Best Of Février à Avril 2018

Après trois mois sans bilan, il faut désormais faire un choix : qui sélectionner pour le Top 3 de ce billet de rattrapage ? Depuis Janvier, j’ai quand même 8 œuvres qui font partie de mes plus belles découvertes de ce début d’année. Mais comme c’est un exercice intéressant et qu’il faut en passer par là, je vais faire au plus spontané – mais est-ce le plus objectif ? Je vous laisse juge vis-à-vis de vos propres appréciations ! (Petite entourloupe pour vous faire partager mon indécision face à l’injustice que ce bilan fera forcément vis-à-vis de certaines œuvres, mais soit ! Allons-y.)


Le TOP!

#1 – Amour de Michael HANEKE

C’est peut-être le choix le plus simple et le plus beau. Il est sublime et très maîtrisé ; mature de par le sujet, l’écriture, les acteurs. Un huis clos qui était pourtant « mal » embarqué à cause d’un texte bien trop littéraire pour être naturel sur les lèvres, du moins c’est l’impression laissée au début, avant que le reste ne l’emporte et qu’on n’y fasse plus guère attention. Ce sont, après tout, des personnes très cultivées, très à l’ancienne, peut-être moins marquées par la modernité du langage parlé de nos jours. Il y a aussi l’interprétation qui, au début, est très théâtrale. C’est une pièce filmée – on l’accepte et puis la fluidité finit par venir.

Des plans fixes, très bien choisis, qui marquent une sobriété de mise en scène et appuient tout aussi bien sur le sublime des scènes jouées. C’est efficace tout le long. Ils accompagnent le long mouvement des acteurs, la lente dégradation d’une vie, la lutte acharnée d’un amour.

Curieux film qui utilise avec parcimonie la musique tout en mettant en scène deux anciens professeurs de musique. Et dont le silence, impérial, fait résonner avec éloquence le point final

#2 – The Third Muder de Hirokazu KORE-EDA

Je vais essayer de ne pas trop en dire car j’aimerais – si je n’oublie pas et quand j’aurais le temps, vraiment – d’en faire une chronique.

Premier thriller que je découvre du réalisateur et c’est plutôt une réussite, même s’il y a certains aspects qui m’ont légèrement moins plu que dans ses autres films. Résumons ces derniers : ses personnages secondaires moins bien travaillés, la relation père-fille dans ses mises en scène, le début du film plus maladroit, en particulier dans sa façon de présenter l’avocat de l’accusé, l’un des deux protagonistes. Mais d’un autre côté, ses défauts font aussi partie de ses qualités : entre autres, le thème de la famille et du père faillible (que l’on retrouve dans beaucoup de ses films) est un second axe de lecture du film qui y trouve un sens particulier et m’a, encore une fois, intéressée ; l’évolution du protagoniste vis-à-vis de ce que l’affaire va lui faire entrevoir de sa vie et de son métier est passionnante ; le thème de la justice, de la peine de mort (dont le film est un plaidoyer pour lutter contre), de la vérité sont brillamment mis en scène. Il y a une certaine maladresse dans ce film, que l’on ne retrouve pas dans ses autres œuvres, c’est vrai. Cela peut le rendre en-deçà de ses films comme After Life, Tel père tel fils, I wish, Nobody Knows… Peut-être aussi que la désignation de « thriller » est erronée ; car s’il y a bien des meurtres, du mystère et une enquête, c’est n’est pas vraiment un film que l’on peut simplement résumer dans cette catégorie. C’est un drame humain et un film social également.

Comme toujours avec Kore-Eda Hirokazu, un film pluriel.

#3 – L’elfe et l’égorgeur de Jean-Philippe JAWORSKI

Difficile de résumer une très, très courte nouvelle !

En revanche, je peux vous dire ceci : c’est de la fantasy, un conte et une réflexion sur l’art de construire un récit.

C’est une gageure, une enchâsse, un plaisir gourmand – l’auteur n’a pas volé sa réputation : son écriture est exquise et exigeante. On ne plonge pas dans son texte comme dans n’importe quel autre : il faut être attentif et prendre le temps de savourer. Il faut accepter l’effort de la lecture, et cela m’intrigue d’en tester sur un texte plus long, pourquoi pas un de ses romans ?

Ce récit, semble-t-il, s’inscrit dans son univers des Vieux Royaumes, je suis donc très curieuse de m’y lancer cette année, surtout que j’en ai deux dans ma bibliothèque qui m’attendent patiemment. En revanche, il est certain que cela ne plaira pas à tout le monde, mais c’est une question de goût – et je vous en laisse juge !

J’apprécie toutefois de retrouver un tel niveau d’écriture dans un des genres de l’imaginaire, que je ne connais encore que trop peu. C’est prometteur !


