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Princesse Mononoke – Hayao Miyazaki

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Titre – Princesse Mononoke (もののけ姫 (Mononoke Hime)

Réalisateur – Hayao Miyazaki

Année – 1997

Genre – Animation / Aventure / Fantastique


Au XVe siècle, durant l’ère Muromachi, la forêt japonaise, jadis protégée par des animaux géants, se dépeuple à cause de l’homme. Un sanglier transformé en démon dévastateur en sort et attaque le village d’Ashitaka, futur chef du clan Emishi. Touché par le sanglier qu’il a tué, celui-ci est forcé de partir à la recherche du dieu Cerf pour lever la malédiction qui lui gangrène le bras.


Note globale :

10/10


Poétique, Princesse Mononoke se distingue de la filmographie de Miyazaki. Il faut reconnaître que les dessins sont d’une splendeur inégalée, même par le Voyage de Chihiro qui est plus « lisse » et peut-être moins vivant ou traditionnel. Les paysages, accompagnés de la merveilleuse musique de Joe Hisashi, sont à couper le souffle et rend encore plus brutale la rupture qui se dresse dans le film, appuyant le message de Miyazaki, bien plus encore que l’histoire elle-même.

Il faudrait faire voir Princesse Mononoke à tous ces réticents, adeptes de l’idée erronée qu’il faut rompre avec l’animation pour devenir adulte. Miyazaki ne se prive de rien : ni de la poésie et du merveilleux – la forêt, les esprits de la forêt, le Dieu cerf – ni de la plus brutale violence – la guerre (qui n’éprouve aucune censure), la blessure d’Ashitaka lorsqu’il sauve San, la tête du loup qui arrache le bras de Dame Eboshi, pour ne citer que ces passages-là.

Le voyage initiatique d’Ashitaka, condamné à l’exil après avoir été touché par une étrange malédiction, n’est qu’une excuse pour faire comprendre au spectateur, en l’espace de quelques minutes, l’essence même de son message. Tout d’abord, le village paisible d’Ashitaka, en harmonie avec la nature et qui laisse penser à une période paisible, un âge d’or, soudain brisé par l’apparition du Dieu sanglier, atteint de la malédiction qui touchera le prince. Puis, alors que ce dernier part en exil à la recherche d’un éventuel remède, à travers des paysages magnifiques, on finit par voir de nouvelles fissures, dans le conflit opposant les hommes qui se tuent à coup d’épée et d’arc – notamment celui d’Ashitaka.

Puis, la nuit tombe, et les hommes de Dame Eboshi sillonnent une sombre montagne, craintifs et aux aguets. Les Dieux loups rodent, ils le sentent. L’harmonie avec la nature est coupée, et l’on voit dès lors apparaître les armes à feu, premier signe de la rupture définitive. Le voyage prend fin avec la découverte du fameux village. Définitivement, le tableau change. C’est le début de l’industrialisation.

Il n’y a pas qu’un seul conflit : de l’homme à la nature. Il y a aussi le conflit entre l’homme et l’homme. L’homme avide de pouvoir et de richesse, qui exploite, tue, trahit pour la possession du minerai sinon quoi l’industrialisation ne serait pas possible.

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Mais la force de ce film d’animation réside aussi dans le caractère ambivalent des personnages : il n’y a pas de « force du mal » contre les « gens du bien », il y a surtout des intérêts qui se confrontent. L’idéalisation du méchant n’est guère possible, et cela s’affirme plus particulièrement dans le personnage de Dame Eboshi, qui est un de mes préférés. Sans les approuver, comment ne pas comprendre ses ambitions ?

La romance entre Ashitaka et San est légère, bien que présente. Elle transperce l’œuvre sans l’alourdir, et sert une fois de plus au message : les deux cœurs, bien que semblables, sont différents. San, représente la nature humanisée, et à la fois l’humain sauvage, inapprivoisable. Ashitaka est de ces héros humains, férus d’une volonté féroce, qui tente d’agir coûte que coûte, sans parfois toujours réussir. Son combat est également, quelque part, spirituel. Il représente, dans sa relation avec San, l’alliance nécessaire entre l’homme et la nature pour atteindre l’équilibre – l’équilibre représenté ici par le Dieu de la forêt.

C’est en cela que l’on peut comprendre l’apparente indifférence du Dieu de la forêt, qui aurait pu autrement prendre parti et défendre les divinités ou les hommes. Mais le Dieu de la forêt, étant l’équilibre même liant la nature et l’homme, ne peut ni pencher de l’un ni de l’autre sans contredire sa propre nature. C’est aussi, quelque part, la représentation de la liberté, du libre arbitre laissé à chacun de décider de son propre sort et de celui des siens.

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J’ai ainsi beaucoup aimé la part d’ombre présente en chacun des personnages, cette façon de faire vivre une aventure épique dans laquelle le monde n’est ni tout à fait blanc ni tout à fait noir, où la frontière entre le bien et le mal n’est jamais qu’une invention de l’homme. Ashitaka et San (et Ashitaka plus particulièrement) sont, on pourrait dire, les âmes les plus pures de cette histoire, et pourtant tous deux ne sont pas non plus exempts de sentiments haineux, bien qu’ils aient pu aussi ressentir de la compassion.

En suivant l’histoire d’Ashitaka, on suit aussi l’évolution d’un jeune prince qui, au fur et à mesure qu’il rencontre la haine, le désespoir, l’amour et même la pitié, va perdre son innocence et devenir, quelque part, adulte en portant sur une part limitée du monde un regard lucide.

La fin de Princesse Mononoke amène aussi à réfléchir : c’est la fin d’un monde et le début d’un tout nouveau. Finalement, n’a-t-on pas vécu, pendant ces deux heures, l’histoire d’un changement ? Un changement qui, forcément, est douloureux, car il appelle à l’abandon, celui d’un monde que l’on connaît et auquel on tient. La perte de tout repère, pour reconstruire des bases nouvelles dont on ne peut jamais prévoir l’issue. Sera-t-elle heureuse ?


Bande d’annonce

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  1. j’aime bien ton blog

    attention, ce n’est pas sam, mais san

    • Ah ! En effet, je vais corriger cette bourbe. Merci beaucoup ! 🙂

  2. Tout à fait d’accord avec toi, ce film est juste parfait 🙂 mon préféré de Miyazaki avec le château ambulant.

    • J’ai assez de mal à mettre un classement dans les films de Miyazaki. Je me rend également qu’on a tendance à préférer ceux que l’on a vus en premier. Pour ma part, Princesse Mononoke, Le voyage de Chihiro et enfin Totoro qui a malgré tout réussi à prendre sa place. 🙂

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