Bilan du Festival OFF 2017 en Avignon

Cette année encore, je suis retournée au Festival de Théâtre d’Avignon, et plus particulièrement celui qu’on nomme le « Festival OFF ». C’est un festival célèbre, qui se déroule en Juillet, pendant lequel la ville médiévale s’anime et festoie, faisant la belle part à la culture – dont elle fut la capitale européenne en 2000.

Avignon est une magnifique cité, qui a conservé une grande part de son patrimoine architectural et culturel. Je vous recommande vivement de la visiter quelques jours et plus particulièrement à cette période de l’année (malgré le risque de canicule et le coût prohibitif, il faut le reconnaître…).

Le festival est pour ma part un rendez-vous annuel qui me tient à cœur et me fait extrêmement plaisir – car, de plus, j’adore le théâtre.

Etant donné que cette année, je n’y suis allée que peu de temps et que j’y ai vu deux à trois pièces par jour, je n’ai pas eu le temps de vous faire un billet pour chaque pièce. Je profite donc de celui-ci pour vous faire le bilan du Festival de cette année. Un peu comme pour les bilans cultures mensuels, je ne vais m’attarder vraiment que sur les 3 pièces que j’ai préférées, et vous propose un rapide retour sur celles que j’ai appréciées et sur celles qui m’ont déçues.


LES COUPS DE CŒUR

(non classés par ordre de préférence)


Sankara Mitterand

Compagnie L’Agit
au Théâtre de La Manutention, Les Hauts-Plateaux
Interprété par François Fehner, Bah Ibrahima, Pascal Papini
Sur le site du festival
Sur le site de la compagnie

Résumé :
« Il y a 30 ans, Sankara était assassiné.
Comment cette rencontre entre un vieux requin de la politique comme Mitterrand et la jeune parole « intègre » de Sankara a-t-elle pu avoir lieu. Comment ces deux là ont pu se rencontrer dans un dialogue d’une telle densité, d’une telle intensité, d’une telle profondeur. Et pourquoi Jacques Jouet, oulipien des « Papous dans la Tête », s’en est emparé avec un tel appétit… »

Première pièce vue au festival, et une particulièrement enrichissante, qui restera parmi les plus marquantes de cette année. J’ose avouer ne pas avoir vraiment su qui était Thomas SANKARA avant d’aller voir la pièce – aussi fût-elle pour moi très intéressante et, culturellement, politiquement, formatrice.

La pièce n’est d’ailleurs pas du théâtre classique, elle se présente comme du théâtre « simple », c’est-à-dire sans artifice, qui donne la parole à chaque interprète – personnage – de façon aléatoire. Aléatoire, parce qu’au centre de la pièce, est disposée une bassine d’eau dans laquelle les personnages doivent, tour à tour, y projeter un caillou par la bouche pour pouvoir parler. S’ils visent mal, ils passent leur tour. S’ils visent bien, ils s’expriment. S’ils visent très bien, ils risquent de finir d’interpréter leur texte avant que les autres personnages n’aient eu le temps de parler. Chaque représentation est de fait unique, puisque l’ordre du texte – des discours qui se répondent mutuellement – varie en fonction de la dextérité des acteurs au moment de la jouer. 

Le décor est de plus rudimentaire. Au-devant de la scène : trois chaises que les acteurs viennent installer ; derrière : un carré entouré d’un voile blanc à travers lequel on peut distinguer les acteurs, et par-dessus lequel est projeté des extraits de discours, de reportages, d’interviews – provenant d’archives réelles. Les projections qui commencent la pièce nous introduisent les données historiques à connaître pour pouvoir suivre l’échange qui va suivre et nous donnent à entendre la verve (délicieuse) des deux parties qui vont se confronter. Entrent alors Thomas SANKARA, François MITTERAND et la personnification du théâtre simple qui va porter, en plus de la joute politique qui est en jeu, une réflexion passionnante sur l’art et la fonction de l’art.

Mais au-delà de la forme judicieuse, qui permet de donner corps à un échange, dont la force historique méritait de ne pas être seulement interprétée ; au-delà du texte des discours, dont la puissance de la verve fascine ; et au-delà des réflexions politiques, artistiques, humaines – il y a trois excellents acteurs, fins orateurs, dont la prestance est à la hauteur de l’aura de ceux qu’ils interprètent.

