Skip to content

A Silent Voice – Yoshitoki Oima


A Silent Voice

Scénarisé et dessiné par Yoshitoki Oima
Série en cours en France (série complète au Japon avec 7 tomes)
Publiée par Kioon depuis 2015
Drame, School-life, Shonen
6,67€ le tome, 192 Pages


Résumé :
« Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule.
Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe. Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible.
Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable… »


Note globale  :

8/10


Quand on m’a conseillé cette série dans ma librairie BD préférée, j’étais assez dubitative. Certes, le pitch m’intéressait beaucoup (je me suis quand même procuré le premier tome), mais le dessin m’attirait bien moins. Ce n’est pas vraiment mon style, et le côté assez « kawai » (mignon, en japonais) me rebutait. Je craignais, à vrai dire, un côté trop mielleux avec une fin de conte de fée. Et si celle-ci semble presque trop belle pour être vraie, le manga a cependant tenu ses promesses de bout en bout. Je ne regrette d’ailleurs pas qu’il ait dans un sens pris une tournure aussi idéale. Au contraire, cette fin pleine de bons sentiments n’exclue pas non plus son revers  : on ne peut en effet pas dire que ce manga soit tout à fait et à aucun moment rose bonbon.

Un pitch pareil a quand même de quoi intriguer. Un sujet actuel et pourtant peu mis en avant. C’est d’ailleurs le premier manga – et la première bande dessinée – que je lis sur les brimades scolaires, sur l’handicap d’un enfant et de la façon dont les autres le perçoivent. Shoko est née malentendante et souffre depuis toute petite des moqueries, et pas seulement de la part des enfants. Les adultes la perçoivent comme une abnégation, qu’il faudrait mieux écartée des autres enfants et la mettre avec les « cas dans son genre« . Des termes, dans le manga bien plus durs, qui peuvent choquer tout en ayant le mérite de montrer une réalité insuffisamment traitée. Cela paraît évident et pourtant on a tous tendance à minimiser la gravité de telles situations (les brimades scolaires) en prétextant qu’un enfant ne peut jamais faire de mal.

a silent voice_extrait 2

Ce manga a, de ce fait, réussi un coup double. D’une part, on se sent terriblement mal à l’aise vis-à-vis des brimades permanentes que Shoko reçoit, du regard dur et peu empathique des adultes et même de l’exigence de sa propre mère qui cherche à tout prix à la rendre plus forte, sans se rendre compte de sa propre sévérité. D’autre part, on ressent le même sentiment embarrassé vis-à-vis de ses agresseurs : à aucun moment le manga ne se montre manichéiste. Il n’y a pas de bons ou de méchants, bien au contraire.

On se rend compte que ceux qui briment sont comme nous, ou que nous sommes un peu comme eux. Notamment  par des réactions que l’on pense anodines, peut-être limites parfois (faisant suite au fameux « mais bon… »  qui semble tout excuser de notre part), déplacées (et on baisse les yeux, gênés malgré tout, en se disant qu’on a été maladroits) et par d’autres dont on ne se rend même pas compte d’avoir. Un coup triple, en réalité,  car en ne suivant pas les pensées de Shoko, elle nous apparaît aussi insondable  qu’aux  yeux du héros de ce manga et de fait sa situation ne peut que nous toucher d’avantage.

a silent voice_shoya hate shoukoYoshitoki  OIMA nous dépeint très justement le caractère juvénile et immature de son jeune héros : un garçon comme tous les autres, qui aime à se jeter des ponts pour tester son courage et entraîne les autres dans son jeu avec aisance. Il se révèle aussi un garçon moins tolérant, qui à force de sa propre extravagance, ne se rend pas compte de la portée de ses actes. Quand Shoko arrive à l’école, le handicap de la jeune fille va le perturber, l’intriguer, et comme les autres, l’agacer. Si Shoya est mis au devant de la scène, les autres enfants ne sont pas non plus montrés comme meilleur, même ceux qui font preuve de compassion. Chacun dévoile un type de réaction dont on n’a qu’à moitié conscience, démontrant et dénonçant des attitudes qu’il faudrait changer. Pourtant, à aucun moment, Shoya n’est diabolisé ni excusé. Son comportement est inexcusable et pourtant il n’est pas seul à blâmer. Et c’est le point fort de ce manga.