Aussi découverts ces derniers mois

Les bonnes surprises :

  • Mémoires d’un chat d’Hiro ARIKAWA (Roman)
  • Le robot qui rêvait d’Isaac ASIMOV (Recueil de nouvelles – Cycle du futur #3)
  • Nous allons tous très bien, merci de Daryl GREGORY (Roman)
  • Gemini de X.D. Network (Jeux vidéo)
  • Goshu d’Isao TAKAHATA (Film d’animation)
  • Billy Bat T10 à 20 de Naoki URASAWA (Manga) – Voir la Chronique
  • La forme de l’eau de Guillermo DEL TORO (Film)
  • American Crime Story, Saison 1 : L’affaire O.J. Simpson de Ryan MURPHY (Série)
  • L’île aux chiens de Wes ANDERSON (Film)
  • Marche ou crève de Stephen KING (Roman)
  • Le bâtard de Kosigan T2 de Fabien CERRUTI (Roman)

Les bonnes découvertes :

  • La trilogie Le Seigneur des Anneaux en version longue de Peter JACKSON (Films)
  • Dix petits nègres d’Agatha CHRISTIE (Roman)
  • Annihilation de Alex GARLAND (Film)
  • Les fils de l’homme de Alfonso CUARON (Film)
  • Le bâtard de Kosigan T1 de Fabien CERRUTI (Roman)
  • On a vingt ans pour changer le monde de Hélène MEDIGUE (Documentaire)
  • Je ne suis pas une légende de Catherine DUFOUR (Nouvelle)
  • Contes du jour et de la nuit de Guy DE MAUPASSANT (Recueil de nouvelles)
  • L’art de Naoki Urasawa à L’Hotel de Ville, Paris (Exposition)

Les découvertes :

  • On achève bien les chevaux d’Horace McCoy (Roman)
  • Le bâtard de Kosigan T3 de Fabien CERRUTI (Roman)
  • Card Captor Sakura Clear Card T1 et T2 de CLAMP (Manga)
  • America de Claus DREXEL (Documentaire)
  • Hostiles de Scott COOPER (Film)
  • Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro PIGNOCCHI (BD)
  • Les météorites à la Grande Galerie de l’Evolution, Paris (Exposition)
  • Rime de Tequila Works (Jeux vidéo)

Les mitigés :

  • Sneaky Pete, Saison 1, de Bryan CRANSTON et David SHORE (Série)
  • Monument Valley 2 du studio Ustwo games (Jeux vidéo)
  • Turbo Time Travel V0 et V1 d’un collectif d’artistes (Revue)
  • Westworld, Saison 1, de Jonathan NOLAN et de Lisa JOY (Série)

Les mauvais élèves :

  • Sneaky Pete, Saison 2, de Bryan CRANSTON et David SHORE (Série)
  • Ruby Red T1 de Kerstin GIER (Roman)
  • Black Panthers de Ryan COOGLER (Film)
  • Real de Kiyoshi KUROSAWA (Film)
  • Le gendarme à New York de Jean GIRAULT (Film)

Billy Bat de Naoki Urasawa

Billy Bat de Naoki URASAWA
Publié par les éditions Pika
Fantastique, thriller
Série en 20 tomes
8€05 le tome
Fantastique, Thriller


LES BONNES SURPRISES


En l’espace d’un mois, j’ai dévoré les vingt tomes de la dernière saga du maître nippon, Naoki Urasawa, qui a été à l’honneur du Festival d’Angoulême cette année. C’est un mangaka talentueux dont je vous ai déjà parlé sur le blog (voir 20th Century Boys et Histoires Courtes) et qui est passé maître dans la mise en scèneBilly Bat le prouve encore une fois.

Il faut cependant admettre que si vous avez déjà lu une des sagas de cet auteur, Billy Bat ne vous surprendra pas outre mesure, même s’il y a des rebondissements à foison et des thèmes passionnants. La recette reste à peu près la même. Billy Bat est simplement une œuvre maitrisée d’un auteur depuis longtemps mature vis-à-vis de son style et de ses forces, dont il sait très bien faire usage. Et de fait cela la rend particulièrement adéquate pour ceux et celles qui voudraient découvrir Naoki Urasawa.

Je dois vous prévenir, c’est une série de longue haleine, avec une intrigue qui se révèle très rapidement plurielle en traversant autant les âges, les siècles, les générations et les continents. Et cet aspect est savamment pensé : c’est une traduction même de l’universalité dont l’œuvre cherche à démontrer en parlant de la bande dessinée, qui devient alors un vecteur unificateur qui traverse autant l’Histoire que les cultures et est vouée à perdurer, quoi qu’il puisse arriver. Depuis toujours, l’Humain a cherché à raconter une histoire, son Histoire, à travers ses dessins – fussent-ils peints sur les murs ou sur du papier.

