Le Garçon et la Bête – Mamoru Hosoda

Le garçon et la bête - AfficheLe Garçon et la Bête
Réalisé par Mamoru Hosoda (Studio Chizu)
Sorti en 2016
Animation Japonaise, Fantastique
1h58


Résumé :
« Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire… »


Note globale :
8/10


2015 fut une année bien ingrate pour le cinéma sur le blog. Moins d’une dizaine de chroniques lui furent consacrées. Il faut que cela change cette année, alors commençons par le film qui m’aura le plus enchanté depuis le premier Janvier (et bonne année !). Film d’animation japonais, Le Garçon et la Bête est une œuvre intelligente, attachante, drôle, bien réalisée. Nul doute que Mamoru Hosoda est en train d’entrer dans la lice étroite des réalisateurs de films d’animation nippons les plus connus et reconnus dans le monde.

Le garçon et la Bête, c’est un récit initiatique, porté sur la famille, le lien affectif entre un maître et son élève, et le sentiment de paternité, et de filiation. Cela parle donc d’identité, du sentiment d’abandon, de la perte de repère, du deuil, du passage de l’enfance à l’âge adulte, de la notion de responsabilité, de la transmission et de l’apprentissage. Des thèmes récurrents, mais très bien mis en œuvre dans un univers fantastique où la Terre est scindée entre le monde humain du dessus (Shibuya), et Jutengai, celui en-dessous, peuplé d’anthropomorphes.

Visuellement, le film est très plaisant à voir, même parfois superbe, bien qu’on ne soit pas réellement époustouflé par l’imaginaire développé. Pourtant, on gardera l’impression tenace d’un récit original et d’un univers inventif où foisonnent des personnages animés d’une réelle personnalité, soulignée qui plus est par la justesse du dessin et des expressions.

Le garçon et la BêteL’histoire ne manque guère de charme, par la richesse de ses thèmes, par le travail réalisé sur les personnages, par les nuances du scénario. Est tout d’abord marquée l’opposition du monde animal et des hommes, puis l’écart transgénérationnel et la nécessité de la transmission – comment elle se produit et s’apprend – puis, enfin, un aspect plus sombre de la part humaine : notre tendance à l’autodestruction. Que je vous rassure toutefois, il n’est pas question ici de manichéisme. Il n’est pas question de bien d’un côté ou de mal de l’autre, mais de la façon dont ceux-ci grandissent et interagissent en chacun.

Outre les références aux mythes nippons, que je ne connais malheureusement que trop peu pour les citer – ou les reconnaître – on ne peut manquer celle, clairement avouée, à Moby Dick. Ainsi, Le Garçon et la Bête se révèle une histoire de parallélisme. Le maître et son élève, le père et le fils, Kyûta et Kumetatsu en composent ainsi le plus bel exemple sans pour autant être opposés. Tous deux sont des orphelins privés de figures parentales, en décalage avec ceux qui les entourent, et qui ignorent comment se comporter l’un envers l’autre.

Si Kyûta a donc l’avantage de pouvoir apprendre aux côtés Kumetatsu, ce dernier ne revêt pas aisément son manteau de mentor. Ainsi, le voyage initiatique, le récit d’apprentissage, ne concernent pas seulement le jeune Ren mais également l’ours. Leur opposition est ainsi marquée par leurs similitudes et la façon dont ils deviennent chacun interdépendants. Quant au célèbre roman de Melville, il se matérialise dans le second parallélisme qui se créé entre Ren et Ichirohiko, allégorie doublement représentée de la part d’ombre, ce mal incarné, qui ronge chaque cœur humain.

le garçon et la bête - Shibuya

La force de Mamoru Hosoda, c’est de réussir à développer en fond tous ses thèmes dans un film qui n’oublie pas non plus d’être très divertissant. Toute la première partie notamment est très amusante et attachante, quand les deux caractères se confrontent et cherchent maladroitement à s’apprivoiser mais aussi lors des combats, qui sont magnifiques. Ce lien affectif qui se tisse entre Kyûta et Kumetatsu, s’il est suggéré, n’est jamais réellement explicité comme un lien de parenté. Et à ce propos, le film laisse clairement place aux non-dits, le rendant curieusement réaliste.

La rupture entre les deux mondes est toute aussi brutale et marque le film d’une empreinte particulière. C’est à ces moments de césure que de nouveaux thèmes prennent forme : ainsi démarre la recherche de Ren de son identité, de ses racines, de son monde, quand il retrouve son père biologique, apprend à lire et cherche à s’instruire. Quand il retrouve le chemin qui lie Shibuya et Jutengai, l’ambiance change du tout au tout ; du fantastique, nous arrivons dans la réalité, modeste, nature, à son plus simple appareil. Tout cela est d’ailleurs renforcé par la bande sonore qui joue fortement sur les sensations que j’ai ressenties tout le long du film.

Le Garçon et la Bête est ainsi riche, dense, visuellement très beau, divertissant et très attendrissant. On se prend d’affection pour ces personnages, pour toutes ces scènes où l’on voit Ren et Kumetatsu se tomber dessus, s’apprivoiser, s’imiter, apprendre l’un de l’autre et grandir ensemble. Les différents affrontements, entre Kumetatsu et Ren, entre Kumetatsu et Iôzen, entre Ren et Ichirohiko, entre Ren et lui-même, servent autant à l’histoire qu’au symbolisme. Ce n’est pas seulement des intérêts qui se confrontent, des personnalités, des principes, mais aussi et surtout des démons intérieurs. C’est l’obsession du cœur humain sur son propre mal qui se révolte.

kumetatsu et ren

Excellent, le réalisateur l’est certainement et il le prouve avec une œuvre aussi complète, mais je refuse à croire qu’il s’agit ici de son plus grand chef d’œuvre. Je me permets d’espérer pour le futur de nouvelles surprises aussi généreuses et pleines d’humanité. Non, Le garçon et la bête n’est pas le fleuron de l’âge d’or de Mamoru Hosoda, souhaitons qu’il n’en soit en réalité que le début.


Bande d’annonce :

Lusionnelle

3 Comments

Laisser un commentaire