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Xenia – Panos H. Koutras

affiche

Xenia
Réalisé par Panos H. KOUTRAS
Interprété par Kostas NIKOULI, Kikos GELIA, Ageelos PAPADIMITRIOU (en voir plus)
Drame
2014


« A la mort de leur mère, Dany et son frère Odysseas, 16 et 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu. Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque. Dany et Ody se sont aussi promis de participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure. Ce voyage mettra à l’épreuve la force de leurs liens, leur part d’enfance et leur amour des chansons italiennes« 


Note Globale :

8/10


Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce film et beaucoup de points positifs à relever. Nulle longueur ne vient appesantir les deux heures de vagabondage en pleine Grèce que nous suivons en compagnie de deux frères atypiques, Dany et Odysseas – dont le prénom définie très bien le film. C’est une histoire d’amour fraternel, de conquête d’une identité tant celle du père que celle des fils, de la réalisation d’un rêve et de chansons italiennes. Xenia est un film émouvant, enrichissant et fascinant qu’il ne faut pas rater.

Nés tous deux d’une mère albanaise, Dany et Odysseas sont deux enfants apatrides, c’est-à-dire que s’ils ont vécu toute leur vie en Grèce, n’ayant pas été officiellement reconnu par leur père grec, ils ne possèdent pas la nationalité du pays. Ils sont donc susceptibles, dès leur majorité, d’être renvoyés en Albanie, un pays où ils sont quelque part tout autant étrangers que dans celui où ils sont nés, comme le dira si bien Odysseas à Maria (« Nulle part nous ne sommes chez nous, et quelque part, nous sommes chez nous partout. »).

Tout commence après la mort de leur mère, Dany quitte la Crète de son enfance pour rejoindre son frère à Athènes et le persuader de partir à la recherche de leur père afin de le convaincre de leur donner ce qui leur a toujours été dû : la nationalité grecque.

Xenia raconte ainsi la quête de deux frères à la recherche d’un père inconnu qui représente pour eux non seulement la paternité mais aussi l’espoir d’obtenir le droit de résider légalement dans leur pays. Mais Xenia parle aussi de la quête de reconnaissance, d’un héritage, d’une identité. Dans une odyssée homérique, les deux frères vont réapprendre à se connaître, à se faire confiance et s’aimer, chacun à leur façon et à travers leur amour commun des musiques italiennes.

Centrale dans tout le film, la musique est très justement utilisée. Quête elle-même d’Odysseas à la recherche d’un avenir, et de Dany dans le rêve formulé autrefois par sa mère, la musique est aussi omniprésente que la mère est physiquement absente. Et pourtant, dans ce concours de musique, comme dans tout le film, cette dernière reste toujours présente, comme un fond sonore, représentée par la chanson « Tutt’al Piu » de Patty Pravo et la chanteuse elle-même que l’on verra plusieurs fois à travers les visions/fantasmes de Dany.

Xenia_geantdidodany

Le film commence par l’opposition entre Dany, un adolescent mignon, déluré, et l’acte sexuel manqué avec un homme plus âgé. Tout de suite, est ainsi mis en évidence la dualité du personnage avec l’univers qui l’entoure et auquel il a du mal à se fondre. Ouvertement homosexuel, avec une dégaine et une attitude insouciante, enfantine, culottée, dans une Grèce homophobe et xénophobe, où les enfants apatrides sont légions, Dany nous apparaît tout de suite attachant tant il nous paraît encore jeune, naïf, et bien qu’il se donne des airs durs et revêches, encore fragile.

Cette fragilité est d’autant plus mise en avant qu’elle dévoile l’attachement du jeune homme à ses illusions d’enfant. Ainsi ses nombreuses visions, rappelant sa mère défunte. Ainsi son lapin imaginaire, Dido, une peluche qui apparaîtra comme réelle durant toute la première moitié du film où Dany est encore plongé dans le voile d’innocence de l’enfance pour finir par disparaître à travers un ultime fantasme où il apprend au jeune homme qu’il a « bien grandi » et qu’il est donc temps pour lui (Dido) de s’en aller.

Dany est encore plus attachant qu’il y a deux facettes en lui : celle d’un adolescent encore très jeune et insouciant mais aussi l’homme qui a dû s’occuper très tôt de sa mère, ancienne chanteuse ayant sombré dans les drogues, après que son père les ait abandonnés et que son frère aîné soit parti vivre chez son oncle à Athènes.

On perçoit également en lui cette peur de l’abandon – comme le démontre son attachement avec Dido – et aussi cette volonté de se battre contre tous les fronts qui s’opposent à lui : la menace d’expulsion qui plane déjà sur tout enfant apatride majeur – dont son frère – ; l’homophobie et le fascisme ; la double nationalité – et quelque part l’absence de nationalité – dans lesquelles les deux frères ne parviennent pas à se reconnaître ni tout à fait grecques ni tout à fait albanais ; leur père, un fasciste, qui refuse de leur faire face ; son frère qu’il doit convaincre de la nécessité de leurs quêtes (celle du père et du concours musical).

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Xenia est aussi et surtout un film de complicité et d’amour fraternel. Ces frères que tout semble séparer au début vont au fil de l’épopée (ré)apprendre à se connaître, à s’apprécier, à se disputer et se pardonner l’un l’autre, et accepter la différence de l’autre, à ne faire qu’un et se protéger contre tout, même lorsque l’autre a tord… Le lien qui unit Dany à Odysseas est palpable, sensible, fragile, et nous pousse à les aimer tous deux. Ils sont attachants l’un et l’autre, dans leur façon d’être aussi semblable que différent. Xenia est ainsi remplie de très belles scènes entre les deux frères : ma préférée reste la soirée d’anniversaire d’Odysseas dans l’hôtel abandonné ayant donné le titre au film et la chorégraphie si représentative des années 70.

A travers un film acidulé aux couleurs pop des années 70, le réalisateur nous offre une épopée homérique à travers une Grèce haute en couleurs, parsemée d’onirisme (ainsi la scène nocturne où les deux frères s’endorment dans une petite barque filant au gré du courant, ainsi les visions de Dany…). Et si l’univers semble globalement déluré, léger, loufoque, Xenia ne manque ni de profondeur ni de sensibilité et nous fait voir, à travers les yeux de Dany, une Grèce moderne et aux multiples visages.

Rythmé, bien réalisé, et très bien interprété (avec un petit + pour Kostas Nikouli), Xenia a donc été, pour moi, un véritable coup de cœur de l’année 2014.

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