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I.R.L. d’Agnès Marot

Très chouette découverte que ce roman d’Agnès Marot. C’est un mélange savant du jeu Les Sims, 1984, Fahrenheit 451 ou encore The Truman Show modernisés dans une fable d’anticipation et visiblement inspiré des réflexions de Chloé Delaume (qui rejoint la longue liste d’auteurs que l’auteure nous invite généreusement à découvrir). Une histoire prenante et bien écrite, autant dire : un très bon page turner.

Chloé Blanche est une jeune fille ordinaire : adolescente amoureuse du nouvel élève, maladroite et pas très populaire, vivant difficilement le divorce de ses parents. De prime abord, les personnages qui l’entourent sont plus ou moins caricaturaux. Toutefois, le récit commence d’une telle façon qu’il n’est pas possible d’ignorer que cette vie édulcorée de lycéenne ordinaire cache un réalité alternative née de contrastes – parfois peut-être trop forcés, mais qui n’en restent pas moins efficaces dans ce qu’a voulu faire passer l’auteure. Les quelques réserves que j’avais  ont très rapidement été balayées par le style d’Agnès Marot et les quelques clés qu’elle offre dès le début pour titiller notre curiosité.

Quel choix judicieux a été de commencer le roman par une diffusion en direct de Chloé, s’adressant à un public qui connaît tous les détails de sa vie privée sans rien savoir de ce qui est en jeu, notamment dans leur propre vie. Le roman a une découpe singulière, jonglant dans les différents temps de récit  avec aisance (et pas uniquement un banal passé / présent) sans jamais nous perdre au passage. Cela permet de ne pas tomber dans linéarité monotone qui aurait alors manqué de peps – autant dire que la lecture en est très fluide et rapidement addictive.

En même temps qu’on s’intéresse évidemment à la personnalité des personnages, et de Chloé évidemment, à leurs ambitions, obsessions et angoisses, l’idée principale du roman s’articule intelligemment autour de la liberté. Là où Agnès Marot fait fort, c’est justement dans sa capacité à mener une vraie réflexion sur ce thème passionnant, actuel, qui est le vrai cœur du roman. Tout, dans les questionnements des personnages, l’action menée et l’intrigue principale se concentrent sur ce débat : qu’est-ce que la liberté ?

D’autres questions sont inhérentes – inévitables – au contexte. A quel point une intelligence artificielle, un programme, peut devenir autonome ? Et par cette autonomie, par le développement d’émotions humaines, peut-on admettre qu’elle puisse devenir humaine ? (Et finalement, qu’est-ce qui définit l’humanité ? Est-ce un corps, un concept, des actes, une condition, etc. ?)

Petite répétition de mon introduction, mais ce que j’ai apprécié en particulier dans ce roman, ce sont bien évidemment ses multiples références. Loin d’un étalage  vaniteux de culture littéraire, cinéphile ou musicale, elles agissent plutôt comme une illustration, une mise en exergue de ce qui est en jeu et de la réflexion portée, de ce dont traite le roman. Toutes les références ont une signification et une répercussion dans I.R.L., généreusement explicitées en fin de roman (une excellente idée, d’ailleurs). C’est également une invitation à aller plus loin, à continuer la réflexion initiée dans I.R.L. à travers d’autres auteurs et d’autres œuvres.
(Je note d’ailleurs les livres de Chloé Delaume : « La Vanité des Somnambules » et surtout, celui cité dans le roman : « Corpus Simsi ».)

Premier roman que j’attaque de la chouette collection « Électrogène », autant dire que je suis plus que ravie de mon choix. Agnès Marot possède une plume efficace et moderne, capable de vous offrir un roman divertissant, original (dans un thème et un genre pourtant déjà connus de par ailleurs) qui traite en profondeur les thèmes qu’il se propose de porter. J’en redemande !


IRLI.R.L.
Écrit par Agnès Marot
Publié par Gulf Stream, 2016
Anticipation, Young Adult, Réalité Virtuelle
18€, Broché

Résumé :
« Chloé Blanche a grandi à Life City. Comme tous ses habitants, elle ignore qu’ils sont filmés en permanence. Elle ignore qu’ils sont un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. Elle ignore qu’ils sont les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. »

4 Comments

  1. Je suis justement en train de le lire… Et j’ai plein de choses à en dire (d’ailleurs je prends des notes pendant ma lecture, ce que je ne fais jamais!)

    • Je commence aussi à mettre des post-its partout. ^^
      J’ai hâte de savoir ce que tu en auras pensé ! J’espère que ça te plaît jusque-là ? 🙂

  2. Je n’ai lu que ta conclusion pour découvrir au maximum quand je l’aurai, mais j’ai hâte hâte hâte. Et je n’en entends que du bien de ce bouquin.

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