La Passe Miroir, Tome 1 (Les Fiancés de l’Hiver) et Tome 2 (Les Disparus du Clairdelune) de Christelle Dabos

le passe miroir 1
La Passe-Miroir #1 Les fiancés de l’hiver et #2 Les Disparus du Clairdelune
Ecrit par Christelle Dabos
Publié par Gallimard Jeunesse, 2014 et 2015
Jeunesse, Fantasy/Fantastique


Résumé :
« Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel. »


Note globale :

9/10

Coup de coeur 2015


ATTENTION : J’essaie dans mes chroniques d’éviter le plus possible de spoiler. Mais comme je parle ici des deux premiers tomes, je vais quand même évoquer deux-trois faits de l’intrigue qui vous dévoileront des bouts du premier volet et un peu du second. C’est léger, mais tout de même, je tiens à vous prévenir !


C’est avec plaisir et regret que j’ai lu d’une traite ces deux premiers tomes. Un très grand plaisir, parce que la lecture fût excellente, et même au-delà, elle m’a rendu le goût de ce que j’ai pu éprouver à la première découverte d’un tome d’Harry Potter. Un regret tout aussi grand qu’il me faut à présent attendre la sortie (trop) lointaine du troisième volet. Le point commun entre Christelle Dabos et J.K. Rowling ne réside pas moins dans leur œuvre (pas si similaire) que dans leurs qualités d’auteures ; il ne suffit pas de bien écrire, d’avoir de très bonnes idées, des personnages attrayants, des intrigues prenantes et un univers dense. Non, il faut avant tout être une véritable chef d’orchestre, capable de jouer avec ces ingrédients pour créer une œuvre capable de plaire à un large public.

Je ne prétends pas que Les fiancés de l’hiver sera tout autant transgénérationnel qu’Harry Potter. Il est fort probable que son postulat de départ et certains aspects très classiques de ses attributs rebuteront certains. Personnellement, le fait que les protagonistes sont des antagonistes condamnés à se fréquenter me faisait craindre une romance stéréotypée et prévisible au possible. Ophélie et Thorn ne brillent de ce point de vue pas d’originalité, il faut bien l’admettre. Elle est aussi lumineuse qu’il est sombre ; il est aussi social qu’elle est taciturne ; elle a une force d’attraction égale à la révulsion qu’il inspire à tout le monde… Le roman n’est pas tellement voué à vous surprendre, si ce n’est qu’au final, je me suis bien laissée prendre au jeu !

La raison est très simple : si le squelette des personnages (comme celui du roman – ou du moins du premier tome) semble très classique (et aurait pu même être cliché), ce n’est qu’une fine pellicule des nombreuses strates de la saga. Il serait insuffisant de vous énumérer les qualificatifs décrivant les personnages pour vous démontrer leur nuance. Celle-ci ne prend forme que par petits bouts tapissés dans le roman, nous donnant l’impression d’apprendre à connaître chacun des personnages au même rythme (proportionnel à un roman) qu’on découvre une personne tout juste rencontrée. On a d’abord un apriori, basé uniquement sur ce qu’on peut percevoir : son physique, les expressions de son visage, ses premières réactions et échanges avec nous. Puis, au fur et à mesure qu’on la rencontre, la personne commence à prendre forme devant nos yeux et à marquer notre regard d’une façon plus concrète.

Les personnages ne sont pas exempts d’un côté un chouïa trop parfait (lui, le calculateur qui a en réalité un sens du devoir sur-développé ; elle, qui est toujours prête à risquer sa vie coûte que coûte pour les autres). Lors de la lecture, toutefois, cela ne m’a nullement dérangé.

Bien évidemment, la myriades de personnages ne permet pas à l’auteure de procéder de la même façon avec tous et elle emprunte à la littérature jeunesse la capacité de donner forme à un personnage en quelques coups de mots bien choisis. Sur ce point, son style d’écriture est un délice et se prête très bien à l’exercice. C’est de celui-ci dont on lui doit notamment l’aspect très visuel du roman. Sans jamais nous étouffer de détails, elle nous dépeint merveilleusement son univers, auquel elle consacre un temps largement appréciable, et qui, dans les romans du genre, font parfois (même souvent) toute la différence.

les disparus du clairdelune

Je ne parle pas uniquement du décors, très alléchant, mais surtout du monde dans lequel évoluent les personnages : sa géographie, ses habitants, son histoire, sa mythologie, ses lois, ses intrigues, sa politique, ses mouvances… Bien qu’on se consacre dans ces deux premiers tomes à l’arche du Pôle, Christelle Dabos glisse dès le second volet, de plus en plus d’allusions au reste de son univers – quoi que j’aurais bien aimé que cela ne se contente pas de deux-trois personnages croisés sur la route et de quelques noms d’Arches. J’attends de ce point de vue de pied ferme les futurs tomes pour avoir un peu plus de détails sur ceux-ci.

