Skip to content

L’atelier des poisons – Sylvie Gibert

(5/10) C’est le contexte qui m’a attiré en lisant la 4e de couverture, et j’espérais à vrai dire qu’il en soit le sujet principal : le premier atelier de peinture ouvert aux femmes à la fin du XIXe siècle. Il y avait là de quoi faire tout un roman, s’intéresser à un univers hostile aux femmes, ces peintres dont on ne sait presque rien, encore aujourd’hui. L’aspect « policier » m’intéressait moins, mais c’était quand même l’occasion de tenter le mélange des genres. Malheureusement, si les idées qui ont fait naître le roman sont intéressantes, confirmées lors de cette rencontre, je n’ai malheureusement pas été convaincue par le roman.

J’ai eu du mal à m’y plonger. Essentiellement parce que les personnages ne m’intéressaient pas. Finalement ce sont les personnages inspirés de personnes réelles qui m’ont le plus plu, me faisant regretter qu’ils n’aient pas eu plus de place dans l’histoire. J’ai en effet eu du mal avec les descriptions de Zélie et du commissaire (surtout) que j’ai trouvées assez stéréotypées. Les caricatures, comme celles de la mère d’Alexandre D’Arbourg ou du maire de Bezons, ne m’ont pas vraiment paru nécessaire, bien qu’il y a là peut-être une volonté d’apporter un peu plus de légèreté à l’histoire.

L’ambiguïté qui réside entre les deux personnages dans la première moitié du roman m’a ainsi vraiment gênée, surtout du fait de la description de Zélie, la jeune fille observatrice, intrépide, spontanée, et du beau et svelte commissaire qui manie l’ironie comme une deuxième nature. Cela s’arrange toutefois à la seconde moitié du roman, quand cette ambivalence est un tantinet clarifiée et que les rapports de force semblent s’équilibrer. J’ai en effet assez de mal quand l’homme est systématiquement en position dominante. L’époque joue, très certainement, mais cela ne suffit pas toujours à le justifier. Toutefois, si je reste assez dubitative du personnage du commissaire, j’ai quand même apprécié l’évolution de Zélie qui s’étoffe à travers le roman.

L’autre raison qui m’a rendu le début difficile, c’est l’amorce des intrigues. J’aime assez l’idée qu’il y en ait plusieurs qui se croisent, cela rend le roman plus réel. Mais leur mise en place était un peu fastidieuse, peut-être en effet parce que le roman n’était initialement pas prévu pour être un policier. Les mystères faits autour de certains personnages, notamment de la rencontre entre Zélie et du commissaire, des intentions du commissaire envers la jeune peintre, m’ont paru très maladroits, un peu désuets. De même que l’explication donnée à l’intérêt du commissaire envers Zélie, finalement. Il faut attendre d’avancer un peu dans le roman et dans son intrigue principale pour que tout finisse par s’assembler avec fluidité. En ce sens, il y a une évolution positive au fur et à mesure des pages.

J’ai regretté que le roman ne s’attarde pas plus encore sur le contexte dans lequel il s’est initialement présenté. J’aurais en effet mieux aimé prendre plus de temps à parler de l’atelier de peinture et de la condition de ces femmes peintres, non pas seulement pour entendre leurs frustrations face à toutes les privations qui restreignent leurs libertés de créer, mais aussi pour voir comment elles ont pu évoluer dans un tel milieu hostile et se battre pour occuper une place qu’on leur interdisait. On le voit certainement un peu, notamment lors du Salon ou lorsque Zélie travaille sur le portrait de Juliette, mais c’est resté malheureusement trop en surface.

C’est d’autant plus dommage que l’auteure a effectué beaucoup de recherches sur son sujet, s’inspirant d’archives et de journaux, respectant autant qu’elle le pouvait tout ce qu’elle a pu trouver sur ses personnages et l’atelier Julian. Tout ce contexte, ce fond était intéressant, mais il me semble qu’il aurait mérité d’être mieux approfondi. Finalement, les multiples intrigues n’ont-elles pas égaré l’intérêt du roman ? A vrai dire non, il me faut être honnête : ce n’est peut-être pas le roman que j’aurais voulu – que j’avais imaginé – lire.

