Chroniques Livres·Les bonnes surprises

Sur ma peau de Gillian Flynn

Sur ma peau

Sur ma peau
Écrit par Gillian Flynn
Publié aux éditions Le Livre de Poche
Thriller


LES BONNES SURPRISES!


Pardonnez-moi l’enthousiasme d’une lectrice peu habituée par le genre du thriller, mais je dois admettre que c’est la seconde fois que cette autrice me surprend à véritablement apprécier ma lecture et, du coup, j’avais bien envie de vous partager cette nouvelle expérience.

Pourtant, le style littéraire de Gillian Flynn n’est pas vraiment de ceux qui pourraient retenir mon attention. C’est même ce qui m’a rendu la lecture un peu fastidieuse au début car j’ai eu bien du mal à trouver agréable de la lire. Mais cela n’a finalement pris que deux ou trois chapitres pour que je me plonge véritablement dans le livre et que je ne parvienne plus à le lâcher, happée par l’intrigue et par la psychologie des personnages, que je trouve très réussie, comme pour Les lieux sombres. Gros points forts de cette autrice, assurément.

Extrait

« On dit toujours, quand on est déprimé, qu’on a le blues mais j’aurais été heureuse de me réveiller devant un horizon bleu pervenche. Pour moi, la dépression est jaune – jaune pisseux. C’est un interminable filet de pisse décoloré, exténué »

Sur ma peau raconte le retour d’une journaliste venue enquêter dans sa ville d’enfance sur la disparition d’une jeune fille et l’existence potentielle d’un tueur en série. Très vite, on comprend qu’il y a des histoires de famille très particulières qui ne tarderont pas à faire émerger un sentiment de malaise grandissant face à une situation de plus en plus malsaine.  Et c’est tellement insidieux qu’on se retrouve bien forcé de continuer la lecture et de s’interroger si cela n’est pas un des moteurs qui nous pousse à tourner les pages pour en connaître… une issue ?

Un sentiment paradoxal puisqu’on sait bien – et le roman le fait bien sentir – que les problèmes intrinsèques à la famille, celle dans laquelle on a grandi, font partie des plus impossibles et des plus destructeurs à se défaire et que cela marque une (à) vie. C’est physiquement le cas pour l’héroïne puisque Camille, depuis son jeune âge, a commencé à se scarifier en réaction à son environnement nocif, cette mère déséquilibrée elle-même par le traumatisme laissé par sa propre enfance et sa propre mère. Un cercle vicieux auquel aucune génération ne semble avoir échappé.

« Oui, je suis là, ai-je dit, et ça a été un choc de découvrir à quel point ces mots me réconfortaient. Quand je panique, je les prononce à voix haute. Je suis là. En général, je n’ai pas l’impression d’être là. Je me sens comme quelqu’un qu’une simple bourrasque de vent tiède suffirait à effacer, à faire disparaitre à jamais, sans laisser de trace. Certains jours , je trouve cette pensée apaisante; d’autres, elle me glace. « 

Je crois aimer les deux romans lus de Gillian Flynn justement parce qu’elle ne parle pas simplement d’une enquête. Elle propose surtout de s’interroger sur les personnages qui s’y trouvent mêlés et de la façon dont cela va les impacter. Le tout plongé dans une Amérique à la dérive, un petit territoire dans un énorme pays, où tout semble paradoxalement confiné et étroit. Et profondément sexiste. Les personnages de cette histoire, ce sont assurément ces femmes, qu’une société ultra-patriarcale a profondément atteint dans leur construction. En plus du drame familial qui se joue, c’est donc également une critique d’une partie de la société américaine que l’auteure dresse.

Au final, j’ai changé d’avis sur le style de Gillian Flynn. Du moins, si d’un point de vue littéraire, je ne l’apprécie pas, il est efficace dans ce roman et offre un détachement salvateur au lecteur qui, suivant les pensées d’une narratrice à la première personne, est forcément déjà happé par l’ambiance méphitique générale. L’autrice n’en fait pas des caisses et se contente de laisser parler toute la complexité psychologique de son héroïne. Autrement, cela aurait pu être très lourd à lire.

« Le seul endroit que tu as épargné, » m’a-t-elle chuchoté. Son haleine était douceâtre, musquée, comme l’air qui flotte autour d’une source.
« -Oui.
-Un jour, je graverai mon nom là. » Elle m’a secouée, une seule fois, puis m’a relâchée, et m’a abandonnée sur l’escalier avec le reste d’alcool qui avait tiédi.

C’est un roman qui fait froid dans le dos, qui peut même être dérangeant, que je ne recommanderai pas forcément à tout le monde. La violence qui y est décrite étant psychologique, il me semble que c’est justement une des plus dure à supporter – aussi, soyez prévenus. En revanche, si comme moi vous ne lisez que peu de thrillers, je ne peux que vous recommander de le tenter !

Résumé : « La ville de Wind gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà l’été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée… Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l’affaire. Elle-même a grandi à Wind gap. Mais pour Camille, retourner à Wind gap, c’est réveiller de douloureux souvenirs. À l’adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, camille a gravé sur sa peau les souffrances qu’elle n’a pu exprimer. Son corps n’est qu’un entrelacs de cicatrices… On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu’elle doit puiser en elle la force d’affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité… »

Chroniques Livres·Les Coups de Coeur

Salina, les trois exils de Laurent Gaudé

Salina, les trois exils
Écrit par Laurent Gaudé
Publié aux éditions Actes Sud
Publié en Octobre 2018
Conte contemporain


LES COUPS DE COEUR!


Je ne pense pas vous avoir déjà parlé de ma lecture du roman Pour seul cortège, il y a de cela un an ou deux. J’avais pourtant gardé en mémoire la beauté du texte et la voix de Guillaume Gallienne, qui me l’avait fait découvrir et je n’avais qu’une idée : en lire d’avantage. (En aparté, je ne saurais que trop vous recommander de découvrir l’émission Ca ne peut pas faire de mal qui est une mine d’or de découvertes littéraires en tout genres.) Il faut le lire ou l’entendre pour comprendre à quel point la plume de cet auteur porte sa propre voix, sa tonalité, sa musique, son lyrisme, qui sied merveilleusement aux destins peu ordinaires comme celui d’Alexandre Le Grand. Ou celui de Salina, la femme aux trois exils, aux trois enfants, rêvant d’amour et condamnée à la vengeance.

Me voilà donc à lire Salina, les trois exils récemment publié aux éditions Actes Sud, et c’est lecoup de cœur de cette rentrée littéraire. Pour les mêmes raisons que pour le récit sur Alexandre Le Grand : en parlant de la plume de Laurent Gaudé, on évoque tout de ses qualités et c’est la force même de son talent.

Extrait

Il écoutait tout, avec avidité, sidéré qu’il puisse y avoir tant de mots dans cette femme. Que sa mère qui ne vivait rien d’autre que ces journées longues passées à ses côtés, ces journées de marche, de campement, de survie, ait pu avoir une vie si pleine de blessures et de fracas. Il a cru parfois qu’elle inventait, mais ce sentiment a vite disparu. Elle avait dans la voix des fêlures qui ne mentent pas, quelque chose en elle se brisait parfois.

Il y a peu d’auteurs qui maîtrisent à ce point son style, qui arrivent à créer un flux intense d’émotions à travers les mots, éveillent tous vos sens, vous font ressentir l’intensité de vie de ses personnages. J’ai vibré du destin de cette enfant devenue femme, abandonnée de tous, seule face à une destinée qu’on lui a extorqué par trois fois. Elle a enfanté dans la violence, et puis dans la haine, pour élever un enfant du pardon.

Tiré d’une pièce que l’auteur a lui-même écrit, Salina s’en sort merveilleusement à l’écrit. Car il suffit simplement d’élever la voix pour entendre tout du récit : la tragédie antique qui se joue ; le destin scellé d’une enfant abandonnée à un monde déshumanisé par la guerre, par l’envie, par la peur, par la violence et la domination, qui seule avec l’espoir d’amour et d’une vie heureuse, ne peut lutter contre les coups du sort ; le chant langoureux des dunes de l’Afrique et du Sahara, les brûlures du soleil en journée et le sable qui se colle à la peau, assèche le corps, menace de tout envahir ; l’intemporalité du récit et l’universalité des souffrances qu’il porte ; la voix de cet enfant du pardon qui, par l’amour retrouvé, tâchera de donner la voix qu’on a interdite à la mère.

Extrait

Ils sourient tous à l’évocation de ton nom parce qu’ils savent qu’ils n’ont plus rien à redouter de toi mais ils ont tort. Je sais, moi, qu’une guerre ne s’achève vraiment que lorsque le vainqueur accepte de perdre à son tour.

