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Pompoko – Isao Takahata

Avertissement : cette chronique spoile l’histoire de Pompoko, il est donc recommandé de l’avoir vu – ou de ne pas craindre les spoilers.


(8/10) Des films de l’excellent réalisateur Isao Takahata, Pompoko est probablement le plus déroutant. Dans une veine complètement différente du film Le Tombeau des Lucioles et de Mes voisins les Yamada, ce film est, une fois de plus, la preuve du talent du cinéaste nippon, capable de faire varier ses styles et d’étonner, toujours, ses spectateurs.

Le DVD en main, on peut aisément s’imaginer voir un film pour enfants, léger, drôle, avec une morale écologique et de tolérance.  Mais, pas du tout. Ou enfin, pas tout à fait. Il est fort à parier qu’un enfant et un adulte n’y verront pas la même chose ni de la même façon. Et c’est ce qui fait la richesse de cette oeuvre.

Les premières minutes du film nous présente un peuple de ratons laveurs qui s’affrontent. Le style de dessin étonne : ce n’est pas du tout celui auquel on s’attendait. Très réaliste et doux, il présente ces petits animaux de forêt tels que, finalement, on les connaît dans la vie réelle. Puis, le dessin change – c’est la première métamorphose – et on voit les Tanukis sur une forme plus « humanisée », choix esthétique intelligent. Plus communicatifs, on peut facilement s’identifier aux mignons petits Tanukis, lesquels sont présentés comme un peuple paisible et attachant, pouvant être paresseux, gourmands, de vrais fêtards et avec aussi une libido quelque peu développée.

Mais voilà que l’histoire prend place : l’urbanisation massive de l’homme ravage leur habitat et les Tanukis se voient contraints de lutter pour leur survie. Or les Tanukis sont des êtres dotés de magie déterminés à se battre, bien qu’ils restent un peuple paisible, plus enclins à l’oisiveté qu’au combat. L’originalité qui rend un peu perplexe au début, c’est que les personnages utilisaient leurs organes génitaux pour faire de la magie. Oui, ce sont les boules proéminentes des Tanukis qui leur permettent de se métamorphoser. La première fois qu’on le voit à l’écran, quand on n’y est pas préparé, cela étonne quelque peu !

Outre cette boutade assez comique, le film ne s’arrête guère à cet aspect. Sa beauté vient du fait que son originalité, sa complexité, sa justesse de traitement ne se dévoile pas immédiatement, elle est progressive, voire presque tamisée. La gravité de plus en plus croissante apparaît par scènes entrecoupées, alors que les Tanukis passent de l’espoir au découragement, puis du découragement à l’espoir, sans jamais savoir s’ils arriveront au bout de leur combat. Les quelques longueurs qu’on aurait pu ressentir sont nécessaires : cela instaure petit à petit le sentiment que cette lutte est vaine. Plus les Tanukis se montrent astucieux et déterminés, et plus cette impression s’impose.

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Le ton léger de certaines scènes prend alors une autre dimension et on comprend que ce monde-là, celui des Tanukis, arrive à sa fin. On comprend également que nous ne sommes pas face à une œuvre ordinaire. Le message de Takahata n’est pas qu’une leçon de morale, mais une véritable constatation mise à nue de l’effet que l’homme peut avoir – et a, de fait – sur son environnement immédiat et cette façon presque inconsciente de le faire.

La fin du film dévoile un aspect terrible. Les Tanukis ont ainsi deux choix pour survivre : ou bien se fondre aux humains ou bien tenter de survivre dans la clandestinité.

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Isao Takahata est très fort. A travers cette œuvre à la fois légère et cynique, il nous ouvre les yeux et nous fait ressentir ce que les Tanukis ont pu vivre, le sentiment de désespoir le plus profond, le plus troublant. Mais Isao Takahata ne parle pas uniquement du folklore nippon. Il met en évidence le parallèle facile à faire entre l’histoire de ces Tanukis et la nôtre, celles de minorités qui se sont vues avalées par la modernisation de leur pays. Il s’est d’ailleurs inspiré d’une partie du japon, où des minorités ont dû se battre, souvent en vain, pour conserver leur habitat, leur culture, leurs traditions.

Pompoko est un très bon exemple à prendre pour expliquer en quoi les films d’animation ne sont pas à sous-estimer, d’autant plus que celui-ci est adressé à la jeunesse. C’est sa capacité à ne pas prendre son public pour des idiots, à leur proposer une réflexion profonde sur notre société, tout en racontant une très bonne histoire, qui le soulève parmi les meilleurs. Pompoko, c’est aussi la preuve irréfutable qu’il ne faut pas oublier qu’à côté d’Hayao Miyazaki, le Japon possède d’autres grands noms dans le cinéma d’animation qui sont tout autant excellents.


Pompoko 平成狸合戦ぽんぽこ (Heisei tanuki gassen pompoko)
Réalisé par Isao Takahata (Studio Ghibli)
1994
Film japonais
Animation, Comédie, Drame, Fantastique

Résumé :
« Jusqu’au milieu du vingtième siècle, les tanukis, emprunts d’habitudes frivoles, partageaient aisément leur espace vital avec les paysans. Leur existence était douce et paisible… Un dû et don de la nature, en somme, un équilibre qui ne semblait jamais pouvoir être menacé… »


Bande d’annonce :

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