Catharsis – Luz

En préambule, je voudrais vous avouer la difficulté que j’ai eu à rédiger cette chronique. Pour tout dire, je tenais à le faire, pas seulement parce que je l’ai reçue dans le cadre de La BD fait son festival 2016 organisé par PriceMinister (que je remercie pour cette opportunité), mais aussi parce qu’elle le mérite.

D’un autre côté, je me suis retrouvée devant une œuvre très intime, évidemment intense parce qu’émotionnelle, puissante par l’impact de certaines de ses planches. « Thérapeutique », mot choisi par l’éditeur pour décrire ce recueil de pensées, de vécu, de quotidien, est en effet le terme plus parlant. Or, j’ai toujours eu quelques difficultés à parler d’œuvres aussi personnelles.


L’absence de note vient donc de ce que je n’ai pas su – et ne sais toujours pas – comment évaluer une telle BD. Incapable de débroussailler seule les mots de mes pensées, j’ai donc lu  des chroniques et écouté l’interview de Luz par Médiapart dont je vous mets évidemment les liens en bas de cette chronique.


catharsis - Extrait 1

Catharsis ne plaira pas à tout le monde, mais c’est loin d’être le but. Esthétiquement, je n’aime pas le dessin, le style, le trait de Luz. Cela m’aurait laissé indifférente si la bande dessinée ne formait pas un ensemble – un ensemble qui marque les esprits. Il me semble qu’elle ne peut d’ailleurs s’apprécier que dans sa globalité. Comment tirer d’une seule planche l’impression qui marque la lecture de chacune, à la fois séparément mais toujours dans le continument de la précédente ? Difficile de décrire par quoi nous passons, de cette impression de brouillard, de flou, d’images spontanées, abstraites à la réminiscence d’un dessin perdu puis retrouvé. Et pourtant, rassemblées ensemble, elles composent l’état d’âme d’un dessinateur qui se met à nu en même temps qu’il « vomit ses démons » (*).

Catharsis est crue, impudique. Indéniablement, tout est livré à cœur ouvert, saigné par le deuil, la perte, la culpabilité du survivant, la colère et tant d’autres émotions qui se vivent à travers les dessins, le rouge dominant, les traits hachurés, les tâches noires. La mise à nue est totale jusqu’à Luz lui-même qui se retrouve à poils. Le charnel est d’ailleurs très présent dans les planches, à la fois dans l’amour, le sexe, mais aussi dans la violence. Il est à la fois interne et externe, explicite et implicite.

Catharsis est intimiste – inutile de le préciser mais c’est quand même une des raisons pour laquelle la bande dessinée ne pourra pas forcément plaire. Il faut aimer, ou ne serait-ce qu’accepter, de se plonger dans l’autre. C’est une bande dessinée qui sort des tripes de son dessinateur tentant d’exhorter sa douleur, de s’en extraire, et d’avancer. L’émotion est présente, inévitablement. Et je pense aux planches comme « Faut que je te raconte » qui parle entre autres du deuil et de la culpabilité du survivant (**). Ce n’est pas facile à lire.

Mais Catharsis est aussi une déclaration d’amour – envers sa femme et envers la vie. Outre la violence, le désespoir, les angoisses, la paranoïa, le choc, il y a aussi la vie qui continue, le combat, l’envie, en même temps que le dessin revient.

Comme le dit Luz lui-même (***), Catharsis parle aussi et surtout d’amour.


catharsisCatharsis
Écrit par Luz
Publié par Futuropolis, 2015
Témoignage
14,50€


Résumé :
« Un jour,
le dessin m’a quitté.
le même jour
qu’une poignée d’amis chers.
A la seule différence
qu’il est revenu, lui. »


Des chroniques à lire :

« Sang, larmes, sexe : aimerez-vous la « Catharsis » de Luz ? » – Arnaud Gonzague, 21 Mai 2015, BibliObs (*)
« Catharsis de Luz » – Plaisirs à cultiver, 14 Août 2015 (**)
« Luz se fait Lux, ressuscite en pleine Catharsis » – Branchés Culture, 5 Juin 2015

Pour aller plus loin :

L’interview est un peu longue (34’20) mais vraiment très intéressante à écouter. Le dessinateur porte une vraie analyse sur son œuvre et nous la décortique, avec beaucoup d’émotion, mais aussi beaucoup de limpidité :
« Luz : Catharsis, c’est l’histoire d’un enfant qui regarde sans comprendre » – Luz, Médiapart, 21 Mai 2015 (***)

Lusionnelle

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