Skip to content

Anthology – Katsuhiro Otomo

anthology
Anthology

Scénarisé et dessiné par Katsuhiro Otomo
Publié par Kana, 2008
Recueil, Oneshots, Science-fiction


Ce recueil contient 10 petits récits signés Katsuhiro Otomo et qui ont été réalisés entre 1977 et 1981, avant la réalisation de la saga culte Akira. Ici Otomo bouleverse les codes de l’époque en apportant sa vision du monde où la science fiction est un élément-clé mais qui dépasse de loin la simple anticipation…
Ce recueil mélange des pages en noir et blanc, des pages en couleurs, des pages en bichromie.


 Note globale :

8/10


Katsuhiro Otomo. Cela fait bien plaisir de revoir son nom apparaître sur le devant de la scène, alors qu’il vient de remporter le Grand Prix de la Ville d’Angoulême. A l’occasion, quoi de mieux que de se plonger dans ses premières œuvres ? « Anthology » est en effet un recueil de courtes histoires (appelées autrement « oneshots ») qui sont d’autant de prémisses à l’œuvre phénoménale qu’est devenue Akira. Un recueil qui, comme chaque œuvre de cet auteur, peut autant vous faire rire que vous donner froid dans le dos.

Il suffit pour vouanthology_backs convaincre d’observer les couvertures de cet ouvrage. De prime abord, l’image de cette jeune femme souriante en première de couverture (dans le sens japonais), à l’ombre d’un petit arbre, alors que le temps est clair et qu’on suppose qu’il y fait bon vivre, vous inspire sans doute un peu de nostalgie, un moment plaisant. Retournez à présent l’œuvre, que voyez-vous : un bras de robot découpé, gisant sur le sol et une traînée de sang. Et c’est ainsi l’œuvre de Katsuhiro Otomo, sous des dehors d’histoires bénignes, il y a une certaine violence, qui peut parfois choquer. Si vous n’êtes toujours pas convaincu, lisez le premier oneshot. Et en six pages l’auteur vous aura offert le plus cru des avertissements !

J’ai beaucoup apprécié ce recueil de nouvelles. On y retrouve comme je le disais toutes les bases de ce qui deviendront les œuvres majeures du mangaka : son humour noir, parfois grinçant, mais qui, personnellement, arrive à me plaire (ce qui n’est pas si aisé) ; un goût prononcé pour l’absurde et le fantastique, que l’on retrouve dans Dômu, par exemple ; la science-fiction : l’anticipation, les univers dystopiques, la robotique ; la violence : la violence urbaine, la révolte notamment auprès de la jeunesse (mais pas seulement)…

Comme tout auteur, Katsuhiro Otomo a des thèmes de prédilection, on y retrouve notamment la mort, la jeunesse, le temps et la mémoire qui vont de pair… Le tout forme évidemment un ensemble hétéroclite, pas toujours coordonné. Néanmoins, il en va du plaisir du regard quand s’observe progressivement une certaine finesse dans le cadrage, le dynamisme des dessins et la gestion du rythme – où le mangaka est devenu depuis une véritable référence.

Il y a aussi de quoi s’étonner notamment quand l’auteur tombe dans le burlesque, avec son très drôle récit dystopique Hair où les chevelus, fan des Sex Pistols, des hairStones et de Led Zeppelin depuis interdits, sont en rébellion contre un gouvernement autoritaire où porter la cravate et les cheveux courts sont un signe de civilisation et où les maladies ont été évincées de la planète. Ou encore quand l’auteur a l’aide de pieuvres belliqueuses initient ce qui aurait dû devenir par la suite une grande aventure avec pour héros les ingrédients des sushis – et qui du coup offrent deux histoires qui ne sont pas sans rappeler (à une certaine mesure) l’initiative des Shadocks. Ou encore avecThat’s amazing world, trois courtes histoires assez jouissives parodiant entre autre l’arche de Noé, la table ronde et Le vieil homme et la mer d’Ernst Hemingway.

