Fangirl – Rainbow Rowell

FANGIRL
Écrit par Rainbow Rowell
Roman américain (2013)
Traduit par Cédric DEGOTTEX
Publié par Castelmore, 2014
Jeunesse
18€, 445 pages


RÉSUMÉ :
« Cath et Wren sont des jumelles inséparables. Fans de Simon Snow, elles passent leur temps sur les forums consacrés à l’auteur. Mais la passion de Cath a tellement pris le pas sur sa vie que Wren lui annonce l’impensable : cette année, à la fac, elles feront chambre à part. L’une est prête à renoncer à ses rêves pour profiter dignement des joies de la vie estudiantine. L’autre est soudain projetée dans un univers hostile dans lequel tout le monde – ses profs, sa famille et sa colocataire – méprise la fanfiction.« 


NOTE GLOBALE :
6/10


Roman jeunesse très similaire à ceux de Sarah DESSEN, c’est un roman que j’aurais bien apprécié lire à mes 18 ans. Malgré certaines réticences à me replonger dans un style qui ne m’intéresse plus (sauf cas d’exceptions rares), je me suis décidée à le lire pour la même raison que pour beaucoup : l’héroïne y écrit des fanfictions (histoires basées sur des œuvres préexistantes). En quelques mots, ma lecture fut plaisante, mais je suis finalement assez loin d’y avoir trouvé le coup de cœur invoqué par tant de monde.

On y parle bien évidemment des thèmes récurrents aux romans jeunesses et notamment la difficile émancipation du jeune adulte. En effet, l’héroïne a été reçue à la faculté et va quitter pour la première fois son foyer familial. Très dépendante affectivement de sa sœur jumelle, elle va très mal vivre le désir d’indépendance de cette dernière, d’autant plus qu’elle se retrouve en binôme dans le dortoir avec son opposée. Heureusement, elle peut compter sur sa passion pour se réconforter, ce qu’elle fera très allégrement.

La difficulté d’insertion, la dépendance affective, la séparation, la désertion de la figure maternelle… Tous ces thèmes sont des grands classiques de la littérature pour adolescents. La recette est plutôt ordinaire mais elle marche ici plutôt bien. FANGIRL est plutôt bon dans son genre d’ailleurs : l’écriture n’est pas extraordinaire mais elle est suffisamment simple et fluide pour que cela se lise tout seul ; les relations sont plutôt bien décrites et c’est d’ailleurs par elles qu’on arrive à s’attacher aux personnages ; quelques petites longues traînent de-ci et là mais le roman reste globalement plaisant à lire. Même la romance est crédible et est amenée en douceur, le temps qu’on s’intéresse aux protagonistes. Peut-être y manque-t-il un soupçon d’épices, quelque chose de plus palpitant. C’est une histoire d’amour plutôt platonique, mais quand même très mignonne.

Ce qui m’intéressait, c’était plutôt la dimension si ce n’est nouvelle tout du moins peu usitée dans les fictions, qu’est la fanfiction. Exercice généralement décrié, méprisé, sous-estimé, stéréotypé, j’avais hâte de voir comment l’auteure allait l’amener, et en même temps, je craignais justement que l’on tombe sur les clichés usuels. Et bien, je ne crois pas que FANGIRL ait vraiment évité les écueils. Malgré tout, j’ai apprécié le fait que la fanfiction se base sur un œuvre qui n’est pas sans rappeller vaguement Harry Potter (un fandom – univers sur lequel se base une fanfiction – très populaire, si ce n’est le plus fréquent) et surtout que la romance y soit homosexuelle – ce qui manque dans la littérature, jeunesse notamment.

Le débat amené par l’opposition entre l’œuvre originale et la fanfiction était un choix plutôt maladroit de la part de l’auteur. L’écriture sert ici plus de contexte et de prétexte que de véritable cœur de récit. Le débat ne s’élèvera en vérité jamais ; peu d’arguments sont vraiment développés par l’auteure. Le fait également qu’il soit porté par une héroïne aussi passive, fuyante, immobiliste, réfractaire, n’a pas aidé. Non pas que ce type de personnage n’est pas intéressant à développer dans l’absolue, c’est surtout que du début à la fin, c’est à peine si elle évolue. Si elle souhaite évoluer. Du débat vaguement scénarisé, on en ressentira une certaine frustration, car au final la fanfiction apparaît dans le roman aussi pleine de clichés, qu’elle ne l’est que trop souvent présentée. Il est vrai que j’aurais bien aimé ne pas la voir ainsi opposée à « l’œuvre originale » sans véritable angle d’analyse, ou utilisée comme un point de fuite, un échappatoire oú l’héroïne se réfugie, plutôt que d’affronter ses problèmes. La fanfiction, dans ce roman, c’est tout simplement la facilité. J’aurais ainsi préféré que l’auteure prenne le risque de définir ce qu’est, au fond, une « œuvre originale » – si ça existe vraiment ; pourquoi une fanfiction ne pourrait pas en être une ; parler du processus d’écriture ; etc.

Quant aux passages de la fanfiction, ils ne m’ont pas plus convaincue. Non seulement Cath n’écrit pas très bien mais en plus elle se contente de décliner plusieurs fois un même scénario (ce que l’auteure dit elle-même : Cath ne se réinvente pas, elle varie juste la même histoire) très simpliste, stéréotypé, plat. En gros, Cath écrit ses fantasmes.

Vous l’aurez compris, ce n’est plus vraiment le genre de romans vers lequel j’ai envie de me tourner aujourd’hui. Non qu’il soit mauvais – comme dit plus haut, il se rapproche vraiment des romans de Sarah DESSEN que j’avais beaucoup aimés à une époque. Mais sa légèreté, sa superficialité par moment, le manque de prise de parti, le manque de risque et de thèmes plus divers, tout cela fait que la lecture me paraît un peu plus fade qu’autrefois. A 18 ans, j’aurais vraiment aimé lire FANGIRL. Pourtant, j’aurais quand même été frustrée que le sujet de la fanfiction ne soit pas mieux exploré.

Et ça c’est tellement dommage !

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