Le folklore développé est alléchant, jouissif. Les deux tomes fourmillent de nombre détails qui, pour la fanfic-euse que je resterai toujours au fond de moi, sont un vrai délice. Sans parler des deux protagonistes pour lesquels on finit par ressentir de l’empathie, les personnages secondaires ne sont pas en reste, quoi qu’ils manquent encore un peu de relief (là encore, j’attends la suite pour voir cet aspect s’améliorer).

Il faut également évoquer ce qui permet au livre de captiver : la pluralité des intrigues. Et si la relation entre Thorn et Ophélie en fait partie, ce n’est pas à la romance dont je fais référence. Comme dit plus haut, ce serait presque un enrobage, quelque chose qui reste en suspens et que l’on guette. Vient alors le sentiment jouissif de l’attente, l’expectation : viendra ? viendra pas ?

Pour vous faire comprendre l’intérêt des relations entre les personnages, il faut préciser que la narration, bien qu’extérieure, est surtout axée sur le personnage d’Ophélie. C’est ainsi à travers ses échanges avec les autres personnages que l’on peut en découvrir plus sur l’univers, les intrigues et les personnages eux-mêmes. Les rencontres entre les deux protagonistes servent à cela : à donner plus d’épaisseur au roman et à l’intrigue. D’autant plus que Thorn est le seul à être en réelle mesure d’expliquer à Ophélie ce qui se trame dans son Arche. C’est également celui dont le passé est le plus développé, ce qui lui donne un vrai poids dans l’histoire et lui apporte plus de consistance. Et quand on y réfléchit bien, c’est le personnage le mieux construit de l’histoire.

Bien que chronologiquement successifs, les deux tomes m’ont semblé assez différents. Le premier se montre surtout introductif, bien qu’il ne soit pas dépourvu de fil conducteur ni d’action. Il prend le temps de poser le décors, le contexte, les personnages et tissent les premiers fils de l’intrigue. On suit Ophélie dans ses débuts au sein de la cour du Pôle, un monde diamétralement opposé au sien et où elle a du mal à faire sa place. Indubitablement, c’est un tome très chargé mais au vue de tout ce qui se passe dans le second volet, je regrette que l’auteure n’y est pas inséré plus d’éléments de l’intrigue principale. Ainsi, le prologue semble décalé, tant il répercute peu le reste du roman.

Parmi ces intrigues, l’auteure distille également nombre d’indices qui m’ont pas mal interpelées. Par certaines ressemblances dans la technologie employées, certaines créatures de mythologie et surtout des expressions utilisées, j’ai l’impression que la saga jongle véritablement entre le genre de fantasy et de fantastique. Le monde divisé serait-il vraiment la Terre ?

S’il me faut citer quelques défauts, je dirai qu’il manque un peu d’ampleur au récit, non dans l’intensité des intrigues, mais dans les thèmes qui fourmillent et ne sont pas vraiment exploités. Par exemple, la croyance, notamment, de la mythologie et des superstitions, auraient ainsi pu être des thèmes intéressants s’ils étaient développés autrement que par les intrigues qu’ils amènent (cela dit croustillantes) – mais cela ne va pas beaucoup plus loin. Les personnages secondaires sont tous attrayants, du fait de leur personnalité, la coloration qu’ils apportent au récit. Ils jouent pleinement à l’ambiance, l’atmosphère, dans laquelle est plongé le lecteur ; peut-être manquent-ils juste d’un peu plus de complexité, de nuances, car ils restent un peu stéréotypés.

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas non plus envie de pinailler. Rares sont les fois où je dévore deux gros pavés avec autant d’enthousiasme, et je regrette de ne pouvoir m’attaquer aussitôt au troisième. Il est certain que si l’attente se fait longue, une relecture des deux premiers tomes sera un délice le moment venu. J’ai un faible pour les univers bien construits, les fortes personnalités, les intrigues multiples. Mais c’est surtout la facilité avec laquelle Christelle Dabos réussit à nous emporter dans son monde, à faire évoluer ses personnages et peindre son univers que j’ai aimée. C’est donc avec un énorme coup de cœur que je vais ainsi achever 2015. Merci à l’auteure !

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