Ainsi la bande dessinée se veut autant fantastique, intrigante, aventurière, qu’historique et universelle. L’auteur joue d’ailleurs allègrement avec les événements et les grands personnages de l’Histoire pour tisser son intrigue qu’il veut intemporelle. Mais les multiples embranchements, la tentative maladroite de donner scientifiquement du sens à son intrigue, à travers notamment de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, rendent également le scénario alambiqué voir un peu bancal. Défaut de complexité qu’on pouvait déjà lui reprocher dans ses autres sagas.

Ce que je pouvais reprocher à 20th Century Boys est aussi vrai pour Billy Bat : 1) Naoki Urasawa a tendance à répéter des effets de style – par exemple, la révélation à la dernière page d’une scène du visage et donc de l’identité d’un personnage dont on devine qu’il aura un impact sur l’intrigue ; 2) ses personnages qui disparaissent en étant complètement dépassés par les événements pour revenir ensuite en jeu quelques chapitres ou tomes plus tard en donnant l’impression d’avoir d’un coup gagné dix longueurs d’avance autant sur le lecteur que sur tous les autres personnages ; 3) la résolution finale tombe comme un cheveu dans la soupe.

Et c’est cependant dans les dernières scènes que Naoki Urasawa rappelle le message qui lui a inspiré en partie l’histoire, ce qu’il a voulu dire en filagramme. Billy Bat est une ode à la bande dessinée, à la création, et à tout ce qu’elle peut proposer de meilleure qui est indispensable en tout temps. C’est à la fois un soutien au moral important lors de moment difficiles et un rappel des valeurs d’humanité vers lesquels on doit aspirer et partager. Elle transcende toute culture, tout conflit, tout ce qui n’est pas nécessaire à l’être humain pour vivre. Si elle ne peut remplacer la nourriture, elle peut toutefois servir de langage commun : on peut ne pas comprendre les mots, la parole, les dessins, eux, parlent à tous.

Mais si elle est en effet universelle, rendre la culture uniforme serait une grossière erreur. La culture peut également être détournée en devenant un objet de convoitise ou l’instrument de manipulation de masse. A travers l’analogie évidente entre le personnage de Billy Bat et Mickey Mouse, et par extension de tout l’empire expansionniste de Walt Disney, Naoki Urasawa montre l’influence négative que peut également avoir une culture qui ne sert que des intérêts économiques ou de pouvoir. A l’inverse, tous les dessinateurs véridiques de Billy Bat, qui se font éliminer un à un (comme Walt Disney peut avaler des studios par les rachats), sont les garants d’une diversité culturelle et du libre arbitre dont il faut sauver l’existence car ils gardent leur indépendance. Le fait qu’ils dessinent tous le même personnage est révélateur du message : c’est la pluralité des horizons et des visions qui importe, pas seulement le matériel utilisé. D’ailleurs, il n’est question de plagiat qu’à cause de l’intention mauvaise de Chuck.

Malgré ses défauts, sa mise en scène dynamique vous emporte dans ses intrigues. Il s’agit pourtant d’une série de vingt tomes dont chaque volume est dense en contenu – elle n’en reste pas moins un page turner. Enfin, il faut souligner la pluralité de personnages, à l’esthétique très varié, leurs expressions vivantes, leur consistance dans le récit, peu importe le poids qu’ils ont sur son intrigue. C’est d’autant plus vrai quand on a l’occasion de voir les planches originales, beaucoup plus grandes que le format vendu en librairie. Malgré quelques stéréotypes et un poil de manichéisme, j’ai pu noter que ses personnages féminins sont généralement forts de caractère et d’une constitution solide et les méchants de l’histoire bénéficient, pour la plupart, d’un background et de leitmotivs qui donnent corps à leurs intentions.

Billy Bat, c’est aussi une œuvre aux thèmes riches et nombreux qui traverse tout un siècle : ainsi, il est question de la ségrégation et du racisme envers les noirs aux Etats-Unis ; de la guerre froide et de la haine du communisme ; des rancœurs des Japonais suite à leur défaite lors de la Seconde Guerre Mondiale et à l’ingérence des Etats-Unis dans le pays ensuite ; de la conquête de l’espace et les théories du complot qu’on lui associe ; de la création et la notion de plagiat dans l’héritage artistique et les influences des auteurs ; des préoccupations écologiques plus contemporaines, etc.

Autrement dit : une œuvre complète, passionnante et à découvrir !

