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Le Portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

theportrait

Titre – The Picture of Dorian Gray (Le Portrait de Dorian Gray)
Auteur – Oscar Wilde
Version – Originale, Anglais
Édition – Pinguin Classics, 2008
Genre – Roman, conte philosophique, Fantastique


« Le héros de l’unique roman d’Oscar Wilde doit rester éternellement jeune : son portrait seul sera marqué progressivement par le temps, les vices, les crimes, jusqu’au drame final.
Dans ce chef-d’oeuvre de l’art fin-de-siècle (1890) l’auteur a enfermé une parabole des relations entre l’art et la vie, entre l’art et la morale, entre le Bien et le Mal. Les apparences du conte fantastique, et du roman d’aventures, où le crime même ne manque pas, fascinent le lecteur ébloui par les dialogues étincelants de l’auteur de théâtre, les paraboles de l’esthète, la phrase du poète. La tragédie vécue par l’écrivain, le bagne, le déshonneur, la mort prématurée laissent ainsi lisse et pur, son roman unique.
 »


Note Globale :

9/10


La quatrième de couverture de l’édition française folio classique est une belle mise en bouche de ce que le roman est, et de ce que j’en ai pensé. Il m’en aura fallu du temps pour me jeter à l’eau et lire ce chef d’œuvre de la littérature anglaise, et si les raisons ont été confirmées par ma lecture, je suis vraiment ravie de l’avoir fait. Oscar Wilde nous offre un roman profondément beau et en même temps sacrément horrible. Comme je le pensais, la lecture n’a pas été facile, quand bien même la plume est élégante et fluide. Je ne serai ainsi pas hors sujet en m’exclamant : C’est de l’art, Mr Wilde !

Je n’étais pas innocente en démarrant ma lecture : on m’avait déjà prévenue de ce qu’il contenait. Les quelques interprétations et références m’ont également permis de me préparer à ce que j’allais lire. Sous des dehors de fable fantastique, The Picture of Dorian Gray nous fait sombrer dans la noirceur de l’être (ou âme, si vous voulez) de l’humain la plus pure – et c’est cette pureté, cette élégance par laquelle elle se montre, qui rend la lecture pesante, difficile, haletante. On est happé par cet esprit malfaisant, et pourtant aussi délectable. Dorian Gray ne sublime pas seulement son entourage, il nous subjugue, nous, les lecteurs, qui sommes pourtant sensés en être protégés par la distance que notre statut de lecteur nous impose de fait.

Le génie d’Oscar Wilde est de nous peindre par les mots le portrait d’un homme d’une beauté pure. La beauté même, qui présuppose que l’âme de son porteur est vierge. Et c’est ainsi que Dorian Gray nous apparaît la première fois, tandis qu’il se pose sur la chaise face au peintre, Basil Hallward, jusqu’alors son seul ami. Beaucoup de questions se posent dans le roman, autant sur la beauté que de ce qu’elle implique, autant de l’art que de la morale…

En fait, je ne sais pas très bien par où commencer pour vous parler de ce Portrait. La société dépeinte par O. Wilde n’est pas une caricature, mais n’est pas non plus innocente. La dépravation morale qui s’en ressort, de ces oisifs qui peuvent tout se permettre, est une façon cynique de critiquer une société décadente. Pour autant, face à elle, le personnage de Dorian Gray nous la rend presque pitoyable, tant elle ne prête que peu d’attention à autre chose que la superficialité dont elle se nourrit.

Mais la dépravation, la décadence, la corruption et toutes les bassesses et la noirceur de l’âme humaine se retrouvent conjuguées en un seul personnage, celui-là même qui est lavé par son entourage de tout crime, de tout vice possible. La beauté vue par O. Wilde présuppose que son porteur reste pur. S’il était ne serait-ce qu’entaché par les vices de l’Homme, celle-ci serait corrompue et se détériorerait – telle est la crainte de Basil en présentant sa création à son ami, Lord Henry, à qui il conjure de ne rien tenter envers son protégé.

On pourrait ainsi croire, comme Lord Henry lui-même semble penser (« He was conscious – and the thouhgt brought a gleam of pleasure into his eyes – that […] the lad was its own creation. » – chap 4), que c’est sous l’influence de ce dernier, comme dicté par les tentations d’un Satan réincarné, que Dorian Gray subit sa lente métamorphose pour devenir l’être maléfique dont le portrait lui renvoie le reflet.

Cela, bien sûr, est dicté par la conduite de Lord Henry, sa volonté avérée d’influencer Dorian Gray. Dès le début du roman, il est présenté comme le tentateur, et quand bien même il est un personnage secondaire, c’est par lui que le roman commence, imposant d’ores et déjà son rôle capital dans l’œuvre d’O. Wilde. Lord Henry est un dandy cynique, prônant l’hédonisme et un amoureux des épigrammes. Sa philosophie, son caractère, ses propos sur les femmes sont autant d’éléments qui m’ont dérangé dans ma lecture  et l’ont rendu un peu pénible au début – ce qui a fini par s’estomper dans la seconde moitié du roman où le personnage est bien moins présent. La seule chose qui m’inquiète est de lire que l’auteur « s’y identifiait trop » justement pour que Lord Henry soit le vrai corrupteur du roman – ce qui laisse à s’interroger sur quelle part de la philosophie prônée par son personnage il s’identifie… On comprend d’ailleurs au bout du compte et par Dorian Gray lui-même que Lord Henry est bien moins que ce qu’il prétend être et encore moins penser (« You would sacrifice anybody, Harry, for the sake of an epigram. » chap 18).