Comme le manga est dessiné de son point de vue, on a donc tout loisir d’observer la réaction de ses camarades, qui n’épargnent guère plus Shoko. Ils dépeignent ces autres formes de brimades et de rejets envers quelqu’un qu’ils n’arrivent – ni ne cherchent vraiment – à comprendre. Le plus glaçant dans l’histoire, ce sont les adultes et le professeur principal qui laisse les choses s’envenimer.  Un tableau noirci ?   Il ne s’agit pas seulement de dénoncer la malveillance que les élèves peuvent avoir mais aussi la part de responsabilité que  tous les adultes, quels qu’ils soient, dans les brimades.

L’auteur a d’ailleurs eu l’excellent réflexe de laisser le lecteur comprendre sans lui forcer la main là où tout un chacun devient responsable de ses actes, gestes comme paroles, voire de ses actes manqués. Elle gagne ainsi plus d’impact dans l’esprit de celui qui découvre  par  lui-même tout ce que A silent voice a à dire, ce qui évite également d’alourdir le manga de trop de scènes explicatives.

a silent voice_shoko chorale

Et si toute cette partie est très dense, l’histoire ne s’arrête pas là : si le premier tome est le plus dur à lire et rend ainsi le plus mal à l’aise, c’est que toute cette période de brimade (à l’école élémentaire) n’est qu’une introduction à ce qui suit. Le revirement qui se déroule à la fin va chambouler toute l’histoire et renverser les rôles. Shoya va se retrouver seul au pilori et se retrouve à son tour au centre des brimades.

L’intensité du manga ne vient cependant pas du fait que Shoya est simplement pris à son propre jeu. Encore une fois, l’auteur ne cherche pas à s’apitoyer sur son héros. On ne peut cependant pas rester indifférent à la violence des réactions contre lui. Finalement, qu’importe qui est brimé et pour quelles raisons invoquées, personne ne mérite de vivre de telles expériences.  Et c’est en cela que le manga se révèle des plus poignants.

La façon dont Shoya grandi par la suite, isolé et haï de tous, haïssant lui-même le monde qu’il rejette aussi, fait naître en lui un traumatisme qu’il n’a jamais réussi à dépasser. Rencontrant par pur hasard son ancienne camarade Shoko, il se rend compte de l’opportunité qu’il a de faire les choses bien.

a silent voice_shoko et shoya

Les six autres tomes sont ainsi attachés à la rémission de tout le mal qu’il lui a fait. Il devient finalement une figure plurielle et complexe, à la fois adolescent, futur adulte et encore enfant traumatisé par son passé.  L’auteur l’a particulièrement travaillé et on se rend compte de la tangibilité de sa personnalité, du réalisme de ses tourments. Et c’est par ce réalisme qu’il parvient finalement à nous toucher.

Les autres personnages ne sont bien sûr pas en reste. La pluralité de figures représentées est riche et intéressante, apportant de fait une véritable valeur ajoutée à l’histoire. Ce ne sont pas juste des figurants, mais des pièces d’un puzzle qui se recompose au fur et à mesure. L’acharnement de Shoya à réunir leurs anciens camarades permet surtout à approfondir le thème initial et à apporter de nouvelles réflexions sur l’époque de l’école élémentaire, qui reste le fondement de l’histoire. L’auteur continue à démontrer et dénoncer de A à Z tous les comportements, quels qu’ils soient, qui amènent au rejet de l’autre.