Résumé:
 « En 1949, Kevin Yamagata, dessinateur américain né de parents japonais immigrés aux Etats-Unis, connaît un succès formidable avec sa bande dessinée « Billy Bat » mettant en scène une chauve-souris dans diverses aventures. Lorsqu’il apprend de façon fortuite qu’un personnage identique au sein existe aussi au Japon, il décide de se rendre à Tokyo pour rencontrer le dessinateur à qui il a peut-être inconsciemment volé l’idée durant son service en tant qu’interprète dans l’armée d’occupation du Japon.
Une fois sur place, il est rapidement happé par une spirale d’événements curieux qui ont pour dénominateur commun le motif de la chauve-souris…« 

Best Of Janvier 2018

Quel temps pourri. Je ne sais pas où vous vivez, mais de là où je siège, cela fait plusieurs semaines qu’on se languit d’un rayon de soleil. Je suis en manque, en manque, en manque. Ronchon, fatigue, fatigue, ronchon, et entre chaque virgule : de la pluie (ou de la neige pour la semaine passée). Oui ! Je râle. Sur mon petit blog, que personne (ou presque) ne doit encore lire (mais à ceux qui le font : cœur pour vous !), j’ai juste envie de râler.

Et peut-être aussi parce que je suis en panne de lecture. J’ai mis un mois depuis mi-décembre à terminer ma relecture du premier tome de la trilogie steampunk-space opera-western spaghetti-uchronie-dystopique-et-tutti-quanti Les foulards rouges (instant pub : je vous en ai déjà parlé ici). Sans doute parce qu’il n’y avait plus l’effet de surprise, j’ai peut-être un peu moins aimé cette seconde lecture – et puis, à cause des personnages et de la romance. Et c’est d’ailleurs ce qui m’a fait arrêter le second tome à sa moitié (que j’ai trainé le reste du mois de Janvier, donc) – un trop plein de ce qui m’a semblé un peu mièvre (je suis de moins ne moins patiente avec les romances, en fait). Pourtant, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit : Les Foulards Rouges, c’est un style efficace et un univers d’enfer. Toutes les fois où l’auteure s’arrête sur son univers, son contexte politique, l’environnement, les décors, les enjeux – la lecture est fluide et passionnante. On s’y voit et c’est très jouissif. Mais, le stéréotype de certains personnages et la relation amoureuse m’ont fait lâcher prise, malheureusement. J’y reviendrai peut-être plus tard : quand j’aurais un peu plus la lecture en poupe. Affaire à suivre, donc !

Mon mois n’a pas non plus été improductif, comme vous allez le voir.


Le TOP

#1 – Lucky de John CARROLL LYNCH

C’est le tout premier film de 2018 et je crois bien le mettre au rang des petits coups de cœur qui font du bien. Une œuvre délicate, humble, sans fard qui s’est révélé un très bel hommage et un très beau dernier film pour l’acteur Harry Dean Stanton. Je n’en dis pas plus car j’essaie en ce moment de travailler sur sa chronique – autant ne pas me spoiler !

#2 – La forteresse cachée d’Akira KUROSAWA

C’est tellement fun à regarder, le cinéma d’Akira Kurosawa.  J’ignorais totalement qu’il avait été une des inspirations de George Lucas pour Star Wars – et peut-être qu’il y a en effet une ressemblance. C’est littéralement un film « grand public », voulu pour divertir, et cela fonctionne très bien. Le film est en noir et blanc, mais ses frasques n’ont pas pris une seule ride, même si on y voit un savoir faire dans le comique et l’absurde, qu’on ne retrouve plus souvent dans le cinéma actuel. Le calibrage est minutieux, et surtout très efficace.

#3 – L’extravagant Mr. Deeds de Frank Capra

En voilà un autre réalisateur bien connu dont j’aime beaucoup la filmographie. L’optimisme de Frank Capra est une bouffée de soleil dans cet hiver un peu trop long. J’aime ses dialogues et sa direction d’acteurs, toujours parmi les plus charismatiques de leur époque. Il nous offre une œuvre pleine de charme, drôle et enthousiasmante, que je pourrais bien revoir à nouveau plus tard. On ne s’en lasse jamais !


Aussi découverts ce mois:

LES BONNES SURPRISES

  • Billy Bat, tomes 1 à 10 de Naoki URASAWA [Manga]
  • Kick-Heart de Maasaki Yuasa [Court métrage d’animation]

LES BONNES DECOUVERTES

  • To your Eternity, tome 4, de Yoshitoki OIMA [Manga]

LES DECOUVERTES

  • I am not a witch de Rungano NYONI [Film]
  • Coco de Lee UNKRICH et Adrian MOLINA [Film d’animation]
  • Goshu, le violoncelliste, d’Isao TAKAHATA [Film d’animation]
  • Miss Hokusai de Keiichi HARA [Film d’animation]
  • Black Mirror, saison 4, de Collectif [Série]
  • Les foulards rouges, tome 1, de Cécile DUQUENNE [Roman]

LES MITIGES

  • Effets spéciaux, à la Cité des Sciences et de l’Industrie [Exposition]

LES MAUVAIS ELEVES

  • Le crime de l’orient express de Kenneth BRANAGH [Film]
  • 3 billboards de Martin McDonagh [Film]
  • Les heures sombres de Joe WRIGHT [Film]

Un dernier bilan pour 2017

(Pas de résolution cette année ; je suis déjà en retard pour mon bilan de 2017 !)