En réalité, le seul corrupteur n’est en fait que Dorian Gray lui-même, ce qui rend ainsi le roman aussi torturé et aussi intense dans la bassesse dans laquelle on sombre petit à petit. Nous suivons la transformation lente et inéluctable d’un esprit perverti par la vanité – celle que Lord Henry, et même Basil malgré lui, lui ont inspiré en lui faisant prendre conscience de sa beauté -, par la recherche perpétuelle de nouvelles sensations, pour le goût simple de l’expérience, du plaisir absolu, par l’adoration de la beauté froide et cruelle, et la peur inéluctable non seulement de la vieillesse et de la laideur, mais de la mort même.

Si l’influence de Lord Henry est très marquante dans le premier quart du livre, on finit par comprendre, alors que le narrateur se tourne ensuite et uniquement vers Dorian Gray, que le seul à se convaincre n’est que Dorian Gray notamment dans les longs monologues intérieurs qui suivent chacun de ses crimes, à commencer par la mort de Sibyl Vane dont il se convainc d’être exempt de toute responsabilité – laquelle il rejettera sur son entourage et la victime elle-même.

Le roman nous fait nous interroger sur la conception de la beauté, opposée à l’intelligence (« No, you must keep your good looks. We live in an age that reads too much to be wise, and that thinks too much to be beautiful. » chap 8). Dorian Gray est un personnage vil, captivant, et finalement faible. Sa beauté ne lui a servi que d’excuses pour céder aisément à tous les vices, par facilité autant que par vanité, et par lâcheté. S’il réalise que le portrait représente quelque part sa conscience, il ne comprendra jamais à quel point son être tout entier est possédé par lui, depuis qu’il a formulé le vœu de conserver à jamais une beauté inaltérée ni par le temps ni par les vices. En choisissant la superficialité, Dorian Gray a fait le choix que formulait pour lui Lord Henry. A cela, une phrase dite par O. Wilde en prison et que j’ai pu lire dans la préface est édifiante sur l’œuvre qu’il a construite : « La faute suprême, c ‘est d’être superficiel. Tout ce dont on prend conscience est juste.« 

Et finalement, ce que Dorian Gray recherche, il ne le trouvera jamais et de sa beauté qu’il chérie tant, il n’obtiendra qu’une source continuelle de souffrance. La superficialité aura ainsi raison de lui à tous niveaux : tout en s’inspirant des paroles de son ami, Lord Henry, jamais Dorian Gray ne révèlera un esprit affûté ; tout en subjuguant la société qu’il fréquente, celle-ci finit immanquablement par le mépriser et le fuir ; tout en cherchant la beauté, il s’enlaidit l’âme…

The Picture of Dorian Gray est un livre d’une finesse étonnante. Sans en avoir l’air, elle nous dresse un immense portrait, superficiel comme son héro et à la fois très complexe, et bourrée de paradoxes, ceux-là même qui auront raison de Dorian Gray. C’est en peu de mots une part de ce que j’ai pensé du livre, ajouté à quelques commentaires glanés de la préface des deux éditions que je possède (Pinguin Classics pour la version anglaise et folio classique pour la version française) et que j’ai trouvées très éclairantes sur l’œuvre. C’est une lecture intense, qui m’a donné beaucoup de plaisir, mais qu’il est difficile d’avoir « littéralement aimé » tant le sujet est lui-même objet de déplaisir – car enfin la métamorphose en question ne révèle non pas la beauté, mais son exacte opposée.

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  1. […] Une lecture qui s’est révélée très intéressante, intense et plus difficile à lire encore que je ne l’avais prévu. Pourtant, on sait ce à quoi s’attendre en entamant un tel livre, mais la surprise reste la même. En quelques mots brefs : j’ai beaucoup aimé. (9/10 Lire ma chronique) […]

  2. J’ai vu le film mais ne l’ai pas encore lu (ou alors je suis amnésique !). Je le lirai surement en anglais – juste parce que j’adore l’édition Penguin 😉

    • Quelle adaptation ? (Il y en a 2 je crois 🙂 )
      Cette maison d’édition propose de magnifiques ouvrages, même en version poche !
      (D’ailleurs, comme j’ai vu « Orgueil et Préjugés » sur ton blog, leur édition poche des romans de Jane Austen sont juste magnifiques ; je regrette presque d’avoir acheté les Hardcovers !)
      En tout cas, j’espère que The Picture of Dorian Gray te plaira. 🙂

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