Laurent Gaudé parle ainsi de vengeance et de la façon dont l’héroïne – cette enfant venue de nulle part, promesse de malheurs, qui suscita crainte et haine par l’appréhension que cette inconnue inspire – va y répondre. Et cette interrogation : comment sort-on de ce cycle sans fin ? Pour citer l’auteur lui-même dans cette interview sur RTL, auquel l’extrait ci-dessus répond également : « par un geste inouï » et inattendu, venu d’un tiers auquel nul ne pouvait s’attendre. Magnifique leçon d’humanité.

Résumé : « Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.
Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre. »

Voir l’interview de Laurent Gaudé dans l’émission La Grande Librairie :

Chroniques cinéma·Les bonnes surprises

Une Pluie Sans Fin de Dong Yue

Une pluie sans fin
Réalisé par Dong Yue
Interprété par Duan Yihong, Jiang Yiyan, Du Yuan, Zhen Wei…
Chine
Sorti en Juillet 2018
Thriller
Voir la fiche Allociné


LES BONNES SURPRISES!


Il s’agit du premier long métrage du réalisateur Dong Yue, et c’est d’autant plus impressionnant au regard de la maîtrise qu’il fait preuve dans toute son oeuvre. Il y a peu à reprocher au film, qui hérite des mêmes qualités que ceux attribués en ce moment au cinéma sud-coréen, dont il est vrai qu’il s’inspire fortement. On ne peut éviter les comparaisons plus qu’évidentes avec le chef d’œuvre Memories of Murder de Bong Jong-Ho, à la fois dans la construction du scénario que par l’ambiance sombre, pluvieuse, crasseuse des quartiers notamment industriels.

Le film est passionnant. Et ce n’est pas uniquement dû au mystère de son intrigue. Là où il va se distinguer du film sud-coréen, c’est dans la focale qu’il choisit de mettre sur le milieu de l’industrie chinoise à quelques mois de la rétrocession de Hong Kong et plus particulièrement durant la désindustrialisation d’une partie du sud de la Chine. Ce n’est donc pas tant un thriller qu’un drame social, et c’est dans ce traitement particulier qu’il se révèle excellent, offrant de très beaux plans. Je pense notamment à la course poursuite qui a lieu dans une des industries de la ville, qui m’a le plus marquée.

Le cinéaste chinois a donc choisi d’illustrer à travers l’enquête mené par l’agent de sécurité, Yu Guowei, l’impact à l’échelle des individus d’une mutation économique et sociale d’un pays. Il y a énormément de sous-texte qui sert en ce sens à montrer les évolutions de cette société et la façon dont les différentes générations la subissent.

Un casting irréprochable, une mise en scène et un cadrage efficaces, une ambiance palpable, une esthétique marquante, une musique d’atmosphère adaptée – Une pluie sans fin est une des plus belles surprises cinéma de cette année 2018 et une belle promesse pour ce nouveau réalisateur.  Je ne peux donc que souhaiter d’en voir d’avantage et peut-être avec un détachement du cinéma sud-coréen pour y découvrir plutôt sa propre patte.

Je vous laisse en apprendre d’avantage à travers l’excellente critique d’Aurélien Milhaud sur le site « Le Blog du Cinéma« .

Résumé : « 1997. À quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre. »

Festival·Théâtre

Festival OFF 2018

Comme tous les ans (ou presque), je me suis rendue au Festival de Théâtre qui a lieu dans ma ville natale, en Avignon. Si vous ne le connaissez pas, je vous renvoie à mes précédents billets (de 2017, 2015, 2014 – et d’autres en fin de ce billet). Comme je n’ai pas été réactive, ce billet arrive donc tardivement, quasiment un mois après la fin du Festival. En revanche, les pièces qui y ont été jouées valent quand même la peine qu’on en parle, d’autant que certaines auront – je l’espère – la chance d’être rejouées dans de nouveaux théâtres tout le long de l’année.

Comme je me connais et que j’ai 12 pièces à mon compteur, ce billet risque d’être un peu long. Prenez donc un bon thé et n’hésitez pas à vous rendre sur les sites des compagnies pour les pièces qui vous auront intriguées afin d’en savoir plus.


Les Coups de Coeur

VARHUNG, HEART TO HEART

Compagnie : Tjimur Dance Theatre
Interprète(s) : Ching-Hao YANG, Ljaucu Dapurakac, Tzu-En MENG
Direction générale et artistique : Ljuzem Madiljin
Administration : Shu-Ting CHIU
Administration et coordination des tournées : I-Hsuan LI
Régie générale : Yin-Ping LI
Vue à la Condition des Soies

Je n’ai pas l’habitude de voir des spectacles de danse, généralement je ne sais pas comment les apprécier. En revanche, j’étais très curieuse de voir ce mélange de contemporain et de tradition venue de Taiwan. Le résultat a été bluffant. Je peux littéralement dire que cela a même été sensationnel, tant la pièce a été illuminée par le corps, l’énergie, la respiration, la voix, le son des corps des danseurs. Aucun de nos sens (hormis le goût) n’a été laissé pour compte. 

C’était une expérience unique au monde, renforcée par le lieu ancré d’histoire, d’abord fabrique de soie (après tout, il s’appelle bien Condition des soies) puis du théâtre avignonnais dont il est un des plus vieux représentants. La pierre est épaisse et haute, ancienne, typique de la ville médiévale.

Le show a été intense et communicatif. Les danseurs talentueux nous ont transporté et j’ai adoré tout autant la danse que leurs chants. Vraiment magistral !

Résumé : « Cette année, la compagnie est de retour avec varhung – Heart to Heart, création qui revisite la tradition de musique et danse des Païwans ; ce spectacle en recueille les éléments formels pour les sublimer en un langage corporel contemporain qui, dans l’interaction des chants et de la danse, s’exprime sur scène à travers la riche gestuelle des danseurs. Dans cette œuvre, le chorégraphe Baru Madiljin est parti d’une plante, le gingembre coquille, qui joue un rôle important dans la vie de la tribu, pour élaborer les mouvements articulant la danse. Les gestes précis et délicats accomplis – gestes de cueillette, de séchage, et d’épluchage par strates – sont devenus les éléments constituants des mouvements de danse de ce spectacle. C’est d’une seule traite, sans la moindre pause, que les danseurs accomplissent l’intégralité de cette performance chorégraphique. De temps à autre surgissent les rythmes de la danse des 4 pas, une danse de fête des aborigènes Païwan, accompagnés de psalmodies puissamment scandées. Baru Madiljin utilise le chant, la danse et les paroles des performeurs comme une maïeutique amenant la mise à nu des lourds secrets qui pèsent sur leurs cœurs. Ce faisant, il souhaite que ce soit aussi pour le public une catharsis, l’occasion d’extérioriser les frustrations sédimentées au plus profond du cœur et, partant, de s’en libérer. L’intériorité sauvage qui s’exprime dans l’attitude farouche et déterminée des performeurs fait de ce spectacle une expérience intense, grandiose et bouleversante. Que ce soit dans le martèlement des pas, dans les mouvements ou dans l’intensité des chants, la tension dramatique se manifeste avec la force d’un choc émotionnel. »

Les bonnes surprises

LE CERCLE DE CRAIE

après un poème chinois de Li Xuingdao et la pièce adaptée de Kablund
Interprètes: Sarah Brannens, Geoffrey Rouge-Carrassat, Eva Rami, Manuel Le Velly, Yuriy Zavalnyouk
Compagnie : L’Eternel Eté
Plus d’informations : http://www.cie-eternelete.com/creations/le-cercle-de-craie/
Vue à La Factory (Théâtre de L’Oulle)

Je ne pouvais rater la nouvelle création de la compagnie L’Eternel Eté (dont j’avais adoré leur version de Le Petit Poucet écrit par Gérard Gélas, puis la pièce La Vraie Fiancée et Les Fourberies de Scapin, adaptée de la pièce de Molière). Sans surprise, c’est une nouvelle réussite, adaptée d’un poème chinois du XIVe siècle. Un genre différent des précédentes pièces mais qui a su tirer de leurs qualités : la scénographie, la chorégraphie, la musique, le texte porté par des acteurs talentueux…

C’est un plaisir de les voir interpréter un texte qui s’adresse à un public plus mature. Les acteurs sont débordants d’énergie et leur créativité est un régal. Tout est pensé pour entraîner le spectateur dans l’univers et l’envoûter. Cette recherche de fluidité à tout instant dans les scènes et dans la transition des décors, avec la chorégraphie soigneusement orchestrée : tout semble opérer comme un charme. On se prête à la métamorphose de la scène et des acteurs qui, comme souvent dans leurs pièces, peuvent être amenés à interpréter des personnages différents. Leur talent est justement qu’on y croit. Ils touchent nos sensibilités et créé un lien affectif qui nous rendent encore plus captifs et inquiets pour ceux qui évoluent sur scène.

Je suis donc toujours aussi charmée !

