#1| Le cas « Harry Potter and the cursed child » de John Tiffany et Jack Thorne

 

En préambule

Nouvelle rubrique du blog : « Le cas XXX » est un type d’article où la chronique sort de son cadre ordinaire de simple avis sur une oeuvre. C’est l’occasion pour moi de revenir plus ou moins brièvement sur un sujet en lien avec l’oeuvre et ce qui l’entoure, voir des sujets dont elle traite. Ce seront des articles toujours un peu plus longs qu’une chronique ordinaire, car j’aborde d’une part le sujet qui m’a interpellé avant de glisser comme toujours la chronique de l’oeuvre en tant que telle. Il est possible que je traite du même sujet sur plusieurs séries d’articles, une façon pour moi de mieux développer le sujet à travers des exemples (oeuvres) et des angles variés. Je mettrai en fin de chronique un rappel des autres articles parlant du même sujet.


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Harry Potter and the cursed child
D’après un scénario et l’œuvre de J.K. Rowling
Ecrit par John Tiffany et Jack Thorne
Publié aux éditions Little Brown2016
Théâtre, Fantastique
17,98€, Grand Format/Hardback

Résumé :

« L’action de la pièce se déroule dix-neuf ans après les évènements du livre Harry Potter et les Reliques de la Mort et suit les aventures d’Harry Potter, désormais employé au Ministère de la Magie, et de son plus jeune fils, Albus Severus Potter. »


La pièce de théâtre « Harry Potter and the cursed child » aura fait beaucoup parlé d’elle. La promotion dont elle a joui a réveillé tous les (vieux et jeunes) fans. Le projet fait rêver : mettre en scène la magie de Poudlard sur un plateau de théâtre, face aux spectateurs, quelle belle invitation dans l’imaginaire de J.K. Rowling.

Ce billet va probablement être assez long mais je tenais à prendre le temps de vous expliquer toutes les raisons pour lesquelles j’étais divisée face à ce projet. Finalement la curiosité l’a emporté.


Quelques mots sur le phénomène :

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Toute la promotion qui a été faite autour de la pièce de théâtre n’a pas fait qu’éveiller l’enthousiasme, elle s’est aussi attirée tout le scepticisme qu’une publicité beaucoup trop massive entraîne forcément. Parmi tout le tapage qui a accompagné l’annonce de ce séquelle, la confusion d’un « huitième tome » a participé, je pense, à l’élévation d’un débat et probablement à des déceptions.

Il y a déjà eu des pièces de théâtre sur Harry Potter, principalement des parodies humoristiques. J’avais vu des extraits d’une d’entre elles – très drôle – et j’apprécie généralement les créations qui se jouent des défauts comme des qualités d’une œuvre ayant marqué toute une génération. C’est très chouette, quand on y pense, qu’un des romans auquel on continue d’exprimer de la sympathie est adressé à des enfants. Cela prouve à quel la littérature jeunesse ne connaît pas les frontières d’âge qu’on se borne pourtant à lui donner.

Ajouté à cela, je suis une amatrice de fanfictions que partagent des lecteurs, des apprentis auteurs ou des auteurs, lesquels s’amusent pour le plaisir de tous à se glisser dans un univers qui enchante et inspire leur propre créativité. J’ai sans doute plus de mal quand il s’agit cependant d’y donner une forme plus officielle, dont la source viendrait de celle qui a tout créé initialement. Surtout quand elle prend des allures d’un phénomène commercial aussi important.

J’aime l’idée de partir des sept bouquins déjà conséquents et de me laisser imaginer le reste. Un livre, c’est aussi une invitation à faire plonger son imagination dans un imaginaire différent (ou une reproduction de la réalité) pendant et après la lecture. Pour rêver, fantasmer, créer, réinventer, ressentir, apprendre, déconstruire ou réfléchir.

Un auteur n’a en fait aucune obligation de donner tous les menus détails de son univers. Et tant mieux après tout, s’il/elle n’a pas écrit dans le roman tel détail sur tel personnage ou tel événement, je me sens libre de l’imaginer autrement. Bien sûr, même s’il/elle l’avait fait, ma liberté à ce sujet n’aurait en vérité pas changé.

Mais au fond de moi, pourtant, ma vision des choses ne pourrait être tout à fait la même : puisque c’est l’auteure d’Harry Potter qui décrète quelque chose sur son univers, c’est d’une certaine façon « irréfutable », puisqu’elle en est l’inventrice. Le mot est exagéré mais l’idée est là. Qui mieux que l’auteure peut parler de son univers ?

Voilà deux raisons qui expliquent pourquoi le projet me mettait mal à l’aise mais surtout la promotion a pas mal appuyé sur le fait qu’il s’agissait d’un « huitième » tome, dont J. K. Rowling serait la source. Donc, autant que la pièce ne soit pas écrite par elle, cela reste la suite officieuse d’Harry Potter. Je cite : « d’après une histoire originale de l’auteure/J. K. Rowling« .

Ceci dit, ramenons le projet à ce qu’il est en dehors de toute publicité : une pièce de théâtre ambitieuse qui souhaite nous faire à nouveau rêver de magie et qui s’inscrit parfaitement dans notre tendance actuelle à la nostalgie.