L’année dernière, j’ai fusionné tous les bilans mensuels que je faisais auparavant pour n’en faire plus qu’un seul « Monthly Best Of Culture ». Cela a permis de me simplifier la tâche en ne démultipliant plus les articles chaque fin de mois. Quand on regarde ma régularité, cela a été plutôt salvateur. Je vais donc en faire de même pour le bilan annuel !

Cette année, je vais faire un autre choix : c’en est fini des notes sur dix que j’attribuais jusqu’ici – hormis pour préparer, peut-être, des bilans comme celui-ci (qui seront, vous vous en doutez, rares). Je trouve de moins en moins de sens aux notes que j’attribue. Une notation, cela s’évalue au niveau de l’œuvre ou d’un type d’oeuvre ou d’une filmographie. L’éventail de comparaisons possibles est large mais il devrait surtout être réfléchi et argumenté. Dans un bilan cela se met en parallèle d’autres œuvres où la comparaison sera forcément sommaire, involontaire et dénuée de sens.

En miroir de ce que je fais dans mes bilans mensuels, le classement sera composé de :

  • « les coups de cœur »,
  • « les bonnes surprises »,
  • « les bonnes découvertes »,
  • « les découvertes »,
  • « les mitigés »,
  • « les mauvais élèves »,
  • et peut-être (le plus rarement possible) « les inclassables ».

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Monthly Best Of Culture – Novembre & Décembre 2017

Avant de commencer les habituels bilans de fin d’année, il me semble quand même important de ne pas oublier un rendez-vous régulier : le bilan mensuel de mes découvertes culturelles. Je pense que je réitèrerai ce format durant 2018, car je le trouve assez pratique, quoi que peut-être avec quelques modifications – légères, toutefois.


THE MONTHLY BEST OF CULTURE

Novembre et Décembre 2017


– LE TOP ! –

#1 – Moi, Peter Pan de Michael ROCH [Livre]

Cela faisait un moment que j’avais envie de découvrir la plume de Michael ROCH dont je connaissais surtout l’excellente chaîne Youtube La brigade de livres. Force et à constater qu’en plus de donner envie de lire, il donne plaisir à être lu. J’ai été envoûtée par sa plume, qui est au cœur de la force du récit. La voix qu’il donne à Peter Pan est incomparable et m’a donné bien plus de satisfaction qu’à la lecture du roman original. Un roman philosophique contemplatif, poétique, mélancolique, musical qui nous plonge dans une transe littéraire que j’ai trouvée jouissive. Courte lecture, mais intense !

***

#2 – L’amie prodigieuse d’Elena FERRANTE [Livre]

J’en avais entendu tellement de bien ; et j’ai été comblée. Je ne sais pas exactement comment classer ce livre. Est-il (auto)biographique ? L’auteur(e) restant inconnu(e), le mystère reste entier. Mais l’impression que le roman imprime n’en change pas moins : il semble authentique. J’ai cru aux personnages, à leur environnement, à leur époque, à leurs histoires, à leurs sentiments et leurs caractères. Là encore, la plume de l’auteur (dans sa traduction française, toutefois) a été un plaisir et joue certainement dans mon appréciation, car c’est surtout l’habileté de l’auteur(e) à rendre ses protagonistes aussi détestables qu’attachantes, agaçantes, étonnantes et plurielles. C’est un roman d’amitié, un portrait de famille, un portrait de femmes et de la société de Naples, dans un quartier pauvre à la fin des années 50. Il est question d’émancipation, d’interdépendance, d’éducation, de classe sociale, de réussite scolaire et personnel, de quartier, de pression sociale, et encore pleins d’autres thèmes. C’est un roman riche, complet, et complètement addictif.

***

#3 – Big Little Lies de Jean-Marc VALLEE [Série]

Je ne parle généralement jamais de série sur ce blog mais c’est surtout parce que ma consommation de séries n’a absolument aucun intérêt. Je ne regarde généralement que des séries « pour ne pas me prendre la tête » et que je trouve souvent objectivement mauvaises, mais qui me distraient pour les moments où j’ai envie de les regarder. Sauf que celle-ci est sortie du lot ; et j’ai été très étonnée de sa qualité. Cinématographiquement, la réalisation est la plupart du temps impeccable ; c’est précis et efficace, sans en faire des tonnes mais en mettant toujours l’esthétique au service du fond. « Presque » impeccable, parce que le choix d’incorporer tout le long des épisodes des interrogatoires menés par la police du voisinage des protagonistes est mal amené et un peu lourd (et un peu stéréotypés).