Résumé : « Vendue comme entraineuse dans une maison de thé, la jeune Haïtang est ensuite mariée de force et dépossédée de son enfant. Amour contrarié, jalousie, vengeance et corruption jalonnent le destin exceptionnel de cette jeune femme. Cette histoire de justice et de sagesse, où le tragique se frotte au burlesque, fait partie des plus anciens contes de l’humanité et a traversé les siècles et les cultures. »

LA VÉRITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE

La véritable histoire du cheval de Troie
de la compagnie Brozzoni
d’après Virgile
Metteur en scène : Claude Brozzoni
Interprète(s) : Guillaume Edé, Claude Gomez
Diffusion : Virginie Bellaïche
Co-directrice : Dominique Vallon-Brozzoni
Plus d’informations : http://www.cie-brozzoni.com/La-veritable-histoire-du-cheval-de-82
Vue à La Manufacture

Un duo sur une scène très minimaliste autant que la mise en scène. L’un joue de la musique, l’autre conte et chante la véritable histoire du cheval de Troie, vécue par un Troyen, d’après le texte de Virgile. Je ne connaissais pas ce texte, mais j’ai adoré son interprétation. Une grande partie de la pièce passe à travers l’ouïe : l’émotion circule dans la voix mélodieuse du narrateur. La musique enchante la scène, lui donne sa forme, ses couleurs, sa taille – celle de la cité de Troie. La poétique du texte se charge du reste.

J’aime cette forme de simplicité qui met en valeur le texte. J’aime la voix du chanteur et ses chansons qui, même sans comprendre leurs paroles, véhiculent énormément de choses du récit. Plus que tout, elles nous touchent. Ma fibre sensible a, en tout cas, été chatoyé tout le long de la pièce. C’est gourmand et généreux à souhait.

Résumé : « La véritable histoire du cheval de Troie n’a-t-elle pas commencé quand la guerre a pris fin ? Une cité détruite, ses habitants massacrés et l’exode. Un exilé justement raconte. Il sait de quoi il parle : lui et son peuple attendent un accueil qui ne vient pas. Sa voix grave et éternelle enflamme le récit de Virgile. Dans ses chants, l’espoir renaît malgré la douleur et l’errance. Le comédien et chanteur, Guillaume Edé, et Claude Gomez, l’accordéoniste mêlent leur souffle à la poésie du texte. Sur la scène se joue l’histoire intime des tragédies épiques. Une histoire forte, contrastée, toujours saisissante. « 

HOICHI LE SANS OREILLE

Création du Théâtre Ronin
Metteur en scène :
Alex TAM
Interprète(s) : Chun-him WU, Lo-yin CHIU
Plus d’informations: https://www.theatreronin.com.hk/latest-news-cx2d
vue au théâtre LAURETTE

Encore une belle découverte, cette fois création d’une compagnie Hong-Kongaise. Elle interprète un conte horrifique japonais en mêlant l’art du conteur et de la forme physique (Nan-Kouan) à l’art de l’espace. Véritable dépaysement artistique, qui la rend peut-être difficile à comprendre pour des néophytes. Je n’ai peut-être pas moi-même saisi toutes les subtilités de la pièce, mais j’ai globalement apprécié le rafraichissement de l’interprétation.

En réalité, c’est une interprétation exigeante qui demande au spectateur une lecture attentive de la pièce, de toute façon indispensable du fait du surtitrage et au sous-texte que l’interprétation apporte qui la rend subtile et complexe à la fois. En revanche, c’est également une pièce d’ambiance, l’atmosphère rendue par la sonorité des instruments, des voix, des mouvements, ne serait-ce que le glissement furtif des pieds sur le sol, tout participe à immerger le spectateur dans ce conte.

Résumé : Adaptée de Hoichi, la légende des samouraïs disparus écrit par Lafcadio Hearn, relatant l’aventure d’Hoichi une musicienne aveugle séjournant dans un monastère. Une nuit, alors que l’abbé est de sortie, un samouraï vient l’inviter à donner un récital pour son maître.  Or, l’abbé voyant ces sorties avec scepticisme va envoyer un moine la suivre. Il découvre alors un terrible secret…

Les Découvertes

UN JOUR J’AI RÊVÉ D’ÊTRE TOI

Metteuse en scène : Anais Muller
Metteur en scène : Bertrand Poncet
Interprète(s) : Anais Muller, Bertrand Poncet
Soutien : Pier Lamandé
Plus d’informations : http://shindoprod.com/les-productions/les-traites-de-la-perdition/un-jour-jai-reve-detre-toi/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Je pourrais vous laisser seulement le résumé comme commentaire de cette pièce car il vous en parle bien mieux que je ne pourrais le faire. Laissez-moi seulement vous préciser que j’ai apprécié l’expérience et que je l’ai trouvé surprenante, farfelue, décousue, mais également très intelligente et intéressante.

Je la rapproche à du théâtre de l’absurde. Elle est rondement bien menée. Le 4e mur est massacré à la pelle et le spectateur complètement mis en déroute. Très vite, on se pose de multiples questions : à quoi assise-t-on ? Et qu’est-ce qu’on fout là ? Est-ce que c’est encore une pièce de théâtre ? Sont-ils en train de jouer une comédie ? Et si oui, à quoi jouent-ils ?

Car les acteurs s’amusent. Et franchement, on s’amuse autant qu’eux. On ne veut pas partir. Ils nous rendent actifs, captifs, attentifs. Le sous-texte est excellent. Mais je vous laisse pour le découvrir, le résumé.

Résumé : Pour contrer la solitude et l’ennui Bert et Ange jouent la comédie, s’amusent, se font répéter et se mettent en scène. Bert est un homme qui voudrait être une femme, Ange est une actrice en mal de reconnaissance. Sur un ton léger, un rythme enlevé, on comprend que, petit à petit leurs rêves se sont fanés, les illusions envolées, mais que seul reste intacte la nécessité de jouer et de s’aimer.
Parce que tout est vain et que la vie c’est la vie, nous nous sommes mis à faire pour faire, non par nécessité, non par cupidité, non par orgueil (enfin si peut-être un peu) mais juste parce que finalement il n’y avait que cela à faire. Anaïs a une pelle et Bertrand un marteau-piqueur. Nous creusons des trous ; nous creusons des trous sans savoir pourquoi. Qu’y a-t-il dans un trou ? Pourquoi rêver toujours d’être un autre quand on peine déjà à savoir qui on est ? Réflexion faite, l’idée nous est apparue que nos choix et nos désirs ne nous appartenaient pas et que donc l’homme, être de fiction et de culture, semblait être, malheureusement ou heureusement pour lui, naturellement et facilement manipulable. Sous forme de traités, qu’on appellera « Les traités de la Perdition », les spectateurs assidus pourront suivre Ange et Bert évoluant dans leurs fantasmes pour mettre en exergue la mort d’un monde qui se décompose de l’intérieur.

LA GLOIRE ET LA CENDRE

Création de la compagnie Jacques Auxenel-Annie Chaplin Théâtre Lesilo
Metteur en scène : Jacques Auxenel
Interprète(s) : Bertrand Saint, Bruno Biezunski
Chargée de diffusion : Catherine Lafont
Vue au Théâtre des Corps Saints

J’ai toujours aimé les pièces historiques. Celle-ci se déroule pendant une nuit durant la Seconde Guerre Mondiale. Une alerte aérienne retentit, coinçant un historien allemand et un gardien de lycée français et résistant dans un huis clos – autre aspect positif de la pièce. Les deux hommes vont être ainsi obligés de se côtoyer et de se divertir. L’historien, fasciné par l’Histoire de Napoléon, et notamment l’expédition qui a été menée pour ramener sa dépouille en France, va ainsi nous faire partager, à travers son récit passionné, cette part de l’Histoire, que, personnellement, j’ignorais. Je ne savais pas non plus que durant la Seconde Guerre Mondiale le corps du fils de Napoléon avait également été ramené par les Allemands en France, manœuvre de propagande.

La pièce se révèle plutôt classique et sans surprise. On passe en revanche un bon moment à côtoyer ces deux êtres, à s’interroger sur leur passé, leur motif. C’est une pièce également pédagogique qui met en avance des faits peu connus de l’Histoire, dont celui cité au-dessus. Et c’est une oeuvre touchante qui, tout en relatant un moment anecdotique de la vie de deux hommes, parle aussi de l’humanité et des rapports humains en tant de guerre.

