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3 pièces de théâtre coups de coeur

Peut-être est-ce parce que l’été vient de sonner à la porte.

Peut-être est-ce parce que la période festivalière de théâtre s’annonce pour bientôt sous un soleil chaud sans doute déjà bien présent entre les murs pâles d’Avignon.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de théâtre.


Et notamment de trois pièces que j’ai vu ces dernières années et qui m’ont marquées ou particulièrement plu – toutes ne sont hélas plus jouées et si elles le sont, j’ai bien peur qu’elles n’aient lieu que sur Paris – sinon, par chance, au festival d’Avignon, cet été.

Afin de ne pas vous redire – encore une fois – tout mon amour pour la (superbe) pièce Jeanne et Marguerite, tirée du roman de Valérie Peronnet et jouée par Françoise Cadol, j’ai décidé de ne vous parler que de pièces jamais évoquées sur ce blog.


D’ailleurs, si vous aimez le rire noir, celui qui évoque un sentiment étrange, comme s’il vous tirait dans deux directions différentes – un humour basé sur une situation qui semble complètement aberrante mais qu’on ne voudrait pourtant jamais, absolument jamais, connaître – je vous présente…

Le Repas des Fauves
Une pièce de Julien Sibre
Adaptée de l’œuvre de Vahé Katcha, 1960
Interprétée par Cyril Aubin, Olivier Bouana, Pascal Casanova, Cédric Chevalme, Jochen Hägele, Jérémy Prévost, Julien Sibre, Barbara Tissier, Caroline Victoria

Le repas des fauves

Synopsis
1942 – Dans la France occupée, sept amis se retrouvent pour fêter l’anniversaire de leur hôte.
La soirée se déroule sous les meilleurs auspices, jusqu’à ce qu’au pied de leur immeuble soient abattus deux officiers allemands. Par représailles, la Gestapo investit l’immeuble et décide de prendre deux otages par appartement.
Le Commandant Kaubach, qui dirige cette opération, reconnaît, en la personne du propriétaire de l’appartement, M. Pélissier, un libraire à qui il achète régulièrement des ouvrages.
Soucieux d’entretenir les rapports courtois qu’il a toujours eus avec le libraire, le Commandant Kaubach décide de ne passer prendre les otages qu’au dessert… Et mieux : il leur laisse la liberté de choisir eux-mêmes les deux otages qui l’accompagneront.
C’est ainsi que peut commencer Le Repas des fauves.

Vous l’aurez compris rien qu’au résumé l’origine de ce sentiment étrange qui prend au ventre alors même que vous riez de bout en bout. La pièce est excellente en tout point : son texte l’est, le jeu des acteurs l’était, la mise en scène aussi. Vous vous prenez en pleine face une réalité humaine qu’on préférerait bien ignorer. C’est à qui fera l’autruche mais une autruche consciente. Peut-on, cependant, ne pas comprendre l’instinct de survie qui déchire tout, jusqu’à l’amitié, jusqu’à l’amour ? Un sauve qui peut ultime et d’autant plus cruel qu’il ne s’agit pas de choisir qui survit, mais bel et bien qui meurt ?
Ce n’est pas au plus méritant mais à celui qui aura le moins de raison que les autres de ne pas passer la nuit. Une nuit d’anniversaire, en plus. Peut-on de fait choisir celle qu’on célébrait une heure plus tôt avant que l’attentat n’eût lieu et que la Gestapo ne réclame qu’une tête tombe pour ce crime ? Peut-on choisir son mari (ou amant, je ne sais plus) ? Ou un de leurs amis tombés dans un traquenard qu’ils auraient pu éviter s’ils avaient été moins fidèles ?
Le Repas des Fauves porte ainsi très bien son nom. La question se pose : qu’auriez-vous fait à leur place ?


Du rire acide, passons à celui joyeux et franc, cette fois, d’une comédie de boulevard qui fait fureur et que, quitte à répéter ce qu’on vous aura dit dix, vingt, trente fois déjà, il faut voir (dernières sessions prévues jusqu’au 11 Juillet au Théâtre de la Renaissance à Paris 10, dépêchez-vous !). Comme la précédente pièce, il faudra néanmoins choisir entre…

Thé à la menthe ou t’es citron ?
Une pièce de Patrick Haudecoeur
Interprétée en alternance par Marie Lenoir, Éliza Maillot, Bernard Fructus, Guillaume Laffly, Michel Legueyrie, Sandra Biadalla, Bob Martet, Edouard Pretet, Véronique Barrault, Philippe Spiteri

thé à la menthe ou t'es citron

Synopsis
C’est l’histoire d’une troupe de comédiens qui répète une pièce de boulevard où il est question d’un gentleman cambrioleur qui s’est introduit chez une aristocrate.
Tout y est : le cocu, l’amant dans le placard et les quiproquos attendus. Nous sommes à quelques jours de la première, rien n’est prêt ; les techniciens restent flegmatiques, la costumière est à côté de la plaque et la metteur en scène nébuleuse est débordée par les évènements.
Chez les comédiens l’ambiance est électrique, l’actrice principale est au bord de la crise de nerf à cause… du jeune premier, le fils du producteur, imposé – le bouquet ! Maladroit, timide, naïf et gaffeur il fait ses premiers pas sur les planches.
C’est parti pour être un Vaudeville miteux joué par des acteurs calamiteux. Le soir de la première arrive, et là… ça tourne au délire, en une succession d’imprévus qui s’enchaînent dans une folie vertigineuse. Les acteurs tentent désespérément de récupérer catastrophes sur catastrophes. C’est une apothéose de quiproquos et de gags inattendus… c’est chacun pour soi, rendez-vous aux saluts.