***

Marginalia

D’après Double assassinats dans la rue Morgue d’Edgar Allan POE
Collectif 8
à L’Entrepôt
Interprété par Paulo Correia, Fabien Grenon
Ecrite et mise en scène par Gaële Boghossian
Création vidéo de Paulo Correia
Sur le site du festival
Sur le site du collectif

Résumé:
« Entre théâtre, arts visuels et sonores, Marginalia trouve sa source dans le premier récit policier: Double assassinat dans la rue Morgue et entraine le spectateur sur les pas du Chevalier Charles Auguste Dupin, ancêtre de Sherlock Holmes. Une enquête qui nous plonge dans les mécanismes vertigineux de l’âme humaine.« 

Il était déjà dans mon TOP 3 du bilan culture de Juillet, aussi n’est-il pas surprenant de le retrouver ici. Je suis comme toujours admiratrice des productions du Collectif 8, qui adaptent et ré-interprètent avec brio des textes de toute époque et de toute complexité. Ils me l’avaient déjà prouvé avec Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll ou encore La Religieuse de Denis Diderot, cette fois, ils s’attaquent au polar, avec l’oeuvre d’Edgar Allan POE, dont on retrouve un duo d’enquêteurs, à l’origine de Sherlock Holmes et du docteur Watson.

Leur spécialité est la fusion des techniques du cinéma avec celles du théâtre, et cela fonctionne parfaitement pour transformer le décors et plonger le spectateur dans l’atmosphère du récit. Mais l’artifice ne suffirait pas pour justifier la qualité de la pièce, dont tout sert à l’histoire et son intrigue. Les personnages sont juteux, en particulier joués avec des interprètes aussi investis et talentueux. La musique est gourmande, jouant avec les codes du genre, et se révèle très cinématographique pour le coup. Le décor est amovible, non seulement physiquement mais aussi virtuellement, grâce aux projections qui le modulent parfaitement.

Le charme a encore une fois frappé. J’ai été emportée par l’ambiance, l’univers, les mystères, les personnages. Je ne sais pas à quel point le texte a été remanié, mais celui-ci est très fidèle au style de son époque, tout en le rendant accessible au public. Les dialogues sont délicieux et la mise en scène efficace ! 

***

Les fourberies de Scapin

de Molière
Compagnie L’Éternelle Été
au Théâtre La Luna
Interprétée par Benoît Gruel, Schemci Lauth, Geoffrey Rouge-Carrassat, Deniz Türkmen, Manuel Le Velly
Mise en scène par Emmanuel Besnault
Sur le site du festival
Sur le site de la compagnie

Résumé :
« Les deux amis Octave et Léandre ont chacun épousé une jeune femme de naissance inconnue dont ils étaient tombés follement amoureux. Et cela sans le consentement de leur père ! Scapin, valet rusé et généreux, reprend du service pour faire triompher la jeunesse et l’amour véritable.« 

Comme pour le Collectif 8, j’ai pris l’habitude de regarder chaque année les nouvelles productions de la compagnie L’Éternel Été, spécialiste des spectacle pour famille, dont le dynamisme, la passion et l’humour touchent un public élargi.  Ils adaptent cette année une des pièces de Molière les plus connues et les plus jouées, en y mêlant inventivité de mise en scène, avec un décor amovible et multiforme, chants, danses, et jeu d’acteurs. 

C’est bon enfant avec un bon esprit. Le spectacle est comme son décor, sans cesse en mouvement. Les acteurs n’en finissent pas de tourner, de danser, de crapahuter dans un espace pourtant réduit.Ils nous transportent avec eux dans cette farandole de gags et de fourbes tromperies. Ils voltigent de personnages en personnages, certains jouant tantôt le père et tantôt le fils, avec une énergie et un enthousiasme hyper communicatif.

Pour autant, ils ne dépassent jamais la limite et ne se révèlent ainsi aucunement lourds – ce dont une adaptation de Molière peut parfois être fautive, quand elle est exacerbée par la mise en scène et un sur-jeu involontaire. Ce n’est point le cas ici, et on se prend aisément au jeu, acceptant toutes les propositions farfelues qui leur viennent à l’esprit. C’est au contraire un grand plaisir de se retrouver au centre même de leur jeu. Alors qu’Argande se retrouve dans un sac où Scapin prétend l’y cacher, voilà que nous, le public, nous trouvons avec lui sous une toile faisant office du sac ! C’est un spectacle à voir avec ses enfants, ou avec celui qu’on garde au fond de nous. C’est gourmand et rafraîchissant – à ne pas rater.


