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Anna Karénine – Joe Wright

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Anna Karénine
Réalisé par Joe WRIGHT
Interprété par Keira KNIGHTLEY, Jude LAW, Aaron TAYLOR-JOHNSON, Matthiew MACFADYEN (en voir plus)
Adaptation, Drame, Romance
2012


 

« Russie, 1874, la belle et ardente Anna Karénine jouit de tout ce à quoi ses contemporains aspirent : mariée à Karénine, un haut fonctionnaire du gouvernement à qui elle a donné un fils, elle a atteint un éminent statut social à Saint-Pétersbourg. À la réception d’une lettre de son incorrigible séducteur de frère Oblonski, la suppliant de venir l’aider à sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Au cours de son voyage, elle rencontre la comtesse Vronski que son fils, un charmant officier de la cavalerie, vient accueillir à la gare. Quelques brefs échanges suffisent pour éveiller en Anna et Vronski une attirance mutuelle…« 


Note Globale :

6/10


Joe Wright est un habitué des adaptations littéraires. Après avoir opté notamment pour Orgueil et préjugés et Reviens-moi, le réalisateur propose une adaptation du célèbre roman de Léon Tolstoï, Anna Karénine, avec encore une fois Keira Knightley en tête d’affiche, accompagnée d’autres acteurs déjà présents dans les films précédemment cités. Certes, retrouver ceux-ci a été plaisant – je pense à Matthew MacFayden qui dans O&P interprétait un Marc Darcy presque aussi bon que Colin Firth dans la version de 1995 -, on retrouve également les décors hauts en couleur, les bals et scènes en société où tant de choses grisantes se passent, les envolées romanesques quand les amants vivent pleinement leur amour et tout le mélodrame attendu. Anna Karénine est un film divertissant et plaisant à regarder, mais est-ce suffisant pour m’enflammer ? Pas vraiment.

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N’ayant pas (encore) lu le roman de Léon Tolstoï, je ne peux pas mettre en parallèle le film et le livre. C’est sans doute d’autant plus appréciable qu’on a toujours tendance à chercher dans les adaptations le reflet de notre propre imagination – le meilleur moyen d’être déçu, donc. Pour autant, je ne suis pas si sûre que le film de Joe Wright m’aurait donné envie d’aller plus loin et de lire le livre si je n’avais pas déjà un certain attrait pour la littérature russe et pour Tolstoï.

Pourtant, je ne dirais pas non plus que le réalisateur a mal fait son boulot. Non, il y a d’indéniables qualités dans cette version d’Anna Karénine. Par exemple, j’ai beaucoup aimé la façon dont il a réalisé les raccords, les transitions entre deux scènes : la façon dont le décors se métamorphose d’une salle de traitement administratif à un restaurant jusqu’au théâtre sans que l’on ne sente de réelles coupures – ce qui ne va pas sans rappeler les artifices théâtraux, justement. Le mouvement synchrone des employés et la façon dont les décors bougent donnent une atmosphère particulière, légère et bienvenue. J’ai aussi aimé la façon dont sont isolés l’action et les personnages centraux : ainsi, Anna Karénine est toujours visible, même au sein de la foule, distinguée soit par ses parures (une robe noire au milieu des couleurs plus vives lors du premier bal) soit par la façon dont tout devient immobile autour d’elle.

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Ce sont tous ces détails de réalisation qui m’ont plu – ce que j’ai sans doute plus aimé dans le film. Car l’histoire en elle-même ne m’a pas tant touchée. Tout y était pourtant : un amour interdit présentant une alternative réjouissante face à la monotonie de son mariage ; les questions du divorce qui était à l’époque condamné par la société et les bonnes mœurs ;  l’aspect risible rendu par la forme du film (voir ci-dessous) ; des personnages intéressants (surtout le mari qui n’est pas non plus représenté comme un mauvais parti qui donnerait raison à l’héroïne de s’éprendre d’un autre) ; les décors et les costumes sont particulièrement (et agréablement) soignés ; la mise en scène en général est plutôt bonne ; l’aspect du théâtre au sein d’un cinéma amène une dimension aussi appréciable du film, comme quoi tout cela n’est qu’une pièce de théâtre, une comédie que nous regardons comme si nous faisions nous aussi partie de la foule qui observe attentivement Anna Karénine avec curiosité.

Mais si j’aime le côté burlesque de la mise en scène (surtout dans la première moitié du film) qui aurait pu mettre aisément en exergue nombre de détails, de faits de société, et l’histoire elle-même, ajoutant une pointe de satyre, de critique…celui-ci n’est pas égal dans tout le film et n’est pas non plus suffisant pour ajouter à celui-ci un poil plus de profondeur. Finalement, j’ai trouvé l’ensemble assez superficiel, et le côté dramatique qui survient dès lors que le mari apprend l’aventure d’Anna Karénine et que celle-ci met au monde son deuxième enfant, n’a pas du tout eu le répondant qu’on aurait pu espérer. Du moins, l’égalité des personnages dans un trait de leur personnalité (sans doute dû aussi à un jeu d’acteurs assez moyen) a fait que je n’ai éprouvé aucune tristesse pour ce qui leur arrivait.

