Me before you (Avant toi) – Jojo Moyes (Livre & Film)

(4/10) On a tous des a priori nés de mauvaises expériences, de bouches-à-oreille fortement négatifs, ou même d’appréhension vis-à-vis de sujets ou d’un genre dont on redoute certains traitements malheureux. Les romans qu’on catégorise comme « romance » (peut-on vraiment parler de « genre littéraire » ?) font partie de ceux-là pour moi. Je m’y connais peu en romans mais j’ai eu l’occasion de voir beaucoup de films de comédies romantiques, principalement américaines.

A force d’en voir, j’ai commencé à me lasser de retrouver beaucoup de carcans malheureux et de schémas qui donnent une mauvaise image de ce type de production. Or, si Me before you a le bon goût de ne pas uniquement se concentrer sur la romance entre les protagonistes, le roman m’a fait comprendre que certains défauts du film – que j’ai suffisamment apprécié pour tenter le livre – ont eu plus de mal à passer à l’épreuve de la lecture.

Pourtant il n’est pas désagréable à lire. J’ai notamment apprécié que ne soient pas trop prononcées « les trompettes » du mélodrame. Que ce soit parce que je n’ai pas été aussi sensible à cette histoire qu’escomptée ou à cause d’une finale beaucoup trop tardive expédiant rapidement le moment d’intensité émotionnelle de l’histoire, j’ai été pour ma part soulagée que ces scènes n’aient pas trop duré ou en tout cas qu’elles n’ont pas été trop lourdement écrites.

Will et Lou au concertL’auteur fait également un choix judicieux de permettre à ce que chaque personnage important de l’entourage plus ou moins direct de Will prennent part dans la narration à l’exception de ce dernier. La perte du contrôle de sa vie, au-delà de celui de son corps, et de ses choix est au cœur du roman, plus central encore que le débat sur l’euthanasie, finalement survolé. Ce choix permet justement de mettre ce sujet en exergue, montrant le parti pris de l’auteur et proposant ainsi au lecteur d’y réfléchir.

J’ai lu des critiques qui soulignaient le fait qu’avec tous les moyens et l’entourage qu’a Will, la fin de l’histoire donne un peu de vue terrible et profondément injuste. Une injustice accentuée par tous les efforts conjoints de ses parents, et de Lou en particulier, pour lui montrer de nouvelles perspectives et par l’amélioration continue que le roman laisse entrevoir. Se posait de fait la question de ce que l’auteur a voulu sous-entendre par sa conclusion vis-à-vis de la situation sociale et financière de Will. Sans entrer vraiment dans le débat, je me demande justement si l’auteur l’a décidé afin que le débat se situe ailleurs.

En réalité, la raison pour laquelle je n’ai pas pu aimer ce roman vient de la construction des personnages. Ce sont des squelettes établis sur les mêmes archétypes des mauvaises comédies romantiques : encore une fois on nous propose la banale opposition entre le jour et la nuit. Une partie peut être en effet justifiée par la volonté de mettre en exergue l’injustice que vit Will : il a tout perdu et se retrouve soudain dans une chaise roulante à être dépendant d’un aide-soignant ; elle est en possession de ses moyens et ne s’en sert pas. Je reste toutefois dubitative qu’une telle exacerbation de ce clivage était nécessaire, surtout qu’elle aboutit sur le même rapport de supériorité.

Lou surtout est l’exemple par excellence de ce problème. Elle est littéralement une page vierge qu’il va complètement colorer. J’exagère à peine, il suffit de voir comment elle est décrite à travers le roman : elle n’aime rien (à part ses vêtements) et ne fait rien de particulier de sa vie comme de son temps libre ; elle n’a aucune qualification et n’a aucune ambition pour elle ; elle n’est curieuse de rien et est réfractaire à tout (aux changements comme aux nouvelles expériences) ; elle se traîne un copain-crétin-égocentrique-obsédé-du-sport qu’elle n’aime plus ; elle est passive et supporte d’être systématiquement rabaissée par sa propre famille… Tous les changements, bénéfiques en effet, ne sont possibles qu’à travers lui.

