La belle mort – Mathieu Bablet

la belle mort

La belle mort
Scénarisé et dessiné par Mathieu Bablet
Publié par Ankama, 2011
Science fiction


« C’est comme ce film-là, tu vois : des insectes géants envahissent la terre et il reste plus qu’un petit groupe de survivants. »
« Et du coup, ils font quoi ces types ? »
« Ben justement, ils savent pas. »


Note globale :

5/10


S’il y a bien une chose que Mathieu Bablet n’a plus à me prouver dorénavant, c’est son indéniable talent de dessinateur. Et surtout, quel incroyable maître de la perspective ! Avec La Belle mort, première œuvre publiée, il m’impressionne dans la construction architecturale proposée. On est plongé dans un décors de métropole de fin du monde hyper réaliste et très jouissif tant il permet de se projeter dans cet univers. La qualité graphique de cette bande dessinée est cependant telle qu’on en vient à regretter un scénario qui ne suit pas. Hélas !

la belle mort seul au mondeDéserte. Dès les premières planches, nous sommes plongés dans le vide sidéral d’une grande ville abandonnée. Au centre, un homme pleure, se désole, déambule, perdu. Une fourmis abandonnée dans un vaste monde de béton où les innombrables locaux inhabités offrent une drôle de sensation. Rapidement, l’homme se fait tuer, et on comprend aussi abruptement que le monde s’est ainsi effondré. L’homme est en voie de disparition, il n’en reste plus que trois. Trois âmes abandonnées qui n’ont même plus l’esprit à se désoler d’un nouveau mort. Ils se sont donnés la règle de survivre coûte que coûte, même si cela signifie en abandonner un en route. Ils savent, de toute manière, que leur temps est compté : par la nourriture qui se raréfie en même temps que leur dernier chargeur. Bientôt, ils n’auront plus rien.

C’est donc l’histoire d’un monde post-apocalyptique. L’humanité s’est effondrée, et le court synopsis offert en quatrième de couverture – citation des personnages eux-mêmes – est la définition même de la première partie de cette bédé – la meilleure. Si les trois hommes semblent s’en sortir, ils n’ont cependant rien de professionnels de la survie. En réalité, à l’exception de deux-trois règles simples, ils sont tels que le résumé les dit : ignorants et incapables de savoir ce qu’ils peuvent faire, s’il y a même ne serait-ce qu’une chose à faire.

Dans cette première partie, on va ainsi les suivre dans leur cheminement qui n’a en réalité rien d’un chemin. la belle mort perspectiveIls avancent comme ils peuvent, fuyant coûte que coûte les insectes devenus monstrueusement grands, au gré de ce qui leur tombe sous la main et sans pouvoir trouver d’abri nulle part. J’ai aimé ces passages-là car j’ai trouvé l’atmosphère assez bien retranscrite. On comprend aisément à quel point ils se trouvent piégés. La fatalité de leur mort prochaine les rend complètement amorphe à leur propre sort, bien qu’ils n’en restent pas moins individualistes. Même sans espoir de survie, ils s’accrochent au désir de ne surtout pas mourir. L’un d’eux, que j’imagine être le plus jeune, s’entête à rêver d’un avenir, d’un après, et en devient peut-être finalement le plus humain des trois.

L’ambiance est telle que je me suis sentie oppressée et tendue en permanence dans la lecture. Il faut dire qu’il n’est pas difficile de se plonger dans son univers – terrifiant. Cette première partie offre un bel estampe d’un monde apocalyptique, tant dans la forme que le fond.

Le problème vient de la seconde partie où le scénario s’oriente vers un tout nouvel aspect qui m’a fortement déplu. Par crainte de vous gâcher la surprise, je préfère taire ce qu’il va s’y dérouler. Toutefois, je dirais qu’on tombe finalement – et c’est bien dommage – dans les stéréotypes d’une histoire post-apocalyptique. La pseudo-intrigue n’est pas parvenue à m’emporter, tant elle reste assez superficielle et mal construite. Surtout, avec une telle première partie, j’aurais préféré un tout autre axe de la bande dessinée – mais c’est aussi parce que j’aimais mieux l’idée qu’il développe une réflexion autour des derniers survivants, plutôt que d’une histoire plus tournée vers l’action et des retournements de situation – trop prévisibles.la belle mort planche

Finalement, les thèmes que l’on retrouve dans cette seconde partie sont redondants pour le genre et offrent finalement un aspect déjà vu et revu. La trahison. La théorie du complot. La mutation / prise de contrôle d’un autre corps. Et surtout le déterminisme. Ce dernier est celui qui m’a le plus déçu – au lieu d’être l’occasion de pousser une réflexion développée, il sert surtout d’excuse pour montrer superficiellement que l’histoire est plus poussée qu’elle n’en paraît. Pour moi, c’est paradoxalement la preuve d’un manque d’aboutissement, c’est utiliser de facilités déjà sur-usitées – surtout que rien de nouveau n’est proposé de ce point de vue.

Même si j’ai aimé ce qu’il a amorcé en première partie, la seconde a véritablement tout gâché – dans mon appréciation globale de cette bédé, en tout cas. Ma déception a été telle que je n’ai pas voulu me montrer généreuse et lui ai donné une telle note. Et si cela peut sembler sévère, je pense toutefois que Mathieu Bablet est un dessinateur dont on peut attendre le meilleur, et qui nous réserve probablement de belles surprises par la suite.


Autre œuvre de l’auteur chroniquée :

adrastée 1

Lusionnelle

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