Je ne suis pas une grande adepte des comédies de boulevard d’habitude, quand bien même je peux apprécier une bonne pièce de ce genre. Néanmoins, je suis une adepte de la mise en abyme en littérature, au cinéma comme au théâtre ; après tout, qui mieux que le théâtre pour parler du théâtre ? Surtout si cela prend la forme d’une comédie, et d’une comédie excellente où la meilleure interprétation est celle qui en fera la pire. Où être le pire acteur possible prouve, en fait, qu’il est en réalité excellent car c’est un exercice de justesse que de frôler en permanence la ligne, les limites de l’humour, sans jamais la franchir, au risque de devenir lourd.
Thé à la menthe ou t’es citron ? n’est jamais lourd. C’est donc que la mise en scène est bien trouvée et les acteurs excellents. Même s’ils jouent les pires qu’il soit. Ils sont les meilleurs pour nous tirer les maux de ventre les plus désirés au monde : ceux d’un fou rire qui a duré, qui dure encore et qui laisse après lui un sourire content, rien qu’au souvenir.
C’est vif, sans longueur, toujours intriguant. Qu’est-ce qui va se passer ensuite ? Qu’est-ce qui va encore se passer ? On se demande tout le temps quand cela va s’arrêter, quand nous n’aurions plus de quoi rire.
Et le rideau tombe, mais les rires continuent toujours.


Une pièce surprenante, troublante, belle, pas forcément joyeuse ou triste, mais pleine de sens, et très bien écrite. Une pièce qui se détache des autres dès son incipit par son originalité, son texte, son message et sa mise en scène – qui plus est portée par des acteurs de talents. J’ai nommé…

Le Porteur d’Histoire
Une pièce d’Alexis Michalik
Interprétée par François Raffenaud, Fadila Belkebla, Stéphanie Caillol, Amaury de Crayencour, Vincent Deniard, Evelyne El Garby Klaï, Magali Genoud, Justine Moulinier, Benjamin Penamaria, Régis Vallée, Emilie Blon Metzinger

le porteur d'histoireSynopsis
Feuilleton littéraire à la Dumas, le Porteur d’histoire invite à écouter une histoire, des histoires, à relire l’Histoire, notre Histoire et à voyager, tout simplement, dans le temps et l’espace.
On voyage uniquement par le biais de cinq acteurs, de cinq tabourets, d’un plateau nu, de deux portants chargés de costumes et du pouvoir illimité de notre imaginaire.
Par une nuit pluvieuse, au fin fond des Ardennes, Martin Martin doit enterrer son père.
Il est alors loin d’imaginer que la découverte d’un carnet manuscrit va l’entraîner dans une quête vertigineuse à travers l’Histoire et les continents.
Quinze ans plus tard, au cœur du désert algérien, une mère et sa fille disparaissent mystérieusement. Elles ont été entraînées par le récit d’un inconnu, à la recherche d’un amas de livres frappés d’un étrange calice, et d’un trésor colossal, accumulé à travers les âges par une légendaire société secrète.

On m’avait lancé un pari. Si je n’aimais pas cette pièce, j’avais le droit de réclamer la somme dépensée. Je ne l’ai pas récupérée. J’ai aimé, vraiment, sincèrement, ce que j’y ai vu. Cette pièce mérite son succès, comme les précédentes, mais il y a dans cette pièce quelque chose qui m’a rappelé le plaisir de la lecture. Son ouverture, son enthousiasme, sa multitude de thèmes et cette fenêtre ouverte sur le monde, par laquelle nous sommes hélés – directement invités à s’y pencher.
C’est une pièce plus complexe qu’elle n’en a l’air – même si elle est bien sûr à la portée de tous – et qui plus est difficile à résumer. Une histoire ? Pas vraiment, des histoires. Un conteur ? Non plus, des conteurs. Une mise en scène ? Ce n’est pas tout à fait exact non plus, même si on ne peut pas la démultiplier. Cela reste une même pièce de théâtre, portant des mots, mais où chaque geste a son importance. Et la beauté des mouvements, la façon dont ils embrassent ces mots justement, ce spectacle qui est d’autant plus visuel que la parole semble jouée, et pas seulement ceux qui la portent. C’est la différence de cette pièce, et c’est ce que j’ai aimé.


Et voilà, le feuilleton théâtre se termine alors que dans deux semaines, j’aurais grand plaisir de vous faire part de mes découvertes au festival d’Avignon ! Cette année encore, j’ai souhaité m’y rendre pendant plusieurs jours pour profiter pleinement à la fois du beau temps (je l’espère !) de ma ville natale, mais en plus de me gorger de théâtre !

N’hésitez pas à me dire ce que vous aurez pensé de ce billet, si ce type d’articles vous intéressent. J’en ferai plus souvent !

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  1. Le Repas des fauves et Le Porteur d’Histoires, me semblent vraiment passionnantes en effet !
    Je les note pour une prochaine période théatre 😉

    • Le Porteur d’Histoire est encore joué mais j’ai peur que Le repas des fauves soit pour le moment arrêté. J’espère que tu pourras les voir !! 🙂

  2. eimelle eimelle

    je partage totalement ces 4 coups de coeur (y compris Jeanne et Marguerite!)

    • Hihi, je suis ravie de ne pas être la seule à les avoir adorées !!

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