Résumé : « 15 décembre 1840, 15 décembre 1940 : le jour et la nuit…!
15 déc.1940, sous l’occupation allemande, une alerte aérienne confine un historien et un concierge dans la cave de leur lycée. À la radio ils entendent qu’Hitler rapatrie en France la dépouille de l’Aiglon, fils de Napoléon. Outré par cette manœuvre collaborationniste, d’ailleurs totalement méprisée par les parisiens, l’historien raconte ce que fut, à contrario, l’extraordinaire expédition du retour des cendres de l’Empereur et le fantastique accueil que le peuple français lui fit à son arrivée cent ans plus tôt, le 15 déc.1840. Si ce récit patriotique et le huis-clos contraint rapprochent ces deux hommes, leurs rapports sont ambiguës, parfois conflictuels, chacun étant porteur d’un dangereux secret, l’un sur son activité, l’autre sur son identité, créant au long de la pièce un suspens qui entraîne autant le public profane en histoire, que celui plus érudit, dans ce double voyage à la fois temporel et géographique. »

LE MAGASIN DES SUICIDES

Création de la compagnie Nandi
d’après le roman de Jean Teulé
Adaptation et Mise en scène : 
Franck Regnier
Scénographie : Leslie Calatraba
Chorégraphie : Cie Mouvementé
Création Costumes : Lisa Desbois
Interprète(s) : Cédric Saulnier, Elise Dano, Benoit Gruel, Arnaud Gagnoud, Julie Budria, Pierre-Hugo Proriol, Anthony Candellier
Plus d’informations : http://www.compagnie-nandi.fr/index.php/home/
Vue au Théâtre Notre Dame

J’avais envie d’une pause de légèreté, aussi j’ai voulu tenté l’adaptation du roman de Jean Teuilé, dont le postulat même est comique : la famille Tuvache fait fortune en garantissant à leurs clients un suicide réussi 100% garanti. Seulement, le dernier né est une malédiction pour la famille qui porte le deuil comme un gant : il a la joie de vivre !

Nul doute que vous passerez un moment drôle, divertissant, aéré en allant la voir. J’ai même été étonnée de ne pas y voir plus d’enfants, car la pièce est vraiment idéale pour tous les âges. Le décor et les costumes, la scénographie générale est topissime. Les acteurs sont plutôt bons, avec un clin d’oeil spécial pour le grand-frère, joué par Pierre Hugo Proriol, qui nous a vraiment fait rire tout le long de la pièce.

Par contre, la pièce malheureusement souffre des défauts du livre : l’idée est très drôle mais certains personnages manquent un peu de nuance. Ils sont beaucoup trop tirés sur un seul aspect de personnalité et sont à la longue lassants. Cela reste malgré tout bon enfant et donne le sourire aux lèvres.

Résumé : Chez les Tuvache, on garantit les suicides «Mort ou Remboursé !» depuis de nombreuses générations.
Mais ça, c’était avant l’arrivée d’Alan, le petit dernier. Tout petit déjà, il commence à sourire. Alors qu’autour de lui le monde n’est que tristesse et désolation, lui ne voit que beauté et poésie. Et redonner le goût de vivre aux clients du magasin des suicides, ce n’est pas bon pour le commerce des parents Tuvache. Désespérés, ils vont tout tenter pour remettre leur fils dans le droit chemin du désespoir.

Les mitigés

FAUST

d’après l’oeuvre de Goethe
Création du Collectif 8
Metteuse en scène : Gaële Boghossian
Interprète(s) : Clément Althaus, Paulo Correia, Fabien Grenon, Mélissa Prat
Video : Paulo Correia
Musique : Clément Althaus
Lumières : Samuèle Dumas
Machiniste : Benjamin Migneco
Diffusion : Vanessa Anheim
Chargé de production : Mathieu Gerin
Stagiaire : Nikita Cornuault, Kelly Rolfo
Plus d’informations : https://www.collectif8.com/
Vue au 11 Gilgamesh Belleville

J’ai beaucoup de peine à placer cette pièce dans cette catégorie, car je suis admiratrice des productions du Collectif 8 et du travail de Gaëlle Boghossian en tant qu’actrice comme metteuse en scène (j’avais adoré Alice, La Religieuse, Marginalia). J’aurais aimé que c’en soit de même avec Faust.

Malheureusement, c’est une déception cette année. Il y a beaucoup de répétitions vis-à-vis de leurs précédentes créations, dans la scénographie, la mise en scène, le style général de la pièce. Mais attention : ceux qui ne connaissent pas les créations du collectif seraient certainement bluffés par le travail et la créativité ! Simplement, je n’ai plus ressenti le plaisir de la surprise, de la nouveauté et de l’originalité – tout me donnait un goût de déjà vu, du coup.

En plus, il y a aspect un peu « kitsch » dans l’interprétation de la pièce de Goethe. L’utilisation de la guitare, notamment, même si la bande originale est assez cool en soi, associée à la pièce, cela a renforcé la lourdeur générale. Même chose pour l’utilisation de la vidéo sur la toile qui nous séparaient de la pièce et l’interprétation des acteurs. Cela manquait de finesse, d’aération, de nuances.

Cela ne reste que mon avis personnel, après avoir déjà vu quelques pièces (et deux chefs d’œuvres). J’avais une attente particulière vis-à-vis de ce spectacle, malheureusement cela m’a déçu. Pour autant, j’irai voir leur prochaine création avec grand plaisir quand même.

Résumé : « Heinrich Faust, éminent scientifique et professeur, dresse un bilan amer de sa vie : comme scientifique, il n’a pas réussi à accéder au savoir absolu et comme individu, vieillissant, il n’a pas jouit de la vie et de ses plaisirs.  Désespéré, il promet de donner son âme au diable si celui-ci parvient à le délivrer de son insatisfaction et de son ennui. Méphisto l’entraine dans un extraordinaire voyage dans lequel il découvrira le désir et le pouvoir… »

LE DERNIER HOMME

Metteur en scène : Julien Gelas
Interprète(s) : Paul Camus
Plus d’informations: https://www.chenenoir.fr/event/le-dernier-homme-spectacle-festival-2018/
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’avais déjà vu la pièce La Fuite, que Julien Gélas avait traduit du chinois, écrit par Gao Xingjian en 2014, découverte très intéressante. J’étais curieuse de voir une pièce qu’il aurait écrit et mis en scène lui-même. De plus, il s’agissait d’un seul en scène qui mettait en scène le dernier homme, dans un univers d’anticipation post-apocalyptique. Je n’ai pas souvent l’occasion de voir de la science-fiction au théâtre, c’était donc l’occasion !

Et il y a du potentiel dans le texte de Julien Gélas. De ses thèmes, de la douce et lente agonie de son narrateur, qui se languit et tente un ultime espoir pour rompre sa malédiction d’être immortel dans un monde désert et saccagé, des réflexions induites, de l’ultime étincelle de la scène finale – il a en effet de belles promesses. Cependant, je n’ai pas réussi à m’immerger dans ce texte et dans le jeu de l’acteur, dans le minimalisme de la mise en scène poussé à l’extrême, dans la stoïcité du narrateur qui s’alourdit d’une tonalité trop monotone. Dans cette sobriété, il y manque encore de la nuance et un peu de finesse. Malgré quelques moments où la force du texte, la voix du narrateur, l’intensité de son regard et l’atmosphère prennent corps et âme dans une atmosphère qui devient tangible, cela reste globalement une petite déception.

Résumé : « Que ferions-nous si nous étions le dernier homme ou la dernière femme sur terre ? Que serions-nous surtout ?21 novembre 2084, côte ouest des Etats-Unis… Il vient d’inventer une machine capable de connecter la matière et la pensée. Une invention de celles qui transforment le cours de l’humanité. Mais sa vie bascule lorsque le Pouvoir tente de la récupérer… Sa femme est enlevée, Il est séquestré… et frappé d’une paradoxale malédiction : le voilà désespérément immortel, dans un monde en proie à un conflit planétaire qui viendra à bout de l’humanité entière…Le dernier homme sur terre nous livre son destin incroyable, s’accrochant à l’espoir d’être ainsi délivré de ses chaînes et de rejoindre paisiblement ses semblables… »

JUSTE LA FIN DU MONDE

Création de la compagnie Ledn-L’équipe de nuit
Adapté du texte de Jean-Luc Lagarce
Metteur en scène: Jean-Charles Mouveaux
Interprètes: Vanessa Cailhom, Jil Caplan, Esther Ebbo, Chantal Trichet, Philippe Calvario, Jean-Charles Mouveaux
Vue au Théâtre des Templiers, Petit Louvre

Si ce n’est le texte, je n’ai pas vraiment aimé la pièce. Ni son décors, structure noire composée de tables adossées, empilées, retournées, ni l’interprétation des acteurs et la mise en scène. Je suis, pour ainsi dire, passée complètement à côté de cette pièce.

En fait, je me suis vraiment ennuyée de bout en bout. La sobriété est poussée au paroxysme, dans un ton monotone, lourd, et sans nuances. Certains acteurs étaient vraiment mauvais, comme s’ils venaient d’apprendre le texte et ne savaient pas comment le jouer.

Je suis quand même ravie d’avoir découvert le texte de Jean-Luc Lagarce. La parole y est maitresse et je comprends, en un sens, la volonté de ne pas détourner l’attention du spectateur dans une mise en scène. C’est une tragédie familiale, où Louis, de retour après plusieurs années d’absence et de quasi-silence, doit annoncer à sa famille qu’il va mourir. Son retour brisera pendant son court séjour ce silence et libèrera la parole. Et en même temps, cet assemblage de monologues, à l’exception de quelques scènes particulières, montre à quel point l’échange fait cruellement défaut et les rend presque étrangers. Louis repartira sans rien dire de son état de santé. Du coup, j’aimerais mieux lire le livre et entendre sa musicalité et sa force, que je n’ai pas perçu dans son adaptation, malheureusement.

