Moonlight – Barry Jenkins

(8/10) Pour une fois depuis quelque temps sur le blog, écartons-nous des films d’animation pour parler de Moonlight, qui retrace l’évolution d’un jeune garçon en trois moments clés de sa vie. Ces points de non-retour, ces tournants qui bousculent une trajectoire et qui sont parfois si difficiles à déterminer avec précision. Un film dont le spot est aussi bref que simple : c’est un destin ordinaire, mais auquel on rend ici un très bel hommage.

Surtout, le film évite la sur-dramatisation, qui lui aurait certes donné un rythme différent, plus soutenu, mais cela l’aurait aussi fait tomber dans des ressorts narratifs éprouvés et ronflants par la répétition. La vie du jeune Chiron n’est déjà pas facile – inutile d’en rajouter. Entre violence de sa classe sociale, la racisation de ses origines, de sa peau, du rejet et de la dépendance de sa mère, des brimades que sa sexualité supposée – car il ne l’affirmera qu’à la toute fin – lui provoquent.

A l’image de son personnage central, très réservé et en retrait de son entourage, le film utilise les dialogues avec parcimonie, les faisant surgir aux moments opportuns, lors de scènes marquantes, et avec brio. Ainsi la scène de clôture de la première partie, donnant la part belle au brillant Ali MAHERSHALA, qui en retour la sublime par son interprétation. Ainsi la réconciliation touchante entre mère et fils, scène durant laquelle ce sont les détails visuels qui servent d’entre-mots à la parole. Ainsi les dernières paroles de Black, qui sont aussi les dernières du film. Tour de force intéressant de lui avoir ainsi confié, à ce personnage silencieux, la parole la plus éloquente, qui fera rebond à celle délivrée en fin de première partie, la faisant résonner après coup, et résumant en beauté Moonlight. « You’ll know when you know. »

Les acteurs sont certainement au centre du film, offrant un plaisir de présence scénique qui occupe l’écran par leur jeu tout en subtilité et en regards. Que ce soit Alex R. HIBBERT, Ashton SANDERS ou Trevante RHODES, leur interprétation harmonieuse de Little, Chiron et Black, marquant autant la continuité que l’évolution du personnage, fut un régal à suivre.

Point un peu moins positif, il y a quelques maladresses quant à la façon dont il est filmé. En particulier au début, avec des mouvements de caméra qui n’apportent rien, semblent presque amateurs, une mise en point qui laisse à désirer et une luminosité par forcément idéale. Le film s’améliore par la suite, sans pour autant surprendre ou être mémorable dans la réalisation.

Moonlight, ce n’est pas qu’un film sur l’homosexualité de son héros, mais un film sur la compréhension et l’acceptation de soi. Les noms changent mais Black n’en reste pas moins Chiron et Little. Son interaction avec son premier amour, qui semble le désarmer, lui qui autrement impose par sa carrure, en dit énormément sur lui et son évolution, mais aussi sur le film. C’est une histoire ordinaire, parce que c’est l’histoire d’une vie, avec toute la complexité et la singularité qui la caractérise, et il n’est jamais question d’un destin en particulier. Et c’est aussi pour cela que je l’ai autant apprécié.


Moonlight
Réalisé par Barry JENKINS
D’après l’œuvre de Tarell Alvin McCRANEY
2017
Drame, Slice of life


Résumé :
« Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte. »


Bande d’annonce :

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