Le Petit Prince – Mark Osborne

le petit prince afficheLe Petit Prince
Réalisé par Mark Osborne
Sorti en 2015
Adaptation, Animation


 Synopsis :
« C’est l’histoire d’une histoire.
C’est l’histoire d’une petite fille, intrépide et curieuse, qui vit dans un monde d’adultes.
C’est l’histoire d’un aviateur, excentrique et facétieux, qui n’a jamais vraiment grandi.
C’est l’histoire du Petit Prince qui va les réunir dans une aventure extraordinaire. »


Note globale :
8/10


Que vous dire de cette adaptation du célèbre roman de Saint-Exupéry, Le Petit Prince ? Projet osé, ambitieux, risqué de Mark Osborne qui me laisse dans l’embarras. Je ne voudrais pas paraître trop critique vis-à-vis de ce film alors que j’ai passé un agréable moment de poésie. Avec du recul cependant, je ne peux pas dire que le pari lancé soit tout à fait gagné. Si la réalisation est pas mal, l’animation du récit du Petit Prince superbe et émouvante, le film pêche en ne réussissant pas à jongler entre le respect de l’œuvre originale et un scénario autrement plus édulcoré, trop calqué sur la mode actuelle. Sans être véritablement innovant, ce film est une étrangeté. Et si je l’ai globalement apprécié, il m’a laissé une impression tenace que je n’ai pas su identifier sur le moment. Je m’explique.

En tâchant de le chroniquer, je me suis rendue compte que le chiffre « deux » était très représentatif de ce film. D’une part, parce qu’il y a bel et bien deux parties distinctes qui le composent : une première partie, elle-même divisée en deux par l’enchâssement de l’histoire du Petit Prince dans celle de la petite fille ; une seconde partie qui est plus ou moins le récit du Petit Prince transposé à l’histoire de la petite fille… Si à ce moment de ma chronique vous la trouvez « floue », sachez que c’est aussi le cas de ce film.le petit prince l'aviateur

D’autre part, parce qu’on dirait que Mark Osborne avait les fesses entre deux chaises en réalisant Le Petit Prince. D’un côté, il a tenu à mettre à l’écran des pans du matériel original en respectant le plus possible sa poésie, sa sensibilité, son charme et son texte. Et par cela il a offert des scènes joliment réalisées et animées, très justement doublée par les acteurs d’ailleurs – ce qui m’a en quelque sorte fait regretter qu’il n’ait pas réalisé tout le film ainsi. D’un autre côté, il a librement interprété l’œuvre de Saint-Exupéry en la mettant en abyme dans son récit et ce, de deux façons (encore) : dans la rencontre entre la petite fille ayant oublié d’être une enfant et cet aviateur qui l’est resté mais aussi dans la modernisation du récit du Petit Prince qui occupe toute la seconde partie. Ouf, même à résumer, c’est un peu lourd…

(Mais je vous rassure, il n’y a pas vraiment de sensation de lourdeur dans le film et pas trop non plus de longueur – quoi que la transition entre les deux parties se fait sentir et laisse d’abord perplexe.)

Dans la première partie, nous avons droit à un scénario des plus classiques : la mère décide de déménager afin de permettre à sa fille d’intégrer une prestigieuse école, lui planifie tout un programme pour les vacances afin de l’y préparer ; la petite fille est une enfant très sage et volontaire qui suit tout d’abord avec entrain l’agenda prévu par sa mère ; le voisin est un type étrange et d’apparence assez fou au point de bidouiller généreusement une épave d’avion dans son jardin. Évidemment, quelque chose se passe mal et il manque de décapiter la petite fille avec l’hélice, ce qui amène à leur première rencontre et rend le vieil homme particulièrement antipathique pour la mère. Fade description ? Oui, mais c’est hélas l’impression que laisse cette partie-là de l’histoire.le petit prince aviateur et la petite fille

Dans cette rencontre entre deux êtres étrangers, l’histoire du Petit Prince intervient. Les scènes du roman s’enchâssent ainsi dans le quotidien de ces deux personnages, sans toutefois réussir à s’y intégrer. L’incessant aller-retour entre ces deux narrations ne fonctionne pas tellement : aux passages poétiques et chargés de sens du roman, le contraste est assez malheureux quand on revient à la vie « réelle » et ce, que l’on parle de l’animation ou de l’histoire. Quand on y regarde d’un peu plus près, outre le fait que la petite fille ne prend pas le temps de savourer son enfance, rien de plus ne connecte son histoire à celle du Petit Prince. Dans cette première partie, on ne la voit que peu confrontée au reste du monde. Les personnages, en termes de diversité, est d’ailleurs assez pauvre : la mère, la fille, l’aviateur, un policier, deux voisins (vus sur une courte scène) et, si on rajoute les cinq minutes de prologue, quatre ou cinq juges.

