Jersey Boys – Clint Eastwood

Affiche_Jersey Boys

Jersey Boys
Réalisé par Clint EASTWOOD
Interprété par John Lloyd YOUNG, Vincent PIAZZA, Erich BERGEN, Michael LOMENDA, Christopher WALKEN (en voir plus)
Biopic, Comédie musicale
2014


« Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe « The Four Seasons » qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale… « 


 Note globale :

6/10


Je viens de quitter la salle obscure, et je ne sais pas quoi en penser.

Voilà ce que j’ai ressenti en sortant du cinéma, et bien que je sois parvenue à me décider sur la note, celle-ci reste quand même floue. Certes, j’ai passé un moment sympathique, mais quand il s’agit de Clint Eastwood, qui a été longtemps mon réalisateur préféré, celui dont j’avalais les films avec passion, « un moment sympathique » équivaut presque à dire que je n’ai pas aimé. Or, ce n’est pas non plus le cas. Alors, que vous dire ?

Jersey Boys est tiré de la comédie musicale éponyme de Broadway qui s’inspire de la carrière d’un des rares groupes ayant réussi à survivre un peu à l’arrivée des Beatles aux Etats-Unis. Elle raconte l’histoire d’un quatuor « The Four Seasons » qui dans les années 60 ont enflammé les cœurs par des tubes devenus mythiques. Quatre personnalités qui vont colorer le film comme les chansons en prenant chacun à son tour le devant de la caméra pour présenter les faits de leur histoire.

C’est d’ailleurs le principal trait original du film que j’ai réellement apprécié. L’aparté que les quatre chanteurs font à tour de rôle pour expliquer les étapes de leur évolution en tant que groupe apporte une dimension picturale et pour le coup vraiment bien trouvée dans ce biopic.

Quatuor_Jersey Boys

Pour autant, je dois dire que, sans m’être ennuyée, j’ai eu du mal à me plonger dans Jersey Boys, alors qu’il y a pas mal d’éléments qui auraient pu me plaire. Ou plutôt s’ils m’ont plu, ils n’étaient cependant pas suffisant pour me faire apprécier le film à la valeur que j’aurais voulu lui attribuer.

Peut-être est-ce parce que je finis par me lasser de la touche Eastwood ? Pas si sûre. Surtout que le film, tout en montrant une partie de la face cachée du succès ne pousse pas la critique ni tellement la réflexion – sans toutefois être idiot. On dirait plutôt une sorte de constatation morne et si le regard amusé du réalisateur apparaît à travers une touche d’humour qui lui est propre, celle-ci ne suffit pas à apporter à Jersey Boys un réel intérêt.

Le sentimentalisme de certaines scènes est également un peu surfait. Pour autant, j’apprécie de ne pas voir, pour une fois, l’histoire de nouvelles stars qui se détruisent parce que le succès leur est monté à la tête. Non, les quatre personnages ne vont pas tant changer que cela – même s’il y a bien une évolution. Si le groupe finit par se briser, ce n’est pas tellement dû à leur gloire qu’à leur réelle personnalité, celle qu’ils possédaient déjà avant de commencer et qui, en prenant de l’âge, a fini par les éloigner tout à fait.

Concert_Jersey boys

Clint Eastwood ne joue pas de démesure ni de trop d’exacerbation, et ramène tout de suite à la réalité. S’ils ont du succès, les personnages ne sont pas non plus des héros et restent humains. Ainsi Frankie Valli, le chanteur vedette faisant de l’ombre à ses partenaires par sa voix incroyable et unique, mais qui échoue en tant que mari et père. Sans parler de Tommy DeVito qui, en plus d’être machiste, égoïste et voleur, est accro aux jeux et amoncellent une dette colossale, signant le glas au groupe.

Celui que j’ai également apprécié, c’est finalement Nick Massi, le plus discret des quatre mais dont les quelques interventions seront, pour moi, les meilleures du film. Elles rappellent notamment que si le groupe n’a pas tenu, ce n’est pas tant à cause du succès ou même de l’argent, mais de l’égo de chacun. « All right, I’ll be honest with you, it coulda been an ego thing. Everybody wants to be up front. But if there’s four guys, and you’re Ringo…Better I should spend some time with my kids. »

JERSEY BOYS

On ne peut pas dire que le jeu des acteurs soit particulièrement remarquable. Toutefois, il faut noter l’étonnant éclairage qui est ici assez différent de ce que Clint Eastwood propose depuis au moins Million Dollar Baby. Il y a aussi la scène de clôture qui est de loin la plus entraînante du film, pulsée par une musique pop qui parlera forcément à toute la génération des années 2000, et qui se poursuit par une série de gros plans sur l’ensemble des personnages réunis exactement comme dans un show de Broadway.

Malgré des qualités indéniables, Jersey Boys souffre d’un choix scénaristique peu concluant. Retracer toute la vie artistique du groupe (et personnelle, pour ce qui est de Frankie) aura eu raison des 2h14 qui se font malheureusement bien sentir. Je n’ai pas vraiment compris pourquoi c’était aussi long. Le tout manquait de rythme, de peps, de nuance – dont seule la scène de rupture dans le salon de Gyp fait preuve.

Finalement, les seuls mots qui me viennent à l’esprit pour décrire Jersey Boys, c’est que le film est « correct » mais un peu trop « plat ». Je suis donc déçue de ce que nous propose Clint Eastwood. Même dans « Au-delà » que j’ai aimé dans une certaine mesure et qui m’apparaît comme inabouti, le réalisateur nous donnait une vision intéressante du thème qu’il traitait. Dans ce biopic, il ne nous propose rien, ou bien trop peu. Et si ce n’était l’aspect musical très réussi (dont une BO très agréable), et deux-trois scènes qui m’ont vraiment plu ainsi, je retirerai probablement le point généreusement offert…

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