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Les Foulards Rouges, Saison 1 de Cécile DUQUENNE

les foulards rouges

Les Foulards Rouges, Saison 1 : Bagne
Écrit par Cécile DUQUENNE
Publié par Stark, 2015
Steampunk (Uchronie), Science Fiction, Western, planet-Opéra


« Sur Bagne, Lara traverse les étendues désertiques pour remplir ses contrats. Car Lara est une Foulard Rouge, appelée à faire régner la loi à grand renfort de balles. Et sur cette planète-prison où les deux-tiers de la population sont des hommes, anciens violeurs ou psychopathes, c’est une vraie chance pour une jeune femme comme elle de ne pas avoir fini dans un bordel.

En plus, elle fait plutôt bien son boulot – on la surnomme même Lady Bang. Mais Lara n’a pas obtenu ce job par hasard – tout comme elle n’a pas atterri dans cet enfer par hasard. Elle doit tout ça à quelqu’un en particulier, à qui elle en veut profondément… et qui, pourtant, a quelque chose à lui offrir – une chose qui n’a pas de prix. Lara acceptera-t-elle de baisser un peu sa garde et de se lier à de dangereux criminels comme le mystérieux Renaud ? Si elle veut reprendre son destin en main et ne pas finir ses jours ici, elle n’aura pas vraiment le choix… »


Note globale :

8/10


Comment décrire Les Foulards Rouges ? J’ai bien dû passer une dizaine de minutes à y réfléchir avant de choisir dans quels genres le répartir. Finalement, aux deux premiers conventionnels (Sf, Steampunk), j’y ajoute deux autres termes reflétant non pas vraiment le genre mais plutôt l’ambiance (Western, Planet Opera). Car on n’est pas tout à fait dans la traditionnelle science fiction – si tant est qu’il y ait une tradition – puisqu’en réalité il s’agit là d’une uchronie et même paraît-il du steampunk, dont j’ai encore quelques difficultés à maîtriser le terme. A ce que j’en ai compris, il correspond à un récit situé dans le passé dans lequel on aurait incorporé des éléments futuristes – paradoxes dont témoigne très bien la magnifique couverture. De fait, il s’agit quand même, d’une certaine façon, de science fiction. Dans le passé. Ou plutôt dans un présent alternatif… Vous me suivez ? Oui ? Non ? Je m’explique.

Bagne est une planète isolée sur laquelle les criminelles sont exilés à perpétuité. Une ancienne colonie terrienne désertique dans le sens littérale du mot : du sable, de la roche et une chaleur étouffante pendant des journées interminables dont les nuits glaciales n’ont rien à envier. La survie y tient quasiment du miracle, si ce n’était l’intraitable Capitan qui y a imposé sa loi. Dès leur arrivée sur la planète, les nouveaux bagnards sont évalués et répartis selon leur sexe, leurs aptitudes et l’instinct de ce dernier qui décide du sort de chacun. Ceux qui seront choisis pour exercer une fonction vitale à l’ordre établi – et à la survie de tous – se verront confiés un foulard dont la couleur désigne cette dite fonction. Lady Bang, Lara de son prénom, est l’unique femme à échapper au rose réservé aux femmes, pour revêtir le rouge sang de ceux qui font régner la loi. Armée jusqu’aux dents, un caractère bien trempé, la jeune femme sait qu’elle n’a pas le droit à la moindre erreur ni au moindre signe de faiblesse dans un milieu où son genre est comme un arrêt de mort.

Très vite, j’ai apprécié le caractère affirmé mais aussi très pragmatique de la jeune femme qui, tout en étant impressionnante dans son rôle, n’oublie jamais le danger dans lequel elle baigne en permanence. La première scène donne d’ailleurs parfaitement le ton et nous plonge directement dans l’ambiance : du western-spaghetti sur une planète extraterrestre se déroulant dans un passé relativement proche mais diamétralement opposé du nôtre. Dans la majeur partie de ce roman, l’auteur offre ce même plaisir jouissif d’un space opéra à taille planétaire – d’où le fameux terme de Planet Opera. Il y a de plus un ton résolument décalé dans ce feuilleton qui à la fois le rend léger et permet d’accepter tout ce qui, écrit par un autre, aurait pu être lourd ou maladroit.

Car il faut dire que Cécile Duquenne a joué avec le feu avec ses personnages, notamment les deux héros. S’ils finissent par être attachants, je dois reconnaître qu’ils sont vraiment du type badass : tout peut leur arriver, ils s’en sortent toujours. Ils font des chutes impressionnantes, reçoivent des balles, manquent d’exploser, peu importe ils restent en vie et presque indemnes à chaque fois (notez cependant le presque). Cela est d’autant plus accentué par le caractère de Lara et de Renaud, mais aussi par le secret de ce dernier