J’ai ainsi beaucoup aimé découvrir ainsi de nouvelles facettes que je ne soupçonnais pas de cet auteur. Le panel de personnages, de situations, d’idées, ainsi que les multiples références cinématographiques ou littéraires (et quelque part, je pense encore et toujours à Philip K. Dick) composent toute la richesse de Katsuhiro Otomo – même si on n’en retient souvent que ses œuvres les plus sombres. Cette anthologie était donc une bonne idée pour offrir au lectorat un tour d’horizon, si ce n’est « nouveau », au moins différent.

Le travail proposé est ainsi une vraie réussite, tant dans la conception même de l’objet-livre qui reflète bien la dualité de son style que dans son contenu riche et varié. Ainsi la postface, quoi qu’assez courte, où l’auteur présente en quelques mots chacune des histoires regroupées dans ce recueil est une excellente idée afin d’une part de mieux comprendre l’idée recherchée derrière chaque histoire et d’autre part de saisir ce qui a inspiré le mangaka pour le reste de ses histoires.

fire ballA ce sujet, on notera évidemment la nouvelle Fire Ball de par laquelle le mangaka, ne parvenant pas tout à fait à obtenir ce qu’il aurait souhaité, a fini par composer deux autres histoires : d’une part, Akira qui reprend notamment la base du scénario, à savoir la rébellion de la jeunesse contre le pouvoir, et d’autre part, Dômu (dont je vous parle dans une précédente chronique), pour l’aspect fantastique et d’épouvante lié à des êtres dotés de pouvoirs surnaturels. Autant dire ses chefs d’œuvres !

Katsuhiro Otomo ne se trompe pas en se décrivant lui-même comme un « dessinateur éclectique«  écrivant des « histoires insolites » car si le recueil est essentiellement composé de récits de science-fiction, il n’en reste pas moins que chaque histoire saura vous surprendre, vous dérouter, et parfois vous retourner totalement l’estomac (Minor Swing, par exemple). Encore une fois, c’est une expérience réussie que j’ai hâte de réitérer. Aussi, si vous aimez la science fiction et si vous êtes intéressé par les recueils de oneshots, celui-ci devient, à mon sens, un des incontournables du genre !


Top 3 des oneshots du recueil

farewell to weapon

  1. Hair parce que j’aime beaucoup l’aspect burlesque de cette oeuvre,
  2. Farewell to weapons dont j’adore particulièrement la conclusion,
  3. Memories parce que j’aime le thème, le design des vaisseaux, le symbolisme !

Be First to Comment

  1. Je ne connaissais pas du tout mais tu m’as vraiment donné envie de découvrir ce recueil!

  2. J’avais découvert le mangaka dans un de tes articles ça m’intrigue beaucoup ^^ L’univers a l’air assez loufoque ce quim’attire toujours 😉
    À tester alors *.*

    • Oui, c’est loufoque, mais du genre génialissime. Je suis loin d’être objective mais pour moi Katsuhiro Otomo est l’équivalent de Philip K. Dick dans les mangas – ce qui vaut à dire qu’il est parmi les meilleurs de son art. ^^
      Il y a des chances pour que ta bibliothèque ait au moins Akira ou Domu dans son stock s’ils ont une partie manga.

  3. […] Il n’y a pas de doute : ce sont bien des œuvres de première heure, tant les défauts sont palpables mais loin d’être rédhibitoires. Quand on connaît le succès qu’il a connu ensuite à travers des œuvres titanesques d’ambition (par exemple, 20th Century Boys dont je vous ai déjà parlé sur le blog), il est facile de passer outre les quelques hésitations, les maladresses, les blagues un peu balourdes. On s’intéresse surtout à la recherche du style, de son style, qui est déjà très marqué d’influences notoires, en particulier Katsuhiro Otomo (auteur d’Akira, de Dômu et d’une Anthologie). […]

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :