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A Taxi Driver de HOON (Festival du Film Coréen à Paris 2017)

(9/10) Excellent. Comment le décrire autrement ? Il s’agit avant tout d’un film historique et d’un bel hommage rendu à ce chauffeur de taxi, dont la réelle identité reste méconnue. Il a conduit le journaliste allemand, Jürgen Hinzpeter, au sein de la ville de Gwangju, pour couvrir le soulèvement de la population qui milite pour la démocratisation de leur pays dans les années 80. Sévèrement réprimée par l’armée qui tire à balles réelles, la violence des conflits est tue par le gouvernement qui bloque tout accès à la ville et censure toute la presse. Ce sont ainsi les vidéos du journaliste allemand qui vont dévoiler au monde entier l’inhumanité de ses actions. Mais le film ne dresse pas le portrait héroïque du reporter étranger, il filme au contraire les événements à travers le regard du chauffeur de taxi sud-coréen, donnant ainsi au spectateur une grande proximité aux événements et à la population et rendant tangible toute l’horreur de cette période.

Il s’agit également d’une œuvre cinématographique dont les qualités sont indéniables. Que ce soit dans la mise en scène, la construction narrative du récit, la mise en place des personnages, le jeu des acteurs, les plans, techniquement et scénaristiquement, A Taxi Driver est de très belle facture, surtout pour un film grand public, abordable par tout type de spectateur, peu importe ses préférences. Son efficacité vient notamment de cette construction narrative, son démarrage en douceur, avec même un ton très léger et un humour présent. Le personnage du chauffeur de taxi, central donc, est une excellente figure qui sert notamment de pivot, pour nous sombrer en douceur, mais inexorablement, dans l’horreur.

Il est nécessaire de reconnaître l’énorme talent de Song Kang-Ho et la palette incroyable de son jeu pour apprécier le film qui tourne littéralement autour de lui. Il fait évoluer son personnage du début à la fin du film avec une telle subtilité et naturel, qu’on ne s’en rend véritablement compte qu’après le générique de fin. Venant de Séoul, Mr Kim n’a aucune idée de ce qui se trame à Gwangju. Il n’a simplement vu dans l’emploi proposé que l’opportunité de gagner l’argent nécessaire pour payer son loyer et subvenir aux besoins de sa fille. C’est une figure très naïve qui va petit à petit se métamorphoser quand il réalisera tout le sérieux de la situation et les actes terribles commis envers la population de Gwangju. Il se révèle finalement plein de nuances : c’est un père aimant, quelqu’un de maladroit, mais de généreux et de bienveillant. Son charisme croît en même temps que l’horreur, révélant l’humain avant tout le reste. C’est un peu à cette image que le film se révèle merveilleux mais également très dur à regarder.

L’attachement inéluctable que j’ai ressenti envers ce personnage a renforcé la puissance émotionnelle du film, me laissant finalement que peu de souffle pour respirer. On finit par le regarder en apnée, alors que l’horreur prend de plus en plus d’ampleur, au-delà de l’acceptable. Et c’est cette lim que l’être humain peut tolérer qui est mise en scène alors que la population regarde impuissante les gens se faire massacrer par l’armée, tuant volontairement tous ceux qui s’exposent. C’est ce moment où l’humanité prend le dessus sur la peur et l’horreur qui est surtout mis à l’honneur dans le film. C’est une œuvre qui appelle à la mémoire et à la nécessité de conserver avant tout ce qui fait l’humain, et c’est un très beau message et un hommage très touchant rendu au fameux chauffeur de taxi.

A l’inverse, l’armée est rarement montrée autrement que comme une masse indivisible, à l’exception peut-être de deux ou trois figures. Il n’y est nullement question d’individus mais d’une puissance violente et déshumanisée. Pas de conscience, juste les ordres suivis froidement, sans hésitation, sans questionnement. Glaciale figure, exacerbée par l’un des chefs, joués avec ce qui est proche du manichéisme sans contraste, mais qui sert sans doute à montrer qu’il n’y a aucune excuse à leurs actes. C’est la personnification de l’horreur de la dictature, dont je vous rabâche les oreilles depuis le début de la chronique, mais qui ne connaît pas de meilleur synonyme. Le film ne s’empêche pas toutefois de nuancer, lors d’une scène finale, où un soldat décidera en son âme et conscience de ne pas obéir – et c’est aussi un beau message d’espoir.

D’un autre côté, le film n’échappe pas à certains aspects assez hollywoodiens, notamment lors des scènes d’action qui exacerbent l’héroïsme des taximans, qui ne servent pas toujours le fond mais permettent d’apporter quand même un peu d’espoir et de positif dans ce film globalement sombre et déprimant. En revanche, c’est l’utilisation de la musique qui est l’aspect le moins réussi du film : on peut dire qu’elle n’est pas très subtile. Elle est généralement convenue et un peu sur-employée sur des scènes qui n’avaient pas forcément besoin d’être à ce point appuyées pour être chargée en émotions. Cela n’altère pas la qualité du film dans sa globalité certainement, mais c’est simplement un peu dommage.

A Taxi Driver n’est en réalité pas aussi différent d’une production occidentale. Beaucoup de choses sont très similaires, même. Le ciblage du public et la façon dont le film s’adapte à son regard est notamment assez marquant. Ce qui le distingue pourtant, c’est le soin porté au personnage central, celui autour duquel la caméra choisit de pivoter. Les personnages sont extrêmement bien travaillés, même autour du Taximan. Le journaliste est volontairement plus effacé, mais surtout pour éviter de décentrer le regard du spectateur du sujet principal, qui est coréen, avant tout. Choisir Mr Kim, qui ignorait tout de la situation de Gwangju, c’était porter un regard directement par les concernés sur les concernés. C’est une façon de nous faire toucher du doigt et de nous faire comprendre, au moins un peu, ce que les coréens ont vécu de l’intérieur.

Un film à voir, assurément.


A Taxi Driver
Réalisé par Jang HOON
2017
Biopic, Historique
Cinéma sud-coréen
Sur Senscritique – 7,8/10
Sur Allocine – 3,4/5

Résumé :
« En mai 1980, un chauffeur de taxi conduit un journalise allemand à Gwangju, en plein milieu du mouvement pour la démocratisation.« 


Bande d’annonce:

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