Anna Karenina

Si je n’ai pas été emportée par l’idylle entre Anna Karénine et Alexis Vronski, j’ai par contre beaucoup aimé celle qui rapproche Constantin Lévine et Kitty Stcherbatski. Le personnage d’Alexis Alexandrovitch Karénine aurait mérité d’être mieux mis en avant ; est-ce dû au jeu de Jude Law, que j’ai trouvé un poil trop stoïque dans les scènes, ou à la mise en scène ? Il y a cependant une scène de lui que j’ai trouvé très réussie : celle dans laquelle, après qu’Anna lui ait déclaré son adultère, il sort de la chambre et part s’isoler dans une pièce sombre, où il est le seul à demi éclairé par l’avant, comme devant une scène (dont on peut voir la bordure). Il se retourne alors vers elle et lui demande : « Qu’ai-je donc fait pour mériter cela ? »

Si la théâtralisation est une des qualités majeures de la première moitié du film, je regrette que tout l’aspect dramatique occupant la seconde moitié n’apporte pas un contraste suffisamment marquant pour susciter l’émotion. D’un point de vue tout à fait personnel, je n’aurais sans doute pas choisi Keira Knightley pour le personnage principal – pas forcément qu’elle le joue mal, mais c’est un personnage dans lequel on l’aura trop vue dans ses précédent films, et plus particulièrement dont The Duchess – un film dont le scénario est fortement similaire à celui d’Anna Karénine.

Anna Karénine est donc un film de bonne facture, avec une réalisation originale, des personnages intéressants, un scénario fluide et prenant, et qui, malgré les défauts énumérés ci-dessus, saura satisfaire ceux qui aiment cette époque, de par ses multiples décors que par ses costumes très réussis.

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  1. Et bien dans le livre, l’idylle entre Kitty et Levine est bien plus passionnante à suivre que celle de Karénine et Vronsky (je les déteste tous les deux, c’est incroyable ^^) Je pense que pour apprécier l’histoire il faut lire le livre car honnêtement c’est mission impossible d’adapter tout ce qu’écrit Tolstoï. J’aimerai beaucoup voir cette version mais vue que je déteste Anna, je patiente encore un peu (avant je voudrais relire le roman =) ) En tout cas tout ce que tu dis sur la réalisation me donne envie !

  2. Je veux bien te croire, je dois encore me procurer une bonne édition de ce livre et en occasion, j’espère. Connais-tu une bonne traduction ?
    Pour ma part, j’ai sur mes étagères « Guerre & Paix » qui m’attendent et que j’ai hâte de découvrir ! (Par ailleurs, ce roman a été interprété par King Vidor et par Sergueï Bondartchhouk – ce dernier est semble-t-il un vrai chef d’oeuvre mais je ne l’ai pas encore vu ! Par contre, j’ai vu l’interprétation de King Vidor qui m’a fait penser un peu à celle d’Autant en emporte le vent, avec un Napoléon fort ridicule, mais qui globalement était plutôt pas mal réalisé.)

    Quand je regarde une adaptation, j’essaie de me dire que je ne vais pas vraiment voir une adaptation mais plutôt une inspiration du roman ; c’est ainsi plus facile à apprécier. Là, c’était plus simple car je n’avais pas lu l’œuvre originale ! Mais je crois comprendre ce que tu veux dire. Joe Wright a sans doute fait beaucoup de choix scénaristiques et émincer grandement l’œuvre mais je n’ai pas « ressenti » de manque ou de scènes bâclées – c’est sa qualité, je trouve. Même dans son interprétation d’O&P – qui est beaucoup moins fidèle au roman de Jane Austen que la série de 1995 avec Colin Firth – le film est fluide et cohérent vis-à-vis de l’histoire dont il est tiré. Le réalisateur semble retenir les idées générales, l’ambiance et les traits des personnages pour en faire une interprétation plutôt réussie.

    Peut-être justement devrais-tu le voir avant de relire le roman pour ne pas trop le mettre en parallèle à celui-ci ? Cela te permettrait de l’appréciait différemment et sans doute de moins risquer d’être déçue ?

    Quoi qu’il en soit, le grand + de ce film, c’est la mise en scène générale, surtout dans la première partie du film. Cela amène une ambiance vraiment sympathique.
    Quant à l’idylle de nos chers Kitty & Lévine, je crois qu’elle doit être très maigre vis-à-vis du roman, mais les quelques scènes où elle apparaît sont parmi les plus réussies du film ! (Une preuve supplémentaire que leur histoire est d’autant plus attachante que celle des personnages principaux !)

    Karénine a un caractère très égocentrique, égoïste, et Vronski est un personnage plutôt faible d’esprit… Mais c’est ce qui les rend aussi quelque peu intéressants ! Mais c’est vrai que je redoute un peu de lire le roman pour me replonger dans leur relation… Ah, quel dilemme ! -;)

    Merci en tout cas d’avoir pris le temps de me lire & de réagir !

  3. J’ai beaucoup aimé ce film, je dois admettre que j’ai bien aimé la romance entre Vronski & Anna mais en effet celle entre Lévine est Kitty est bien plus mignonne. Concernant le film j’adore sa réalisation, le fait que tout se déroule sur une scène… Les décors sont sublimes.

    • Joe Wright est excellent dans ses mises en scène. C’est pour cela que ces époques-là lui vont bien !

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