Résumé: « Le fils retourne dans sa famille pour l’informer de sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles dans le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers d’éternelles querelles. De cette visite qu’il voulait définitive, le fils repartira sans avoir rien dit. »

FUCKING HAPPY END

JJ’aiCréation de la compagnie Reina Loca
Metteur en scène : Jan Oliver Schroeder
Metteuse en scène : Sarah Fuentes
Interprète(s) : Ludovic Chasseuil, Sarah Fuentes, Maud Imbert, Jan Oliver Schroeder
Diffusion : Adeline Bodin
Régisseur : Loïs Guidotti
Plus d’informations: https://www.reinaloca.com/fucking-happy-end/
Vue au Théâtre du Train Bleu

Alors, je dois avouer qu’un mois après l’avoir vue, j’ai déjà oublié en grande partie la pièce. Je n’en ai que peu à en dire finalement.

Je me souviens qu’elle était par moment drôle avec quelques bonnes idées, notamment au niveau des costumes. Mais elle était aussi un peu too much, lourdingue, pas très fine dans l’humour.

La réécriture de Peau d’Âne n’est finalement pas aussi originale, malgré quelques renversements. On reste plutôt ancré sur le conte, il me semble, et la prise de risque reste plutôt sage.

J’aurais peut-être aimé y voir un peu plus de cynisme et de critique.

Résumé : « Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi Blanche Neige attend le prince charmant alors qu’elle a sept nains sous la main ? Pourquoi faut-il bécoter une armée de batraciens avant de trouver chaussure à son pied ? Ou pourquoi cherche-t-on absolument à vous caser alors que le mariage vous donne envie de vous pendre avec la crinière de Raiponce ? Bref, vous en avez marre des « Happy ends » formatés, tant mieux. Nous aussi ! « FUCKING HAPPY END » est une tragi-comédie qui pulvérise les idées reçues sur le couple, la famille, la quête du bonheur et tous les autres clichés dans lesquels la société veut nous claquemurer… Sous les feux de la rampe d’un étrange cabaret, un cortège de personnages, évadés de l’univers des contes, va vous dévoiler sa vision complètement loufoque et déjantée de « Peau d’Ane » !

LODKA

Création de la compagnie russe Quartier Libre
Metteur en scène : Sergey BYZGU
Interprète(s) : Olga ELISEEVA, Alexander GUSAROV, Marina MAKHAEVA, Yulia SERGEEVA, Natalia PARASHKINA
Plus d’informations: http://showlodka.com/fr
Vue au Théâtre du Chêne Noir

J’étais allée voir il y a quelques années leur spectacle « La famille Semianyki« , qui m’avait autant surprise que fait rire aux éclats. J’avais gardé un très bon souvenir de ce moment, surtout que je ne suis pas habituellement adepte de mimes. J’étais donc curieuse de les retrouver dans un nouveau spectacle.

Malheureusement, je n’ai pas été aussi comblée que la première fois. Il y a des moments très drôles et c’est plutôt bon enfant dans l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé des longueurs dans le spectacle et de la répétition dans les gags.

Certains personnages étaient peut-être un peu trop poussés à l’extrême dans leur running gag, qui rendait l’ensemble un peu inégal et parfois lourd. Mais j’ai aimé le thème général du spectacle, l’autodérision dans l’imbrication du théâtre dans le théâtre. La compagnie monte en effet un spectacle qui tourne au désastre et échappe à leur contrôle. Situation assez cocasse qui entraînera plusieurs fous rires, même si ça n’a pas toujours fait mouche avec moi.

Résumé : « LoDka – en Russe « petit bateau » – embarque le spectateur dans le tumulte du quotidien d’un petit théâtre.Un kaléidoscope de personnages drôles et touchants dans des situations rocambolesques inspirées par un long vécu de comédiens de théâtre. Sans un seul mot et en même temps, avec une justesse poignante et un humour incisif, ces artistes nous communiquent leurs rêves, leurs chagrins, leurs espoirs et leur humanité. »


Et voilà, c’en est terminé de ce (long) bilan du Festival Off 2018. C’est un plaisir, comme à chaque fois, d’y séjourner. Avignon est une très belle ville provençale et médiévale qui se colore durant tout le mois de Juillet, attirant la culture du monde entier dans ses murs. C’est toujours un privilège de pouvoir m’y rendre chaque été et je savoure toujours ces instants qui ne seraient rien sans toutes ces compagnies, ces metteurs en scène, ces acteurs, ces scénographes et toutes leurs équipes de talents.

J’ai déjà hâte d’y revenir l’été prochain.


EN DÉCOUVRIR PLUS :

Quelques articles des années précédentes :

Chroniques des pièces vues durant le Festival (2014, 2015, 2016) :


Bilan·Bilans Mensuels

Best Of Mai 2018

Ce mois-ci, je me suis rendue à Florence, en Italie, où Stendhal a donné son nom au fameux syndrome – et il faut dire que la ville regorge d’arts. Il n’est donc pas étonnant qu’il se soit senti pris de vertiges devant une telle profusion ! Malgré nos efforts, nous n’avons sans doute pas vu la moitié de tout ce que la ville peut proposer et pourtant nous avons pu en profiter pleinement, savourant la richesse du patrimoine local et de l’architecture qui, à un tournant de rue, peut soudain vous couper le souffle et qui a largement compensé la météo aléatoire que nous avons eu (même si elle a aussi pu être clémente) !

Mais outre ces quelques jours de tourisme, Mai aura été un mois plutôt faste en découvertes comme vous pourrez le constater dans ce billet !


LE TOP

#1 – Les plafonds du Palais Pitti 

Site du patrimoine, Florence, Italie

Ce n’est certainement pas tout ce qu’il faut y voir, dans ce palais, mais c’est peut-être ce qu’on a vu de plus bluffant. Ces plafonds qui s’élèvent haut et mettent en scène la mythologie romaine. Grandeur, splendeur, on se sent tellement petit en-dessous et si insignifiant ! Et ce n’est pas uniquement question de taille, mais de beauté – tout simplement.

#2 – Senses, parties 1 et 2, de Ryusuke Hamaguchi

C’est quasiment un coup de cœur malgré quelques maladresses en termes de réalisation. En plus il est difficile de vraiment le résumer, quitte à le spoiler, car au fond il parle en toute simplicité du quotidien de femmes au Japon. Quatre tableaux liés par l’amitié que se portent les quatre femmes mises en scène et qui, par réaction à leur actualité et leur entourage immédiat, vont s’interroger sur leur vie. Indirectement et peut-être de la façon la plus naturelle et douce, le réalisateur nous dresse avec finesse une partie du portrait de sa société, à travers la vie et le regard animé de ces quatre personnalités très différentes. De multiples thèmes vont ainsi surgir, avec également – et j’ai beaucoup apprécié de le voir ainsi traité – celui des femmes dans la société nippone.

Quel dommage que la suite n’a pas été à la hauteur, notamment par un défaut d’écriture qui ne s’est pas bonifié au travers des deux autres films – au contraire.

#3 – Mémoires du passé de Charles Szymkowicz 

Exposition temporaire au Musée Civique, Sienne, Italie

L’art contemporain est toujours difficile à apprécier sans explications. Même si les portraits attiraient vraiment le regard et m’ont tout de suite interpellé, d’une certaine façon, je ne suis pas certaine que j’aurais pu apprécier l’exposition sans la vidéo qui y était diffusée – et par chance incroyable, en français ! Le fait qu’elle n’était pas sous-titrée était quand même un peu bizarre étant donné qu’on se situait en Italie. Dans tous les cas, elle suivait et interrogeait le peintre dans sa démarche, son travail de mémoire et sa relation presque corporelle avec la peinture et, plus encore, la matière. Ses tableaux sont en relief, en XXL, et quasiment en 3D mais sans autre artifice que la matière même de la peinture qu’il utilise. C’est assez bluffant de voir les visages sortir littéralement de leur cadre. Difficile aussi de rester impassible devant tous les tableaux sur la guerre, sur l’horreur de la 2e Guerre Mondiale notamment.

Violent mais un rappel nécessaire.