Malgré toutes mes critiques, j’ai beaucoup apprécié certains passages, et notamment le chapitre consacré au personnage de Gabriel. En peu de pages finalement, l’auteure a réussi à m’intéresser à ce personnage secondaire. J’ai également aimé les moments se déroulant au Salon et ceux à l’atelier, au milieu de ces femmes. J’ai moins aimé cependant les longues tirades des hommes du roman dissertant sur la situation des femmes – que je dirais un peu maladroits. Je regrette surtout qu’avec une héroïne peintre, celle-ci n’ait pas eu plus de mordant à ce sujet.

Mais ce sera peut-être en effet l’objet d’un futur roman dans l’Atelier Julian.


l'atelier des poisonsL’Atelier des Poisons
Ecrit par Sylvie GIBERT
Publié par les éditions Plon, 2016
Roman historique, policier
19,90€, 352 pages


Résumé :
« Paris, 1880. A l’académie Julian, le premier atelier à ouvrir ses portes aux femmes, la vie n’est pas facile. L’apprentissage du métier de peintre est ardu, long et coûteux. Seules les jeunes filles dotées d’un véritable talent et, surtout, d’une grande force de caractère, parviennent à en surmonter les obstacles. Du talent, Zélie Murineau n’en manque pas. De la force de caractère non plus. N’a-t-elle pas déjà prouvé qu’elle était prête à tout pour parvenir à ses fins ? Pourtant, lorsque Alexandre d’Arbourg, le commissaire du quartier du Palais-Royal, lui demande de faire le portrait de sa filleule, sa belle assurance est ébranlée : comment ne pas croire que cette commande dissimule d’autres motifs ? Même si elle en connaît les risques, elle n’est pas en mesure de refuser le marché que lui propose le beau commissaire : elle sera donc « ses yeux ».
Des auberges mal famées jusqu’aux salons de la grande bourgeoisie, elle va l’aider à discerner ce que les grands maîtres de la peinture sont les seuls à voir : les vérités qui se cachent derrière les apparences. »


Retour sur la rencontre avec l’auteure organisée par Babelio :

Je vous écris après avoir participé à la rencontre de Sylvie Gibert, organisée par les éditions Plon et Babelio, que je remercie pour ce moment partagé et m’avoir permis de découvrir son roman. J’ai apprécié découvrir à quel point Sylvie Gibert a souhaité rester proche de la réalité, et respecter au mieux l’époque et le contexte historique. Notamment, la plupart de ses personnages sont tirés de personnes réelles. Et si les protagonistes ne le sont pas, c’est surtout pour ne pas risquer d’anachronisme.

Elle s’est notamment inspirée de documents, d’un journal d’une des peintres, de cartes postales et de cartes de l’époque pour retranscrire à la fois la vie de ces femmes dans l’Atelier Julian, qui fut le premier atelier très réputé ouvert aux femmes, les paysages de la ville de Bezons, les personnages.. Les multiples références aux peintres et personnages littéraires de l’époque sont autant de volonté de nous plonger dans la société culturelle de la fin du XIXe siècle que par plaisir d’évoquer des auteurs et artistes que Sylvie Gibert aime, à savoir par exemple Guy de Maupassant.

Le roman n’était  initialement pas prévu pour être un policier mais l’auteure a trouvé qu’il était nécessaire de lui apporter un peu plus d’élan, ce que ce genre permettait. Elle tenait cependant à ce que l’enquête ne soit pas, comme elle l’a souvent lu dans d’autres policiers, une intrigue qui aurait pu se passer dans n’importe quelle époque. Il était donc important pour elle que celle-ci soit en lien direct avec le 19e siècle et a donc mené sa propre enquête.

One Comment

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :