Gone Girl – David Fincher

Gone GirlTitre – Gone Girl
Réalisateur – David Fincher
Année – 2014
Adapté du roman – Gone Girl de Gillian Flynn
Genre – Adaptation, Thriller
Acteurs – Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris (voir détails ici)


« A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ? »


Note globale :

7/10


Adapté du best-seller éponyme, Gone Girl faisait miroiter son arrivée à l’écran. La bande d’annonce était alléchante, et on s’est rapidement jeté dessus pour nous faire une idée du résultat. Par chance, je n’ai pas lu le livre, aussi ne craignais-je pas de m’ennuyer – quoi qu’il semble que le scénario ait été remanié à cet effet. Qu’est-ce que j’en ai pensé ? Globalement, j’ai trouvé le film réussi dans la façon dont il a été réalisé, dans la gestion du rythme et la, voire les, montées en puissance du suspense et ce, malgré un scénario qui, parfois, frôlait peut-être le grotesque, sans parler de sa linéarité. Je m’explique.

Gone Girl, c’est l’histoire d’un homme dont la femme disparaît le jour de son anniversaire ; le rêve américain s’effondre. Dans la maison parfaite d’un jeune couple aisé, la table basse brisée du salon et quelques taches de sang renversent le tableau. Un tableau qui, finalement, ne change pas tellement à ce que l’on voit aujourd’hui ; le divertissement banal de voir à l’écran des gens haut perchés tomber de leur chaise d’or. Dès le début pourtant, quelque chose semble ne pas se conforter à ce simple mirage. Il y a un truc qui cloche, mais alors que l’inspecteur de police inspecte la maison, entraîne le mari au commissariat, l’interroge, le laisse appeler ses beaux-parents, retrouver sa sœur… Impossible de mettre la main dessus.

Gone girl - nick

A la rencontre des beaux-parents, le voile commence à se lever, alors même que la voix off raconte le point de vue de l’épouse. D’une part, le tableau se voit détourné d’un point de vue nouveau et intéressant : la théâtralisation du drame – et on pourrait dire la monétisation – par les parents prêts à sauter sur la moindre occasion pour tirer profit du succès de leur fille. « Glacé » serait le terme idéal pour décrire l’impression générale laissée par la mise en scène de l’American Dream ; la maison parfaite, les vitres chromées d’une belle grosse voiture, pratiquement, si ce n’est entièrement, neuve, les décorations riches de l’intérieur… mais un bonheur froid, si ce n’est inexistant, évoqué ci et là, à travers des souvenirs trop parfaits pour être vrais. Le jeu des apparences est finement mené, me mettant personnellement mal à l’aise dès l’entrée du film.

Tout doit être fait pour ne jamais perdre la face, du moins, publiquement. C’est l’enjeu véritable, plus encore que la liberté, plus encore que l’innocence – sauver les apparences est la seule règle du jeu médiatique. Ainsi le démontre l’omniprésence de la caméra – double, quelque part – de celui qui filme ceux qui tombent sous les lumières des projecteurs, flashs des photographes, des news télévisés. A ceux qui étaient placés dans l’idéal de vie, le sommet de la société, et qui représentent l’atteinte même de ce rêve, rien ne peut être pardonné. S’il n’est pas blanc comme neige, le parfait idyllique, l’américain rêvé est littéralement lynché. Alors, commence la course aux duperies, à qui annonce quoi le premier, pour se faire expié ou être massacré, pointer ailleurs le viseur des rapaces les plus coriaces, et des crédibles les plus insatiables. Reste à se poser la question de notre place, à nous, qui après avoir vu la bande d’annonce, nous retrouvons finalement sur les mêmes bancs que tous ceux qui, dans Gone Girl, attendaient les infos du jour pour en savoir plus. Finalement, qui sont les plus crédibles ?

Gone Girl - nick et sa femme

Voilà la force de Gone Girl de David Fincher ; un thriller froid et machiavélique, qui saura faire monter en puissance son suspense sans ménager le spectateur pris en haleine, et à plusieurs reprises à chaque revers que prendra le film. On peut souligner la très bonne réalisation du film, le très bon jeu des acteurs et l’ambiance musicale qui saura très bien vous emmener là où le réalisateur le souhaite et qui joue sur la tension permanente du film. Sur ces points, rien à redire.

Cependant, car il y a un « mais », je dois dire que si le début m’a absolument convaincu et m’a amené où il le voulait, atteinte la seconde partie – alors que le premier revirement a eu lieu (au moment où la voix off achève de lire le journal, pour ceux qui l’ont vu) – j’ai senti décroître mon enthousiasme. Le scénario prenait curieusement, malheureusement, un chemin plus linéaire, car si les trois grandes montées en puissance sont réussies, il n’est pas compliqué de se rendre compte que, finalement, nous suivons un schéma plutôt clair et simple ; du point A, on se retrouve simplement au postulat B, qui mène au C, lequel va s’achever sans détour sur le point D final. (Oui, je sais, vous n’avez pas besoin d’un tel tableau pour me comprendre, mais je tenais à insister quand même dessus, car c’était vraiment dommage vis-à-vis de ce que le film laissait présager.)

Gone girl - dispute

D’autre part, j’ai trouvé cela curieux que le personnage X (dont je tairais le nom pour essayer de ne pas vous spoiler) qui s’est montré si ingénieux dans le plan de son crime, se montre d’un coup aussi naïf, prévisible, maladroit et surtout très peu précautionneux. Mais cela n’était rien encore , car le scénario finit par faire une telle surenchère dans ses tournures que j’ai littéralement ri une bonne partie du temps qui restait. « C’est Grotesque ». me suis-je dit, amusée. Cela semble devenir une véritable farce à la fin, perdant, pour ma part, pas mal de crédibilité.

Et cependant, là où David Fincher a tout bon, c’est que malgré tous ces retournements rocambolesques et trop-gros-pour-être-vrais, on s’amuse vraiment bien. Je dois dire avoir passé un très bon moment en regardant Gone Girl, même s’il est vrai qu’en transformant le personnage X ainsi, la seconde partie du film (à compter du premier rebondissement que j’ai évoqué) perd un peu de cette critique de la société américaine, de ce tableau du mari infidèle, peu touché par les événements – en dehors de sa position de coupable numéro un, bien sûr – et médiocre, et des charognards que son ses parents…

Pour conclure, Gone Girl est donc un thriller glaçant de machiavélisme tant de par le revers du tableau dressé sur la société américaine que par l’instable personnage X (dont j’espère ne pas avoir trop dit !). Bonne réalisation et de acteurs parfaits dans leur rôle – même si je dois admettre avoir ri en voyant à l’écran Neil Patrick Harris (l’éternel Barney de How I met your mother) – le film est un très bon spectacle qui se laisse bien voir.


Bande d’annonce

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