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Je reviendrai vous voir – George Morikawa

je reviendrai vous voir

Je reviendrai vous voir
Dessiné et scénarisé par George MORIKAWA
avec la participation de Tetsuya YANO, Hiro MASHIMA, Ken AKAMATSU, Mitsurô KUBO, Kôji SEO, Hideo NISHIMOTO, Nobuyuki FUKUMOTO, Kazuki Yamamoto, Miki YOSHIKAWA, Makoto RAIKU
D’après l’oeuvre de NOBUMI
Oneshot
Publiée par AKATA en 2015
Témoignage, Autobiographie, Drame


« Nobumi est un jeune père de famille. Il est surtout auteur de livres illustrés destinés aux enfants. À l’instar de nombreux japonais, il sera, le 11 mars 2011, choqué à vie par la triple catastrophe qui s’abat sur son pays. Un peu naïf, et le cœur empli d’espoir, il décide alors d’envoyer gratuitement plusieurs milliers d’ouvrages jeunesse (dont les siens) pour distraire les enfants de la zone sinistrée. Mais quand il annoncera son don sur son blog, les réactions des internautes seront pour le moins… violentes ! Choqué et meurtri jusqu’au plus profond de son âme, Nobumi va alors vivre une véritable crise artistique, dont une seule issue sera possible : laissant pour plusieurs jours sa vie confortable de tokyoïte, il part en tant que bénévole volontaire, pour aider à la reconstruction de la zone sinistrée du nord est du Japon. Il y découvrira un paysage encore pire que tout ce qu’il avait pu imaginer… Suivez son émouvante histoire vraie, mise en dessins sous la plume des meilleurs mangakas japonais ! »


Note globale :

6/10


Je ne voulais d’abord pas noter cette oeuvre. Quand il s’agit de témoignage, et d’autant plus d’une autobiographie, j’hésite toujours. Je veux avant tout respecter l’exercice et la volonté de l’auteur de partager son expérience. Un vécu dont on ne peut saisir, qu’à une certaine mesure, toute la portée émotionnelle, psychologique, et peut-être bientôt historique d’un tel drame à la fois individuel et collectif. L’empathie aide, bien sûr, mais la compassion a ses limites – et c’est de cette limite, où se tapit le jugement hâtif, souvent inconscient, que je me dois d’y réfléchir. Finalement, j’ai opté pour un compromis : le manga en tant que création peut être apprécié et facilement noté ; mais cette appréciation ne reflète pas l’intérêt de cette oeuvre qui est bien réel.  Je m’explique.

Parlons d’abord de ce que je m’abstiendrai ici de juger : le fond. Vous l’aurez très certainement compris dans le résumé, l’événement tragique qui frappa le Japon en 2011 a ravagé les cotes japonaises et mit en péril le pays et ceux qui l’entourent avec la catastrophe de Fukushima. Je reviendrai vous voir n ‘est d’autre que le témoignage post-catastrophe de Nobumi, un jeune illustrateur de livres jeunesses. Comme tout le pays, l’artiste est bouleversé par ce qui s’est produit et cherche à tout prix un moyen d’aider à sa façon les victimes.

Il décide avec autant de naïveté que de bonnes intentions de se tourner vers ce qu’il sait mieux faire : distraire et faire rêver les enfants des villes dévastées afin de les encourager et les aider à surmonter cette épreuve. Son entreprise n’est cependant pas un franc succès et il reçoit de violentes critiques à son encontre. Choqué, perplexe, le désarroi de Nobumi est le reflet de ce qu’a dû ressentir la population japonaise. Mais quelques temps après, un ami le contacte et l’invite à se joindre à un groupe de bénévoles pour aller prêter mains fortes aux survivants.

je reviendrai vous voir_1Bien sûr, il accepte et se joint à la compagnie, tous aussi volontaires et pétris d’espoirs. S’en suit une véritable montagne russe émotionnelle où chacun réalise qu’aussi concernés qu’ils fussent par le sort de leur pays, aucun n’avait réellement compris l’ampleur des dégâts. Le décors est ce qui, dans ce manga, m’a le plus frappé : le héros face aux décombres est comme une fourmi devant une montagne. Cette image est d’ailleurs bien trouvée car c’est exactement ainsi que me sont apparus les sentiments de ces héros bien réels. Dès leur arrivée, toutes leurs illusions tombent et la joyeuse compagnie, qui transpirait de bonnes intentions, oublient jusqu’aux raisons qui les ont menées jusqu’ici. En peu de pages, l’auteur parvient assez justement à transmettre l’essentiel.

