Nos âmes jumelles & Nos âmes rebelles de Samantha Bailly

Avec sa plume agile, capable de s’adapter à beaucoup de genres, de la fantasy à la romance ou au thriller, un roman de Samantha Bailly est une valeur sûre. Et j’avais raison : dans ce nouveau diptyque, l’auteure prouve qu’elle sait parler de l’adolescence, en abordant leur quotidien tout autant que des sujets plus délicats, sans pour autant tomber dans le pathos.

Deux jeunes filles. Deux caractères opposés unis dans leur passion commune pour la création : Lou au dessin, Sonia à la plume. Séparée par la distance, elles ne doivent leur rencontre qu’à leur curiosité et au fanzine amateur,  Trame, sur un forum virtuel. Sonia est aussi extravertie que Lou est solitaire. Pourtant, toutes deux cachent, l’une derrière son caractère enjoué et facile, l’autre dans sa réserve exacerbée, une fragilité semblable qui les rassemble.

A travers ce roman, on découvre l’évolution de deux jeunes passionnées, pleines d’espoir et de rêves, qui se confrontent à la réalité de leur monde respectif et aux intérêts de leur famille. Divorcée et mère au foyer, la mère de Lou n’est pas prête à laisser sa fille risquer son avenir et son indépendance dans un monde aussi incertain et aléatoire que celui de l’art. Ainsi elle se montre particulièrement sévère et un peu control-freak. Les parents de Sonia sont tout le contraire ; leur laxisme est moins la preuve d’une confiance absolue qu’ils portent en leur enfant que d’un certain désintéressement pour leur rôle de parent. Chacune va ainsi trouver en l’autre l’équilibre qui lui manque.

En deux tomes, l’auteure dresse un large portrait de deux adolescentes, à travers les anecdotes de leur quotidien, les obstacles qu’elles rencontrent, leurs frustrations, leurs désirs, leurs joies aussi. L’authenticité se dégage par cette sorte de simplicité se dégagent du roman sans omettre de traiter avec délicatesse de sujets difficiles et peu mis en avant, comme celui de l’homosexualité, le harcèlement scolaire mais aussi et surtout la dépression chez les adolescents. Lou est de fait l’héroïne qui m’a le plus touché, dans sa façon de se battre malgré sa fragilité et ses doutes, et d’avancer, coûte que coûte. Il se dégage d’elle comme du diptyque une aura positive, qui fait du bien.

Et c’est là toute la beauté de ces romans : celle de vous offrir des moments de plaisir qui vous font du bien. Adolescente, j’aurais adoré les lire. Ils m’auraient fait rêver en me rappelant que je n’étais pas à la seule à éprouver ces doutes, à ressentir cette fragilité déconcertante et frustrante, à se sentir opprimée par ce qu’on attendait de moi et ce que moi, au fond, je voulais. Lou comme Sonia sont deux jeunes filles tout ce qu’il y a d’ordinaire – voilà pourquoi s’identifier à elle est aussi aisé et agréable. Il y a forcément un peu d’elles et de Matthieu, que l’on découvre à travers les deux jeunes filles, en chaque lecteur qui découvrira ces romans. Et c’est par cette capacité de rendre n’importe quel personnage proche de son lectorat que Samantha Bailly parvient à nous les rendre tangibles, attachants, et à nous intéresser à leur sort (et je ne parle pas que de ce roman en disant cela).

Comme dans Les Stagiaires, Samantha Bailly s’attache à décrire la génération Y, maintenant 3.0, mais aussi des moments bien précis de nos vies, les tournants que sont dans ce dernier les premiers pas dans la vie active, et dans ce roman ceux que la précèdent : le moment de choisir son orientation professionnelle, une fois quittés les bancs du lycée. Pour moi, j’ai apprécié ce moment de nostalgie qui m’a ramenée bien des années en arrière. Pour des jeunes lecteurs, ce sera l’occasion agréable de se projeter et de s’interroger. Pour d’autres, c’est l’occasion de découvrir une nouvelle façon de discuter en douceur de sujets délicats avec des lecteurs de tout âge.

Nos âmes jumelles et Nos âmes rebelles sont donc deux beaux romans qui parlent de la fin de l’adolescence, du changement qui s’opère en ses héros par l’affirmation de soi, par le choix de leur carrière professionnelle et la volonté de s’émanciper des désirs et peurs de leurs parents. Lou et Sonia sont deux héroïnes d’une fraicheur communicative, qui rend le roman léger, mais pas naïf, familiers à ses lecteurs mais pas quelconque. Une ode à l’amitié touchante qui donne du baume au cœur. Bref, deux romans qui font du bien.


Nos âmes jumelles
Nos âmes rebelles
Écrits par Samantha Bailly
Publiés par Rageot, 2015 et 2016
Diptyque, Jeunesse, Slice of life
12€90 (le tome), 320p


Résumé :
«  L’une est blonde, l’autre brune. L’une solaire et populaire, l’autre timide et solitaire. Sonia dite Yuna écrit pour une association, Trames, qui publie un fanzine. Elle y rencontre Lou-Tiamat, qui s’affirme dans l’art du dessin suite au divorce brutal de ses parents. Leur amitié virtuelle se double d’échanges sur leurs créations et leur vie affective. Jusqu’au jour où les deux jeunes filles se rencontrent un week-end autour d’un projet… »


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4 thoughts to “Nos âmes jumelles & Nos âmes rebelles de Samantha Bailly”

  1. J’ai très envie de les lire depuis plusieurs mois, surtout maintenant que j’ai découvert la plume de l’auteure à travers un autre roman… Bref, il va falloir que je me les procure, ne serait-ce que pour le côté «nostalgie»…

      1. (Coucou, je me réveille un mois plus tard ^^)
        C’était avec Oraisons. En fantasy, du coup, mais j’ai bien envie de voir ce qu’elle peut faire dans un genre très différent !

        1. (Pas de souci !)
          Le premier et le meilleur ! Tu as lu Métamorphoses, son prequel ? Je l’ai dans ma PAL depuis un bail. Je crois qu’il me faudra savourer à nouveau Oraisons pour me rappeler de tout. ^^

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