Les bonnes découvertes


Outre ces trois coups de cœur, j’ai beaucoup aimé voir La veuve Choufleuri de la Compagnie des Chasseurs s’entêtent, au Théâtre des Corps Saints. Elle s’inspire d’une opérette de Jacques OFFENBACH, dont je n’ai encore rien vu, mais que j’aimerais à présent fortement découvrir. La pièce n’est pas forcément égale en tout point, il y a notamment quelque sur-jeu parmi les acteurs qui ont rendu l’ensemble parfois maladroit. Toutefois, l’esprit de la pièce et certaines idées de mise en scène sont excellents. J’ai en particulier adoré le personnage de la tête de caribou, qui, dès l’entrée des spectateurs dans la salle, nous plonge dans l’univers décalé et coloré de la pièce !

La Veuve Choufleuri
d’après l’oeuvre de Jacques OFFENBACH
Compagnie des Chasseurs s’entêtent
au Théâtre des Corps Saints
Interprétée par Alexandre Bussereau, Romane Coumes, Florian Demonfort, Anthony Fernandes, Ayana Fuentes Uno, Renaud Gallissian, Manon Kathy Harrys, Ornella Petit
Mise en scène par Alexandre Bussereau et Romane Coumes
Sur le site du festival

Résumé :
« CE SOIR, MADAME CHOUFLEURI RESTE CHEZ ELLE !
Elle donne une grande fête musicale pour impressionner le tout Paris.
Au programme : de grands chanteurs d’opéra italiens se produiront dans son salon pour le plus grand plaisir de ses invités dont VOUS faites partie !
Les préparatifs sont amorcés pour cette folle soirée qui ne se passera peut être pas tout à fait comme prévu… Enfin nous verrons c’la. »

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Comme pièce intéressante, il y a également eu L’Affaire Dussaert qui traite de l’art contemporain et nous propose une conférence sur une oeuvre de Dussaert qui fut très controversée lors de son exposition et de sa vente. L’idée et la matière originale étaient très intéressantes, en particulier les réflexions proposées sur l’art contemporain, la vente d’oeuvre et la définition même de l’art. L’orateur se propose de discourir sur cette affaire dont il a mené une enquête approfondie, et ne s’empêche aucun détour, aucune digression. Cela permet d’amener des réflexions, d’aborder des aspects de l’art, et de proposer un éventail élargi de thèmes à son auditoire. Toutefois, cela n’a pas empêché certains moments d’être longs, voir passablement ennuyants.

L’affaire Dussaert
Scène & Public
au Théâtre des 3 Soleils
Écrite et interprétée par Jacques Mougenot
Sur le site du festival
Sur le site de Scène & Public

Résumé :
« Qui se souvient de l’affaire Dussaert ?
L’affaire suscitée par la vente publique de la dernière oeuvre du plasticien Philippe Dussaert (1947-1989) donne l’occasion à Jacques Mougenot d’explorer avec intelligence et humour les arcanes de l’art contemporain. »

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Enfin, il y a L’invitation au château de Jean Anouilh dont j’ai été ravie de découvrir autre chose que sa pièce antique, la magistrale Antigone.  Là encore, le matériel de base est excellent, les dialogues sont gourmands, l’histoire mordante. L’acteur principal qui joue deux rôles – deux frères jumeaux – est également excellent, tant il arrive à nous proposer deux personnalités très différentes sans jamais avoir à expliciter son rôle. Dès son entrée sur le plateau, nous voyons immédiatement de quel frère il s’agit – et ce fut un régal de le voir jouer et ce que j’ai le plus apprécié dans la pièce. Malheureusement, comme pour La veuve Choufleuri, la distribution n’était pas égale, et quelques acteurs surjouant, cela a rendu l’ensemble de la pièce un peu moins efficace qu’elle n’aurait pu.

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L’invitation au château
de Jean Anouilh
Compagnie Oxygène
au Théâtre des Lila’s
Interprétée par Marie Behar, Nicolas Fumo, Charlène Lauer, Emmeline Naert, Alexandre Serret, Alexandre Schuers
Mise en scène par  Charlène Lauer
Sur le site du festival
Sur le site de la compagnie

Résumé :
« Bienvenue au château…
Diana voulait Horace, mais elle a dû se rabattre sur son jumeau, Frédéric. Leurs fiançailles se préparent dans le château de la vieille tante Desmermortes. Ce devait être un bal de printemps tout ce qu’il y a de plus conventionnel… Mais Horace s’ennuie beaucoup trop au château pour laisser cette union se faire. Il va inventer une machination sans pitié pour faire tomber les masques et bousculer le bal. Convives fous, danses, fourberies et pots de vin sont au rendez-vous…
Et vous êtes conviés. »


Les déceptions

Circé partait d’un principe très intéressant. Avant de commencer la pièce, un spectateur monte sur la scène pour distribuer au hasard les rôles de la pièce aux acteurs. Ceux-ci deviennent alors, pour une nuit, soit Circé, soit Ulysse, soit un des marins. Chaque soir la distribution change et le spectacle peut ainsi varier. Lorsque j’y suis allée, Circé était jouée par un homme, Ulysse par une femme, et les trois marins étaient une femme et deux hommes. Malheureusement, je dois dire que, du reste, même s’il y a des idées de mise en scène intéressantes et drôles, l’ensemble n’a pas été un coup de cœur. L’enchaînement des scènes faisant évoluer le scénario n’est pas arrivé à créer de l’affection pour et entre les personnages, et surtout entre Circé et Ulysse dont le duo m’a laissé indifférente, alors que c’est tout le sujet de cet épisode de L’Odyssée. Ça a donc été un petit flop.

Circé
d’après L’Odyssée de Homère
Compagnie Désordres
au Théâtre des 2 galeries
Interprétée par Jeanne Alechinsky, Karim Bensalah, Lucas Bonnifait, Pierre Cachia, Marion Harlez-Citti
Mise en scène par Natalie Beder
Sur le site du festival

Résumé :
« Cinq acteurs procèdent, à chaque représentation et devant le public, à un tirage au sort déterminant le rôle qu’ils auront à jouer.
Le hasard choisit la distribution et l’histoire qu’ils racontent s’inspire des chants X et XI de l’Odyssée d’Homère: Ulysse doit libérer ses hommes, transformés en porcs par la magicienne Circé, avant de reprendre son voyage et tenter de rejoindre Ithaque.
Aussi éphémère que la distribution de la pièce, la structure du spectacle se ré-invente chaque soir et invite les spectateurs à s’immiscer dans le voyage extraordinaire d’Ulysse et de ses hommes, à faire escale dans la trajectoire de leur errance et à partager les mésaventures de leur périple. »

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Je suis assez difficile et réticente vis-à-vis des one-man-show – encore plus si les critiques me le vantent comme un héritier de Raymond DEVOS – dont je suis admirative de sa maîtrise de la langue française. Si je reste bon public, je suis au contraire assez difficile quand il s’agit d’humour – et malheureusement Pourquoi ? n’a pas été un franc succès. Je suis loin de trouver l’humour particulièrement original, les jeux de mots ne sont pas recherchés et restent prévisibles la plupart du temps. La poésie s’appuie sur des images et des métaphores revues des milliers de fois, et n’est de plus pas si bien écrite. Une partie se révèle assez sexiste, s’appuyant sur des clichés du genre dont il fait rire, non pas pour souligner leur aspect risible justement, mais encore une fois au détriment des femmes. Ce n’est pas le premier et le plus méchant à le faire, bien sûr. Cependant, c’est du niveau assez scolaire.

Pourquoi ? 
N’O Productions
Ecrit et interprété par Michael HIRSCH
Compositeur : Laurent Aknin
Sur le site du festival
Sur le site de l’humouriste

Résumé :
« De la petite enfance au troisième âge, Michaël Hirsch suit le parcours d’un personnage qui s’interroge en permanence sur le monde qui l’entoure : Comment trouver le sens de sa vie ? L’amour ? Le sommeil ? Et dans quel ordre ?
Seul en scène, il jongle avec les mots et nous entraîne dans son univers insolite où le rire et la dérision côtoient l’imaginaire et la poésie. »


EN DÉCOUVRIR PLUS :

Quelques articles des années précédentes :

Chroniques des pièces vues durant le Festival (2014, 2015, 2016) :

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