C’est d’ailleurs avec surprise que j’écris cet avis – finalement. En cours de route et à bien y réfléchir, mon appréciation a un peu évolué. Plus que tout autre chose, George Morikawa aura réussi à traduire le sentiment de cet auteur devant une telle épreuve, faisant probablement écho à la douleur même du Japon. Désarmé face à ce dont il n’aurait jamais suffisamment préparé, Nobumi est profondément partagé et se sent aussi abattu que le paysage qui l’entoure, offrant par là de belles réflexions. J’ai justement aimé retrouver cette complexité, ces paradoxes, ces contradictions, ce chemin noueux par lesquels le personnage passe durant tout le long du manga ; ça le rend à ces instants profondément réaliste et humain. La force de cette oeuvre.

Néanmoins, je dois dire regretter que la forme ne soit pas toujours à la hauteur. Il m’aura fallu du coup une bonne semaine (jusqu’à ce jour) pour apprécier ce manga à sa juste valeur. Et si je viens de réaliser ce qui est si positif dans Je reviendrai vous voir, je n’ai pas vraiment changé d’avis pour ce qui est du reste.

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Outre le fait que le chara-design n’est pour ainsi dire pas ma tasse de thé, il y a un vrai problème de proportion. Pas tant sur le visage – ce qui est assez symptomatique d’un bon nombre de mangas – mais sur le corps. Des poses sont mal rendues, le cadrage trop rigide, et le trait assez peu dynamique, même si chaleureux. Le dessin mis à part, le découpage de l’histoire ne m’a pas franchement convaincu non plus. Cela me paraissait sur-fait, et j’adhère assez peu à cette naïve innocence poussée à l’extrême, presque caricaturale. Alors, je sais bien que c’était volontaire de la part de l’auteur ; il cherchait ainsi à montrer les illusions d’un jeune artiste plein de fougue bercé dans son propre confort autant matériel qu’affectif. Cela devait permettre de renforcer encore plus la violente rupture qui devait se procurer à l’arrivée sur place et face à la réalité. Mais si l’objectif est évident, toujours est-il que cela transpire de maladresse. 

Malgré le fait qu’il y a bel et bien une réelle prise de conscience de la part des bénévoles et de Nobumi, il n’en reste pas moins que le manga est un trop plein de bons sentiments. (Et là je touche précisément à ce que j’évoquais en introduction : le point sensible.) On pourra sans doute me reprocher ce fameux jugement hâtif – ce n’est certainement pas à ma place de le dire. Mais je juge moins les intentions de George Morikawa et le fond de vérité dans ces passages trop fleurs-bleus que la façon dont ils ont été mis en scène, ou en avant si vous préférez.

Cela vient aussi du fait que l’on s’attache tout au long de l’oeuvre à ce qui a en partie provoqué le désir de Nobumi à se rendre sur les lieux sinistrés. Comme je l’ai dit en début de chronique, lorsqu’il a annoncé sur son site le  succès de sa première tentative d’aide aux victimes, les avis très négatifs, et même violents, ont moralement affecté l’auteur . A plusieurs reprises par la suite, il tentera de voir l’effet qu’ont ses actions sur la toile, et si cela est finalement assez révélateur de notre société actuelle, cela m’a aussi mis mal à l’aise. Je ne sais d’ailleurs toujours pas ce que j’en pense vraiment…je reviendrai vous voir_3

Ne méprenez pas non plus mes propos, toute la forme de ce manga n’est pas mauvaise ; il y a au contraire des cases qui m’ont touchées et même qui m’ont vraiment plu – surtout quand on considère le décors. Il faut également savoir qu’il s’agit d’une oeuvre collaborative : si George Morikawa a orchestré l’ensemble du manga et reste maître au dessin comme au scénario, on peut retrouver sur certaines planches des traits familiers, des personnages connus. Par exemple, j’ai été surprise de reconnaître les héros du célèbre Love Hina de Ken Akamatsu.

Je reviendrai vous voir est un fin ouvrage que j’ai finalement du mal à jauger. Autant je dirais l’avoir vraiment apprécié, de par son thème bien traité, de par son personnage dont les réflexions et de par la justesse de certains passages. Autant je ne peux pas non plus dire que ce fut une expérience aussi réussie à cause malheureusement d’un esthétique qui n’est pas à mon goût, de maladresses qui rendent la lecture un peu lourd et de trop bonnes intentions qui enjolivent malgré tout le témoignage. De fait, il ne me reste plus qu’à conclure ainsi : faîtes-vous votre propre idée, je vous l’assure : ça vaudra le coup. 

 

 

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