Mon avis sur la pièce :

4/10

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La note est salée. J’ai eu du plaisir à replonger dans l’univers.  En revanche,  les personnages de la saga originales ont tout perdu de leur caractère. J’ai adoré les aventures d’Harry Potter, de cet orphelin maltraité qui plonge dans un univers de magie, se fait les meilleurs amis du monde, et vit des aventures où il y a du mystère, des énigmes, de l’action et des personnages charismatiques.

Mais j’ai surtout aimé le fait que les personnages féminins, même si cantonnés à des rôles secondaires ou de soutien, n’étaient pas en reste. Les femmes dans Harry Potter ont la gnack. Belles ou non, elles sont intelligentes, indépendantes, elles ont de l’humour et ne se laissent pas dominer. Trois d’entre elles sont emblématiques à mes yeux : Hermione Granger, bien sûr, mais aussi Ginny Weasley et Minerva McGonnagall.

Autre chose, Harry Potter ne s’inscrivait pas totalement dans la « tradition » des romans jeunesses qui font des adultes des êtres dépourvus de toute logiques. Si des personnages ne manquaient pas de ridicule (Gilderoy Lockart et les Durdsley en sont un bel exemple), ils n’étaient pas non plus complètement démunis : Arthur et Molly Weasley en sont eux un très bon contre-exemple.

Or, dans cette pièce, on semble revenir un peu plus à cette « tradition » et nos héros comme tous les autres personnages de la saga qu’on connaît en sont tous victimes.  C’est au point que les personnages en deviennent ce que les anglais disent « Out Of Caracter » (ou OOC), c’est-à-dire qu’on ne les reconnaît plus que par leurs descriptions physiques, leur nom et quelques détails qui n’ont pas grand-chose à voir avec ce qui les caractérise réellement. Hermione Granger a beau être Ministre de la Magie, après avoir passé les sept années de Poudlard à sauver Harry Potter et lui donner quasiment toutes les clés pour vaincre, elle se retrouve soudain incapable de seulement s’exprimer devant une foule.

De même pour Ginny qui aura le seul rôle de tenter, par moment, de faire liaison entre son fils et son mari, quand elle n’est pas en train de préparer à manger. Ron Weasley est probablement celui qui est le plus victime du symptôme adulte-absurde, car si son personnage a toujours eu de l’humour, on lui en connaissait quand même de moins lourd. Il avait une très bonne répartie mais n’était pas le larron en foire amoureux de sa femme – laquelle revêt le joli cliché de l’unique dulcinée. Draco Malfoy déteste Harry Potter juste parce que ça semble être le leitmotiv de son personnage, même s’il reste le plus ambivalent de la pièce. Mais le plus triste a été de constater à quel point Minerva McGonagall a perdu toute la saveur de son personnage : vieille et gâteuse, impuissante face à un parent (Harry) en colère.

Albus et Scorpius sont les deux protagonistes de la pièce et en effet les plus travaillés. On s’attache quand même à eux, grâce à leur contexte familial et social rendu difficile par de multiples paramètres bien expliqués et imbriqués au scénario. James et Rose ne sont que cités. On pourra d’ailleurs remarquer que si James a le bénéfice d’être présenté comme un personnage à qui tout réussi, Rose ne l’est que par l’intérêt romantique que lui porte Scorpius.

Quant à l’histoire, elle est tantôt mignonne et tantôt farfelue, mélange de retour dans le temps et effet papillon, amitiés masculines (uniquement), problèmes existentiels et problèmes familiaux. Ça va souvent dans tous les sens, c’est alambiqué mais cela reste  globalement plutôt distrayant.

En clair, « Harry Potter and the cursed child » a tout d’une fanfiction – et pas la meilleure. On retrouve une forte dose de fanservice, par exemple dans le futur alternatif où Rogue connaît sa rédemption  et se révèle assez proche d’Hermione. Or, le couple Hermione/Rogue compte parmi les plus populaires du fandom avec Draco/Harry. Que ce soit similaire à une fanfiction, il n’y a de fait aucun problème à cela. Comme je l’ai dit, j’en suis même friande et j’en ai lu d’excellentes. Toutefois, nous ne sommes plus dans le cadre d’une oeuvre amatrice et gratuite. Cette pièce de théâtre a bénéficié de toute la promotion d’un produit commercial, vouée à frapper un public très large et à faire le buzz. Or, le rendu, quand on ne le trouve pas à la hauteur de la promesse de vente, prend finalement un goût amer. Voilà ce que j’entendais  en introduction par l’effet péjoratif d’une communication massive exagérée.

En fin de compte, il y manque très certainement le talent narratif de J.K. Rowling. Je rappelle cependant que je ne parle que du script de cette pièce. Au vu des descriptions narratives assez précises sur les effets de scène, l’accent est clairement mis sur les jeux scéniques et les artifices pour faire jouer la magie. Et s’ils sont fidèles à la description, cela doit être vraiment chouette à regarder. J’aime d’ailleurs beaucoup la distribution proposée et leur jeu pourra certainement améliorer des faiblesses du script. En somme, c’est une pièce qu’il serait donc préférable d’aller voir plutôt qu’à lire, du moins si vous en avez l’opportunité.


Post-Scriptum :

Update 30/10/2016 : Je me rends compte que le billet est trop long et qu’il aurait mieux valu diviser l’analyse autour de la pièce, relative à la publicité massive, quitte à développer un peu plus les effets néfastes qu’elle a eu sur ma lecture et publier dans un autre billet ma chronique de la pièce en tant que telle. Pour les prochains billets, je publierai sûrement séparément les deux parties. Qu’en pensez-vous ?


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