Finalement, la phrase si célèbre du Petit Prince, trouvant décidément les adultes bien étranges, ne s’applique guère ici. Si ce n’est évidemment pas la seule chose qui compose le roman, c’est justement ce genre de détails qui manquent au film pour raccorder son récit avec l’œuvre originale. Même si on pourrait chercher dans la relation entre l’Aviateur et la petite fille celle que tissa le Petit Prince avec le Renard, la première se fait sans ce long apprivoisement qui justifie aux yeux de l’animal l’unicité de ce petit être aux cheveux de blé.Le Petit Prince Le jardin des Roses

Et si c’était bel et bien là l’intention du réalisateur, l’existence de la seconde partie interroge : mais pourquoi donc ? Non que l’intention ne soit pas claire : il s’agit cette fois d’adapter librement Le Petit Prince en une version actualisée. C’est l’héroïne qui part en voyage à travers l’espace, à la recherche du Petit Prince. On change littéralement de décors pour tomber dans un monde rempli de hauts-buildings assez sombre et malsain, sous le joug du buisnessman au crédo suivant : tout être doit être « essentiel ». Ce qui n’est pas sans rappeler celui de la fameuse école que la petite fille est sensée intégrer (et qui n’est finalement qu’un prétexte parmi d’autres).

L’idée n’est vraiment pas mauvaise : c’était en effet un autre choix d’interprétation du roman. Mais pourquoi avoir aligné les deux ? Pourquoi ne pas s’être contenté d’un seul et l’avoir exploité jusqu’au bout ? La coupure radicale avec ce qui a précédé, le changement d’atmosphère abrupt, ne se justifie pas très bien – du moins, ça ne nécessitait pas deux heures (quasiment) de film. De l’histoire d’une rencontre, de l’apprivoisement entre deux êtres, du récit du Petit Prince, on arrive à un film où l’action prend le pas sur le reste, où l’humour fonctionne une fois sur deux, où il ne reste de la matière originale plus qu’un vague squelette, reconnaissable quand on connaît l’œuvre originale, mais qui en perd tout l’esprit. Et je ne dis pas que cela ne pouvait pas fonctionner dans tous les cas – l’effet « Alice au Pays des Merveilles » s’est vu maintes et maintes fois, plus récemment dans Vice et Versa, et fonctionne bien souvent – mais plutôt qu’ici, cela ne s’y prêtait pas vis-à-vis de l’ambition avancée dans la première partie.

Comme vous le voyez, je suis terriblement partagée. Le fait est que je ne jetterai pas ce film à la poubelle, notamment par les scènes adaptées du livre original qui sont très, très réussies et font tout le bonheur de voir ce film. S’en dégagent toute la poésie, la finesse, l’émotion et tout le sens de l’histoire du Petit Prince. Les scènes sont colorées, pleine de sensibilité et de ce charme fou qui me fait aimer les films d’animation. J’étais convaincue qu’essayer d’adapter Le Petit Prince tel quel était un pari bien trop risqué et que tout réalisateur s’y mordrait les doigts. Cependant, c’est oublier que Le Petit Prince est une histoire intemporelle, qui se suffit à elle-même et n’a nullement besoin d’être explicitée, au risque d’en perdre l’essence. Et c’est malheureusement l’erreur de Mark Osborne.

Cette chronique paraîtra sans doute très mitigée pour une telle note, je ne veux cependant pas vous dissuader de donner sa chance à ce film. Comme je l’ai dit, l’adaptation du Petit Prince, même si ces fameuses scènes sont bien trop courtes à mon avis, est, elle, une réussite. S’il est vrai que le reste du film paraît, à côté, creux et déjà-vu, Le Petit Prince de Mark Osborne reste assez divertissant pour ne pas s’ennuyer. Alors, allez le voir, faites-vous votre propre idée et savourez ces perles d’animation en stop-motion, comme je les aime tant (et pour celles-ci, le 8/10 est amplement mérité).


Bande d’annonce :

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