Du reste, c’est une série étonnante, car tout en étant pris par l’intrigue, on ne sait pas très bien pendant quelques épisodes où on cherche à nous mener. C’est un portrait de femmes mené à vif, très nuancé, toujours critique et surtout très bien interprété. La direction de ce casting en or est excellente, que l’on doit certainement au talent du réalisateur aussi bien qu’à celui de ses actrices et de ces acteurs. Une série qui dresse une critique âpre et sans détour de la société dans laquelle les femmes évoluent et que je vous recommande volontiers !


Aussi découverts ce mois-ci :

Les bonnes surprises :

  • Civil War (T1 des éditions françaises) de Mark MILLAR et Steve McNIVEN [Comics]
  • Faith #4 de Jody HOUSER et Joe EISMA, Kate NIEMCZYK, Marguerite SAUVAGE [Comics]
  • Paper Girl #1 de Brian VAUGHAN et de Chiang CLIFF [Comics]
  • Ernest et Célestine de Benjamin RENNER, Vincent PATAR, Stéphane AUBIER [Film]
  • I wish d’Hirokazu KORE-EDA [Film]
  • Tokyo Godfather de Satoshi KON [Film]

Les bonnes découvertes :

  • The Handmade Tale de Margaret ATWOOD [Roman] >>> Lire ma chronique
  • Mother de Joon-Ho BONG [Film]
  • Card Captor Sakura Clear Card #1 de CLAMP [Manga]
  • Dernière heure #1 à #4 de Yû [Manga]
  • Sacha et Tomcrouze #1 Les vikings de Anais HALARD et Bastien QUIGNON [BD]

Les découvertes :

  • Hell de Yasutaka TSUTSUI [Roman]
  • Entre ciel et terre de Golo ZHAO [BD]

Les mauvais élèves :

  • A silent voice de Naoko YAMADA [Film]

Un dernier billet pour 2017

2017 touche à sa fin et il est temps de dresser un bilan du blog. Contrairement à mes envies de début d’année, je n’ai pas consacré beaucoup de temps à ce dernier, et tend à y consacrer de moins en moins. Comme toujours, je vous confirme que l’envie ne me manque pas, mais le temps et l’inspiration me font souvent défaut. Le format également, puisqu’une chronique me prend plusieurs heures de réflexion, d’écriture, de corrections – parfois pour tout effacer. Mes résolutions ne seront pas les mêmes cette année, car je ne sais toujours pas si je parviendrai à retrouver un rythme régulier. Pour autant, chaque fois que j’arrive à prendre du temps sur l’écriture d’une chronique ou d’un billet, j’y prends toujours un grand plaisir. Aussi, je n’abandonne pas vraiment White Pages, berceau précieux où je retrouve mes souvenirs de lecture et d’expériences cinématographiques, théâtrales et autres. Pour moi qui n’ai pas grande mémoire, c’est un lieu réconfortant où je peux retrouver celle que j’ai été l’espace d’un instant, face à une œuvre qui m’aura touché, déçue, laissée indifférente, révoltée, cultivé, etc.

C’est également un lieu rassurant, où je peux relire une chronique et m’étonner de l’avoir écrite. Non que mes écrits soient tellement brillants, ou même originaux, mais le fait même d’en avoir été la source est en soi gratifiant. Un bon moyen de se remonter le moral quand on se confronte à un obstacle qui nous fait douter de nous-même. Après tout, c’est ce que l’écriture m’a toujours offert en retour des heures passées à la pratiquer, et c’est certainement pour cela, aussi, que je l’aime.

2017 aura été une année de changements dans ma vie professionnelle comme privée. C’est plutôt du positif que j’en retire et de l’espoir pour que 2018 soit encore meilleure. Lire la suite

The Handmaid’s Tale de Margaret ATWOOD

Après avoir entendu tellement d’éloges sur ce roman, après avoir vu la vague déferlante des avis positif sur la série, j’ai finalement sauté le pas et lu La Servante Écarlate. Je ne ferai pas l’affront de dire « et j’ai été déçue » – ce ne serait pas exact car je lui reconnais bon nombre de qualités qu’on lui attribue. Pour autant, je n’ai pas apprécié ma lecture. Comment expliquer le mélange de « j’aime » et « je n’ai pas trop aimé » entre lesquels je me trouve ?

