Après la tempête d’Hirokazu KORE-EDA

(7/10) Hirokazu KORE-EDA est un réalisateur japonais dont j’affectionne tout particulièrement la filmographie, bien que je n’ai pas encore tout vu (par chance). C’est un maître de la chronique familiale, capable de remplir ses films d’un quotidien familier, dont le réalisme nous immerge immédiatement et nous met à portée la sensibilité de ses personnages. Après la tempête en est encore un bel exemple.

Ce qu’il y a de génial avec Hirokazu KORE-EDA, c’est que tout paraît très simple et naturel. Dès les premières scènes, on est plongé aux côtés de ses personnages, qui vivent tout bonnement leur vie, leur quotidien. Il n’y a pas de démonstration, pas une scène de prologue annonciatrice de la suite. Pas d’introduction et on a presque du mal à voir le fil narratif. Le cadre est épuré, comme le décor. Et ça marche.

Tout se comprend par l’observation et l’écoute attentive. On dirait un patchwork qui se dévoile au fur et à mesure que le film avance, ce qui nous rend captif sans qu’on s’en aperçoive. Le tableau de cette famille ne prend définitivement forme que lorsque le film s’achève, de fait cela nous donne l’impression de rencontrer ses personnages, comme l’on découvrirait quelqu’un dans la vie. La profondeur du récit se perçoit ainsi : en filagramme et pourtant partout dans le film – dans son scénario, dans le jeu des acteurs, dans le cadrage et les dialogues. C’est un film de maîtrise, Hirokazu Kore-Eda sait définitivement faire usage de ses dons.

Il faut également souligner le jeu de la formidable Kirin Kiki, cette grand-mère bourrée d’humour et d’auto-dérision, terriblement attachante et sensible. Egalement Hiroshi Abe et Yoko Maki, les deux parents à présent divorcés, sont excellents dans leur rôle. Hiroshi Abe nous dépeint notamment un père pas très droit dans ses baskets, joueur, auteur d’un premier roman à succès, depuis en panne d’inspiration, immature, mais malgré tout aimant de son fils, qu’il fera tout pour continuer à voir. Ils humanisent les personnages, que l’on trouve très concrets, très crédibles, et de fait attachants.

De plus, l’auto-dérision dévoile aussi la qualité du réalisateur qui sait quand il sort du cadre narratif de son film. Ainsi la scène où la grand-mère et son fils discutent ensemble, la nuit. D’un coup, la grand-mère commence à parler de façon plus concrète de ce qui est dit tout bas dans le film, dévoilant ainsi à voix haute une partie de ce qu’on peut en comprendre, des messages et des sens qui l’animent. Typiquement le genre de dialogues qui, menés par un autre réalisateur, auraient pu être paraître un peu trop appuyés, car décryptant ce que le spectateur est pourtant invité à (et capable de) comprendre par lui-même. C’est dans la dernière boutade de la grand-mère qui se reprend, que l’on saisit l’intelligence du réalisateur, lorsqu’elle se moque d’elle-même (et donc de lui-même) : « Je viens de dire quelque chose de profond, non ? Tu devrais le noter pour le mettre dans ton prochain roman. » Du moins, est-ce ainsi que je l’ai compris.

Après la tempête m’a donc une nouvelle fois séduite. C’est un film qu’il est bon de voir pour saisir la particularité d’un certain style de cinéma japonais. Cette sensibilité unique, que l’on voit à travers la mise en scène, la manière de filmer et la construction de ses personnages, est une grande qualité du réalisateur, et un plaisir pour le spectateur. C’est rafraîchissant et efficace, cette façon simple de nous faire voir une vision complexe, juste, douce de la vie.


Après la tempête
Réalisé par Hirokazu KORE-EDA
2016
Slice of life

Résumé :
« Malgré un début de carrière d’écrivain prometteur, Ryota accumule les désillusions. Divorcé de Kyoko, il gaspille le peu d’argent que lui rapporte son travail de détective privé en jouant aux courses, jusqu’à ne plus pouvoir payer la pension alimentaire de son fils de 11 ans, Shingo. A présent, Ryota tente de regagner la confiance des siens et de se faire une place dans la vie de son fils. Cela semble bien mal parti jusqu’au jour où un typhon contraint toute la famille à passer une nuit ensemble…  »


Bande d’annonce :

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