Autres découvertes :

Les bonnes surprises :

  • 2001 L’Odyssée de l’Espace d’Arthur C. Clarke [Livre]
  • The Prince and the Dressmaker de Jen Wang [BD]
  • In real life de Jen Wang et Cory Doctorow [BD]
  • Mars horizon de Florence Porcel et Erwann Surcouf [BD]
  • Collections permanentes du Musée Galilée, Florence, Italie [Exposition
  • Collections permanentes de Les Offices, Florence, Italie [Exposition, Site du Patrimoine]
  • Fantômes et enfers d’Asie au Quai Branly [Exposition]

Les bonnes découvertes : 

  • Senses 3 et 4 de Ryusuke Hamaguchi [Film]
  • Dragon de Thomas Day [Livre]

Les découvertes

  • Trois coups contre ma porte de Michael Roch [Livre]
  • Deuxième personne du singulier de Daryl Gregory [Livre]
  • Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman [Livre]
  • Un manoir aux Cornouailles d’Eve Chase [Livre]
  • La végétarienne d’Han Kang [Livre]
  • Marguerite Duras de Laure Adler [Livre]
  • Glow 1 et 2 de Ray Chou et Vincenzo Ferriero [BD]
  • Senses 5 de Ryusuke Hamaguchi [Film]

Les mauvais élèves

  • Avengers Infinite Wars d’Anthony Russo et Joe Russo [Film]
  • Psychokinesis de Yeon Sang-ho [Film]
  • The Rain, saison 1, de Christian Potalivo et Jannik Tai Mosholt [Série]
Chroniques Livres·Les découvertes

Rendez-vous avec le crime (Les détectives du Yorkshire, tome 1) de Julia Chapman

Merci au #NetgalleyChallenge2018 et à la maison d’édition #RobertLaffont pour m’avoir donné accès à ce livre.

Les detectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime de Julia Chapman
Publié aux éditions Robert Laffont, 2018, collection La Bête Noire
Traduit par Dominique HAAS de l’anglais
Sur le site de l’éditeur
14,90€ Grand Format ou 9,99€ EBook


LES DECOUVERTES!


Bienvenue dans un petit village du Yorkshire où un détective privé autoproclamé et une entrepreneuse, régente d’un site de rencontre, vont être forcés de cohabiter et s’improviser détectives en herbe. Un premier tome écrit dans un style, un ton et un humour typiquement anglais qui a le mérite de rendre la lecture fluide et agréable. Parfaite pour la période estivale qui approche et à emporter durant un voyage. En revanche, je reste malgré tout réservée sur ce premier roman qui, s’il est plaisant à lire, ne restera pas longtemps dans ma mémoire.

Ma réserve vient du fait qu’il n’est clairement pas sans défauts, et le principal vient de ses stéréotypes. Si ceux-ci sont à mon avis en partie recherchés par l’autrice, qui, en les utilisant, souhaite caricaturer ses personnages, par volonté d’humour et de dérision, il faudrait dans ce cas y aller plus franchement et y mettre tout le sel et le piquant nécessaires, pour ne pas tomber dans les simples clichés.

Quelques exemples:
« Un endroit où, au lieu de lui reconnaître le statut d’épouse d’un prof de fac, on ne voyait en elle que la femme qui s’était mariée avec le fils du boucher.« 
« Et de fait, avec son cerveau rempli de codes informatiques, Delilah était la femme qu’on pouvait le moins taxer de romantisme. Cette caractéristique innée résultait du fait qu’elle avait cinq frères plus âgés, un mépris absolu pour le sentimentalisme, et un crochet du droit hérité de son frère aîné, Will, qui avait fait une brève carrière de boxeur.« 
« Aussi capable que son mari de manier le hachoir, et une femme de cette espèce rare qui ne parle pas à tort et à travers.« 

A ces citations, ajoutons le contexte puisqu’ils sont le reflet de la mentalité du village, étroit et renfermé. L’humour montre la volonté de les rendre indirectement ridicules par leurs idées peu modernes, mais le détachement nécessaire est ici malheureusement peu efficace. Là où on devrait goûter à une caricature, on ne retrouve en réalité que le squelette de clichés. Il y manque clairement de l’audace et de l’affirmation, et un poil d’originalité. Mais cela viendra peut-être avec le second tome.

En revanche, l’autrice a clairement su faire ressentir le corps de ce village qui, à lui-seul, forme une sorte de huis-clos avec son microcosme particulier. Elle appuie souvent sur ses particularités : la chaleur humaine qui s’en dégage certainement par le sentiment d’appartenance qui est partagé et la bienveillance mais également son revers, par le manque total de vie privée, la conviction de vouloir bien faire en se mêlant de tout et en ayant l’avis sur tout, le renfermement de ces habitants capables d’exclure une personne non désirée et faire ressentir le cloisonnement de leur monde étroit..

Pour cela, elle prend ainsi tout son temps, puisque l’intrigue fait corps à son environnement – une qualité pour ce premier tome, qui se révèle de fait une très bonne introduction à son univers. Mais d’un autre côté, cela se révèle également un défaut car il faut attendre la seconde moitié du roman pour que l’intrigue démarre réellement avec l’enquête tant attendue. Je ne suis pas friande des romans où l’action s’enchaine de façon effrénée au détriment du reste ; il n’empêche que certains lecteur pourront se sentir frustré de l’attente.

Pour résumer, Rendez-vous avec le crime est un premier tome léger, fluide et plaisant, qui reste cependant encore trop superficiel. Les éléments sont en place mais il lui manqué du sel et des épices plus marquées. Le style n’est pas encore très affûté et j’espère que ce sont les premiers tâtonnements liés à une nouvelle série, bien que l’auteure ne soit apparemment pas à son coup d’essai. Le scenario se suit avec plaisir, mais là encore on peut lui reprocher de paraître trop simple. Tout découle de soi et les obstacles sont rapidement franchis, les rendant finalement peu inquiétants. Le lecteur n’est jamais vraiment bousculé ou surpris, même s’il pourra se prêter au jeu de découvrir le fin mot de l’histoire. La relation entre les deux protagonistes est plutôt bien écrite, mais elle est également courue d’avance. Par contre, celle qui lit ces derniers au reste du village paraît plus maitrisée et prometteuse, plus nuancée aussi.

Si vous aimez ce type d’enquêtes, les microcosmes, et que vous recherchez une lecture légère, facile et agréable, et que vous n’avez pas d’appréhension sur son rythme ou sur la part que prend l’enquête dans le roman, en particulier si c’est pour l’emmener égayer vos vacances, alors je vous le recommande. Si vous êtes en revanche à la recherche d’une intrigue complexe, d’un univers sombre ou angoissant, des frissons, au rythme soutenu, ce n’est pas vraiment ce que propose ce livre.

Résumé :
Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Bilan·Bilans Mensuels

Best Of Février à Avril 2018

Après trois mois sans bilan, il faut désormais faire un choix : qui sélectionner pour le Top 3 de ce billet de rattrapage ? Depuis Janvier, j’ai quand même 8 œuvres qui font partie de mes plus belles découvertes de ce début d’année. Mais comme c’est un exercice intéressant et qu’il faut en passer par là, je vais faire au plus spontané – mais est-ce le plus objectif ? Je vous laisse juge vis-à-vis de vos propres appréciations ! (Petite entourloupe pour vous faire partager mon indécision face à l’injustice que ce bilan fera forcément vis-à-vis de certaines œuvres, mais soit ! Allons-y.)


Le TOP!

#1 – Amour de Michael HANEKE

C’est peut-être le choix le plus simple et le plus beau. Il est sublime et très maîtrisé ; mature de par le sujet, l’écriture, les acteurs. Un huis clos qui était pourtant « mal » embarqué à cause d’un texte bien trop littéraire pour être naturel sur les lèvres, du moins c’est l’impression laissée au début, avant que le reste ne l’emporte et qu’on n’y fasse plus guère attention. Ce sont, après tout, des personnes très cultivées, très à l’ancienne, peut-être moins marquées par la modernité du langage parlé de nos jours. Il y a aussi l’interprétation qui, au début, est très théâtrale. C’est une pièce filmée – on l’accepte et puis la fluidité finit par venir.

Des plans fixes, très bien choisis, qui marquent une sobriété de mise en scène et appuient tout aussi bien sur le sublime des scènes jouées. C’est efficace tout le long. Ils accompagnent le long mouvement des acteurs, la lente dégradation d’une vie, la lutte acharnée d’un amour.

Curieux film qui utilise avec parcimonie la musique tout en mettant en scène deux anciens professeurs de musique. Et dont le silence, impérial, fait résonner avec éloquence le point final

#2 – The Third Muder de Hirokazu KORE-EDA

Je vais essayer de ne pas trop en dire car j’aimerais – si je n’oublie pas et quand j’aurais le temps, vraiment – d’en faire une chronique.

Premier thriller que je découvre du réalisateur et c’est plutôt une réussite, même s’il y a certains aspects qui m’ont légèrement moins plu que dans ses autres films. Résumons ces derniers : ses personnages secondaires moins bien travaillés, la relation père-fille dans ses mises en scène, le début du film plus maladroit, en particulier dans sa façon de présenter l’avocat de l’accusé, l’un des deux protagonistes. Mais d’un autre côté, ses défauts font aussi partie de ses qualités : entre autres, le thème de la famille et du père faillible (que l’on retrouve dans beaucoup de ses films) est un second axe de lecture du film qui y trouve un sens particulier et m’a, encore une fois, intéressée ; l’évolution du protagoniste vis-à-vis de ce que l’affaire va lui faire entrevoir de sa vie et de son métier est passionnante ; le thème de la justice, de la peine de mort (dont le film est un plaidoyer pour lutter contre), de la vérité sont brillamment mis en scène. Il y a une certaine maladresse dans ce film, que l’on ne retrouve pas dans ses autres œuvres, c’est vrai. Cela peut le rendre en-deçà de ses films comme After Life, Tel père tel fils, I wish, Nobody Knows… Peut-être aussi que la désignation de « thriller » est erronée ; car s’il y a bien des meurtres, du mystère et une enquête, c’est n’est pas vraiment un film que l’on peut simplement résumer dans cette catégorie. C’est un drame humain et un film social également.