Avant tout, autant le dire : la qualité du livre est son fond. Ce traitement de la violence subite par les femmes, dans une société gouvernée par le fanatisme religieux sous fond de pandémie rendant stérile une bonne partie de la population, est très bien exploité. Sous couvert de les protéger et de garantir la pérennité de l’espèce humaine, toutes ces excuses ne servent en réalité qu’à justifier l’exploitation et l’aliénation une fois de plus imposée aux femmes, véritables boucs émissaires de la société dont même les mieux loties ne sont guère enviables. Le roman est en réalité bien plus atmosphérique qu’autre chose. Avec son découpage, soigneusement ordonné par thématique, il prend le temps de développer chaque aspect glaçant de cet univers confiné et machiste – qui semble hors du temps, à la fois proche et très distant de celui du lecteur. La violence est sourde, latente, pernicieuse, en filagramme, et ainsi très horrifiante. Et donc, très efficace. Lire la suite

Monthly Best Of Culture – Septembre & Octobre 2017

Cette année, comme tous les jeunes, mon Septembre a été le mois de la rentrée et du changement – changement de boulot et changement d’appartement. Ce qui implique forcément d’être beaucoup moins disponible. Aussi, à moins de faire un TOP 3 avec trois œuvres, il ne me restait plus qu’à patienter Octobre et espérer avoir un meilleur bilan – et que mes vœux soient exaucés !


The Monthly Best Of Culture

– Top 3 ! –

#1 – A Taxi Driver de Jang HOON

>>> Lire ma chronique

Comme je viens tout juste d’en publier une chronique, je vous laisse donc plutôt aller la lire en cliquant ici.
Mais c’est un très bon biopic, un excellent film historique, et un très touchant hommage au chauffeur de taxi qui conduisit un reporter journaliste venu à Gwangju filmer la violente répression militaire envers la population alors que celle-ci luttait pour la démocratie du pays. C’est un film grand public d’une très belle facture, avec un excellent acteur central, des personnages très bien construits, et une mise en scène efficace.
Un énorme succès à la Corée du Sud qui mériterait le même accueil ici !

#2 – Le Cycle des Robots #1 Les Robots et #2 Un défilé de robots d’Isaac ASIMOV

Est-il encore nécessaire de le présenter ?
Ce cycle qui a donné naissance aux Trois Lois de la Robotique, de très nombreuses fois reprises dans les œuvres SF au fil des décennies et encore aujourd’hui et qui est également très souvent citée dans les milieux scientifiques. Isaac ASIMOV se désolait dans un préambule de devenir peut-être le scientifique reconnu pour avoir créé une science fictive, il se révèle en réalité son fondateur. Est-il de fait nécessaire pour vous donner plus envie de le lire ?
Soit : d’une part, c’est très bien écrit. Réputé vulgarisateur, il est aussi bon écrivain, avec un ton décalé à souhait, qui rend la lecture fluide, plaisante, amusante parfois, mais tout en y mêlant un fond à la fois scientifique mais aussi humain, car il traite autant de problèmes mathématiques que de sujets de société. Il parle ainsi de religion, de tolérance, de conscience (humaine et / ou individuelle), de technologie, d’intelligence humaine, d’intelligence artificielle, de la complémentarité ou opposition des deux, de moralité, d’émancipation, de ce qu’être humain veut dire, de l’âme… C’est passionnant, instructif, divertissant, pertinent.
Alors, convaincus ?

#3 – Blade Runner de Scott RIDLEY

Encore et toujours de la SF. Oui – je plaide coupable !
C’est bien un genre qui m’intéresse de plus en plus, car il est très vaste, non seulement en termes de styles, mais aussi de sujets. Il peut être complètement fantasque, à la limite du fantastique ; il peut être divertissant, un page turner, une machine à imagination ; mais il peut aussi être contemplatif et intimiste. Et c’est le cas d’une œuvre comme Blade Runner, du moins l’interprétation qu’en a fait le réalisateur, car je n’ai pas encore lu l’œuvre originale de Philip K. Dick (un jour prochain, sans doute).
Avant tout, c’est un film qui est visuellement fascinant. Sa direction artistique est assez dingue, tellement soignée que malgré les années, il ne semble n’avoir que peu vieilli. Les effets spéciaux ne sont pas aussi dingues en soi que les images d’aujourd’hui, mais ils ont du cachet dans l’univers visuel dans lequel ils s’inscrivent. Ce qui est efficace, c’est le tout que le film compose. Et pour le cas, c’est un film où le fond, le scénario, la musique et l’image sont une unité qui le rendent ainsi particulier et savoureux.

