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Bérénice – Jean Racine

Bérénice - Jean Racine

Titre – Bérénice
Auteur – Jean Racine
Version – Originale, Française
Éditions – Le Livre de Poche, 2001
Genre – Théâtre, Tragédie


« Quoiqu’il aime Bérénice, Titus renonce à l’épouser parce que Rome interdit cette union de l’empereur et d’une reine étrangère. Mais lorsqu’il la confie à Antiochus, roi de Comagène, également amoureux d’elle, Bérénice refuse violemment de partir avec lui et, éperdue, implore Titus qui l’aime plus que jamais. »


Note globale :

9/10


Voilà quelque chose de nouveau sur le blog : une chronique sur une œuvre faisant partie des grands classiques de la littérature française. Parler de Bérénice est une chose complexe qui appelle des connaissances plus étendue que celles que j’ai encore. Aussi, ne trouverez-vous pas en ces lignes une analyse du texte, de l’œuvre placée au centre de son contexte historique et du genre littéraire ; mais plutôt j’essaierai de vous dire les sentiments que Bérénice m’a inspirés.

A la seule lecture d’Andromaque de Racine, le dramaturge a su conquérir mon cœur. Est-ce par la poétique qui se dégage des alexandrins, de sa plume maîtrisée où chaque mot compte et pèse aussi lourdement que la fatalité qui frappe ses héro(ïne)s ? Est-ce parce que les mythes grecques m’ont toujours intéressés ? Est-ce encore parce qu’il y a quelque chose de profondément majestueux dans les sentiments qu’inspirent les tragédies ? Ou parce que Racine, d’entre tous, maîtrise et élève le genre à un art à part entière ? Bérénice est un OVNI littéraire, même parmi les œuvres de Racine, et une véritable gageure tant sa simplicité ne renforce, en réalité, que la beauté du tragique. Je m’explique.

Cette beauté du tragique ne s’explique qu’assez mal ; c’est quelque chose que de lire et de ressentir la tragédie, et ce n’est qu’ainsi qu’on peut en saisir l’ampleur. Ce ne sont pas des œuvres qui s’expliquent, mais qui se vivent. Je n’ai compris le sens de catharsis qu’en lisant des tragédies, et c’est pourtant le cœur même des raisons qui me poussent à aimer de telles œuvres : les tragédies sont l’expression, la représentation, de nos passions dont elles visent à nous épurer. Autrement dit, une tragédie est un accomplissement de nos désirs et l’exorcisation de nos craintes. En nous les représentant sur scène, elle vise à nous les faire vivre à travers ses protagonistes et ainsi à nous en libérer.

C’est-à-dire que la tragédie procure la sensation d’avoir vécu quelque chose quand bien même vous ne faîtes qu’y assister. Lire ou voir une telle œuvre, c’est s’aventurer à éprouver pendant le temps de lecture – ou le temps de la pièce – un flot d’émotions intenses et terribles à la fois qui ne laissent guère indifférent. Comment vous expliquer ce que procure une telle œuvre sans tomber dans les éternels clichés, les phrases prémâchées ?

« Je l’aime, je le fuis, Titus m’aime, il me quitte.« 

L’une des qualités de Bérénice réside en sa simplicité ; et pourtant, rien n’est vraiment simple dans la tragédie. Titus et Bérénice s’aiment mais doivent se quitter parce que Rome, dont Titus est l’empereur, n’est pas prête à accepter Bérénice pour impératrice. De ce constat et en l’espace de cinq actes d’une brièveté étonnante, Racine nous offre une œuvre époustouflante de force, de poésie et de grandiose. On se sent captivé par l’œuvre et par ces héros dont le sort de toute une vie est joué en l’espace d’un seul jour.

Finalement, c’est cette simplicité et cette brièveté de l’action qui renforcent le sentiment à la fois d’horreur et d’exaltation que procure la fatalité de la pièce.

Le déchirement de deux cœurs qui s’aiment, de simples adieux, voilà ce que propose Jean Racine dans Bérénice, narguant à la fois ses propres œuvres, et celles de ses contemporains, mais démontrant plus que jamais le génie de sa plume. Pas de mort déchirante, pas de crime, pas de sang versé, pas de vie menacée, le sublime de cette tragédie réside d’une part en ce que la douleur exprimée le soit par des êtres passionnés et héroïques. D’autre part, en ce que le sort des héros est profondément injuste, et surtout inévitable. La tragédie naît des choix libres et conscients que chacun font, dans la grandeur et la faiblesse des protagonistes, et tous ces sentiments qui nous touchent, nous émeuvent, et en même temps nous impressionnent.

Ainsi l’explique Racine lui-même dans sa préface, définissant en soi toute la puissance même de la tragédie :

« Ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie ; il suffit que l’action soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s’y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie.« 

Racine a un talent indéniable et une plume magnifique qui me touche, me fait vibrer, me donne envie de réciter les vers à voix haute, juste pour le plaisir de les entendre. Il y a une véritable musicalité dans le texte de Racine tant les vers dégagent une harmonie et semblent entrer en symbiose avec les passions dont ils font appels. Les vers se dégustent comme on goûte un grand vin ; on le découvre, on le contemple, on le touche, puis on le met en bouche et on le savoure. Et tout comme les papilles s’animent, vibrent, s’excitent, s’exaltent, on éprouve soudain le sentiment d’avoir frôlé, un instant, la sensation de la Perfection.

Personnellement, j’en redemande.

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  1. Waouh! On dirait que je suis passée à côté de quelque chose! il faudra vraiment que je me le procure, ça a l’air génial!

    • Je ne peux que t’y encourager ! 😉
      N’hésite pas à revenir me dire ce que tu en auras pensé !

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