Chroniques cinéma

Gemma Bovery – Anne Fontaine

Gemma Bovery_affiche

Titre – Gemma Bovery
Réalisation – Anne Fontaine
Année – 2014
Genre – Adaptation, Comédie, Drame
Acteurs – Fabrice Luchini, Emma Arteton, Jason Flemyng (voir détails ici)


« Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l’occasion est trop belle de pétrir – outre sa farine quotidienne – le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie… »


Note Globale :

6/10


En 2010, Stephen Frears proposait une adaptation de la bédé Tamara Drew de Posy Simmonds. Avec notamment Emma Arteton en tête d’affiche, le film était un divertissement assez sympathique, idéal pour l’été, avec ce qu’il faut de comédie et de second degré pour passer un bon moment. En 2014, c’est au tour d’Anne Fontaine de nous proposer une nouvelle adaptation de l’oeuvre de Posy Simmonds : Gemma Bovery est en effet la digne héritière de son ainée, quoiqu’un peu plus française dans sa touche finale. Et ce n’est pas peu dire. Vous en voulez la preuve ?

Première preuve : l’actrice principale. Qui d’autre qu’Emma Arteton pour reprendre le rôle principal ? Un rôle, certes, avec quelques touches différentes mais qui ne peut que nous rappeler Tamara Drew : dans ce dernier, Tamara revenait dans son village natal où elle attire l’attention de tout son ancien voisinage qui s’étonne de la voir aussi belle. Dans Gemma Bovery, Gemma est une nouvelle venue en Bretagne où elle charme immédiatement les locaux par sa beauté, son charme anglais.

Gemma Bovery_Emma_Luchini

La seconde preuve est l’humour qui perle dans les deux œuvres qui proposent autant de caricature et de critiques de la bourgeoisie anglaise comme française notamment pour ce dernier film. Le ton décalé, léger, ironique est bien présent dans les deux.

La troisième preuve : le lieu. La France pour Anne Fontaine et l’Angleterre pour Stephen Frears peu importe : nous sommes dans tous les cas plongés dans la campagne, dans un lieu reculé où il n’y a pas grand chose à faire, où les gens s’ennuient, où les couples se lassent, où l’arrivée d’une nouvelle fait bien entendu les vagues et attirent toutes les attentions. Dans les deux cas, qu’a donc à offrir ce nouveau lieu pour l’héroïne ?

Rien, si ce n’est l’ennui. Tout comme dans Tamara Drew, il est fortement présent dans Gemma Bovery dont il n’est pas difficile de remarquer la similarité du personnage et des événements avec le très célèbre roman de Flaubert. Et pour cause : Gemma est la transposition directe de Madame Bovary. Tout comme elle, Gemma est enfermée dans une vie monotone, elle s’ennuie et se languit d’amour, d’exaltation, de rebondissements, quitte à tomber sous le charme d’un jeune prétendant tout  Et qu’est-ce ceci qu’une quatrième preuve de la similitude avec le précédent film dont la bédé est inspirée du roman Loin de la foule déchainée de Thomas Hardy ?

Gemma Bovery_Luchini

Mais bien sûr, tout n’est pas similaire dans les deux films, et je dois dire que Gemma Bovery n’est peut-être pas aussi bon que son aîné. Parce qu’il ne propose rien de plus ? Peut-être. Mais aussi parce qu’il y a un peu de longueurs, légères, mais bien présentes et beaucoup moins de finesse, malheureusement. Par exemple, les moments où la caméra marque le regard appuyé de Martin sur les formes plantureuses de Gemma auraient pu être écourtés – l’effet désiré tombant à plat, du coup.

Si j’apprécie comme toujours le personnage de Fabrice Luchini – plus encore que celui de Martin, finalement – l’éternel bougon, avec sa diction particulière, son amour des livres, cela devient peut-être un poil rébarbatif. J’ai autant de plaisir à le voir jouer, mais je m’amuse peut-être un peu moins. Ainsi la réplique ci-après, certes comique mais qui en devient un classique de l’acteur ; quand Martin répond à son fils lorsque ce dernier déclare préférer Call of Duty à Flaubert  : « J’aimerais mieux que tu te drogues plutôt que d’entendre des conneries pareilles« .

Quant à Emma Arteton, elle tient idéalement son rôle et a tout pour bien le servir. Son charme crève l’écran et nous atteint comme Martin. Nous l’observons dans son quotidien, son ennui, sa recherche désespérée de trouver dans cette campagne morose un peu d’étincelle à sa vie monotone. On ne peut pas dire que ce casting-là fait défaut. Mais on ne peut s’empêcher de se souvenir de Tamara Drew dont le jeu et le rôle finalement n’étaient pas bien différents…

Gemma Bovery_Emma

Néanmoins, Gemma Bovery a ceci d’appréciable que le héro, Martin, est spectateur, voir double spectateur de cette histoire. Tout d’abord parce qu’il n’est pas tant subjugué par Gemma que par la Madame Bovary qu’elle représente à ses yeux, allant jusqu’à confondre son fantasme littéraire à la personnalité de la jeune mariée, alors jusqu’à s’immiscer dans sa vie et à  la pousser à suivre le chemin plutôt tragique de son héroïne. « Je me serais cru metteur en scène » dit-il alors qu’il observe la rencontre entre Gemma et Hervé, qui dans sa tête devient Madame Bovary et de Rodolphe Boulanger.

Puis et surtout parce qu’il prend possession du journal intime de Gemma, nous permettant donc d’apprendre tout ce que lui-même n’a pas pu observer. J’ai trouvé que c’était une mise en scène plutôt réussie et qui nous laisse vraiment savourer le déroulement de l’histoire.

Malheureusement, tout cela n’a pas suffi à faire de Gemma Bovery un bon film. Sa véritable note aurait dû être celle de la moyenne : parce qu’il manque de justesse, de maitrise… de quelque chose. C’est ce quelque chose qui, faisant défaut, frustre un peu le spectateur partagé entre le plaisir procuré par l’histoire et la mise en scène – celle finalement de l’œuvre de Posy Simmonds et de la position idéalement définie de Martin – et le fait que cela ne suffit pas pour autant à le faire aimer l’œuvre dans sa globalité. Un petit point supplémentaire néanmoins est amplement mérité en ce qu’elle donne envie de découvrir la bande dessinée originale, et Flaubert. A cela, rien à redire !


Bande d’annonce

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