Il y a trop de qualificatifs qui me viennent à l’esprit pour Renaud qui est à la fois le bras droit du Capitan, un proxénète, et qui devient rapidement un allié indispensable de Lara. Toujours est-il qu’à cause de cette particularité dont il dispose – en plus de tout le reste – c’est un personnage qui aura tendance à frôler dangereusement l’archétype du héros omniscient et tout puissant qui, en plus, a la classe. C’est sa position dominante face à ses camarades qui le met dans une position délicate vis-à-vis de l’équilibre nécessaire à tout personnage bien construit. Plus le récit avance et plus tout repose sur ses épaules musclées et réconfortantes ; il apparaît vite comme la clé de tout et ses capacités semblent sans limite(trop, d’ailleurs) – même s’il y risque aussi sa vie. Et non seulement il a ce côté bad boy qui saura parfaitement jouer sur les cordes sensibles, mais en plus, il a celui rassurant et protecteur qui le font devenir un peu trop parfait. Surtout que plus l’adversité, les obstacles, semblent insurmontables et plus la façon dont il les résoud – et sa justification – peut paraître un peu trop facile, surtout vers la fin.

Autant dire que ça aurait pu très mal finir. Et pourtant… pourtant je vous mentirai en disant ne pas être tombée sous son charme. Je suis certainement trop faible mais l’équilibre vient aussi du personnage de Lady Bang qui donne le change – à l’exception de l’avant dernier quart du roman où elle perd peut-être trop contenance. Cependant, ce n’est pas non plus comme si ce qui la rendait si vulnérable nous paraissait comme un combat facile à surmonter. Et dans son cas, c’est justement dans l’adversité et le contexte que tout s’explique.

Dès le début, on comprend que Lady Bang est devenue forte dans l’urgence de ne pas être tuée ou abusée. Le personnage de Lady Bang était sa plus grande protection et son instinct de survie sa meilleure arme. Sa fragilité croissante au fil du récit, qui en devient même une détresse à tous les niveaux vient du fait que la situation, le combat, tout ce qui lui arrive finit par complètement la dépasser. Ce qui se justifie très bien aux yeux du lecteur.

De plus, les éléments qui la concernent et qui passeraient pour de la mièvrerie est selon moi l’humanisation de son personnage. Le fait qu’elle s’accroche autant à des détails aussi anodins que de prendre une douche par exemple, c’est aussi quelque part un effort de l’auteur de développer sa psychologie et parce que l’eau devient évidemment une obsession pour ceux qui en manquent. Ce n’est pas tant à la douche qu’elle tient mais à ce qu’une bonne hygiène représente aussi : sa vie passée, son confort perdu, et plus encore, sa dignité.

J’ai vraiment apprécié le côté western-spaghetti très bien maîtrisé par Cécile Duquenne. J’ai passé de fait un excellent moment à me plonger dans les landes sablonneuses, sous un soleil de cagnard, à braver tous les dangers en compagnie de Lady Bang ; j’ai d’ailleurs globalement beaucoup aimé Bagne, son organisation, sa hiérarchie, les rares lieux habités qu’on a l’occasion de croiser dont l’Hacienda. J’ai également bien aimé les personnages secondaires, surtout Fraan qu’on découvre à travers les brides de son journal intime et le Capitan qui révèle au cours du roman toute la complexité de son caractère ; la relation de Fraan et de Lara dévoilée en parallèle de celle qui évolue entre Renaud et Lady Bang ; et pour finir, la description de la Terre, de sa situation géopolitique, sociale et religieuse, très bien amenée à travers les souvenirs des personnages et les confessions touchantes de Fraan.

Le seul bémol du livre arrive dans son dernier épisode. Les événements qui s’enchaînent après tout ce qui se passe au sixième épisode m’ont semblé dans When the Going Gets Tough disproportionné. Je me suis demandée si ce n’était pas pour trouver une transition efficace qui justifierai l’atteinte rapide de leur destination ; seulement, je ne suis pas tout à fait sûre d’avoir saisi tout l’enjeu que cet ultime élément avait et pourquoi il était nécessaire de le faire intervenir à cet instant et de façon aussi précipitée qu’écourtée. Était-ce pour étoffer l’univers et son folklore ? L’enchaînement était bien trop rapide (à mon goût) pour l’apprécier et à moins d’avoir loupé quelque chose de crucial – c’est peut-être le cas ! – je n’en ai pas saisi l’intérêt.

Toujours est-il que cela reste assez mineur car mon avis général sur cette première saison est surtout positive et après un tel cliffhanger (méfiez-vous-en !), autant dire que j’attends très fermement l’auteur au tournant. S’il y a bien une chose – également – à laquelle Cécile Duquenne est douée, c’est l’art de clore ses chapitres. Ce qui est la fois grisant pour le lecteur et terriblement frustrant. Pour conclure cette chronique, s’il fallait en retenir quelque chose, Bagne est une première saison de Les Foulards Rouges prenante, légère, divertissante, jouissive !

4 Comments

  1. J’aime beaucoup le Steampunk donc pourquoi pas! 🙂

    • Et je ne saurai que te recommander de le tenter ! 🙂

    • Ouiiiii il y en a pour tous les goûts. C’est hyper facile de rentrer dans l’histoire et l’univers même si c’est un peu déroutant aussi. 😉

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