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L’expédition – Monica KRISTENSEN

(7/10) S’il y a un polar que je retiendrai de l’expérience du Grand Prix des Lectrices ELLE, c’est bien L’expédition de Monica KRISTENSEN. Un polar glacé qui nous fait plonger dans un étrange huis-clos au milieu de l’hiver et des glaces infinies. Mais, ce que j’ai aimé, ce sont tous les détails que l’auteure donne sur la façon dont est préparée et menée une expédition, qui rendent le récit crédible et l’expérience réaliste. Et pour cause, l’écrivaine est également glaciologue et la première femme qui a conduit une expédition en Antarctique (cf. Wikipédia). Cela nous donnerait même des envies de lire un témoignage sur son expérience.

Du réalisme, il est clair que le récit n’en manque pas. Sans nous assommer d’explications, l’auteure nous donne suffisamment de détails pour nous faire comprendre à quel point organiser une expédition est difficile, coûteuse, stressante, et à quel point la vivre est une épreuve de titans. Ses personnages s’y sont préparés, mais elle arrive habilement à montrer également leur amateurisme et leur égocentrisme. Dans une narration double habilement menée, elle fait oublier la linéarité du récit, en développant une temporalité qui évite également l’ennui des moments d’accalmie, où les personnages n’ont d’autres choix que d’attendre.

Ce n’est guère un récit qui déborde d’actions. Pourtant, l’auteure arrive à maintenir notre intérêt, en glissant sans arrêt des éléments qui nous intriguent. Avant tout, elle nous place au même point que le policier qui n’a d’autre choix que de rester avec les membres de l’expédition s’il veut réussir à comprendre ce qui leur est arrivé et à les convaincre d’abandonner leur projet. L’autre partie de la narration est à la première personne. Nous suivons les pensées de Karin qui retrace tout son parcours, de la formation du groupe, de l’idée impromptue qu’ils ont eu, à sa réalisation. Intercalée à la première partie, elle révèle par petits bouts des détails, qui mettent en lumière le fond de l’intrigue.

Le rythme, grâce à l’alternance des points de vue, est de fait très bon. Chaque partie mène vers diverses pistes qui nous fait toujours languir de passer au chapitre suivant et obtenir des réponses. Je me suis personnellement vraiment prise au jeu, appréciant la qualité de l’auteure à ne pas tourner autour du pot. Sans vraiment ressentir de l’empathie pour ses personnages, on s’intéresse malgré tout à leur sort. Il y a de vrais moments de tension distillés, qui rendent la lecture par moment jouissive et addictive.

Le seul vrai bémol de ce polar, c’est définitivement son épilogue. Une vraie déception car c’est un piège évident et tellement frustrant quand les auteurs y tombent. Il ne faut pas chercher à tout résoudre, au-delà du nécessaire. Les fins ouvertes autant que les questions laissées en suspens – et à mon sens, données en pâture à l’imagination et la créativité des lecteurs – ne devraient pas inquiéter les auteurs. C’est du pain béni, que j’adore trouver dans les livres que je lis. Oui, c’est frustrant. Mais il y a des frustrations que l’on peut goûter avec plaisir. L’épilogue de ce polar gâche tout de l’intrigue, et de la psychologie des personnages, qu’elle rend au final banales et prévisibles. C’est vraiment dommage !

Malgré tout, c’est une lecture que je vous recommande, pour son atmosphère et ces paysages dans lesquels elle vous plongera ; pour le réalisme sur la façon dont sont organisées et menées les expéditions ; les détails sur les dangers et les rebondissements, la tension distillée qui vous happe comme les moments d’accalmie. On voit clairement la maîtrise du sujet qu’a Monica Kristensen, et c’est le gros plus de ce livre. A lire en été comme en hiver – pour se rafraîchir ou s’immerger !


L’expédition
Écrit par Monica KRISTENSEN
Publié aux éditions Gaïa, 2016
Polar, Expédition
21€, 320p GF
Sur le site de l’éditeur

Résumé :
« L’inspecteur de police Knut Fjeld est en poste dans l’archipel du Svalbard. Il reçoit un appel au secours en provenance du 87e parallèle nord. Une expédition norvégienne est touchée par une épidémie inexplicable qui frappe hommes et chiens. Le chef de l’expédition refuse cependant d’abandonner?: le but, le pôle Nord, doit être atteint à tout prix. Knut Fjeld est un homme expérimenté et n’a guère le choix. On le dépose en plein désert arctique pour rejoindre cette expédition à la dérive, et la pression ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que les hommes s’approchent du pôle. Dans l’ombre guette un danger dont personne ne peut imaginer l’envergure. »

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