Comme toujours avec Kore-Eda Hirokazu, un film pluriel.

#3 – L’elfe et l’égorgeur de Jean-Philippe JAWORSKI

Difficile de résumer une très, très courte nouvelle !

En revanche, je peux vous dire ceci : c’est de la fantasy, un conte et une réflexion sur l’art de construire un récit.

C’est une gageure, une enchâsse, un plaisir gourmand – l’auteur n’a pas volé sa réputation : son écriture est exquise et exigeante. On ne plonge pas dans son texte comme dans n’importe quel autre : il faut être attentif et prendre le temps de savourer. Il faut accepter l’effort de la lecture, et cela m’intrigue d’en tester sur un texte plus long, pourquoi pas un de ses romans ?

Ce récit, semble-t-il, s’inscrit dans son univers des Vieux Royaumes, je suis donc très curieuse de m’y lancer cette année, surtout que j’en ai deux dans ma bibliothèque qui m’attendent patiemment. En revanche, il est certain que cela ne plaira pas à tout le monde, mais c’est une question de goût – et je vous en laisse juge !

J’apprécie toutefois de retrouver un tel niveau d’écriture dans un des genres de l’imaginaire, que je ne connais encore que trop peu. C’est prometteur !


Aussi découverts ces derniers mois

Les bonnes surprises :

  • Mémoires d’un chat d’Hiro ARIKAWA (Roman)
  • Le robot qui rêvait d’Isaac ASIMOV (Recueil de nouvelles – Cycle du futur #3)
  • Nous allons tous très bien, merci de Daryl GREGORY (Roman)
  • Gemini de X.D. Network (Jeux vidéo)
  • Goshu d’Isao TAKAHATA (Film d’animation)
  • Billy Bat T10 à 20 de Naoki URASAWA (Manga) – Voir la Chronique
  • La forme de l’eau de Guillermo DEL TORO (Film)
  • American Crime Story, Saison 1 : L’affaire O.J. Simpson de Ryan MURPHY (Série)
  • L’île aux chiens de Wes ANDERSON (Film)
  • Marche ou crève de Stephen KING (Roman)
  • Le bâtard de Kosigan T2 de Fabien CERRUTI (Roman)

Les bonnes découvertes :

  • La trilogie Le Seigneur des Anneaux en version longue de Peter JACKSON (Films)
  • Dix petits nègres d’Agatha CHRISTIE (Roman)
  • Annihilation de Alex GARLAND (Film)
  • Les fils de l’homme de Alfonso CUARON (Film)
  • Le bâtard de Kosigan T1 de Fabien CERRUTI (Roman)
  • On a vingt ans pour changer le monde de Hélène MEDIGUE (Documentaire)
  • Je ne suis pas une légende de Catherine DUFOUR (Nouvelle)
  • Contes du jour et de la nuit de Guy DE MAUPASSANT (Recueil de nouvelles)
  • L’art de Naoki Urasawa à L’Hotel de Ville, Paris (Exposition)

Les découvertes :

  • On achève bien les chevaux d’Horace McCoy (Roman)
  • Le bâtard de Kosigan T3 de Fabien CERRUTI (Roman)
  • Card Captor Sakura Clear Card T1 et T2 de CLAMP (Manga)
  • America de Claus DREXEL (Documentaire)
  • Hostiles de Scott COOPER (Film)
  • Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro PIGNOCCHI (BD)
  • Les météorites à la Grande Galerie de l’Evolution, Paris (Exposition)
  • Rime de Tequila Works (Jeux vidéo)

Les mitigés :

  • Sneaky Pete, Saison 1, de Bryan CRANSTON et David SHORE (Série)
  • Monument Valley 2 du studio Ustwo games (Jeux vidéo)
  • Turbo Time Travel V0 et V1 d’un collectif d’artistes (Revue)
  • Westworld, Saison 1, de Jonathan NOLAN et de Lisa JOY (Série)

Les mauvais élèves :

  • Sneaky Pete, Saison 2, de Bryan CRANSTON et David SHORE (Série)
  • Ruby Red T1 de Kerstin GIER (Roman)
  • Black Panthers de Ryan COOGLER (Film)
  • Real de Kiyoshi KUROSAWA (Film)
  • Le gendarme à New York de Jean GIRAULT (Film)
BD / Manga / Comics·Les bonnes surprises

Billy Bat de Naoki Urasawa

Billy Bat de Naoki URASAWA
Publié par les éditions Pika
Fantastique, thriller
Série en 20 tomes
8€05 le tome
Fantastique, Thriller


LES BONNES SURPRISES


En l’espace d’un mois, j’ai dévoré les vingt tomes de la dernière saga du maître nippon, Naoki Urasawa, qui a été à l’honneur du Festival d’Angoulême cette année. C’est un mangaka talentueux dont je vous ai déjà parlé sur le blog (voir 20th Century Boys et Histoires Courtes) et qui est passé maître dans la mise en scèneBilly Bat le prouve encore une fois.

Il faut cependant admettre que si vous avez déjà lu une des sagas de cet auteur, Billy Bat ne vous surprendra pas outre mesure, même s’il y a des rebondissements à foison et des thèmes passionnants. La recette reste à peu près la même. Billy Bat est simplement une œuvre maitrisée d’un auteur depuis longtemps mature vis-à-vis de son style et de ses forces, dont il sait très bien faire usage. Et de fait cela la rend particulièrement adéquate pour ceux et celles qui voudraient découvrir Naoki Urasawa.

Je dois vous prévenir, c’est une série de longue haleine, avec une intrigue qui se révèle très rapidement plurielle en traversant autant les âges, les siècles, les générations et les continents. Et cet aspect est savamment pensé : c’est une traduction même de l’universalité dont l’œuvre cherche à démontrer en parlant de la bande dessinée, qui devient alors un vecteur unificateur qui traverse autant l’Histoire que les cultures et est vouée à perdurer, quoi qu’il puisse arriver. Depuis toujours, l’Humain a cherché à raconter une histoire, son Histoire, à travers ses dessins – fussent-ils peints sur les murs ou sur du papier.

Ainsi la bande dessinée se veut autant fantastique, intrigante, aventurière, qu’historique et universelle. L’auteur joue d’ailleurs allègrement avec les événements et les grands personnages de l’Histoire pour tisser son intrigue qu’il veut intemporelle. Mais les multiples embranchements, la tentative maladroite de donner scientifiquement du sens à son intrigue, à travers notamment de la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, rendent également le scénario alambiqué voir un peu bancal. Défaut de complexité qu’on pouvait déjà lui reprocher dans ses autres sagas.

Ce que je pouvais reprocher à 20th Century Boys est aussi vrai pour Billy Bat : 1) Naoki Urasawa a tendance à répéter des effets de style – par exemple, la révélation à la dernière page d’une scène du visage et donc de l’identité d’un personnage dont on devine qu’il aura un impact sur l’intrigue ; 2) ses personnages qui disparaissent en étant complètement dépassés par les événements pour revenir ensuite en jeu quelques chapitres ou tomes plus tard en donnant l’impression d’avoir d’un coup gagné dix longueurs d’avance autant sur le lecteur que sur tous les autres personnages ; 3) la résolution finale tombe comme un cheveu dans la soupe.

Et c’est cependant dans les dernières scènes que Naoki Urasawa rappelle le message qui lui a inspiré en partie l’histoire, ce qu’il a voulu dire en filagramme. Billy Bat est une ode à la bande dessinée, à la création, et à tout ce qu’elle peut proposer de meilleure qui est indispensable en tout temps. C’est à la fois un soutien au moral important lors de moment difficiles et un rappel des valeurs d’humanité vers lesquels on doit aspirer et partager. Elle transcende toute culture, tout conflit, tout ce qui n’est pas nécessaire à l’être humain pour vivre. Si elle ne peut remplacer la nourriture, elle peut toutefois servir de langage commun : on peut ne pas comprendre les mots, la parole, les dessins, eux, parlent à tous.