Le seul bémol serait, étonnamment, le personnage de Shoko, que j’ai trouvé bien moins aboutie que ses pairs, et surtout que Shoya. Elle est très passive et par moment bien trop bonne poire – un peu comme beaucoup d’héroïnes de manga qui m’agacent un peu. Elle provoque en moi des sentiments partagés, bien que l’auteur parvient à l’utiliser à escient pour servir le fond de son histoire. Elle aurait cependant mérité d’avoir un peu plus de nuance, ou peut-être plus de visibilité, afin de véritablement acquérir une réelle profondeur.

a silent voice_group_ personnages

Certes, si on s’intéresse au scénario, sa construction suit un déroulement plutôt familier, déjà utilisé maintes fois. Un événement en particulier m’a agacé, car il enclenche un ascenseur émotionnel de la petite école, celle de la facilité scénaristique – une faiblesse qui n’était pas indispensable.  Malgré tout, Yoshitoki Oima réussit à la compenser avec  une mise en scène adaptée, un bon rythme, et surtout un excellent timing. Surtout, elle n’en fait pas des tonnes, ce qui nous fait que, déjà vu ou non, on est quand même emporté par l’émotion de l’instant.

Pour finir, je parlerais finalement assez rapidement de la fin, très enjolivée comme je le disais en introduction mais sans être rose bonbon. C’est un message positif, toutefois teinté de nuance, avec lequel l’auteur décide de conclure sa démonstration. Il y a de l’espoir et un fond de réalisme dans les derniers mots prononcés par Shoka, qui laissent à réfléchir. Et comme l’auteur n’a jamais fait de son personnage un héros, cette fin est finalement bienvenue.

Quant au dessin, je n’en suis toujours pas friande ; cela n’a cependant fait que renforcer tout le plaisir que j’ai eu à découvrir derrière un tel trait un manga bien plus profond que je ne le pensais. Comme quoi, il ne faut jamais juger un livre à sa couverture, ni un manga à son dessin.

a silent voice_affiche

Be First to Comment

  1. Angi Angi

    Alala, ca me donne vraiment envie de le lire !! Ca va être difficile de me le procurer pourtant… arf..

  2. Amandine Sweexty Amandine Sweexty

    L’histoire ne m’emballe pas un max mais j’avoue que les dessins me plaisent beaucoup !

    • Haha c’était exactement l’inverse avec moi quand j’ai attrapé le premier tome ! ^^

  3. Comme il semble que j’ai effacé tous les commentaires, je remets ici :

    Bridastra :
    « ça va, l’incitation à les lire en scan ?
    Surtout que le tome 7 n’étant pas sorti en France encore, on peut se demander où tu es allée le lire…
    Je rappelle que c’est totalement illégal et pour une blogueuse, par définition fan de livres quelque part, c’est naze comme comportement.
    C’est un réel problème pour la production du manga.
    Dommage car j’ai trouvé ta chronique très intéressante à lire, mais avec une attitude comme ça, on ne m’y reprendra pas. »

    Mes réponses :
    « Ce qui ne m’empêche guère d’en faire la collection derrière, parce que, oui, quand j’ai autant aimé, j’achète et avec grand plaisir.
    Mais je comprends ta position et ne nierai pas le fondement. Je consomme les scans, le plus souvent de séries qui ne sont pas encore sorties en France – ça n’excuse rien, clairement. Hormis quelques cas comme celui-ci, mais étant grande consommatrice de mangas papiers, je ne suis certainement pas celle qui mettrai à mal l’industrie du manga. »
    Réponse que, après coup, je regrette.

    Je me suis également rendue compte après relecture du commentaire sur lequel Bridastra répondait, je n’ai pas vraiment d’excuses.

    « Erratum : Je viens de relire le commentaire sur lequel tu as répondu. Sur ce point, rien à dire pour ma défense, je plaide coupable, on ne m’y reprendra plus non plus. »

    Mea culpa.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :