Baby Driver d’Edgar Wright

(5/10) S’il est globalement bien réalisé et qu’il se révèle très divertissant, avec des bonnes idées autour de la musique et de l’ambiance qu’il cherche à retranscrire, je n’ai cessé de me demander en le regardant ce qui clochait pour que je sois à ce point en retrait du film. Ce sentiment que, alors que l’écran occupe une large part de mon champ de vision, que l’obscurité de la salle m’empêche globalement de voir autre chose, mes yeux furetaient de droite et de gauche, pour voir si d’autres comme moi n’étaient pas pleinement investis. Il manquait quelque chose à ce film, et j’avais du mal à déterminer quoi précisément.

Sans doute est-ce parce que le film est, si ce n’est bon, du moins prometteur. Visuellement, il est même assez joli. L’ambiance est présente et les propositions faites sont cool. Les scènes d’action sont lisibles – et pour moi qui ai des problèmes aux yeux, j’ai vraiment apprécié que le réalisateur ait fait un montage propre, bien rythmé, que j’étais capable de suivre et d’apprécier. Oui, il sait réaliser techniquement un bon film.

Mais cela reste superficiel. Car au-delà de ces aspects de forme, on voit rapidement que le film est affaibli par un défaut d’écriture majeur. Le scénario ne va jamais plus loin que son squelette : un jeune a volé la mauvaise voiture, qui l’a endetté auprès d’une mauvaise personne qui se sert alors de ses capacités de pilote pour monter des braquages et se remplir les poches. Le jeune, ayant eu un accident de voiture qui l’a rendu orphelin, utilise la musique pour camoufler le bourdonnement permanent qu’il souffre aux oreilles. Alors qu’il pensait avoir payé sa dette, qu’il était prêt à prendre un travail ordinaire et s’engager dans une relation amoureuse avec une jeune serveuse dont la voix l’a charmé, il découvre qu’il n’est pas aussi facile de se défaire de ses engagements et s’engage dans une ultime course.

Le scénario n’est clairement pas le fondement du film. C’est même une excuse que le réalisateur utilise pour mettre en scène les idées qu’il a eu autour du film et notamment l’utilisation permanente de musique dynamique sur laquelle l’action va s’accorder. Donc, oui : vous y verrez des coups de feu tirés au rythme de la bande son – très jouissive par moment, il faut le dire. Quelques mouvements bien orchestrés, certes, mais l’idée s’essouffle vite, parce qu’il y a une prise de risque assez faible. Je ne dis pas que c’est mal fait – c’est bien réalisé – mais qu’au-delà de ça, le film ne propose pas de surprises. Oui, c’est sympa mais ce n’est pas impressionnant.

L’humour est présent dans le film, mais laisse à désirer.  Il est étonnant de ne plus lui trouver la même efficacité. Cela manque cruellement de mordant et de dérision. Maître de l’absurde, il nous propose finalement une touche très modeste qui ne se détache plus de l’humour des blockbusters d’action actuels. Vis-à-vis de ce qu’il a pu proposer, même dans un film comme Scott Pilgrim, dont il aurait pu se rapprocher avec Baby Driver, c’est un peu fade et décevant.

Ce film manque ainsi d’équilibre. Il se veut et se prend beaucoup trop au sérieux, et en même temps, il tente de lui donner un air décalé, comme pour son personnage principal, mais vise à côté de la cible.

Cela met encore plus en exergue les défauts d’écriture que j’évoquais. Le scénario est finalement assez plat, surtout qu’il met en scène des personnages creux et terriblement stéréotypés. Les stéréotypes ne sont pas toujours problématiques, s’ils sont utilisés à bon escient. Ici, ce n’est pas le cas : le héros est un gentil, qui au début du film se veut détacher de tout, mais a un tel bon fond qu’il se doit d’éliminer les méchants ; les méchants sont des méchants, enragés et assoiffés de frics et de violence – attention « s’ils voient rouge, ils voient rouge« .

Les trois femmes présentes ne sont que des attributs aux mecs présents : entre la mère dans les flash-back (tellement grotesques et ringards) qui apporte l’aspect dramatique ; la méchante gangster fan des flingues et de son mec, le caïd, dont elle met en valeur sa virilité, la violence latente, et sert à provoquer le combat final ; et la serveuse-jolie-potiche sans ambition, sans caractère, amoureuse demoiselle en détresse qu’il faut sauver – même si elle aura droit à une action à peu près cool dans le combat final.

Il fallait bien un peu de douceur, de romance, pour rappeler au jeune voyou qu’en fait il a bon cœur (charge partagée avec son père adoptif, pour rappel). Ni les acteurs ni les dialogues ne feront de différence, malgré la présence de Kevin Spacey ou Jimmy Fox, qui livrent ici des prestations plus que discutables.

Un bilan de fait très mitigé, bien que je ne suis pas non plus particulièrement désenchantée. En tant que spectatrice, je l’ai trouvé aussi distrayant que je j’espérais avec une réalisation plutôt chouette dans l’ensemble. Et pour me répéter (j’aime bien ça et c’est nécessaire), la lisibilité du montage des scènes d’action n’étant plus de nos jours la norme, c’est de fait un très bon point pour le réalisateur et son équipe. Les premières scènes de braquage fonctionnent. Il y a une proposition initiale très bonne avec la musique, le personnage principal, et l’environnement dont il est en décalage. Et puis, dépassé cette première impression positive, on se rend compte que l’écriture est très mauvaise et que le film est un vide abyssal, avec un scénario bâclé et peu original, des personnages mal (ou pas) construits, et des acteurs pas terribles (oui, même Kevin Spacey). D’où mon sentiment partagé au moment où je le regardais.


Baby Driver
Réalisé par Edgar WRIGHT
2017
Thriller, Musical
Cinéma américain-Britannique
Sur Allocine – 4,2/5 Spectateurs – 3,7/5 Presse
Sur Senscritique -7,4/10

Résumé :
« Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.« 


Bande d’annonce :

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