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Undercurrent – Tetsuya Toyoda

Undercurrent

Titre – Undercurrent
Mangaka – Tetsuya Toyoda
Genre – Drame
Édition – Kana, 2008
Origine – Japon


Jour de réouverture aux bains publics Tsuki no Yu. Les habitués défilent à l’accueil. Sur toutes les bouches, une seule question : le mari de Kanae est-il revenu ? Voici deux mois qu’il a disparu, parti en voyage avec le syndicat des bains, il s’est envolé dans la nature. Kanae ne peut qu’éluder les questions et continuer à vivre.


Note globale :

8/10


Une révélation : voilà un mot qui, en parcourant quelques pages, s’imposent à notre esprit. On se délecte, on aime, et parfois même sans se l’expliquer. Pourtant, il n’y a nul doute que les qualités de ce manga fait de lui une œuvre qu’il faut découvrir – un mangaka à suivre ; une invitation comme fut pour moi Quartier Lointain pour Jirô Taniguchi. Undercurrent est la première œuvre traduite en français de Tetsuya Toyoda et se révèle être une véritable promesse : passionner, émouvoir, questionner le lecteur sur une situation de la vie somme toute assez « banale », bien que dramatique.

Combien de personnes disparaissent par année ? Combien de personnes sont délaissées, derrière, parfois sans aucune explication, sans la once d’indices ? C’est ce qu’a vécu Kanae qui gérait avec son époux les bains publics Tsuki no Yu. Un jour, son mari disparaît sans laisser de trace et elle se retrouve esseulée, une entreprise à gérer, et des milliers de questions. Pourtant, la vie continue et Kanae rouvre Tsuki No Yu.

De prime abord, le récit semble presque anodin. Pourtant, il y a quelque chose de fascinant dans ces pages que l’on ne peut s’empêcher de tourner. Est-ce l’authenticité qui se dégage du récit ? Est-ce la douceur des traits ? La profondeur, le réalisme des personnages et de leurs réactions ? Est-ce la façon dont les émotions sont présentées dans toute leur délicatesse, leur complexité ?

Undercurrent_extrait

Une chose est sûr, c’est que la subtilité et le rythme lent de l’histoire instaure une ambiance particulière, qui nous happe et nous captive. Mais le maître mot est la justesse du récit et des sentiments inspirés. En trois cent pages, l’auteur nous propose de suivre le processus lent et douloureux d’une femme qui doit accepter une situation compliquée, en faire son passé et repartir de l’avant. C’est un manga d’acceptation, mais qui est aussi une forme d’apprivoisement de la vie.

Si nous suivons l’évolution de Kanae, nous avons également l’opportunité de voir le regard que porte son entourage sur sa situation. Évidemment, un mari qui disparaît fait jaser le voisinage, et malgré la fidélité de ses clients, ceux-ci ne peuvent s’empêcher d’exprimer une curiosité déplacée et un jugement désapprobateur.

Il y a également l’arrivée de M. Hori envoyé par le Syndicat pour travailler aux bains publics en remplacement de l’époux et le lot de questions qui entourent le discret et intriguant personnage. Tout le long du manga, on s’interroge sur l’importance de chaque détail, car les images comme les mots ont tous une signification qui pèse dans la compréhension de l’ensemble, ce qui nous interroge et nous intrigue, malgré nous.

kanae-hoki

Les thèmes sont bien traités et pluriels : en plus de la disparition d’un être cher, il y a aussi et surtout la notion d’accepter son passé, de pardonner à l’autre et, quelque part aussi, de se pardonner. Mais, avant tout, la question qui se pose dans tout le long du manga, c’est de savoir à quel point on pense connaître l’autre. Kanae qui se pensait très proche de son époux découvre par sa disparition à quel point ce n’était peut-être qu’une illusion et, tandis qu’elle engage un détective pour le savoir, elle comprend finalement par elle-même qu’elle ne connaissait sans doute de son mari uniquement ce qu’il voulait lui montrer. Et, inversement, se pose la question de son propre passé, de ses drames personnels, dont elle n’a jamais rien dit et qui refont surface tout naturellement.

C’est un manga d’introspection, où Kanae va finalement replonger sur son passé, sa vie, pour apprendre à tourner la page, à pardonner, et à vivre, tout simplement. Dans une atmosphère mélancolique, le mangaka n’oublie pas de disséminer dans son œuvre l’once d’espoir qui dévoile d’un chemin parcouru, celui de Kanae pour outrepasser le deuil d’une partie de vie qui s’achève.

Chronique du quotidien, Undercurrent est une œuvre toute en délicatesse et en subtilité, dont le dessin sobre mais expressif vient magnifier la narration discrète et respectueuse, comme si elle était consciente de dévoiler des pensées intimes de ses personnages. Testuya Toyoda nous offre en réalité un manga qui va au-delà du drame, un récit poignant, réaliste, mais aussi touchant et plein d’espoir, dont tous les éléments viennent offrir une superbe conclusion qui donne tout son sens au manga. Undercurrent est définitivement un super manga qui me marquera et je n’ai qu’une envie : de poursuivre l’expérience et de tenter d’autres œuvres du mangaka.

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  1. Tu m’avais déjà convaincu mais là je suis plus que mega convaincu 😀 je vais passer en vitesse à la bibli l’emprunter car tu me donnes trios envie de lire ça surtout que Goggles du mangaka avait attisé ma curiosité par rapport à ses travaux ^^
    Très belle article en passant (on ressent vraiment qu’il t’a plu à travers tes mots 😉 )
    Bises Lusio <3

    • Ravie de t’avoir convaincue, j’espère à présent que tu ne seras pas déçue. Goggles me tente également depuis longtemps ; mais j’ignorais que c’était le même mangaka en empruntant celui-ci. Une bonne surprise qui confirme mon envie de le découvrir. J’attends de lire ta chronique !
      Merci ! :3
      Bises Alison !

      • je suis passée a la bibli ce matin et je l’ai empunté donc maintenant y’a plus qu’à la lire (et j’ai hâte 😉 )
        Tu m’as tellement convaincu que je n’avais même pas le courage d’attendre plus tard pour me la procurer !

  2. zeb zeb

    Il a l’air vraiment bien. Si je le vois à la bibliothèque je craque ^^ Les graphs ont l’air beaux. J’ai entendu dire récemment que les gens qui organisaient leur propre disparition devenait un phénomène de société au Japon.

    • Oui, apparemment… C’est assez fou comme phénomène, difficile à comprendre. En tout cas, j’espère que le manga te plaira ! 😀

  3. […] c’est la faute de Lusio. Son article sur ce manga qui m’intriguait déjà m’a juste tellement donné envie de […]

  4. […] curieuse de lire son manga fard : Undercurrent. Après avoir lu l’avis très positif de Lusionelle, j’étais motivée pour découvrir par moi-même cet ouvrage qui n’annonçait que du […]

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