté d’Isaac Asimov
  • World War Z de Max Brooks

Catégorie audiolivre ou adaptation radio :

  • Alien : Out of Shadows de Tim Lebbon (adaptation Audiolib)
  • Debout les morts de Fred Vargas (adaptation France Culture)

Catégorie films :

  • Kiki la petite sorcière d’Hayao Miyazaki

Les bonnes découvertes :

Catégorie expositions :

  • Joann Sfar – Salvador Dali, une seconde avant l’éveil à l’Espace Dali

Catégorie films :

  • Yojimbo d’Akira Kurosawa
  • Blow up de Michelangelo Antonioni
  • Cris et chuchotements d’Ingrid Bergman
  • Les figures de l’ombre de Théodore Melfi
  • The lost city of Z de James Gray

Catégorie livres :

  • L’homme à l’envers de Fred Vargas
  • Les portes du néant de Samar Yazbek
  • Rouge armé de Maxime Gillo

Catégorie théâtre :

  • Alimentation générale de Denis Baronnet et Ronan Yvon mise en scène par Frédéric Thibault, au Théâtre du Bélier

Les mauvais élèves :

Catégorie BD :

  • Last hero Inuyashiki tomes 1 et 2 de Hiroya Oku

Catégorie films :

  • Logan de James Mangold
  • Les gardiens de la galaxie 2 de James Gunn

Catégorie expositions :

  • Jardins au Grand Palais

Chroniqués ces mois-ci :

L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu

(9/10) Cette fois, laissez-moi vous parler de « L’homme qui mit fin à l’Histoire », un très court roman de Ken LIU, brillant, riche et passionnant. Il fait partie de ces auteurs de science-fiction qui justifient mon adhésion grandissante pour le genre. Il pose en effet une question brûlante et d’éthique : si nous avions la technologie nécessaire pour visionner des moments brefs et ciblés du passé, mais qu’à chaque utilisation, ce même bout de passé ne pourrait plus jamais être vu par la suite, que devrait-on faire ?

Devrait-on attendre de mettre au point une technologie plus performante, qui permettrait un enregistrement ou un accès illimité à la vision de ce passé ? Sans contexte et dans l’absolu, il serait sans doute mieux advenu d’attendre. Mais justement, Ken LIU rappelle qu’on n’est jamais « sans contexte ». Il prend pour sa part le cas de l’Unité 731, centre militaire de recherche et d’expériences bactériologiques conçue par les japonais durant la Seconde Guerre Mondiale en Chine. Les atrocités de leurs expériences sur des humains ont depuis été reconnues comme faisant partie des crimes contre l’humanité. S’il est compliqué d’évaluer le nombre exact de victimes, elles seraient entre 3000 et 10000 à avoir fait l’objet des expériences de l’Unité, et plus de 300000 à en subir le résultat. Parmi elles, une majorité de chinois, mais également des prisonniers de guerre Russes, Américains, Coréens, Philippins.

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S’enfuir. Récit d’un otage. de Guy Delisle

(8/10) Dans S’enfuir. Récit d’un otage., Guy Delisle ne relate plus sa propre expérience, comme dans les Chroniques  de Jérusalem ou encore Pyongyang, mais celle de Christophe André, pris en otage alors qu’il effectuait une mission humanitaire au Caucase. Témoignage unique et précieux, c’est un roman graphique dense, brillant, passionnant, glaçant, preuve du talent d’écoute, d’empathie et de conteur de l’auteur.

Guy Delisle n’est pas seulement un très bon observateur et un fin narrateur, capable de se mettre en scène, tout en portant un regard lucide, curieux et critique sur son environnement. Il est également capable de donner la voix en images à un autre que lui-même, bien sûr avec son trait et son style particuliers. Un exercice complexe, ici parfaitement exécuté. D’autant qu’il s’agit d’un vécu autant physique que psychologique. Christophe André est ligoté les trois quarts du roman graphique, enfermé dans un espace exigu  et quasiment vide. Les divertissements sont très rares, tout se passe dans l’esprit et les menus détails. C’est un combat interne pour ne pas perdre la raison face à la peur, l’attente, l’ignorance, l’incompréhension, pour rester focaliser sur l’essentiel : la survie et la fuite. Lire la suite

Moonlight de Barry Jenkins

(8/10) Pour une fois depuis quelque temps sur le blog, écartons-nous des films d’animation pour parler de Moonlight, qui retrace l’évolution d’un jeune garçon en trois moments clés de sa vie. Ces points de non-retour, ces tournants qui bousculent une trajectoire et qui sont parfois si difficiles à déterminer avec précision. Un film dont le spot est aussi bref que simple : c’est un destin ordinaire, mais auquel on rend ici un très bel hommage.

Surtout, le film évite la sur-dramatisation, qui lui aurait certes donné un rythme différent, plus soutenu, mais cela l’aurait aussi fait tomber dans des ressorts narratifs éprouvés et ronflants par la répétition. La vie du jeune Chiron n’est déjà pas facile – inutile d’en rajouter. Entre violence de sa classe sociale, la racisation de ses origines, de sa peau, du rejet et de la dépendance de sa mère, des brimades que sa sexualité supposée – car il ne l’affirmera qu’à la toute fin – lui provoquent. Lire la suite