Bird People – Pascale Ferran

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Bird People
Réalisé par Pascale FERRAN
Interprété par Anaïs DEMOUSTIER, Josh CHARLES, Roschdy ZEN, Camelia JORDANA, Akéla SARI (en voir plus)
Drame, Frantastique
2014


« En transit dans un hôtel international près de Roissy, un ingénieur en informatique américain, soumis à de très lourdes pressions professionnelles et affectives, décide de changer radicalement le cours de sa vie. Quelques heures plus tard, une jeune femme de chambre de l’hôtel, qui vit dans un entre-deux provisoire, voit son existence basculer à la suite d’un événement surnaturel.« 


Note Globale :

9/10


Premier film que je vois de la réalisatrice Pascale Ferran, Bird People est également un véritable coup de cœur, tant par la réalisation et l’histoire que par les acteurs qui la portent – en particulier Anaïs Demoustier. C’est une histoire de transition, de renouvellement, de liberté où les envolées poétiques servent autant à l’esthétique du film qu’au message principal.

Bird People parle de transition tant par les lieux où se déroulent la majorité des scènes – une gare, le RER, le bus, la voiture, l’aéroport et ses pistes d’avions, l’hôtel et ses chambres donnant pleine vue sur les avions en plein décollage (à moins d’une erreur, je ne crois pas avoir vu d’atterrissage) – que par les deux héros et leur métamorphose.

Lui, Gary Newman, est un homme d’affaire surmené par le travail, les multiples voyages d’affaire et le stress que tout cela engendre. Sa dernière nuit à Paris, alors qu’il doit encore décoller pour Dubaï, une crise d’angoisse va le décider à se reprendre en main et tout arrêter. Elle, Audrey Camuset, est une jeune femme vivant de son travail de femme de ménage à l’hôtel Huston – où se trouve donc Gary – après avoir abandonné la fac et quitté son copain. Elle vit dans un étroit appartement au cœur de Paris où elle aime le soir regarder ses voisins – elle se projette dans ces vies qui, face à la sienne monotone et peu palpitante, semblent plus enviables.

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Gary possède tout : une femme, un fils qui l’aime, une carrière brillante – une situation et un foyer stables. Audrey n’a rien de tout cela et y aspire. Et pourtant, tous deux se sentent privés de liberté, enchaînés par des multiples contraintes. Mais si lui décide de prendre ses ailes en abandonnant tout ce qui le retient, elle va littéralement prendre son envol en devenant un moineau.

Le film est découpé en deux parties, chacune se concentrant sur la métamorphose de chacun des personnages. Dans la seconde, Bird People prend soudain des tournures surréalistes quand Audrey devient un petit moineau. On assiste alors à une renaissance : ses premiers pas, ses premiers battements d’aile, la première fois où elle va se lancer dans le vide, etc. D’abord incrédule et guidée par sa nature humaine, la voix d’Audrey commente tout ce qu’elle vit et voit, faisant agir le moineau d’un façon assez légère, cocasse, et pourtant crédible.

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Et c’est toute la force d’Anaïs Demoustier : elle nous fait partager toute l’émotion d’Audrey avec une telle aisance, une telle force, qu’on ne peut qu’être atteint à notre tour d’euphorie. On est aussi surpris qu’elle par cette étrange tournure des évènements – rien alors ne nous y préparait – et on se sent aussi exalté qu’elle tandis qu’elle survole Paris, les alentours de l’hôtel, les couloirs de l’aéroport Charles de Gaulle, la découverte de la nature… Et au fur et à mesure qu’Audrey semble s’épanouir dans cette nouvelle forme de liberté, sa voix s’éteint, le petit oiseau redevient sauvage.

Ces envolées très poétiques qui donnent lieu à de très belles scènes – dont celle où Audrey en oiseau et Gary, qui semble lui aussi serein et libéré, vont se croiser dans l’aéroport – composent une superbe allégorie de la métamorphose intérieure qui se produit en Audrey. Ce déclic dont lequel elle va briser les contraintes psychologiques qui la retenait dans cette situation monotone où elle n’arrivait pas à se projeter autrement que dans la vie des autres.

J’ignorais le travail de Pascale Ferran jusque-là mais elle nous délivre un film excellent, porté par de très talentueux acteurs, et dont la réalisation n’a que peu de choses à se reprocher. J’ai aimé toutes ces scènes où se succèdent des tranches de vie : ainsi la scène d’introduction, dans le RER où nous voguons de personne en personne, entendant leurs pensées ou la musique qu’ils écoutent, dévoilant que, malgré leur air bougon et morose, chacun mène une vie intérieure solitaire ; ainsi la succession de personnes endormies ; ainsi celle des habitants de l’hôtel. Ce dernier devient d’ailleurs un lieu fascinant sous la caméra de la réalisatrice.

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L’évolution ne se fait pas sentir uniquement autour des personnages mais aussi dans la façon dont l’environnement évolue. Au début : la foule des transports, l’étroitesse des chambres, la surabondance des appareils technologiques (les écouteurs dans les transports, les téléphones portables, l’ordinateur portables), le fait que presque toutes les conversations sont réalisées avec un intermédiaire – un interprète ou les appareils technologiques.

Celles-ci s’opposent à la solitude d’Audrey, qu’on suit à travers sa journée de travail où tous les détails vont compter. Les plans décrivant son travail sont très méticuleux : chaque geste d’Audrey a de l’importance. En tant que femme de ménage, elle ne parle jamais aux clients de l’hôtel et quand elle les croise, c’est de loin et avec discrétion. Mais là encore, l’étroitesse est présente, on se sent suffoqué dans la solitude d’Audrey, dans ces chambres éternellement vides et silencieuses et qui se succèdent à n’en plus finir.

Et puis, il y a les libérations, celle de Gary mais surtout celle d’Audrey. S’opposent donc à ces scènes surchargées visuellement l’espace infiniment grand observé du point de vue d’un moineau – d’Audrey – ce qui va accentuer encore l’idée du détachement et, donc, de la liberté.

Ces deux heures à suivre l’évolution lente de chacun des personnages ne souffre d’aucune longueur – ou presque, certains regretteront que la scène de dispute entre Gary et sa femme et celle des oiseaux ne soient pas plus courtes. Personnellement, je les trouve bien rythmées et nécessaires ; de la froide et morose réalité, la cinéaste nous guide vers l’extatique sentiment de paix et aussi l’excitation qu’entraîne toute renaissance.

J’ai ainsi aimé l’esthétique de Bird People, tous ces plans porteurs de sens, cette rythmique bien orchestrée et toute la poésie qui se dégage de l’ensemble. J’ai aimé ce sentiment croissant d’extase et de liberté, le sourire communiquant des deux héros au pied de l’hôtel, qui se croisent pour la première fois et avant leur tout nouveau départ. Un film qui donne envie d’embarquer, nous aussi, dans un nouveau voyage.

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