J’aime les histoires de rencontre qui font changer une vie, quand l’apport est mutuel et même s’il ne l’est pas de façon égale, le changement ne peut procéder que d’un mouvement venu consciemment ou non de soi. Lou change parce qu’elle veut absolument faire changer Will – l’idée est bonne mais le traitement est trop inégal et manque  de nuances ou de finesse. La psychologie de Lou est beaucoup trop squelettique  dès le départ pour que cette évolution, même bénéfique au roman, suffise. Et c’est très dommage.

J’ai hésité à noter « Me before you » à cause de tout ce que je lui reproche : principalement Lou mais les autres personnages manquent aussi de caractères et sont stéréotypés ; le manque de justesse dans le déroulé du récit car on passe sans doute trop de temps à suivre la quête désespérée de Lou pour trouver des activités à faire à Will ; on reste malgré tout en surface du sujet principal, même s’il n’est pas trop mal abordé quand même ; le déséquilibre quand arrive la fin qui paraît expéditive… Je nuancerai cette chronique plutôt négative en admettant que la relation entre les deux personnages principaux se révèle attachante. J’ai surtout apprécié que la romance ne soit pas le seul enjeu majeur du roman ou alors qui n’arrive qu’à la fin. Malheureusement, cela n’aura pas suffi.


me before youMe before you (Avant toi)
Ecrit par Jojo Moyes
Publié aux éditions Penguin, 2012
Lu en version originale
Publié en France aux éditions Milady
Drame, Romance
9,71€ (UK) 7,90€ (FR), Broché, 528 pages, Oneshot


Résumé :
« Quand Lou se retrouve au chômage alors que la crise économique n’épargne pas son petit village natal, elle n’a d’autre choix que d’accepter un contrat d’aide soignant. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que la personne en question est un jeune handicapé, très sévèrement accidenté, et qui a perdu tout goût à la vie et souhaite mettre fin à ses jours. Chargée de l’accompagner au quotidien, elle a six mois pour lui faire changer d’avis. »


Quelques mots sur son adaptation

Comme je le disais en préambule de ce long billet, j’ai vu l’adaptation avant de lire le roman et je pense l’avoir préférée, quand bien même les stéréotypes restent aussi présents. Curieusement, le film améliore autant qu’il détériore deux personnages en particulier.

D’un côté, Louisa est toujours aussi exagérément clichée et géométrique de caractère – à ceci près, et c’est un détail qui marque une véritable différence avec le roman, qu’elle n’est pas dénuée d’ambition. A moins que je l’ai raté dans le livre (c’est possible, après tout), Louisa a été acceptée à l’Université de Cambridge. Elle a sacrifié ses études pour aider ses parents en difficulté financièrement. Rien que ce point lui apporte un brin de profondeur.

En revanche, si Patrick est autant obnubilé par le sport et aussi égocentrique, je ne crois pas que le roman le dépeigne comme un parfait imbécile. Lou le dit vers la fin du roman, elle oublie parfois qu’il n’est pas vraiment bête, au fond. Le film en revanche le présente comme un parfait idiot, accentuant son ridicule (comme le collier qu’il grave de son prénom) pour apporter un élément comique à l’histoire. Cela renforce le contraste avec Will, lequel n’est  pas si nécessaire et paraît même superficiel.

J’ai également trouvé dommage en lisant le roman que la relation entre Treena et Louisa n’aient aucune place dans le film car c’est sans doute l’une des plus intéressantes du livre de Jojo Moyes.

Parce qu’il condense forcément le roman, j’ai trouvé le film un peu plus équilibré globalement, si ce n’est que, du coup, toute la réflexion autour de l’euthanasie et du droit de Will de disposer de sa vie est quasiment évincée. me before youElle est légèrement abordée sans être vraiment approfondie, même si  quelques arguments sont glissés de-ci et là pour montrer qu’il y a débat. Mais rien qui ne sorte du convenu. Le film contourne ainsi délicatement le sujet épineux de l’euthanasie en se concentrant principalement sur la relation de confiance grandissante entre les deux protagonistes.

De fait, la fin tragique étant connue dès le départ, c’est vraiment le cheminement parcouru par Will et Louisa durant les six mois qui est le cœur du film. Et de ce point de vue, il réussit plutôt bien à nous les rendre attachants.


7/10


Réalisation de Thea Sharrock
Sortie en 2016


Bande d’annonce :


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Lusionnelle

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