Chroniques Livres

L’homme de la montagne – Joyce Maynard

L’homme de la montagne
Écrit par Joyce Maynard
Publié par les éditions 10|18, 2015
Roman d’apprentissage, Polar Psychologique
8,10€, 360 pages


 

Résumé :
« Juin 1979, Californie du Nord. Rachel, 13 ans, et sa soeur Patty, 11 ans, sont délaissées par leurs parents : une mère souvent absente et un père volage. Leur quotidien ennuyeux est soudain interrompu par une affaire de meurtre en série que leur père, l’inspecteur Torricelli, est chargé de résoudre. Trente ans plus tard, Rachel, devenue romancière, raconte l’été qui a bouleversé leur vie.« 


Note globale :
6/10


Comme beaucoup, j’ai une wishlist qui s’alimente chaque jour de nouvelles œuvres qui me font très envie. Toutefois, lorsque je me rends en librairie, je ne pioche pas toujours dans cette liste. A vrai dire, j’aime mieux choisir sur l’instant, au gré de mon inspiration et de ce qui me tombe sous la main. C’est ainsi que je repars avec toujours plus de livres que mon intention initiale ; ce fut le cas pour L’homme de la montagne de Joyce Maynard. Roman d’apprentissage, polar psychologique, elle nous offre récit troublant qui joue sur la frontière du réel.

Il ne s’agit pas d’un roman fantastique, bien qu’une certaine dimension soit apportée par l’imagination foisonnante de l’héroïne qui possède également un bon instinct et une sensibilité très développée. Le réel n’est frôlé que dans le réalisme de ces confessions. A quel point, d’ailleurs, ce roman est-il inspiré de faits avérés ? Le travail de la romancière bien mené, accentué par le souci du détail, nous fait douter.

Rien de très rythmé cependant, le roman se présente véritablement comme un récit d’apprentissage sous forme de témoignage. Rachel raconte son enfance en prenant son temps sur chaque aspect qui a marqué son passé et la façon dont elle a grandi. Les thèmes sont d’ailleurs ceux de l’adolescence qui naît : le corps, les règles, la sexualité, l’amitié, la popularité, la relation père-fille, la relation parentale, le désir d’aventure…

Bien évidemment, le crime n’est pas non plus écarté. Chargé de l’enquête sur le sérial killer qui opère dans les environs, le père des deux filles rend celui-ci omniprésent. Si l’enquête n’est jamais développée au premier plan, elle va bouleverser la vie de Rachel et de sa sœur. Son père devenant une figure publique au sein de la population, la jeune fille va rapidement être sollicitée de toutes parts : les autres enfants comme les parents, présumant qu’elle en sait forcément plus, vont lui offrir une position qu’elle n’avait jamais eu auparavant. Tous les chapitres ramènent aux meurtres qui se succèdent et à la façon dont les états d’esprit vont évoluer : autant celui de Rachel, de Rebecca, mais aussi de leur père, des enfants de leur âge et des adultes.

C’est ce que j’ai apprécié dans ce roman : plutôt que la résolution de l’affaire, c’est l’impact qu’une telle affaire peut avoir sur la vie de ces enfants, qui est intéressant à exploiter. Si les deux sœurs sont mises en avant, puisque Rachel en est la narratrice, Joyce Maynard réussit également à travers les yeux de son héroïne à développer autant sa psychologie que celle de son entourage.

Ainsi, le regard que portent les deux petites filles sur le monde, sur leurs proches, notamment leur père, et l’enquête, est très différent. Difficile cependant d’expliquer toute l’évolution qui s’opère dans ce roman ; toute sa finesse est que justement celle-ci soit distillée à travers les anecdotes et les moments que Rebecca choisit de raconter.

Voilà pourquoi ce roman ne peut pas tout à fait être classé comme un polar : les crimes agissent tout autant comme le moteur de l’histoire que comme un récipient. En même temps, on pourrait lui reprocher de s’être concentré sur le récit de Rachel. Pour le trois quart du roman, il s’agit en effet plus d’un récit de vie, celui d’une jeune fille dont l’adolescence a été marquée par des événements exceptionnels.

Toutefois, on peut ne pas apprécier que le roman prenne ainsi autant de temps sur cet aspect, en omettant une autre dimension introduite au tout début du roman. Pour cela, il faudra attendre le troisième quart, à un moment où cela sera presque trop tard. J’avais notamment pensé que le roman serait divisé entre les scènes d’enfance, où les crimes ont eu lieu, et les années qui ont suivi. Enfin, d’une certaine façon, c’est le cas : ces années sont en effet abordées, mais elles auraient mérité d’être plus développées. Alors que le trois quart du roman s’attèle à développer la psychologie de Rachel qui devient adolescente, la Rachel adulte reste une personnalité vague, un peu creuse.

Mais Joyce Maynard a su se rattraper dans les toutes dernières pages du roman. J’ai aimé ce moment où l’auteure se remet à jouer avec la frontière entre le réel et la fiction, en mêlant son propre travail de recherche à l’histoire racontée. On aurait presque aimé que l’auteur ajoute cette dimension dans les thèmes développés à travers le roman. Cela a toutefois permis de conclure le roman sur une petite touche qui fait son effet.

Pour conclure, je dirais que L’homme de la montagne est un récit pluriel, multiformes, très réaliste dans son approche et dans les réactions de ses personnages, le développement de leur personnalité. Il s’agit ben d’un roman d’apprentissage et d’un polar psychologique entremêlé, mais qui aurait mérité peut-être plus d’approfondissement et plus de rythme. Si l’auteure développe bien l’impact que l’affaire a eu sur les deux héroïnes et leur entourage, j’aurais peut-être aimé qu’elle pimente son récit d’un thème différent, plus marqué que les genres qu’elle a souhaité mettre en scène.

L’homme de la montagne a donc été une lecture très agréable mais je reste un peu sur ma faim, malgré tout.

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