Mais si elle est en effet universelle, rendre la culture uniforme serait une grossière erreur. La culture peut également être détournée en devenant un objet de convoitise ou l’instrument de manipulation de masse. A travers l’analogie évidente entre le personnage de Billy Bat et Mickey Mouse, et par extension de tout l’empire expansionniste de Walt Disney, Naoki Urasawa montre l’influence négative que peut également avoir une culture qui ne sert que des intérêts économiques ou de pouvoir. A l’inverse, tous les dessinateurs véridiques de Billy Bat, qui se font éliminer un à un (comme Walt Disney peut avaler des studios par les rachats), sont les garants d’une diversité culturelle et du libre arbitre dont il faut sauver l’existence car ils gardent leur indépendance. Le fait qu’ils dessinent tous le même personnage est révélateur du message : c’est la pluralité des horizons et des visions qui importe, pas seulement le matériel utilisé. D’ailleurs, il n’est question de plagiat qu’à cause de l’intention mauvaise de Chuck.

Malgré ses défauts, sa mise en scène dynamique vous emporte dans ses intrigues. Il s’agit pourtant d’une série de vingt tomes dont chaque volume est dense en contenu – elle n’en reste pas moins un page turner. Enfin, il faut souligner la pluralité de personnages, à l’esthétique très varié, leurs expressions vivantes, leur consistance dans le récit, peu importe le poids qu’ils ont sur son intrigue. C’est d’autant plus vrai quand on a l’occasion de voir les planches originales, beaucoup plus grandes que le format vendu en librairie. Malgré quelques stéréotypes et un poil de manichéisme, j’ai pu noter que ses personnages féminins sont généralement forts de caractère et d’une constitution solide et les méchants de l’histoire bénéficient, pour la plupart, d’un background et de leitmotivs qui donnent corps à leurs intentions.

Billy Bat, c’est aussi une œuvre aux thèmes riches et nombreux qui traverse tout un siècle : ainsi, il est question de la ségrégation et du racisme envers les noirs aux Etats-Unis ; de la guerre froide et de la haine du communisme ; des rancœurs des Japonais suite à leur défaite lors de la Seconde Guerre Mondiale et à l’ingérence des Etats-Unis dans le pays ensuite ; de la conquête de l’espace et les théories du complot qu’on lui associe ; de la création et la notion de plagiat dans l’héritage artistique et les influences des auteurs ; des préoccupations écologiques plus contemporaines, etc.

Autrement dit : une œuvre complète, passionnante et à découvrir !

Résumé:
 « En 1949, Kevin Yamagata, dessinateur américain né de parents japonais immigrés aux Etats-Unis, connaît un succès formidable avec sa bande dessinée « Billy Bat » mettant en scène une chauve-souris dans diverses aventures. Lorsqu’il apprend de façon fortuite qu’un personnage identique au sein existe aussi au Japon, il décide de se rendre à Tokyo pour rencontrer le dessinateur à qui il a peut-être inconsciemment volé l’idée durant son service en tant qu’interprète dans l’armée d’occupation du Japon.
Une fois sur place, il est rapidement happé par une spirale d’événements curieux qui ont pour dénominateur commun le motif de la chauve-souris…« 

Bilan·Bilans Mensuels

Best Of Janvier 2018

Quel temps pourri. Je ne sais pas où vous vivez, mais de là où je siège, cela fait plusieurs semaines qu’on se languit d’un rayon de soleil. Je suis en manque, en manque, en manque. Ronchon, fatigue, fatigue, ronchon, et entre chaque virgule : de la pluie (ou de la neige pour la semaine passée). Oui ! Je râle. Sur mon petit blog, que personne (ou presque) ne doit encore lire (mais à ceux qui le font : cœur pour vous !), j’ai juste envie de râler.

Et peut-être aussi parce que je suis en panne de lecture. J’ai mis un mois depuis mi-décembre à terminer ma relecture du premier tome de la trilogie steampunk-space opera-western spaghetti-uchronie-dystopique-et-tutti-quanti Les foulards rouges (instant pub : je vous en ai déjà parlé ici). Sans doute parce qu’il n’y avait plus l’effet de surprise, j’ai peut-être un peu moins aimé cette seconde lecture – et puis, à cause des personnages et de la romance. Et c’est d’ailleurs ce qui m’a fait arrêter le second tome à sa moitié (que j’ai trainé le reste du mois de Janvier, donc) – un trop plein de ce qui m’a semblé un peu mièvre (je suis de moins ne moins patiente avec les romances, en fait). Pourtant, ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit : Les Foulards Rouges, c’est un style efficace et un univers d’enfer. Toutes les fois où l’auteure s’arrête sur son univers, son contexte politique, l’environnement, les décors, les enjeux – la lecture est fluide et passionnante. On s’y voit et c’est très jouissif. Mais, le stéréotype de certains personnages et la relation amoureuse m’ont fait lâcher prise, malheureusement. J’y reviendrai peut-être plus tard : quand j’aurais un peu plus la lecture en poupe. Affaire à suivre, donc !

Mon mois n’a pas non plus été improductif, comme vous allez le voir.


Le TOP

#1 – Lucky de John CARROLL LYNCH

C’est le tout premier film de 2018 et je crois bien le mettre au rang des petits coups de cœur qui font du bien. Une œuvre délicate, humble, sans fard qui s’est révélé un très bel hommage et un très beau dernier film pour l’acteur Harry Dean Stanton. Je n’en dis pas plus car j’essaie en ce moment de travailler sur sa chronique – autant ne pas me spoiler !

#2 – La forteresse cachée d’Akira KUROSAWA

C’est tellement fun à regarder, le cinéma d’Akira Kurosawa.  J’ignorais totalement qu’il avait été une des inspirations de George Lucas pour Star Wars – et peut-être qu’il y a en effet une ressemblance. C’est littéralement un film « grand public », voulu pour divertir, et cela fonctionne très bien. Le film est en noir et blanc, mais ses frasques n’ont pas pris une seule ride, même si on y voit un savoir faire dans le comique et l’absurde, qu’on ne retrouve plus souvent dans le cinéma actuel. Le calibrage est minutieux, et surtout très efficace.

#3 – L’extravagant Mr. Deeds de Frank Capra

En voilà un autre réalisateur bien connu dont j’aime beaucoup la filmographie. L’optimisme de Frank Capra est une bouffée de soleil dans cet hiver un peu trop long. J’aime ses dialogues et sa direction d’acteurs, toujours parmi les plus charismatiques de leur époque. Il nous offre une œuvre pleine de charme, drôle et enthousiasmante, que je pourrais bien revoir à nouveau plus tard. On ne s’en lasse jamais !


Aussi découverts ce mois:

LES BONNES SURPRISES

  • Billy Bat, tomes 1 à 10 de Naoki URASAWA [Manga]
  • Kick-Heart de Maasaki Yuasa [Court métrage d’animation]

LES BONNES DECOUVERTES

  • To your Eternity, tome 4, de Yoshitoki OIMA [Manga]

LES DECOUVERTES

  • I am not a witch de Rungano NYONI [Film]
  • Coco de Lee UNKRICH et Adrian MOLINA [Film d’animation]
  • Goshu, le violoncelliste, d’Isao TAKAHATA [Film d’animation]
  • Miss Hokusai de Keiichi HARA [Film d’animation]
  • Black Mirror, saison 4, de Collectif [Série]
  • Les foulards rouges, tome 1, de Cécile DUQUENNE [Roman]

LES MITIGES

  • Effets spéciaux, à la Cité des Sciences et de l’Industrie [Exposition]

LES MAUVAIS ELEVES

  • Le crime de l’orient express de Kenneth BRANAGH [Film]
  • 3 billboards de Martin McDonagh [Film]
  • Les heures sombres de Joe WRIGHT [Film]
Bilan·Bilans Annuels

Un dernier bilan pour 2017

(Pas de résolution cette année ; je suis déjà en retard pour mon bilan de 2017 !)

L’année dernière, j’ai fusionné tous les bilans mensuels que je faisais auparavant pour n’en faire plus qu’un seul « Monthly Best Of Culture ». Cela a permis de me simplifier la tâche en ne démultipliant plus les articles chaque fin de mois. Quand on regarde ma régularité, cela a été plutôt salvateur. Je vais donc en faire de même pour le bilan annuel !

Cette année, je vais faire un autre choix : c’en est fini des notes sur dix que j’attribuais jusqu’ici – hormis pour préparer, peut-être, des bilans comme celui-ci (qui seront, vous vous en doutez, rares). Je trouve de moins en moins de sens aux notes que j’attribue. Une notation, cela s’évalue au niveau de l’œuvre ou d’un type d’oeuvre ou d’une filmographie. L’éventail de comparaisons possibles est large mais il devrait surtout être réfléchi et argumenté. Dans un bilan cela se met en parallèle d’autres œuvres où la comparaison sera forcément sommaire, involontaire et dénuée de sens.

En miroir de ce que je fais dans mes bilans mensuels, le classement sera composé de :

  • « les coups de cœur »,
  • « les bonnes surprises »,
  • « les bonnes découvertes »,
  • « les découvertes »,
  • « les mitigés »,
  • « les mauvais élèves »,
  • et peut-être (le plus rarement possible) « les inclassables ».

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