Aussi découverts ce mois-ci :

Les bonnes surprises :

  • La planète des singes de Pierre BOUILLE [Livre] >>> Lire ma chronique
  • Téhéran Tabou d’Ali SOOZANDEH [Film]
  • Vanishing Time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM [Film] >>> Lire ma chronique
  • Le regard de Ken LIU [Livre]
  • Faith tomes #1 à 3 de plusieurs artistes [Comics]
  • Le château des étoiles #1 d’Alex ALICE [BD]

Les bonnes découvertes :

  • The wicked + The divine #1 de Jamie MCKELVIE, Kieron GILLEN et Matthew WILSON [Comics]
  • Mushishi #1 de Yuki URUSHIBARA [Manga]
  • Marie- Antoinette de Sofia COPPOLA [Film]
  • Au-revoir là-haut d’Albert DUPONTEL [Film]
  • Le grand mystère des règles de Jack PARKER [Livre]
  • To your eternity #3 de Yoshitoki OIMA [Manga]
  • Green mechanic #2 de Yami SHIN [Manga]

Les découvertes :

  • La planète des singes #3 Suprématie de Matt REEVES [Film]
  • Riens du tout de Cédric KAPLISH [Film]
  • Sangsues tomes #1 à #5 de Daisuke IMAI [Manga]
  • Comment vivre en héros de Fabrice HUMBERT [Livre]

Les mauvais élèves :

  • Wind river de Taylor SHERIDAN [Film]

Chroniqués dernièrement :


Aussi publié :

A Taxi Driver de Jang Hoon (Festival du Film Coréen à Paris 2017)

Excellent. Comment le décrire autrement ? Il s’agit avant tout d’un film historique et d’un bel hommage rendu à ce chauffeur de taxi, dont la réelle identité reste méconnue. Il a conduit le journaliste allemand, Jürgen Hinzpeter, au sein de la ville de Gwangju, pour couvrir le soulèvement de la population qui milite pour la démocratisation de leur pays dans les années 80. Sévèrement réprimée par l’armée qui tire à balles réelles, la violence des conflits est tue par le gouvernement qui bloque tout accès à la ville et censure toute la presse. Ce sont ainsi les vidéos du journaliste allemand qui vont dévoiler au monde entier l’inhumanité de ses actions. Mais le film ne dresse pas le portrait héroïque du reporter étranger, il filme au contraire les événements à travers le regard du chauffeur de taxi sud-coréen, donnant ainsi au spectateur une grande proximité aux événements et à la population et rendant tangible toute l’horreur de cette période.

Il s’agit également d’une œuvre cinématographique dont les qualités sont indéniables. Que ce soit dans la mise en scène, la construction narrative du récit, la mise en place des personnages, le jeu des acteurs, les plans, techniquement et scénaristiquement, A Taxi Driver est de très belle facture, surtout pour un film grand public, abordable par tout type de spectateur, peu importe ses préférences. Son efficacité vient notamment de cette construction narrative, son démarrage en douceur, avec même un ton très léger et un humour présent. Le personnage du chauffeur de taxi, central donc, est une excellente figure qui sert notamment de pivot, pour nous sombrer en douceur, mais inexorablement, dans l’horreur.

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Vanishing time : A boy who returned de Tae-Hwa UHM (Festival du Cinéma Coréen à Paris 2017)

Le 12e Festival du Cinéma Coréen de Paris a eu lieu au cinéma Publicis cette semaine, l’occasion d’y découvrir des films qui n’auraient autrement pas eu la chance de sortir dans nos salles – à fort regret, d’ailleurs. Ces dernières années, après le Japon, c’est la Corée du Sud qui apporte un vent de renouveau dans nos salles obscures. Pour le moment, je n’y ai découvert que de très bonnes œuvres, si ce n’est excellentes, au moins ayant un fort potentiel. Et c’est de même lors de ce festival, des deux œuvres que j’ai vu, l’une est excellente (A Taxi Driver de Jong HOON – dont j’espère vous parler prochainement) et l’autre très prometteuse : Vanishing Time : a boy who returned de Tae-Hwa UDeuxième long métrage du réalisateur, c’est une œuvre qui s’est longuement métamorphosée : d’un thriller noir et glaçant, mêlant un brin de fantastique, l’auteur a finalement changé de regard et y a apporté une teinture fort différente : celle d’une fable fantastique sur l’enfance, sur le passage à l’âge adulte, sur l’ouverture et l’innocence du regard d’enfant, plus prompt à accepter de voir au travers du fantastique, une part de réalisme. Un film qui n’est pas sans rappeler les films de notre enfance, à la fois au niveau du style et de l’ambiance, du sentiment qu’il provoque, comme par exemple Les Goonies de Richard Dooner. Mais attention à ne pas oublier qu’il s’agit d’une réalisation coréenne, et que leur cinéma (en tout cas, celui que j’ai vu jusqu’ici) est souvent empreint d’une certaine part d’ombre, qui en fait un film en direction d’adultes, bien qu’à la portée d’enfants.

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